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Accouchement à Domicile et Histoire de l'Art : Une Perspective Française

Introduction

L'accouchement à domicile, une pratique marginale en France, suscite des débats passionnés. Cet article explore cette option en s'appuyant sur des données factuelles et des études, tout en intégrant une perspective historique et artistique à travers l'exemple de Sofonisba Anguissola, une artiste de la cour espagnole dont l'œuvre révèle des aspects intimes de la vie royale.

Risques et Sécurité des Accouchements à Domicile

Les autorités de santé recommandent d'accoucher dans des structures médicalement sécurisées en raison des risques potentiels pour la mère et l'enfant lors des naissances hors maternité. En cas d'accouchement à domicile, la sage-femme est seule avec la maman enceinte et son compagnon. Elle n’a aucun matériel à sa disposition (oxygène, poche de sang, forceps ou ventouse) pour traiter les complications éventuelles. Celles-ci, qu’elles concernent la mère ou le bébé, nécessiteront le transfert par ambulance dans un hôpital ou une clinique. En cas de difficulté, c’est surtout l’enfant qui risque de souffrir. Un travail prolongé le prive d’oxygène et à domicile, il n’y a pas de moyens de le ranimer. La maman, peut également souffrir en cas de travail très prolongé. Après l’accouchement, il y a aussi un risque d’hémorragie si le placenta ne se décolle pas ou partiellement.

Le Rôle de la Sage-Femme dans l'Accouchement à Domicile

Ce qui permet à une sage-femme d’accompagner un couple pour une naissance à domicile est la relation qui s’établit entre eux trois, la confiance réciproque étant l’élément primordial. Parfois, elle n’y sera pas autorisée. Elle surveillera en particulier l’état respiratoire et neurologique du nouveau-né, l’apparition ou non d’un ictère et fera les tests de dépistage recommandés. En cas de problème concernant la mère et/ou l’enfant, elle devra faire appel au médecin de famille ou à un pédiatre. En effet, la compétence médicale de la sage-femme est limitée à la normalité. La sage-femme accompagne la femme en lui apportant toute son attention, ses compétences en gestion non médicamenteuse du travail et de la douleur et n’intervient de façon technique qu’en cas de pathologie pour effectuer tous les gestes d’urgences qui s’avéreraient nécessaires en l’attente d’un transfert (dispositifs médicaux, médicaments, oxygène…).

Prévalence et Organisation de l'Accouchement à Domicile en France et en Europe

L’accouchement programmé à domicile en France concerne environ 2000 femmes chaque année sur 800 000 naissances par an soit 0,2 % des naissances. Dans les pays d’Europe la proportion de femmes accouchant chez elles varient de 1% à 15% selon le niveau de reconnaissance et d’organisation de cette pratique par les autorités du pays. Selon une enquête de l’Ordre des sages-femmes, seules 72 sur 1615 pratiquent l’accouchement à domicile, ce qui ne représentait, en 1988, que 4% des sages-femmes. Seulement 5% des sages-femmes pratiquant les accouchements à domicile étaient assurées (assurance professionnelle).

L'Accouchement Accompagné à Domicile (AAD) : Une Approche Sécurisée

L’accouchement accompagné à domicile (AAD) est un accouchement planifié avec une sage-femme, professionnelle de santé à compétences médicales. La présence de celle-ci permet d’assurer la surveillance du bien être maternel et fœtal et de prendre des mesures médicales en cas de besoin. Les femmes ont un dossier en maternité (obstétrique et anesthésie) afin de faciliter la continuité des soins. Bien que la formation initiale française ne prévoie pas d’enseignement spécifique à l’accouchement extrahospitalier, des sages-femmes françaises ont su pallier ce manque.

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La communauté des sages-femmes AAD permet des compagnonnages avant installation. De plus en plus de sages-femmes qui offrent les AAD, participent aux formations en réanimation néonatales de leurs réseaux périnataux. Des formations continues sont offertes autour des thèmes spécifiques et notamment la gestion des urgences obstétricales et néonatales en milieu extrahospitalier. En France il n’existe pas de « liste » de matériel pour un AAD, mais les sages-femmes ayant une obligation de moyen pour assurer leurs soins, s’équipent de tous les médicaments et dispositifs médicaux leur permettant de surveiller le déroulement physiologique de la naissance et de ses suites immédiates.

Sélection des Candidates à l'AAD et Protocoles de Sécurité

Les femmes qui sont suivies en vue d’un AAD sont des femmes en bonne santé et dont la grossesse se passe normalement. Certaines conditions médicales contre-indiquent l’accouchement à la maison comme une naissance de jumeaux, un bébé qui se présente par le siège… Les sages-femmes étudient avec la famille la faisabilité du projet au cours de la grossesse qu’elles analysent au regard de l’histoire individuelle de chacune. Elles se basent notamment sur les critères HAS (Haute Autorité de Santé) pour le suivi et l’orientation des femmes enceintes (5) pour évaluer si la femme est bien à bas risque tout au long de la grossesse En l’absence de recommandations spécifiques aux naissances extra-hospitalières elles se réfèrent aux recommandations HAS pour l’accouchement normal (6) et à toutes recommandations utiles en fonction de la problématique qui se présenterait.

Si la femme souhaite finalement bénéficier d’une analgésie péridurale (ce qui a été le cas pour moins de 2% des femmes en 2018) ou que son accouchement nécessite une intervention médicale non possible à domicile, la sage-femme organisera son transfert vers l’hôpital où elle s’est inscrite durant la grossesse. Du fait de cette possibilité, la distance entre le domicile de la famille et l’hôpital le plus proche doit être vérifiée, afin de s’assurer que le délai d’intervention reste compatible avec la gestion des urgences. Selon les régions la sage-femme restera auprès de la famille une fois le transfert effectué à l’hôpital ou devra cesser son accompagnement si l’accès aux salles de naissance lui est refusé.

Avantages et Considérations Psychologiques de l'Accouchement à Domicile

L’avantage d’une naissance à domicile est que la famille reste unie, le père n’est pas séparé de sa femme et de son enfant, les aînés peuvent profiter de cet événement également. La femme entourée, de son conjoint et de la famille proche, peut vivre à son rythme sans contraintes liées à l’organisation des établissements de santé ce qui est plus reposant. La sage-femme surveillera la bonne adaptation de l’enfant à la vie extra-utérine, l’apparition ou non d’un ictère et fera les tests de dépistage recommandés. Elle accompagnera la femme dans la mise en place de l’allaitement maternel si c’est son choix ou dans le sevrage. Les sciences modernes nous ont permis de comprendre à quel point l’environnement physique, spirituel et psychodynamique influence l’issue d’une naissance et la santé globale de la femme et de l’enfant à long terme.

Intimité et Art à la Cour d'Espagne : Le Cas de Sofonisba Anguissola

Cet article analyse la notion d’intimité dans le cadre du séjour à la cour de Philippe II d’une artiste italienne, Sofonisba Anguissola (1532 ?-1625), engagée en 1559 comme dame de compagnie ou plutôt comme « artiste de compagnie » de la jeune reine Isabelle de Valois. La première partie s’attache à démontrer comment des portraits, aujourd’hui conservés dans une salle peu fréquentée du musée du Prado à Madrid, reflètent l’étroite relation de l’artiste italienne avec ses modèles, et ce jusqu’en 1573, date à laquelle elle quitta la cour. This study analyses the notion of intimacy within the context of the Spanish Golden Age during the stay at the court of Philip II of an Italian artist, Sofonisba Anguissola (1532?-1625), employed in 1559 as lady-in-waiting or “companion artist” of the young queen Isabelle of Valois. A gallery of portraits gathered in a quiet room of the Prado Museum in Madrid, is enquiring us about the intimate relation between the Italian artist and its models inside the royal family during her stay in Spain, which will end in 1573.

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La Notion d'Intimité : Définitions et Évolution Historique

L’intimité est un sujet indéchiffrable voire insaisissable : partons donc de la notion et de l’étymologie du mot « intime » et de son substantif dérivé « intimité » pour essayer de mieux comprendre ses déclinaisons et nuances. « Intime » et le substantif qui en dérive, « intimité », vient du latin intimus : intrinsèque, familier, désignant quelque chose qui va au cœur, au plus profond, à l’intérieur, là où réside le secret, ce qui le rapproche du mot familiaritas, familiarité. Intimus est associé, en latin, à interior2. On arrive naturellement aux expressions « être familier avec quelqu’un », « ami intime », « intime de la famille », des expressions en usage depuis Cicéron.

La notion d’intimité a justement été étudiée, dans les années 1980, par le courant de l’histoire des mentalités. Philippe Ariès y arrive par le biais de la notion de « privé », saisissant ainsi les évènements qui auraient modifié les mentalités. En particulier c’est l’idée du « soi » avec l’essor de la société de cour, le développement de l’alphabétisation, la piété intérieure, une attitude nouvelle face au corps, l’écriture, le goût de la solitude, un nouvel art de vivre - en privilégiant les lieux intérieurs - et une nouvelle conception de la famille qui manifestent ce changement. Changement, souligne Ariès, qui réside dans un resserrement de la sociabilité, qui disparaît en partie de l’espace de la rue, de la Cour, de la communauté, pour se confondre et se recentrer sur la famille, la vie domestique voire sur l’individu lui-même5.

L'Intimité à la Cour d'Espagne : Un Contexte Particulier

La notion d’intime que nous allons explorer se situe dans un contexte particulier, celui de la cour espagnole au Siècle d’Or. La Cour, comme sa définition l’évoque, est un lieu apparemment clos, enfermé. Depuis la définition de la « société de cour » du sociologue Norbert Elias, la cour apparaît comme le laboratoire du contrôle et de l’observation de soi.8 Elle reste un lieu élitiste, une société à la fois fermée et cosmopolite9. Elle est donc le lieu de l’intime mais aussi de sa sociabilité, de sa mise en relation. La définition du mot renvoie au latin cohors10 c’est-à-dire la partie d’une légion, mais aussi l’enceinte, l’espace fermé, et en fin de compte le lieu où l’on habite, désignant également la maison. Les notions d’intime et de Cour sont ainsi indiscutablement entrelacées, comme les sphères du public et du privé qui n’y sont pas opposées mais complémentaires.

Nous sommes dans les appartements privés du roi dans le palais monastère de l’Escurial, dans le plus vaste et puissant royaume de l’époque. Une jeune femme étrangère, originaire de Crémone en Italie - terre qui appartient à l’époque aux domaines espagnols de Lombardie - devient, par le biais de l’Art, très proche d’une jeune reine étrangère et de ses petites filles qui seront bientôt orphelines, en deuil de leur mère. Après le décès de la reine, on aperçoit dans ces mêmes lieux, un roi veuf, inconsolable, à qui le devoir impose de ne pas pleurer longtemps sur ses disgrâces et de donner un héritier à sa dynastie.

Sofonisba Anguissola : Une Artiste au Cœur de l'Intimité Royale

Tout commence, pour la jeune femme protagoniste de ce récit intime, par le lien entre la Lombardie et l’Espagne13. Sofonisba Anguissola naît à Crémone, dans la même région féconde du nord de la péninsule où naîtra une génération plus tard, Michelangiolo Merisi da Caravaggio, le Caravage, maître de l’ombre et de la lumière. Sofonisba Anguissola, elle, naît probablement en 1532.

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Patricien accablé par des infortunes économiques, Amilcare, le père de Sofonisba, se retrouve dans l’obligation de gérer le placement coûteux de cinq filles, ce qui se traduit à cette époque soit par l’entrée au couvent, soit par un mariage. La vocation artistique de Sofonisba dans cette famille où les femmes peuvent exercer leurs talents ne tarde pas à se révéler : les parents, décision surprenante pour l’époque, permettent à leurs filles d’intégrer une bottega de peinture chez un maestro, précisément chez Bernardino Campi, ancien élève de Giulio Romano, Jules Romain. 1549 est une date importante dans la vie de Sofonisba avec la visite à Crémone du prince héritier Philippe15. Campi, le maestro de Sofonisba, installe des machines triomphales pour accueillir le prince, il est probable que Sofonisba ait assisté à la parade avec sa famille. La réputation de la jeune artiste se répand très tôt, elle entre à la cour des Gonzague à Mantoue et aussi à Ferrare chez les Este où elle fait des portraits aujourd’hui perdus de duchesses et hauts dignitaires. Elle aime aussi le genre à la mode de l’autoportrait - qui révèle lui-même un certain goût de l’intime et du « soi » - qu’elle va continuer de pratiquer, même lorsqu’elle sera devenue bien âgée16. Le père agit comme impresario et tisse des relations pour placer les tableaux de sa fille et accroître sa renommée.

1559 est l’année du changement pour Sofonisba et aussi celle du traité de Cateau-Cambresis entre l’Espagne et la France. La paix est rétablie en Europe et l’Espagne conserve ses possessions dans les Flandres : pendant un siècle elle gouvernera sur une partie du vieux continent comme « le gendarme de l’Europe ». Le roi Philippe II déjà veuf de Marie Tudor, épouse Isabelle de Valois, fille d’Henri II et de Catherine de Médicis. Via la Lombardie espagnole et la Valteline, Philippe a deux alliés de poids : les Piémontais et les Génois. Le troisième duc d’Albe, Fernando Álvarez de Toledo y Pimentel, nommé par Charles Quint vice-roi de Naples et capitaine général de Milan, ainsi que d’autres membres du vice royaume, notamment le noble italien Broccardo Persico, proposent au roi la jeune peintre italienne comme dama de compañía pour la nouvelle reine qui aime tant dessiner. Comme l’écrit Jorge Sebastián Lozano, Sofonisba est engagée, comme nous le dirions aujourd’hui, comme artista de compañía17, expression plus pertinente que dama de compañía vue son activité parallèle qui distinguait l’Italienne des autres femmes de la Cour.

Sofonisba va passer de très longues années à la cour d’Espagne où elle appartient à la Maison de la Reine. La jeune femme quitte rapidement Milan en 1559 et s’embarque pour l’Espagne - probablement à Gênes ou à Savone - avec d’autres courtisans. Les relations hispano-italiennes étaient à leur apogée à cette époque. Marchands, banquiers, artistes, asentistas, provenant non seulement des domaines espagnols en Italie mais aussi d’autres États - en particulier de la République génoise dont les banquiers étaient devenus indispensables aux finances espagnoles - faisaient de longs séjours en Espagne et parfois s’y établissaient19. Sofonisba n’avait jamais vu la mer, pourtant elle jouera un rôle important tout au long de sa vie : elle perdra son premier mari durant un naufrage et rencontrera son deuxième mari, le génois Orazio Lomellino sur un bateau. Environ huit jours de navigation furent nécessaires pour que Sofonisba arrive à Barcelone. La caravane traversa ensuite la péninsule ibérique le long du Camino Real. Mais la jeune reine n’était pas encore arrivée à Madrid. Ce fut Jeanne, sœur du roi, déjà régente durant ses absences, qui dut accueillir Sofonisba.

Avec sa nouvelle cour - toute princesse devenant reine à l’étranger quittait à jamais son environnement avec ses usages et habitudes y compris en abandonnant la plupart de ses dames de compagnie - Isabelle arriva à Madrid en janvier 156024. Elle n’avait pas encore quatorze ans. Coïncidence, le même âge que sa mère quand elle épousa Henri II.

Les relations des ambassadeurs italiens à la cour espagnole procurent quelques renseignements sur Sofonisba28. Elle se distingue par sa grâce dans la danse de la gaillarde, très en vogue à l’époque. La danse avait un rôle important aussi à la cour des Valois et la jeune reine s’y adonnait. Le roi encourage la passion pour le dessin de la reine et on imagine la première rencontre entre cette jeune femme à peine adolescente et la jeune artiste prête à l’accompagner dans la découverte de son nouveau pays. Ces deux jeunes femmes commencent, d’après les témoignages rédigés par les correspondants français de la reine Catherine, à travailler ensemble : Isabelle demande l’envoi de crayons de couleurs au peintre de cour Jean Fouquet, probablement son premier maestro à Paris. Certains témoins, probablement désarçonnés par son prénom si peu courant, ne savent pas dire si Sofonisba est française ou espagnole. Parmi les dames étrangères à la cour, elle semble être à cette époque la seule italienne et a droit comme toute dame de bénéficier de domestiques à son service. L’Italienne n’était pas officiellement peintre de cour, mais, d’après des correspondances de « familiers » (donc de gens intimes de la reine à la cour), on perçoit que la relation entre la jeune reine et l’artiste ne fut jamais ordinaire. Dès le début, Sofonisba fut molto favorita sua et semble bel et bien une « familière » d’Isabelle, donc une « personne intime ».

Quand la reine attrape la vérole, un ambassadeur de Mantoue, Girolamo Negri, écrit que le roi resta au chevet de son épouse de manière peu compatible avec le soin de la dignité royale. Nous rentrons donc déjà dans des considérations relevant de l’intime.

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