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Lucie Adelsberger : Une Pédiatre à Auschwitz, Témoin de l'Horreur et de la Résilience

Lucie Adelsberger, une pédiatre allemande juive de renom, a laissé un témoignage poignant sur les horreurs du camp d'Auschwitz-Birkenau, où elle fut déportée et affectée à l'infirmerie. Son récit, écrit peu après sa libération, offre une perspective unique sur la vie dans le camp, la déshumanisation des victimes et les actes de solidarité qui ont permis à certains de survivre. Ce témoignage, à la fois clinique et profondément humain, résonne comme un appel à ne jamais oublier les atrocités de la Shoah.

Un Témoignage Précoce et Essentiel

Peu de temps après sa libération, Lucie Adelsberger, pédiatre de renom, a écrit un important témoignage sur le « camp des Tsiganes » à Birkenau. Son livre, paru en allemand en 1956 aux États-Unis, est un des premiers parus sur Auschwitz. Il s'apparente aussi au document que Levi avait rédigé en 1945 avec son ami Leonardo De Benedetti, comme lui survivant du camp de Buna Monowitz, à la demande des autorités russes du camp de Katowice, où ils avaient été transférés après leur libération par l’Armée rouge. Ce rapport d’une douzaine de pages, qui décrivait l’état des détenus et les maladies dont la plupart mouraient, fut publié de manière confidentielle par la revue médicale Minerva Medica.

Le Parcours d'une Médecin Juive dans l'Allemagne Nazie

Née en 1895 dans une famille juive de Nuremberg, Lucie Adelsberger commence sa carrière de médecin en 1919. Elle s’installe à Berlin, devient une brillante allergologue et pédiatre, et intègre le prestigieux Institut Robert-Koch avant d’en être chassée par les lois nazies. Dès 1933, elle fait partie « de la charrette des 18 membres de l’Institut Robert-Koch licenciés pour appartenance à la race juive ». Les lois de Nuremberg (15 septembre 1935), lui interdisant d’exercer la médecine, l’ont aussi privée de logement. Refusant un poste aux États-Unis pour rester auprès de sa mère grabataire, elle est déportée en 1943 à Auschwitz. Avant d’émigrer, elle écrit le 27 septembre 1946 : « L’Allemagne m’a amèrement déçue et je ne peux plus y retourner, intérieurement, pas plus qu’un homme ne retourne vers une femme qui l’a trompé avec bassesse.

La Déportation et l'Arrivée à Auschwitz

Le 17 mai 1943, Lucie fait partie du convoi n° 38 de 395 personnes qui, de la gare de Moabit, s’ébranle pour Auschwitz. Sa description du voyage dans un wagon de marchandises et l’arrivée au camp de Birkenau semblent écrites de la même plume, de la même encre que celle de Primo Levi. Les projecteurs, les SS, les chiens, la sélection ; puis le départ des personnes âgées, des femmes et des enfants en camion vers les chambres à gaz. « Ne reste sur le carreau qu’un petit groupe, à peine un tiers. Lucie lit sur une étroite planche en noir sur fond vert : Camp de concentration d’Auschwitz II. FKL.

L'Expérience au Camp d'Auschwitz-Birkenau

À Auschwitz-Birkenau, Lucie Adelsberger, pédiatre de renom, portait le matricule 45171. Le 21 mai, Lucie est affectée au « camp des familles » où 23 000 Tsiganes furent déportés à Auschwitz à partir de 1943, sur l’ordre de Himmler. Lucie fut chargée, avec deux pédiatres berlinoises, de « prendre soin » des enfants, avec des moyens inexistants. « Nous fûmes vêtues de neuf au magasin d’habillement avec du linge, des chaussures, une jolie robe et une blouse de travail d’un blanc éclatant. Pour couronner le tout, chacune de nous reçut une deuxième parure de linge pour le change. On lui désigna une paillasse et des « couvertures crasseuses, souillées de crachats et d’excréments » au bas d’un châlit à trois étages. Une infirmière allemande du Reich, qui souffrait du typhus, proposa aux trois pédiatres de dormir à ses côtés sur sa couche, dotée d’un drap blanc et d’une couette propre. Au camp des familles, les enfants vivaient dans la crasse et souffraient de la variole, du typhus, de la dysenterie et, comme tout le monde, de la faim.

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Un Témoignage de Solidarité et de Résistance

Malgré l'horreur, elle témoigne de la solidarité entre les détenues, de leur courage et de leur volonté de survivre. Au mois de mai 1944, les SS décidèrent de gazer les Tsiganes. Ces derniers, secrètement informés, refusèrent de sortir des baraques, armés des pelles et de barres de fer utilisées pour le travail. Momentanément, les SS se retirèrent.

Un Style d'Écriture Précis et Pudeur

Dans une langue précise et pudique, elle dit la puanteur, la faim, la saleté, la peur. Elle évoque les malades, les enfants, les tsiganes parqués à part. Ce qui marque dans ce témoignage, c'est sa retenue. Lucie n'écrit pas pour choquer. Elle documente, elle dresse un état des lieux. Son livre évoque, par son style et sa nature, Si c’est un homme de Primo Levi. Sa prose limpide et précise entretient des liens avec celle de Levi : « Tu écriras d’une manière concise et claire ». Lucidité, économie de mots, absence de pathos, acuité du regard scientifique, qu’elle partage avec lui. Mais aussi, souvent, l’ironie. Même structure du récit, en courts chapitres, où le regard de l’auteur est celui du médecin, mais aussi du sociologue.

Après Auschwitz : Émigration et Réflexions

Lucie ne retourna pas en Allemagne et refusa la proposition de s’y installer. Au mois de mai 1955, elle écrit à Ursula qu’elle a accepté de l’argent de l’Allemagne « pour Auschwitz » parce qu’elle en a vraiment besoin. Elle souffre « des dommages corporels » qu’elle a subis. Comme Primo Levi, ce qu’elle a vécu à Auschwitz se présente sans cesse devant ses yeux. « Je dois ajouter que cette nuit fut une des plus épouvantables de mon existence et qu’elle est aujourd’hui encore si présente que je me réveille au plein milieu de la nuit et vois les événements se dérouler devant moi clairement et distinctement. Ce qui m’impressionne encore le plus, c’est l’image des femmes tsiganes en train de prier, en sachant qu’elles étaient condamnées à mort.

Un Héritage Littéraire et Mémoriel

Le livre de Lucie Adelsberger est un des premiers parus sur Auschwitz. L’Agence fédérale allemande pour la formation civique achète 2 000 exemplaires à destination des écoles. Et, en 1959, un chapitre est choisi pour le livre de lecture destiné à la jeunesse Wovon lebt der Mensch ? Une traduction anglaise du livre de Lucie est parue en 1995 aux États-Unis, préfacé par l’historienne Deborah Lipstadt, qui gagna le procès qui l’opposait au négationniste britannique David Irving en 2000.

Controverses et Opinions

Le livre de Lucie Adelsberger parut en France en 1967. Il provoqua de violentes controverses. Lucie critiqua vigoureusement l’opinion de Hannah Arendt et de Bruno Bettelheim sur les Judenräte (les Conseils juifs constitués par les nazis) dans les ghettos en Pologne et dans les pays baltes. De même, elle ne partageait pas l’opinion tardive de Levi, atrocement déprimé peu de temps avant de se suicider, qui écrivit dans Les Naufragés et les rescapés : « Avec le recul des années on peut affirmer aujourd’hui que l’histoire des Lager a été écrite presque exclusivement par ceux qui, comme moi-même, n’en ont pas sondé le fond.

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