Dans l'Islam, le cycle de la vie et de la mort est imprégné de rituels et de significations profondes. La naissance est célébrée comme une bénédiction divine, tandis que la mort est considérée comme un passage vers l'au-delà. Cet article explore les coutumes et les croyances entourant la naissance et le deuil dans le contexte islamique, en mettant en lumière les liens spirituels et culturels qui unissent ces deux événements apparemment opposés.
La Grossesse : Un Statut Privilégié
L’état de grossesse confère à la femme un statut particulier dans la société islamique. Elle est choyée et écoutée, et des prières spécifiques sont récitées pour garantir le bon déroulement de la grossesse ainsi que la bonne santé de l’enfant à venir. Certaines croyances entraînent des précautions, connues sous le nom de miko (interdits), qui dictent ce que la future mère ne doit pas faire. Ces miko varient d'une femme à l'autre, dépendant du mari et de sa famille.
Traditionnellement, les femmes enceintes tardent parfois à consulter une sage-femme par peur des commérages, du mauvais œil ou tout simplement pour garder le secret. Dans certaines circonstances, le recours à une masseuse traditionnelle est courant avant d’opter pour les méthodes médicales hospitalières, par exemple dans les cas de présentation du siège au neuvième mois. Tout au long de la grossesse, des cérémonies sont organisées par la famille ou le mari pour protéger la mère et l’enfant à naître des mauvais djinns, du mauvais œil et des esprits maléfiques.
La Naissance : Accueil et Rituels
L’arrivée d’un enfant dans une famille constitue un événement important. Dès sa venue au monde, l'enfant bénéficie d’une place particulière dans le groupe familial. Cette place diffère et évolue en fonction de son sexe et de ses acquisitions. Son éducation le prédestine à endosser un futur statut de père ou de mère.
À la naissance, le père, le fundi (maître coranique) ou un proche de la famille récite d’abord à l’oreille droite du nouveau-né une prière, l’adhane, expliquant qu’il n’y a qu’un seul Dieu et que Mohammad est le messager. Ensuite, le lquamat est récité à l’oreille gauche du nouveau-né. Ces prières ont pour but de l’accueillir dans la religion, de formuler des vœux bienveillants pour son avenir et de lui donner les bons conseils sur les éléments extérieurs tels que le soleil, le ciel, l’eau de pluie… Selon la période de l’année ou en cas de mauvaise étoile, le bébé peut être pris en charge rapidement par l’accompagnante ayant veillé sur l’accouchée, échappant ainsi aux bras maternels avant d'être présenté aux membres de la famille présents. L'enfant fait partie de la communauté familiale et religieuse, il est autant l’enfant de la famille que celui de ses parents et est en charge de perpétuer les traditions islamiques.
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D’autres rituels concernant l’enfant peuvent également être observés pendant les premiers jours avant que les autres personnes puissent le voir ou le prendre. Le placenta, quant à lui, est aussi au cœur des préoccupations familiales. L’équipe obstétricale remet le placenta à la famille afin qu’il soit enterré. Dans certains villages, s’il s’agit d’une fille, le placenta sera enterré à l’intérieur de la cour familiale et une pierre sera posée au-dessus pour éviter qu’un animal le déterre. Si c’est un garçon, le placenta sera enterré à l’extérieur de la cour, devant la maison familiale. Il s’agit là d’un rite représentant l’ancrage du nouveau-né dans sa famille. Le fait de l’enterrer permet entre autres de le cacher des esprits malveillants, pour éviter que ces esprits accèdent au nouveau-né par son intermédiaire. Durant le séjour à la maternité, il arrive qu’on aperçoive dans les berceaux, un miroir à côté de la tête du nouveau-né. À la sortie, le bébé sera maquillé au niveau des sourcils, entre les deux yeux et sur la langue (avec du charbon ou du khôl), toujours dans le but d’éloigner les esprits malveillants (le mauvais œil).
Durant 40 jours, mère et enfant seront encadrés à la maison par la koko (grand-mère) et par les sœurs. Ces moments seront plutôt réservés aux femmes. La jeune mère ne pourra recevoir son mari qu’en visite simple, l’abstinence étant de mise durant cette période. Pour son premier enfant, la jeune mère sera encadrée et accompagnée dans ses premiers gestes par sa propre mère. Elle sera “cocoonée” et bien nourrie avec des aliments énergétiques afin d’éviter l’affaiblissement et de favoriser le rétablissement.
Le septième jour, selon les familles, il y aura parfois un rituel d’enveloppement de plantes de la jeune mère par la koko (grand-mère), un rituel de passage de l’état de femme à celui de mère. Ce même jour, a lieu l’Akika (baptême), une protection pour toute la vie de la personne. Si l’on n’a pas les moyens de le faire ce jour, on peut le rattraper à n’importe quel moment de la vie. Certaines familles pratiquent l’Akika après la mort de la personne au lieu de le faire à la naissance. Pour ce faire, on égorge un cabri si c’est une fille, et deux cabris si c’est un garçon. On partage la viande en trois parts : un tiers donné aux pauvres, un tiers au voisinage et un tiers pour la famille.
Le quarantième jour suivant l’accouchement donne lieu à un autre rituel pouvant correspondre à la période de transition entre l’état de mère et celui de femme. Accompagnée de sa mère et/ou sœur, elle prend un bain rituel purifiant (traditionnellement à la mer) avec un ordre gestuel particulier, c’est le Nifasse. Avant le Nifasse, si la mère doit sortir de l’environnement familial (par exemple pour recevoir des soins externes à la maternité), elle appliquera dans ses oreilles du coton, afin de se protéger du bruit, du vent… pour éviter de devenir malentendante. Le Nifasse peut s’effectuer plus tôt si les métrorragies du post-partum ont cessées (7 ou 20 jours).
Rituels Communs et Sacrifices
Les principaux éléments de ces rituels incluent l’appel à la prière (adhân), le frottement du palais du bébé avec une substance sucrée (taḥnîk), le sacrifice d’un animal, la circoncision, la nomination, la coupe des cheveux, la salaison et deux principaux repères calendaires : le septième jour et le quarantième jour. Ces rituels, de même que ceux du mariage ou de la circoncision, ne figurent pas dans le Coran ; ils sont mentionnés par les traditionnistes.
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Dès sa naissance, le petit enfant est en butte à toutes sortes de difficultés et de dangers. Cette période critique dure au moins sept jours, et souvent quarante jours, pendant lesquels on le protège plus particulièrement contre toutes les influences mauvaises possibles. Un certain nombre de précautions sont prises. Le nouveau-né ne sort pas de la maison, et souvent même de la chambre, avant le septième ou même le quarantième jour après sa naissance. Souvent on ne le lave pas jusqu’au septième jour, mais à sa naissance on lui a passé un chiffon sec sur le corps « pour lui essuyer le sang », puis on l’a enduit d’un corps gras et habillé d’une chemise ou d’un tissu qu’il conservera jusqu’à son premier bain.
Traditionnellement, jusqu’au septième jour après la naissance, l’enfant n’a pas de nom car il est censé rester ignoré des génies si redoutables pour lui : Tebaca est une jinniya qui prend les enfants en Afrique du Nord, Qarinah est un génie familier et nocif à Naplouse, Zagaz tue les bébés au Maroc, Quwâsâ est redoutable dans la Mittidja. C’est une période où sont fréquemment observés des tabous de vocabulaire et des interdits portant sur le nom de l’enfant. On lui donne provisoirement un nom porte-bonheur et protecteur comme le sont ceux construits sur la racine baraka (bénédiction, prospérité), mbârek « béni » pour un garçon, mbâraka si c’est une fille, à Sâfî, embark ou mesaoud (embarka, mesaouda) à Azemmour ou ḍîf « l’invité » à Tabelbala. Ou bien, selon un procédé fréquent pour repousser les jnûn, on le nomme d’un antonyme ; ainsi, chez les Beni Sous du Maroc, on appelle l’enfant « nègre » ishmej.
Accueil dans la Communauté Musulmane : L'Adhân
Partout, le premier jour, quelques heures parfois quelques minutes après sa naissance, l’enfant entend l’adhân, « appel à la prière », que l’on murmure dans son oreille droite. Cela peut aussi être la profession de foi, shahâda, suivie de Allâhu akbar « Dieu est le plus grand », comme à Tlemcen. Bien que ce rôle soit le plus souvent tenu par le père, c’est, dans les sociétés où il est éloigné, la sage-femme qâbla « celle qui reçoit [l’enfant] » au Maghreb ou dâya (du persan) au Mashreq et en Égypte, qui murmure l’adhân ; c’est ainsi à Fès et à Rabat, au Moyen-Orient et en Turquie.
Dans les traditions mâlikite et shâficite, l’adhân est prononcé dans l’oreille droite et l’iqâmeh dans l’oreille gauche : en Égypte, en Malaisie, à Lamu, chez les Morisques espagnols du xve siècle. Chez les Atchèh de Sumatra, si c’est une fille, le père se limite à el-qâma. Ce premier rite est parfois suivi de l’énoncé de versets du Coran au-dessus de l’enfant par des élèves de l’école coranique, comme à Sâfî et à Lamu. Ces formules religieuses où sont prononcés les noms d’Allâh et du Prophète sont particulièrement protectrices et constituent de très puissants repoussoirs des jnûn et maux de toutes sortes.
Protections Magiques
Les protections magiques sont omniprésentes avant, pendant et après la naissance. Il faut protéger l’enfant du mauvais œil, c’est-à-dire du contact physique avec toute autre personne que sa mère et la sage-femme, qui sont, en principe, les seules à ne pas être néfastes ; on protège notamment le bébé de certaines jinniya qui font dépérir les enfants, les enlèvent et les permutent avec d’autres. Il faut par ailleurs purifier le lieu, mais aussi la mère et l’enfant, de la souillure du sang répandu qui attire les jnûn et fragilise la mère et l’enfant.
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Tout ce qui intervient dans cette période, les rituels, les fumigations, les objets, plantes, minéraux, placés à coté de l’enfant (sous lui ou sur lui), tout a un but protecteur ; ces objets sont d’autant plus forts que les dangers sont immenses. On utilise ainsi sel, fer, cornes et objets de forme agressive et repoussante, textes du Coran, koḥl autour des yeux et qui, préparé à la maison, contient des plantes protectrices tel le clou de girofle, dans la Qasba à Alger, ou bien du goudron dont on barbouille le nez du nouveau-né comme chez les Awlâd Naïl de Rabat. En Turquie, en Tunisie et dans les Balkans, les objets rouges sont particulièrement efficaces. Deux éléments importants sont le placenta et le cordon ombilical, tous deux objets de pratiques propitiatoires et magiques variées.
Le Taḥnîk
Le bébé a droit à des nourritures spéciales qui donnent lieu à un véritable rituel, le taḥnîk, « frottement du palais avec une substance sucrée », souvent juste après qu’il a été essuyé et ses muqueuses nettoyées. Cette pratique antéislamique est toujours d’actualité en Arabie, en Palestine, au Moyen-Orient, à Lamu, en Afrique du Nord, au Sahara, en Inde, et chez les Malais, mais avec de sensibles différences ; il semble absent de Turquie. On peut lui attribuer à la fois une valeur de transmission et des fins propitiatoires.
Le terme taḥnîk désigne le fait de frotter le palais avec une datte que l’on a mâchée. Son ancienneté est prouvée par l’étymologie, ḥanak désigne « le palais mou », d’où ḥanaka « manger des dattes ou autre chose en broyant contre le palais ce qu’on mange ». Chez les Hébreux, qui pratiquaient déjà le rituel avec le miel et le lait, le terme ḥanaka, « mettre quelque chose dans la bouche », signifie aussi, par une métaphore courante où le goût est appliqué à la compréhension, « faire goûter », « comprendre », puis « initier, commencer quelque chose ». Le miel ou les dattes sont les substances sucrées les plus largement utilisées à la fois pour leur saveur très plaisante et ce qu’elles représentent : elles sont hautement génératives, repoussent les mauvais esprits et marquent le bon accueil.
Ce rituel a plusieurs significations. Il a d’abord valeur de transmission, souvent lié à ce titre à un autre rituel : celui de transmettre sa vertu par un jet de salive envoyé dans la bouche de quelqu’un. Ce n’est jamais la mère qui le pratique mais souvent la sage-femme, ou une personne remarquable de l’entourage. C’est ce que faisait Muḥammad à qui ses compagnons et les gens de Médine portaient leurs nouveau-nés « pour que cet homme saint fasse cet acte saint » ; il leur crachait dans la bouche pour que sa salive soit la première chose qui leur entre dans le ventre, puis il trottait leur palais avec une datte mâchée et les bénissait.
Cette façon de transmettre à l’enfant les vertus d’une personne sainte et pleine de baraka se retrouve dans diverses cultures. Au Sahara occidental, c’est un homme possédant la baraka ou une grande valeur guerrière qui donne à l’enfant le jus de dattes mâchées. Au Mzab, l’enfant absorbe, avant toute nourriture, l’eau avec laquelle a été lavée l’encre des versets du Coran écrits par un ṭâleb. Chez les Aït Hichem de Kabylie, dès que le nouveau-né a été essuyé, les femmes (de la parenté) les plus belles et les plus heureuses s’en approchent et crachent sur lui du sel, du cumin, des graines de navet, de cresson alénois, tous produits hautement protecteurs, mais les qualités de celles qui agissent donnent à l’acte valeur de transmission. Chez les Bédouins Hwetât d’Arabie Pétrée, le rituel est lié à la nomination du septième jour. C’est dans les bras de l’homme le plus respecté (ṣâḥib bakht, « maître de l’horoscope » et donc « de la chance ») que l’on dépose l’enfant après avoir sacrifié et oint le front de l’enfant du sang de l’animal. Cet homme met de sa salive dans la bouche de l’enfant, souffle sur lui et dit : « Reçois la salive de ma salive, va sur mon chemin et tu seras nommé un tel ». Au Moyen-Orient, c’est, si possible, avec l’eau de l’Euphrate, fleuve sacré, que l’on asperge le front du nouveau-né.
Le taḥnîk a valeur propitiatoire. Il est souvent fait pour que « la bouche soit douce », c’est-à-dire que l’enfant ait toujours de belles paroles ou qu’il ait une vie aussi douce que le sucré qu’on lui donne comme à Tunis. Ailleurs en Tunisie, on le badigeonne avec de l’huile d’olive pour qu’il ait une belle voix et n’ait pas de goitre ; ou d’un mélange de miel et de beurre smen pour qu’il puisse téter plus facilement. À Lamu, la sage-femme frotte les gencives du bébé avec du miel pour que son élocution soit facile. Le rituel se nomme at-talghîja à Fès et Rabat : la sage-femme passe avec son doigt dans la bouche du nouveau-né un peu d’huile sucrée ou mieux de l’huile dans laquelle ont macéré des dattes pour que sa parole soit douce comme l’huile et agréable, sucrée comme la datte, deux produits hautement bénéfiques et de bon augure. Au Sahara, c’est un ensemble de plantes et de produits riches et pleins de baraka que l’on fait ingérer au nouveau-né : beurre, dattes, auxquels on ajoute henné et romarin, deux plantes bonnes aussi contre les diarrhées. À Idélés (Ahaggar), la mère met dans la bouche du bébé un peu de beurre frais ou fondu, quantité appelée taouleqqit. On donne aussi de l’eau sucrée avec la manne de palmiers et dans laquelle ont macéré des feuilles de romarin et de henné. À Tabelbala, on forme une boulette de henné en poudre, d’une datte écrasée et de beurre de chèvre frais.
Le taḥnîk a enfin valeur de protection contre les influences malignes. Chez les Atchèh de Sumatra, le premier geste de la sage-femme est de cracher dans la bouche du nouveau-né un mélange protecteur contre les esprits fait de feuilles de bétel, turmeric, noix de bétel, cachou et citron. On ne peut dire si le rituel est indigène ou influencé par un apport extérieur musulman.
Onguents et Massages
Les onguents et massages visent à protéger le bébé, à raffermir sa peau et s’accompagnent toujours de manipulations sur telle ou telle partie du corps qui doivent influer sur son devenir psychologique et physique, selon un raisonnement de magie sympathique. Après que la sage-femme l’a essuyé, le nouveau-né est enduit, plusieurs jours de suite, d’un corps gras, qui a toujours une valeur protectrice. À Fès, c’est de l’huile d’olive pure ou parfumée au girofle dont le parfum est de bon augure ou de l’huile avec du henné, plante du paradis pleine de baraka ; chez les Zaer, près de Rabat, on enduit l’enfant de beurre fondu. Dans la région constantinoise et les Hauts Plateaux algériens, on l’enduit d’huile ou de beurre fondu et le saupoudre de tanin dbagh. Mais là ne s’arrêtent pas les soins donnés par la sage-femme. Chez les Kabyles Aït Hichem, elle fait ainsi subir à l’enfant une série de manipulations qui ont valeurs propitiatoire et apotropaïque ; elle lui masse la tête et les oreilles pour qu’il soit éveillé et lui tire le nez pour que grandisse en lui le sentiment de l’honneur (nnif). Ibn Khaldûn, au xive siècle, décrit et explique ces mêmes pratiques de façon « scientifique ».
Le Deuil : Un Passage et des Devoirs
Tout comme la naissance, la mort est encadrée par des rituels et des traditions spécifiques dans l'Islam. L'enterrement musulman est perçu comme un passage, l'âme du défunt restant présente 40 jours après son décès avant de passer dans l'au-delà. Les obsèques sont organisées au plus vite, en accord avec les volontés du défunt et de sa famille, exigeant une célébration de deuil aussi bien dans la mosquée qu’au cimetière.
Plusieurs rites spécifiques à la religion musulmane sont observés, notamment le délai d’inhumation, le lavage rituel, le cortège funèbre, les funérailles, les devoirs de l’Islam, et les derniers honneurs par l’intermédiaire des prières. Dans les pays musulmans, les obsèques se déroulent dans les 24 heures qui suivent le décès de l’individu. Le défunt est déplacé sur une civière et enveloppé dans un drap blanc avant le coucher du soleil. En France, le délai d’inhumation est un peu plus long en raison des procédures administratives. Le corps est transporté dans un cercueil pour des raisons sanitaires, généralement en bois léger et sans capiton. Le défunt sera enterré dans un carré musulman ou dans un cimetière dédié au culte islamique.
La Toilette Purificatrice
Le corps d’un défunt est jugé impur, d’où l’importance de le purifier. La toilette doit être réalisée par quatre personnes (de même sexe), si possible appartenant à la famille du défunt. Exception pour le conjoint du défunt qui a le droit de l’effectuer lui-même. En l’absence de ces quatre personnes, une personne pieuse peut également effectuer le lavage rituel. Le corps du défunt est lavé trois fois et parfumé. La bouche doit être fermée et maintenue par un bandage, et les jambes sont attachées ensemble. Le corps est ensuite recouvert par un linceul blanc qui se compose de 3 étoffes non cousues. Les bras sont disposés le long du corps, ou croisés sur la poitrine. Il est ensuite orienté en direction de la Mecque.
Le Cortège Funèbre et la Mise en Terre
Le jour de l’enterrement, tous les hommes se joignent au cortège funèbre. Pour rendre un ultime hommage au défunt, les personnes défilent devant le cortège mortuaire. L’imam exécute les différentes prières au cours des funérailles. De manière symbolique, trois poignées de sable sont lancées sur le cercueil du défunt. Selon la tradition, seuls les hommes sont présents le jour de l’enterrement musulman. Les femmes et les enfants sont en retraits, allant au cimetière le lendemain. Le prophète Mohammed explique ce rituel par l’hyperémotivité des femmes et des enfants, dans l’intention de célébrer le deuil en toute sobriété.
Pendant la mise en bière, le corps est légèrement allongé sur le côté droit, et son visage est incliné en direction de la Mecque. Le transport du corps jusqu’à la tombe est effectué en cercueil (obligatoire en France) par 4 hommes, dans lequel le corps du défunt est recouvert par un drap blanc. La tête du défunt est découverte de manière à réciter la Shahada sans relâche. Sa formulation est « Achhadou an lâ ilâha illa-llâh, wa ashadou ana muhammad rasûlu-llâh », elle signifie qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et que Mohammed est son messager. La mise en terre est généralement effectuée par le service de pompes funèbres.
Les Prières
Pendant la cérémonie religieuse, l’imam est un acteur incontournable. Il prononce la prière des morts à voix haute, elle comprend les glorifications d’Allah. Cette prière, très courte, est très différente des autres. En effet, elle se récite sans prosternation ni génuflexion. Pendant sa narration, les individus restent debout. Cette même prière contient quatre tekbir, ils sont la représentation glorieuse de la parole d’Allah. La Fatiha (c’est la première sourate du Coran) est prononcée après le premier tekbir. Ensuite, les individus prononcent la prière sur le Prophète, pour ensuite finir sur celle du repos de l’âme. Puis le visage du défunt est découvert, les amis et les proches peuvent se recueillir devant le défunt, en récitant la prière de la Shahada.
Les Jours de Deuil et les Interdits
Suite aux obsèques, une période de 3 jours de deuil peut être observée par la famille du défunt. La famille reçoit les proches qui viennent adresser leurs messages de condoléances. Les coutumes musulmanes interdisent certaines pratiques. Les femmes et les enfants ne peuvent pas être présents le jour de l’inhumation. Le don d’organes, la thanatopraxie et la crémation ne sont pas tolérés. Le texte de référence en matière de tradition est le Coran, un verset indiquant qu’aucune atteinte à l’œuvre de Dieu ne doit être commise. La coutume déconseille également les fleurs pour des raisons de sobriété. Par ailleurs, l’inscription d’un verset sur une stèle est autorisée.
La Perte d'un Enfant
La naissance d’un enfant est sans doute l’un des événements les plus heureux que l’homme puisse vivre dans ce bas-monde. Cependant, il arrive que ce bonheur soit interrompu par la perte d’un enfant cher. Face à cette épreuve, la patience est la meilleure arme dont le musulman puisse disposer. La patience se divise en trois catégories : la patience en accomplissant les commandements d’Allah, la patience en s’écartant de ce qui a été interdit par Allah et la patience face aux épreuves et aux difficultés du Destin.
Lors de la perte d’un enfant, le monde s’assombrit soudainement, le silence de la mort s’accompagne de la douleur des larmes, la vie semble même perdre son sens. Pourtant, c’est dans ces épreuves que la vie gagne paradoxalement en sens. Savoir qu’Allah nous éprouve est un des piliers de notre foi : croire au Destin qu’il soit bon ou mauvais. Ainsi, croire à ce Destin et l’accepter malgré la tristesse que cela puisse engendrer, fait partie de l’essence même de la croyance du musulman. Face à l’épreuve de la perte d’un enfant, la patience représente la clé de la délivrance. Penser qu’Allah récompense les endurants aide le musulman fermement attaché à sa religion, à surmonter l’épreuve car la récompense divine est ce pour quoi nous œuvrons au quotidien. La récompense des patients est largement présente dans plusieurs versets et ahadiths. Cette récompense divine ne laisse donc pas l’once d’un doute dans nos cœurs et permet de surmonter les épreuves. Gardons également à l’esprit que notre Créateur nous aimera et nous assistera si nous patientons face à Son décret.
La présence d’un entourage bienveillant est plus que nécessaire lors du deuil de son enfant. Famille, amis, voisinage sont d’une aide primordiale. Le besoin de parler, de s’exprimer ou de partager sa tristesse peuvent permettre de patienter plus facilement. En perdant cet enfant, notre chair, notre sang, nous ressentons un vide incommensurable et une peine des plus profondes encore jamais ressentie auparavant. Pleurer lors de la perte de son enfant est tout à fait humain, évident et compréhensible. Faire preuve de patience face à l’épreuve ne signifie nullement ne rien ressentir pour le deuil de son enfant. Pleurer la perte, le manque ou la nostalgie est tout à fait normal même nécessaire afin de laisser l’âme exprimer son mal par le corps et faire en sorte que le deuil puisse avoir lieu. Même le meilleur des hommes a pleuré la perte de ses enfants et petits-enfants.
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