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La Voie Romaine en Basse-Savoie : Tracé et Héritage d'Albinnum

L'empreinte romaine en Savoie, bien que moins visible que dans d'autres régions de France, est pourtant bien présente, notamment à travers le tracé des anciennes voies romaines. Cet article se propose d'explorer le tracé de la voie romaine qui traversait la Basse-Savoie, en mettant l'accent sur son importance pour le développement du vicus d'Albens, aujourd'hui un charmant village imprégné d'histoire.

Albens : Un Voyage au Cœur du Passé Gallo-Romain

L’origine gallo-romaine d’Albens est un point de départ essentiel. Il est possible de faire un voyage dans un passé vieux de 18 siècles. L'étude des civilisations passées, devenue une science aux techniques bien définies, dont la principale est la pratique des fouilles.

Des fouilles entreprises entre 1978 et 1981 par le Club d’archéologie du Collège Jacques Prévert ont révélé plusieurs niveaux d'occupation :

  • Le niveau le plus ancien est composé d’une épaisse couche de sable.
  • Un niveau où les hommes se sont installés, apportant de la céramique grise.
  • Le niveau de l’occupation romaine, le plus riche en vestiges : restes de murs grossiers, tuiles, clous, céramique. L'occupation romaine s'étend du début du Ier siècle au IVième siècle de notre ère.
  • Le niveau supérieur, le plus récent, correspond à la couche cultivée.

L'activité sur le terrain est porteuse d’informations, notamment grâce au ramassage de surface et au suivi des travaux. L’archéologue a intérêt à suivre ces travaux, à se rendre sur les chantiers car il pourra faire des découvertes et informer le personnel des chantiers de l’intérêt de ces découvertes.

Découvertes Archéologiques Révélatrices

Divers objets ont été découverts à Albens, témoignant de la vie quotidienne et des échanges commerciaux à l'époque romaine :

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  • Un miroir en bronze, exposé au musée savoisien de Chambéry. C’est un disque circulaire, plat, en bronze poli, d’un diamètre de 12cm.
  • Une urne cinéraire, découverte en 1863 lors de la construction de la voie ferrée.
  • Des bouteilles en verre, plus petites que leurs équivalents actuels (10 à 17cm), avec une panse carrée et une anse.
  • De la céramique sigillée, véritable banque d’images, dont la présence atteste d'un certain luxe.

La céramique, notamment la sigillée et les amphores, dévoile les itinéraires commerciaux. La céramique sigillée est une véritable banque d’images. Pour la clarté de l’exposé, nous ne retiendrons que deux catégories, la sigillée et les amphores. Ils produisent des vases selon des techniques qui évoluent peu. Les vases comportent presque toujours un décor en relief, obtenu à partir d’un moule en creux. Ces vases sont recouverts d’un vernis rouge donné par une très mince couche d’argile fine à forte teneur en oxyde de fer. Les principales formes produites (coupe, bol, assiette, pichet, …) ont été classées par certains érudits comme Dragendorf ou Oswald. Les formes variant avec la mode et la technique, on peut les dater. Les décors ayant déjà été présentés, il vaut mieux parler des estampillés que l’on trouve sur ces vases. Découvertes en grand nombre à Albens, elles sont souvent en mauvais état. Par leur forme, que l’on peut déduire des éléments précédents, il est possible de dire que certaines proviennent d’Espagne. Ce sont de grosses amphores à huile, de forme très ronde, et dont les grosses anses à section ronde portent souvent des marques. Sur l’une d’elle, on peut lire S. C. Cette carte ne nous renseigne que sur les importations, les achats effectués par les habitants du village. Ces importations viennent de la province de Narbonnaise, dont fait partie Albens, pour les verreries. La sigillée provient du Massif Central : Allier et Aveyron.

Le Rôle Crucial du Rhône et des Voies Fluviales

Une voie d’échanges privilégiée comme celle du Rhône ne pouvait manquer de jouer son rôle dans l’essor des échanges qui caractérise la « Paix romaine ». Il existait alors une batellerie active et organisée. Elle était entre les mains des corporations de NAUTES. Ces corporations assuraient non seulement la navigation mais aussi les ruptures de charges et les transferts par terre, sans doute entre l’Isère et le lac du Bourget, comme entre Seyssel et Genève, Annecy et la région. On ne peut s’appuyer sur aucun vestige ni figuration provenant du secteur Allobroge.

Divers types d'embarcations étaient utilisés :

  • Les radeaux (ratis), faits rapidement à partir de troncs ou poutres assemblés. De véritables trains de radeaux ou de bois flottants destinés à la construction circulaient sur le fleuve. Le radeau pouvait servir à assurer le passage des cours d’eau en guise de bac.
  • Les barques à fond plat, également appelées ratis.
  • Les bateaux (navis caudicaria), utilisés pour remonter le fleuve après avoir reçu la charge d’un bateau de haute mer. Ce type de bateau semble avoir été utilisé en aval de Seyssel. Des convois entiers de jarres et d’amphores lourdement chargées de vin, d’huile ou de blé remontaient le fleuve. Le commerce des lampes à huile, des céramiques sigillées s’effectuait de la même façon. Le centre de production devait se trouver à Vienne où Claranius, un des nombreux fabricants apposait son nom sur ses produits. Le port de Condate était sans doute majeur par l’importance de ses installations. Ce port a été très actif jusqu’à la fin du IIIe siècle. Il tirait son importance du fait que le Rhône n’étant plus navigable en amont, une rupture de charge s’imposait.

La Voie Romaine Terrestre : Un Axe Vital pour Albens

Par voie de terre, le transport était plus délicat. On peut s’imaginer les habitants d’Albens de l’époque se rendant à Condate pour s’y procurer vaisselle, lampes, huile, tuiles dans les boutiques bordant le port. Cette voie a aujourd’hui disparu, mais son tracé a été étudié par les érudits du siècle dernier, entre autre Charles Marteaux. Ainsi les habitants d’Albens pouvaient-ils se procurer ces produits venant des diverses régions de la Gaule ou de la lointaine Bétique. On a vu son importance dans les échanges.

Tracé et Vestiges de la Voie

La voie romaine, voie dallée, dont on a retrouvé des portions à Braille, aux Grandes Reisses (en 2 points), aux Coutres (en 3 points) et à Orly. Cette voie devait suivre, à peu près, le tracé de la voie ferrée, donc traverser le village du Nord au Sud, où après avoir passé le ruisseau de l’Albenche, elle suivait jusqu’à Orly le vieux chemin actuel.

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Albens : Carrefour Administratif et Religieux

Le vicus d’Albens était le chef-lieu du Pagus Dianensis ou Dianus, Pagus signifiant pays. Ce pagus devait s’étendre des vallées du Chéran et du Fier jusqu’au Rhône (Chautagne). Il était également nommé Pagus Albinnensi, ce qui a donné aujourd’hui l’Albanais. Le nom Albinnum est bien attesté par des inscriptions, dont une est visible sur les murs de l’église de Marigny-Saint-Marcel. Voilà le nom d’Albens connu depuis l’antiquité ! Le nom « Albinnum » contiendrait la racine ligure ALBA, dont le sens pourrait signifier blanc.

Le culte de Mercure est attesté à Albens par une inscription CIL, XII, 2490. Sur l’emplacement de l’ancienne église et du cimetière, ont été mis à jour un « plan uni, pavé de dalles », des colonnes et des chapiteaux. À partir de ces quelques éléments, on peut dire que, sous la dynastie des Sévères (193-235), on pratiquait le culte impérial et on vénérait Mercure à Albens. L’existence d’un relais est présentée comme probable. Elles devaient être disposées tout le long de la voie.

Organisation de l'Habitat et Nécropoles

Des habitations, nombreuses aux Coutres (au Nord de la RN 201), présentent fréquemment des murs en galets. L’eau provenait peut-être de la conduite en tuiles cimentées qui alimentait les thermes. Les cimetières romains étaient placés le long des voies, à la sortie des villes. Au total, sept épitaphes furent mises à jour. C’est dire l’importance de la nécropole. Lors de la construction du collège, entre 1976 et 1978, de nombreuses tombes en molasse ont été mises à jour et en grande partie détruites par l’ouverture du chantier du collège. Toutes ces tombes étaient orientées Est-Ouest. Le mort, allongé sur le dos, avait la tête à l’Ouest, tourné vers le couchant. Aucun mobilier significatif n’accompagnait les morts. Déjà en 1878, lors de la construction des écoles, on avait trouvé des tombes en molasse, de grands squelettes et des bracelets.

La Vie Économique d'Albinnum

L’importance des domaines agricoles nous conduit tout naturellement à nous pencher sur l’activité des habitants d’Albinnum.

  • L’activité principale était l’agriculture. Le blé tout d’abord. La vigne était également connue, certainement cultivée sur les coteaux de Pouilly.
  • L’élevage est attesté par les résultats des fouilles entreprises.
  • L’artisanat est représenté par des pesons ou contrepoids de métier à tisser. Six exemplaires ont été découverts. Des restes de fours (deux ?) ont été mis à jour également. On sait que l’on utilisait des fours très rudimentaires : dans une fosse, enduite d’argile, on plaçait les objets à cuire, que l’on recouvrait de bois, et le tout d’une voûte en argile (ce qui limite les déperditions caloriques et concentre la chaleur). La cuisson terminée, on cassait la voûte d’argile pour récupérer les objets cuits.

Le Siaix : Un Point de Passage Stratégique sur la Voie Romaine

L'Étroit du Siaix, situé sur la commune de Saint-Marcel, dans la Vallée de Tarentaise, représente un point de passage historique crucial. Ce verrou impressionnant a toujours posé un défi de franchissement pour accéder à la Haute Tarentaise ou à l'Italie par le Col du Petit Saint-Bernard.

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Les Défis de Franchissement à Travers les Âges

Deux rocs se sont séparés, laissant couler les eaux de l'Isère. Si l'eau a trouvé son chemin, les hommes ont eu plus de difficultés. La route actuelle passe à mi-hauteur dans un tunnel. Avant ce tunnel, la RN90 serpentait au même niveau, à flanc de montagne. Auparavant, la route dite "sarde" passait plus haut dans le rocher. Bien avant cela, le chemin se trouvait au fond du précipice : c'était la voie romaine, dont il reste des vestiges.

La Voie Romaine et ses Successeurs

La route sarde, comme la voie romaine, était souvent bloquée par des chutes de pierres lors des périodes de dégel ou de fortes pluies. Pour résoudre ce problème, un projet de contournement avec un tunnel a été étudié à partir de 1866, mis en œuvre en 1872 et inauguré en 1874. Ce nouveau tracé a permis à la RN90 de se frayer un passage à flanc de montagne. Ce passage, qui partait sur la droite, à hauteur du tunnel actuel, a été désaffecté en 1990, lors de la mise en service du "Tunnel du Siaix".

Vestiges et Évolution du Tracé

Le tracé antique au fond de vallée a été utilisé jusqu'en 1766, puis déclassé au profit d'un tracé plus haut, appelé route sarde, réaménagé à l'époque de Charles-Emmanuel III. La mise en œuvre de ce tracé a requis beaucoup de hardiesse et de technicité. Il faut se rappeler que les cols alpins étaient fréquentés depuis très longtemps (3000 à 2500 avant JC).

Importance Historique et Militaire

Vers -500, la peuplade celte des Allobroges s'installe dans les Alpes du Nord. Le défilé ou Étroit du Siaix a probablement été le lieu du combat le plus meurtrier subi par l'armée d'Hannibal lors de sa traversée des Alpes en -218. De plus, lorsque César conduisait ses légions pour contrer les Helvètes, il mentionne que les Ceutrons occupèrent les hauteurs et tentèrent de s'opposer à son passage.

Vestiges Actuels et Reconstitution du Tracé

En arrivant à hauteur de Saint-Marcel, la voie redescendait régulièrement à flanc de coteau pour rejoindre le pied de la falaise et les rives de l'Isère. Ce passage n'est plus visible car il a été recouvert par une décharge de déchets industriels. Après avoir parcouru environ 500m, les vestiges d'un mur important apparaissent.

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