Introduction
Vincent Valinducq, un médecin généraliste de 42 ans, s'est fait connaître du grand public grâce à son parcours atypique et son engagement en tant qu'aidant auprès de sa mère atteinte d'une maladie apparentée à Alzheimer. De docker au Havre à chroniqueur santé sur France 2, son histoire est celle d'une vocation tardive et d'un dévouement sans faille. Son témoignage, à travers son livre "Je suis devenu le parent de mes parents", met en lumière les défis et les réalités des aidants, tout en plaidant pour une meilleure reconnaissance et un soutien accru.
Un Rêve d'Enfant et les Racines Havraises
Depuis son plus jeune âge, Vincent Valinducq nourrissait le rêve de devenir médecin. Pourtant, il grandit dans une famille de dockers du port du Havre, un milieu ouvrier où le sentiment d'appartenance à la corporation était très fort. Son grand-père, son père, les frères de sa mère, ainsi que son propre frère, Sébastien, étaient tous dockers. Malgré des moyens modestes, la famille ne manquait de rien et était élevée avec beaucoup d'amour et de bienveillance.
À 18 ans, Vincent Valinducq décide d'honorer le souhait de son père et devient docker. Cependant, il ne renonce pas à ses aspirations scientifiques et poursuit parallèlement ses études. Étudiant le jour et docker la nuit, il se consacre à ce qu'il considère comme sa raison de vivre.
La Vocation Médicale et le Choix de la Médecine Générale
Après avoir exercé comme docker sur le port du Havre à partir de 1999, Vincent Valinducq se lance dans des études de médecine sur le tard, qu'il réussit avec brio. Toujours à contre-courant, il choisit la médecine générale, une spécialité qu'il considère comme la plus exigeante et la plus difficile, contrairement à l'avis de ses pairs. Il obtient son doctorat à 33 ans et exerce depuis 2015 en tant que médecin généraliste à Paris.
L'Exposition Médiatique et l'Engagement pour les Aidants
Vincent Valinducq se fait connaître du grand public en 2019 grâce à la série documentaire "Zones bleues, les secrets de la longévité", diffusée sur France 5. Cette expérience lui ouvre les portes de Télématin sur France 2, où il tient depuis février 2020 une chronique santé.
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C'est en 2009 que la vie de Vincent Valinducq bascule lorsque sa mère, alors âgée de 52 ans, commence à manifester les premiers symptômes d'une maladie apparentée à Alzheimer. Pendant les quatorze années de combat menées à ses côtés, il ressent l'envie d'écrire un livre pour porter la voix des aidants.
Son livre, "Je suis devenu le parent de mes parents" (éd. Stock, 2023), est un récit poignant et pudique de son parcours d'aidant. Il y raconte son expérience, les difficultés rencontrées, mais aussi l'amour et la force qui l'ont animé. Il y décrit son rôle d’aidant auprès de sa jeune maman qui souffre d’une maladie neurodégénérative, un “ Alzheimer apparenté ”. Il ne voulait pas qu’il soit sombre. Les journalistes et lecteurs qui l’ont découvert m’ont assuré qu’il était très lumineux. Il y a beaucoup d’amour dans cet ouvrage, et ceux qui ont vécu des situations similaires ont souvent trouvé, étonnamment, du réconfort en se remémorant des moments nostalgiques. En mettant des mots sur ce qu’ils ont pu ressentir, ils y ont trouvé du soulagement. À l’époque, j’avais des réticences à me définir comme aidant, mais aujourd’hui, je suis fier de ce rôle. J’ai souvent été réticent à parler de cette expérience, craignant de déranger les autres, mais c’était une erreur.
La Répartition des Rôles au Sein de la Famille
Vincent Valinducq a été aidant auprès de sa mère Nadine, aux côtés de son père Denis et de son frère Sébastien. Il explique que les rôles se sont distribués de manière logique, selon une systémie familiale. Au début, on ignore que l’on tient ce rôle. On commence par gérer les symptômes mineurs, comme allumer la télévision ou préparer le café. Avec le temps, la maladie progresse, et les tâches deviennent plus complexes. Par exemple, mon père a commencé par mettre une paire de chaussettes, puis a enchaîné avec le pantalon et, finalement, a pris en charge la toilette. Chacun a pris en charge ce qui lui semblait le plus approprié.
Vincent Valinducq s'occupait des aspects médicaux et paramédicaux à Paris, gérant les rendez-vous, les médicaments et la surveillance des traitements. Son frère, habitant au Havre, s'occupait de la logistique quotidienne, comme les factures, le remplissage du frigo, l'entretien du jardin, et sortait avec sa mère pour permettre à son père de souffler un peu.
La Reconnaissance du Rôle d'Aidant
Vincent Valinducq souligne l'importance de reconnaître son rôle d'aidant. L’une des difficultés des aidants est de comprendre qu’ils ont ce rôle. La première étape est de réaliser qu’on dépasse le simple statut de fils, mari ou parent d’un malade. Un jour, en écoutant la télévision, une journaliste a utilisé le terme “aidant”, et j’ai eu une révélation : c’est exactement ce que je vivais. À ce moment-là, j’ai compris que je n’étais pas seulement le fils, mais que j’avais un rôle spécifique. Bien que cela n’ait pas changé fondamentalement ce que je ressentais, cela a été un soulagement de mettre un nom sur quelque chose qui semblait tellement naturel et inévitable. Cela a aussi eu un effet déculpabilisant. Il est parfois difficile de ne pas se sentir coupable quand on pense qu’on ne fait pas assez. En tant que fils, on peut se dire que l’on est peut-être indigne de ne pas être à la hauteur, même si on donne tout ce qu’on peut. Comprendre que ce rôle dépasse la simple relation familiale a été important.
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Reconnaître son rôle d’aidant permet également d’accéder aux aides disponibles, qu’elles soient humaines, financières ou matérielles, et de mettre en place des adaptations du domicile. Cela aide aussi à prendre conscience de la fragilité des aidants.
La Fragilité des Aidants et le Sacrifice de Soi
Vincent Valinducq insiste sur la fragilité des aidants, qui mettent souvent de côté leurs propres besoins pour s'occuper de leur proche malade. Il est souvent avancé qu’un tiers des aidants décèdent avant la personne aidée. Son père, par exemple, a énormément mis de côté ses propres besoins pour s’occuper de sa mère. Il veillait aussi sur les moindres bruits la nuit, changeait les draps lorsqu’il y avait des incidents… et dormait moins, un sommeil de mauvaise qualité. A force de replacer sa mère sur son fauteuil, nous avons développé des troubles musculosquelettiques. J’ai moi-même souffert d’une épaule douloureuse pendant un an. Mon père négligeait sa propre santé, mangeait peu, dormait peu, se concentrant entièrement sur le bien-être de ma mère. Il en était conscient mais me répétait « on verra ça après, le plus important : c’est ta mère ». Au-delà de l’épuisement, mon père n’avait plus de ressources, et sa santé cardiovasculaire était également fragile. Il était complètement épuisé, mais il est parvenu à tenir un mois et demi après ma mère.
Les Recommandations de Vincent Valinducq pour Mieux Aider les Aidants
Fort de son expérience, Vincent Valinducq formule plusieurs recommandations pour améliorer le soutien aux aidants :
- Améliorer la formation médicale : Permettre aux médecins de mieux repérer les aidants, car lors de ses études, il n’a pas appris le terme “aidant” ni les solutions à proposer aux patients dans ce contexte.
- Améliorer l'orientation vers les ressources appropriées : Développer une plus grande sensibilisation parmi les médecins traitants et dans les services des ressources humaines des entreprises. Orienter les patients vers les bonnes structures, comme les Centres de Services et de Coordination (CS-Clic), ainsi que les associations spécialisées en fonction des pathologies des personnes aidées.
- Simplifier le parcours du combattant des aidants : Créer un guichet unique pour centraliser les démarches, car le système est tellement complexe et labyrinthique, chronophage, avec une multitude d’acronymes et d’organismes, qu’il est facile de se perdre.
- Améliorer le soutien aux salariés aidants : Envisager une flexibilité dans l’emploi du temps des salariés aidants, et offrir un accompagnement similaire à celui dont bénéficient les parents d’enfants malades.
- Former des aidants professionnels et uniformiser la formation des auxiliaires de vie.
L'Impact Économique et Social des Aidants
Vincent Valinducq souligne l'impact économique et social des aidants, qui représentent une économie potentielle de 11 milliards d’euros pour la société. Son père, qui était aidant à temps plein, assumait les tâches d’un infirmier, d’un kinésithérapeute, d’une aide-soignante, etc. 24 heures sur 24. Si demain les 11 millions d’aidants en France se retrouvent dans l’incapacité de poursuivre leur rôle, la conséquence serait catastrophique. Cela se traduirait par un afflux massif de personnes vers les hôpitaux, les services d’urgence et les généralistes.
La Sensibilisation et la Reconnaissance du Statut d'Aidant
Vincent Valinducq insiste sur la nécessité de sensibiliser le public et les professionnels de santé à la réalité des aidants. Une campagne de sensibilisation pourrait être bénéfique, non seulement pour informer les médecins et les réseaux sociaux, mais aussi pour aider les aidants à s’identifier comme tels. Cette campagne pourrait permettre à ceux qui aident un proche au quotidien de reconnaître leur statut d’aidant. Il pourrait ainsi comprendre qu’il existe une différence entre être un mari, une fille ou un fils, un parent, et assumer le rôle d’aidant. Le passage à ce statut peut être difficile à reconnaître et à accepter.
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Il est essentiel de poser les bonnes questions pour quantifier les besoins des aidants et comprendre la portée de leur charge. Cela inclut de déterminer le nombre d’heures par jour ou par semaine consacrées à l’aide, les moments de la journée où cette aide est fournie, ainsi que la durée totale de ces activités. Il faut aussi évaluer la charge mentale, les troubles musculosquelettiques, les problèmes de sommeil, et les troubles de l’alimentation. Les conséquences indirectes doivent également être examinées, telles que l’impact sur la vie sociale et professionnelle, les rendez-vous annulés, et le temps personnel accordé.
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