L'émergence économique de certains pays du Sud tend à masquer la réalité persistante de la grande pauvreté qui affecte encore de nombreux autres. Parmi ces derniers, on retrouve les pays les moins avancés (PMA). Cet article se propose d'explorer en profondeur la définition des PMA, leurs caractéristiques, les défis auxquels ils sont confrontés, ainsi que les perspectives d'amélioration de leur situation.
I. Qu'est-ce qu'un PMA ?
Définition et Localisation
L'Organisation des Nations Unies (ONU) a créé la catégorie des pays les moins avancés (PMA) en 1971. Les PMA correspondent aux États les plus pauvres de la communauté internationale et les plus vulnérables aux aléas économiques, environnementaux, humains et épidémiques. L'ONU dénombre actuellement 44 pays classés comme PMA, localisés principalement en Afrique subsaharienne (Mali, Tchad, Éthiopie, République démocratique du Congo - RDC, etc.), en Asie du Sud (Afghanistan, Myanmar, Laos, etc.) et en Amérique (Haïti).
Critères d'identification des PMA
L'Organisation des Nations unies (ONU) les détermine en fonction de trois critères cumulatifs :
Revenu National Brut (RNB) par habitant faible : Un revenu moyen par personne inférieur à un certain niveau. Un revenu par habitant basé sur une estimation moyenne du produit intérieur brut par habitant pendant trois années ; s'il est inférieur à 900 $ US, le pays est retenu pour la qualification de PMA.
Indice du Capital Humain (ICH) faible : Cet indice composite inclut un sous-indice de santé (taux de mortalité, retards de croissance) et un sous-indice d'éducation (scolarisation dans l'enseignement secondaire - et parité entre les sexes en la matière -, taux d'alphabétisation des adultes).
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Indice de Vulnérabilité Économique et Environnementale (IVE) élevé : Cet indice est calculé en fonction de plusieurs éléments, tels que la part du secteur agricole dans le produit intérieur brut (PIB), la diversité des produits exportés, l'instabilité de la balance commerciale, la densité de la population et la proportion de la population victime de catastrophes naturelles.
Une liste des PMA est établie en fonction de ces critères par le comité des politiques de développement, groupe d'experts indépendant rattaché aux Nations Unies. Elle est revue tous les trois ans.
Caractéristiques socio-économiques des PMA
Pauvreté extrême : Une grande partie de la population (80 % au Burundi, 84 % au Libéria, 88 % en Tanzanie) vit en dessous du seuil de pauvreté tel que défini par l'ONU (moins de 1,25 $ par jour). Avec un revenu moyen par personne inférieur à 750 $ par an (soit environ 1 000 € par an et par habitant), la pauvreté des PMA impacte fortement leur indice de développement humain (IDH). Il est inférieur à 0,470 mais peut descendre très bas : 0,309 au Mali, 0,261 au Niger, 0,239 en RDC, 0,140 au Zimbabwe, un pays en état de catastrophe humanitaire.
Faible espérance de vie : L'espérance de vie, qui dépasse 80 ans dans les pays développés, tombe à 57 ans au Lesotho. Le risque de mourir en couche est de 1/16 dans les PMA, contre 1 sur 3 500 en Amérique du Nord par exemple. D'ailleurs, les principales causes de mortalité témoignent de la faiblesse des systèmes de santé : paludisme, sida, voire malnutrition. 50 % de la population est sous-alimentée à Haïti.
Économie fragile : Les PMA sont tous des pays à économie fragile, encore fondamentalement agricole, avec une population rurale souvent majoritaire (83 % au Niger, 85 % au Rwanda, 89 % au Burundi). Les exportations sont souvent faiblement diversifiées, rendant ainsi le pays dépendant des cours mondiaux pour ses recettes en devises.
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Instabilité politique : La plupart des PMA sont en situation de crise politique plus ou moins grave, plus ou moins structurelle. Les régimes en place sont souvent des régimes autoritaires et la corruption y est générale, ruinant toute tentative de développement autonome. Ces pays sont parfois en état de guerre civile, ou de conflit frontalier, ce qui ne fait qu'aggraver la situation.
Améliorations récentes
Leur situation s'améliore ; le nombre de PMA a diminué ces dernières années. L'espérance de vie progresse et s'établit à 67 ans en 2023, se rapprochant de la moyenne mondiale de 73 ans.
Pays ayant quitté la liste des PMA
Huit pays ont pu s’extraire de cette catégorie : le Botswana (1994), le Cap-Vert (2007), les Maldives (2011), les Samoa (2014), la Guinée Équatoriale (2017), le Vanuatu (2020), le Bhoutan (2023) et São Tomé-et-Principe (2024). Le Soudan du Sud l’a intégrée en 2011. Plusieurs pays en attente de sortie sont finalement prolongés, notamment en raison de la pandémie de covid-19. Parmi eux, l'Angola, le Bangladesh, le Laos, le Népal et les Îles Salomon.
II. Une insertion incomplète et dominée dans la mondialisation
Faible participation au commerce mondial
Les PMA sont les pays les moins bien insérés dans la mondialisation, ce qui explique en partie leur retard de développement. De plus, leur insertion est le plus souvent incomplète et dominée. Ce sont essentiellement des pays exportateurs de matières premières brutes, souvent non transformées, ce qui laisse la plus grande part de la valeur ajoutée aux acheteurs qui transforment ces matières premières en produits intermédiaires ou finis. Cela explique, qu'en valeur, les exportations des PMA ne représentent que 1 % des exportations mondiales.
Nature des exportations et des importations
Les produits exportés sont typiquement :
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- des matières premières agricoles (bois au Libéria, café au Burundi, cacao en Côte d'Ivoire, coton au Mali, etc.) ;
- des matières premières énergétiques (pétrole au Soudan ou en Angola, gaz naturel au Myanmar, uranium au Niger, etc.) ;
- des matières premières minières (bauxite en Guinée, cuivre en Zambie, diamants en RDC, platine au Zimbabwe, etc.).
À l'inverse, les PMA importent des produits manufacturés, à plus forte valeur ajoutée : les termes de l'échange sont donc en leur défaveur. Par ailleurs, les 2/3 des PMA importent plus de denrées alimentaires qu'ils n'en exportent, du fait de l'incapacité des agricultures à nourrir les populations, souvent en forte croissance.
Difficultés financières et dépendance à l'aide
Les PMA sont donc souvent en difficulté financière, donc souvent endettés, même si les créanciers effacent parfois tout ou partie de leur dette. L'aide publique au développement en provenance des pays riches et, de plus en plus, des pays émergents est souvent vitale pour des États dont les ressources sont dramatiquement faibles. Les flux financiers de l'aide au développement vers les PMA ont représenté environ 30 milliards de dollars par an ces dernières années.
III. Des améliorations inégales mais réelles
Progrès économiques et sociaux
Toutefois, les PMA ont connu une certaine amélioration dans la dernière décennie. Dans les années 2000, la croissance économique des PMA a, en effet, été supérieure à celle du reste du monde. Les niveaux d'endettement et de pauvreté ont diminué, les infrastructures se sont globalement améliorées, les marchés intérieurs sensiblement développés. Les maux les plus criants en matière de santé, de chômage, d'analphabétisme ont été réduits. Des évolutions notables ont également eu lieu sur les questions de gouvernance.
Disparités géographiques
Certes, ces progrès ne sont pas généraux : les parties des territoires touchées par les améliorations sont celles qui sont le plus en contact avec le reste du monde, comme les grandes régions urbaines ; les zones rurales reculées et enclavées demeurent dans une situation dramatique.
IV. Les Accords Commerciaux et les PMA
Engagements simultanés dans divers accords
Alors qu'ils poursuivent l'agenda de l'intégration régionale, les pays africains sont engagés en même temps dans un vaste champ de négociations et de contractualisation d'arrangements commerciaux bilatéraux, régionaux et multilatéraux. Les engagements juridiques pris à ces différents niveaux ont engendré un vaste réseau de droits et d'obligations ainsi que des éléments de politiques économiques et commerciales complexes qui opèrent comme un écheveau difficile à démêler.
Intégration régionale et Communautés Économiques Régionales (CER)
Tous les acteurs du continent reconnaissent que les pays africains n'ont pas d'autres choix pour faire face aux contraintes que génère la mondialisation et pour en saisir les opportunités que d'accélérer la transformation des petites économies fragmentées du contient en un ensemble économique structuré et cohérent. C'est pour cette raison que les Communautés économiques régionales (CER) ont été mises en place dans les régions africaines avec pour objectifs de construire la charpente institutionnelle de l’intégration et d’organiser la mutualisation des ressources et des projets. L'Afrique compte 14 CERs.
Défis de l'intégration au commerce mondial
L’on a souvent affirmé, à tort, que l’Afrique est peu intégrée au commerce mondial. Les analyses qui sous-tendent cette thèse sont souvent basées sur une approche quantitative ou statistique pour déterminer la place et le rôle de l’Afrique dans le commerce international. En vérité, l’Afrique souffre moins d’un déficit d’intégration que d’une mauvaise intégration dans l’économie mondiale. 43 des 54 pays africains sont Membres de l'OMC. Ils ont presque tous largement libéralisé et consolidé leurs tarifs alors que nombre d’entre eux, les Pays les moins avancés (PMA) en particulier, ne sont nullement obligés de le faire.
Accords de Partenariat Économique (APE)
L’Accord de Partenariat Économique (APE) est un accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne (UE) et les régions d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) pour remplacer les conventions successives de Lomé qui accordaient des préférences non réciproques à ces derniers. Le premier objectif des APE est de rendre le régime commercial UE-ACP compatible avec les règles de l’OMC, notamment l’article XXIV du GATT qui organise les accords commerciaux régionaux (ACR). Le second est de créer les conditions économiques favorables au commerce et à l'investissement pour corriger les imperfections du régime préférentiel de Lomé qui, après plus de trois décennies, n'a atteint aucun des objectifs qui lui étaient assignés.
Coexistence de pays en développement et de PMA dans les négociations
Les régions africaines négociant l’APE sont caractérisées par la coexistence de pays en développement et de Pays les moins avancés (PMA). Cette différence de nature implique aussi une différence au niveau des droits et des obligations vis-à-vis de l’OMC. Ainsi, alors que les PMA n’encourent aucun risque de perte de leur accès au marché européen en cas de non-signature de l’APE (car pouvant bénéficier de l’initiative « tout sauf les armes »), les pays en développement ont été pour la plupart obligés de signer un APE individuel pour préserver leurs avantages commerciaux sur le marché européen.
Nouveaux partenaires commerciaux : La Chine
L'ouverture de l'Afrique à des partenaires commerciaux non traditionnellement ancrés est une réalité, le plus important de ces nouveaux partenaires commerciaux de l'Afrique est la Chine. Sa présence en Afrique suscite de l'espoir chez certains. La Chine est perçue, à tort ou à raison, comme une alternative à un demi-siècle d’accords commerciaux avec l’Europe ayant produit des résultats plutôt mitigés, même s’il faut préciser que l’Europe est loin d’être la seule responsable de ces échecs.
V. Défis et Perspectives
Inégalités et Pauvreté
La géographie de la richesse et de la pauvreté montre de profondes inégalités. À toutes les échelles, il existe de forts contrastes de développement. Le développement, c’est l’amélioration générale des conditions de vie d’une population, lui permettant de satisfaire au moins tous ses besoins essentiels (eau, alimentation, soins, logement, éducation). La pauvreté ne cesse de reculer dans le monde.
Répartition Inégale des Richesses
La richesse est très inégalement répartie dans le monde. De profonds écarts s’observent à toutes les échelles : entre pays du Nord et pays du Sud, au sein des États et à l’intérieur des villes mêmes. Mais si la pauvreté a reculé dans le monde, les inégalités sociales s’accentuent. Réduire la pauvreté et lutter contre les inégalités sociales est le plus grand défi du XXIe siècle.
Développement Durable
Dans les pays en développement, il faut assurer à chacun la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire et le droit à une éducation de qualité, tout en préservant l’environnement.
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