Chez les humains, environ 1% des grossesses engendre des jumeaux, et ce pourcentage tombe à 3 pour 1 000 en ce qui concerne les vrais jumeaux. Mais qu'en est-il chez les animaux, et plus particulièrement chez nos compagnons canins ? La gémellité, un phénomène fascinant, se manifeste-t-elle de la même manière chez les chiens ? Cet article explore la réalité de la gémellité canine, en distinguant les vrais des faux jumeaux, et en s'appuyant sur les connaissances scientifiques actuelles et des cas documentés.
Vrais Jumeaux vs. Faux Jumeaux : Une Distinction Essentielle
Avant d'explorer la gémellité chez les chiens, il est crucial de comprendre la différence fondamentale entre les vrais et les faux jumeaux.
Vrais jumeaux (monozygotes ou homozygotes): Ils sont issus d’un même ovule fécondé par un seul spermatozoïde. Celui-ci s’est scindé en deux lors de la première division cellulaire, permettant à deux embryons de se développer. Le patrimoine génétique des bébés qui naîtront sera identique, et ils auront forcément le même sexe. Par contre, ils n’auront pas les mêmes empreintes digitales, qui restent propres à chaque individu.
Faux jumeaux (dizygotes): Ce sont deux spermatozoïdes qui ont fécondé deux ovules distincts et qui vont se développer en parallèle. Ils vont avoir en commun la moitié du patrimoine génétique, comme un frère et une sœur « classiques ».
Spécificités de la Reproduction Canine
Chaque espèce animale a ses propres spécificités concernant le nombre de bébés qu’elle produit. Chez les chiens, ce nombre varie en fonction de la race. En moyenne, une chienne va avoir entre 5 et 6 chiots par portée. Mais les petits chiens vont avoir moins de chiots (en moyenne 3 à 4) que les grands chiens (7 à 8, voire jusqu’à 20). Au-delà de la race, le nombre de petits dépend aussi d’autres facteurs comme l’âge des parents, l’état de santé et le nombre de gestations qu’a déjà connu la femelle.
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Puisque les chiens mettent souvent au monde plusieurs chiots, la probabilité d’avoir des jumeaux pourrait être plus grande. Bien souvent, on parle de jumeaux pour décrire une portée qui ne va compter que 2 chiots, mais il ne s’agit pas de jumeaux au sens réel du terme.
La Rareté des Vrais Jumeaux Chez les Chiens
La gémellité canine, bien que possible, reste un phénomène rare et difficile à déceler avec certitudes. Il est fort probable que des cas de chiots jumeaux soient passés à travers les radars. À ce jour, il n’existe qu’un seul cas de jumeaux chiens au sein d’une portée qui a été documenté.
Le Cas Exceptionnel des Lévriers Irlandais en Afrique du Sud
C’est en 2016 que des vétérinaires d’Afrique du Sud ont officialisé les premiers chiots au monde nés en tant que vrais jumeaux. Ce sont des lévriers irlandais qui étaient au nombre de 7 chiots, dont deux jumeaux. Les bébés ont été mis au monde par césarienne par le Dr De Cramer, ce qui a permis au médecin de constater que les animaux étaient deux mâles issus du même placenta, reliés chacun par un cordon ombilical distinct.
Les précédents cas observés de placenta similaire pour 2 chiots ne donnaient lieu qu’à des mort-nés ou à des animaux trop faibles pour survivre. Or, dans ce cas, les deux chiots étaient en pleine santé, même s’ils étaient plus petits que leurs frères et sœurs pendant les premières semaines de vie. Pour s’assurer de cette gémellité, des échantillons de sang et de tissus ont été prélevés sur les jeunes chiots. Les résultats conclurent qu’ils partageaient en effet le même ADN. Ils ont toutefois quelques spécificités physiques, puisque les gènes ne s’expriment pas forcément de la même façon sur chaque individu. C’est une particularité que l’on retrouve aussi chez d’autres animaux, comme les chats.
Particularités Génétiques et Fécondation Multiple
Il est également important de noter qu'une chienne peut être fécondée par deux mâles différents. Depuis janvier 2020 en France, les éleveurs ont la possibilité de pratiquer une saillie ou une insémination par deux mâles (appelés « étalons » dans ce cadre). Cela est possible tant qu’il y a un suivi précis, c’est-à-dire qu’il y a un examen ADN et une inscription au LOF (le Livre des Origines Françaises qui répertorie les origines des chiens de race et atteste de leurs géniteurs). Cela permet de vérifier quel géniteur est le père de quel bébé à naître et d’établir le bon certificat de naissance.
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Suivi de la Gestation et Détection des Anomalies
Si la saillie a été réalisée avec succès, elle donnera lieu à une gestation, qui durera environ 60 jours. Pendant cette période, il est possible de suivre l’évolution des futurs chiots à naître et de s’assurer de leur viabilité. Rappelons en effet que le taux de mortalité chez ces animaux peut atteindre jusqu’à 10% au moment de l’accouchement de la chienne.
- L’échographie: Il s’agit du premier examen réalisé, qui permet de s’assurer de la date de début de gestation et donc d’estimer la date de naissance de la future progéniture. Cet examen permet d’écouter les battements cardiaques des futurs chiots et de détecter des anomalies.
- La radiographie: Cet examen de l’abdomen de la chienne peut avoir lieu à partir du 50ème jour de gestation. C’est celui qui permet de s’assurer du nombre de chiots, puisqu’il permet de comptabiliser les squelettes qui se seront développés.
Importance de la Fratrie Chez le Chien
La présence de frères et sœurs est indispensable au bon développement des chiens, notamment pour leur sociabilisation et l’apprentissage de la frustration. Une expérience scientifique a prouvé qu’à l’âge de 2 ans, les chiens seraient encore capables de reconnaître leurs frères et sœurs, mais seulement s’ils ont vécu avec.
Mise Bas : Déroulement et Complications Possibles
La durée de la gestation chez la chienne est variable selon que l’on considère la date d’ovulation ou la date de saillie (qui donne une durée apparente). Pour connaître une date de mise-bas la plus précise possible, il est impératif de réaliser un suivi de chaleurs. Si la date d’ovulation n’est pas connue, il sera possible d’estimer une date de mise-bas grâce aux mesures de foetométrie. Celles-ci sont réalisables par échographie abdominale et seront d’autant plus précises qu’elles sont prises précocement et répétées au cours de la gestation pour affiner le calcul (au moins autour de 25 jours et 40 jours pour estimer le format des vésicules puis des diamètres bipariétaux). Les races géantes ont, de plus, tendance à présenter des durées de gestation plus longues.
Etre disponible pour assister la chienne pendant sa mise-bas est la clef d’une mise-bas réussie. Cela permet également de réagir le plus rapidement possible en cas de problème. En effet, 25% de la mortalité néonatale est en lien avec une dystocie ou une mise-bas de longue durée. La préparation à la mise-bas comporte aussi la préparation du lieu dédié à cette mise-bas. La chienne doit pouvoir avoir accès à la zone de maternité une semaine avant la date prévue de mise-bas afin de pouvoir s’habituer au lieu. Pour les chiennes à poils longs il sera intéressant de couper les poils pouvant limiter l’accès aux mamelles si besoin est. La chienne pourra aussi être lavée avec es produits adaptés si cela semble nécessaire.
Signes Avant-Coureurs de la Mise Bas
- Les modifications comportementales et le démarrage de la lactation sont des signes d’une mise-bas proche. Concernant le comportement, dans les jours précédents la mise-bas, la chienne peut commencer à « préparer le nid » : elle rassemble ses jouets et prend possession d’une zone dédiée. Concernant la température rectale, une baisse de la température rectale est observée dans plus de 90 % des cas à condition de prendre la température de la chienne 4 à 5 fois par jour (nuit comprise). Cette baisse est d’environ 1°C par rapport à la moyenne des jours précédents dans les 8 à 24 (maxi 48h) heures avant le début du travail. Prendre la température rectale de la chienne toutes les 5 à 6h en démarrant 4 à 5 jours avant la date présumée de la mise-bas, cela permettra de connaître les variations de la chienne sur la journée. Lorsque la température chute de 1°C, surveiller la chienne en permanence. La chute de température est liée à la chute de progestérone. Cette chute hormonale correspond au déclenchement de la mise-bas. Ainsi, le seul moyen de savoir qu’une chienne est à terme lorsqu’aucune date d’ovulation n’est connu est le dosage de progestérone. Les données de la littérature indiquent que la mise-bas se produit dans les 24 à 48h lorsque le taux de progestérone est inférieur à 2ng/mL (attention il existe quelques variations en fonction de la machine de dosage utilisée). Ainsi, une chienne (ayant une portée de plusieurs chiots) ayant dépassé le terme estimé doit avoir un dosage de progestérone. Si celui-ci est supérieur à 2ng/mL, il est possible de conclure qu’elle n’est pas à terme.
Les Phases de la Mise Bas
- Première phase : préparation à la mise-bas, la chienne présente des contractions utérines uniquement (non perceptibles à l’œil), elle peut être inquiète et chercher de l’attention ou au contraire s’isoler. Cette phase est rapide chez les multipares mais peut durer plusieurs heures chez les primipare.
- Deuxième phase : expulsion des chiots. Cette phase a une durée dépendante du nombre de chiots. Elle dure en général entre 4 et 16 heures.
- Troisième phase : expulsion des placentas. Chez la chienne, cette phase est très souvent concomitante à la précédente. Les placentas sont expulsés entre chaque chiot ou dans les minutes qui suivent l’expulsion du dernier chiot.
Lors de la deuxième phase, les chiots sont expulsés. Chez la chienne, il est important de savoir que le petit peut se présenter aussi bien par les pattes avant (présentation antérieure), ce qui représente 60% des naissances, que par les pattes arrières (présentation postérieure) dans 40% des cas.
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Surveillance et Anomalies
Pour détecter une anomalie de la mise-bas le plus rapidement possible il est fondamental de connaître quelques repères temporels. Ces données sont définies dans la littérature. Il ne s’agit évidemment que de repères mais il est important de les suivre et, si jamais l’un d’eux n’était pas respecté, de pouvoir faire un contrôle chez le vétérinaire pour s’assurer que la mise-bas se déroule correctement et que tous les chiots vont bien malgré le dépassement des délais prévus.
Les pertes vertes correspondent à l’utéroverdine. Cette utéroverdine est un signe de décollement placentaire. Ainsi, lorsqu’un chiot est expulsé il est normal qu’il y ait des pertes vertes puisque son placenta s’est décroché. Par contre, si des pertes sont observées sans qu’il n’y ait d’expulsion de chiot, ou a fortiori, sans que la mère ne démarre d’effort expulsif, cela signifie qu’un placenta au moins est décollé et donc qu’un chiot va rapidement être en souffrance s’il n’est pas expulsé.
Assistance Pendant la Mise Bas
- La faire marcher et faire téter les premiers chiots sortis: cela permet la synthèse, par la femelle, d’ocytocine, hormone induisant des contractions utérines et nécessaire au bon déroulement de la mise-bas
- Laisser la mère se reposer et se balader. Pendant la mise-bas, la chienne a le droit de sortir faire ces besoins. Cependant, ces sorties doivent évidemment être réalisées sous surveillance rapprochée afin que la mise-bas ne se poursuive pas dehors, dans un endroit non contrôlé. Ces sorties permettront à la mère de marcher et favoriseront les contractions utérines
- Lui proposer à manger et à boire: la mère a le droit de manger pendant la mise-bas. Si un grand nombre de chiots sont attendus ou que des signes de fatigues apparaissent, il est possible de donner un peu d’énergie à la chienne, même si elle ne veut pas manger, en appliquant miel ou confiture sur ses gencives.
Causes de Problèmes et Interventions
Les causes de problèmes à la mise-bas peuvent avoir une origine maternelle ou une origine fœtale. Chez la chienne, environ 75% des causes de dystocies sont d’origine maternelles. L’inertie utérine est souvent diagnostiquée lorsque les repères temporels définis plus haut ne sont pas respectés. Lorsqu’elle est suspectée, il est impératif de consulter votre vétérinaire traitant. Les défauts de présentation/position/posture du chiot sont aussi des causes importantes de dystocie. Les races miniatures sont prédisposées aux dystocies. Chez les races géantes, le problème peut venir du surnombre de petits. L’utérus, s’il est trop distendu, peut être dans l’incapacité à se contracter, provoquant ainsi une inertie utérine primaire. Des inerties utérines secondaires sont également possible chez les chiennes à grandes portées liées à un épuisement. Souvent, cela se mettra en place après la sortie de plusieurs chiots.
Cependant, en cas de présentation du chiot à la vulve, il est possible de tenter, à la maison, d’aider la chienne. Le premier impératif lorsqu’un chiot est coincé, est de lubrifier la filière pelvienne. Il faut, dans un second temps, s’assurer que le chiot a une posture normale : que la tête et les deux pattes avant sont allongées en présentation antérieure ou que la queue et les deux pattes arrières sont allongées en présentation postérieure. Il ne faut jamais tirer le chiot en agrippant uniquement la queue ou un membre, cela peut casser. Il faut soit tirer délicatement sur la tête en plaçant les doigts en arrière des mandibules, soit tirer délicatement sur les deux pattes arrière. La traction doit toujours se faire à l’occasion d’une contraction de la mère.
63,8 à 65% des dystocies sont traitées par césarienne. Chez la chienne, la présence d’un chiot unique n’est jamais souhaitée. En effet, la proportion de dystocie lors de portée unique est élevée. Le déclenchement de la mise-bas implique une cascade de réactions hormonales et physiques. Cependant, le point initial est dépendant des fœtus. Pour simplifier et imager le processus, le déclenchement est sous contrôle des fœtus une fois leur maturité atteinte. Ainsi, chez une grande chienne, le signal d’un chiot unique n’est parfois pas détectable par la mère. La prise en charge de la gestation avec chiot unique est donc très compliquée. En effet, on pourrait penser que le problème se résout rapidement grâce à une césarienne programmée. Ceci est possible à condition de connaître la date d’ovulation. Connaissant cette date, il est possible de réaliser la césarienne en toute sécurité car le chiot sera à maturité le jour choisi.
Si la date d’ovulation n’est pas connue, être certain de la maturité fœtale le jour de la césarienne n’est pas possible. Le facteur de certitude défini en première partie de cette fiche, la chute de progestérone, n’est également pas utilisable dans ce cas particulier. En effet, si la mise-bas ne se déclenche pas seule, c’est justement parce que la progestérone ne chute pas. Ainsi, on ne peut donc pas utiliser ce dosage. Evidemment, lors d’un suivi, le dosage sera tout de même réalisé car si ce syndrome est fréquent, il existe tout de même un certain nombre de chiennes qui chutent en progestérone et mettent-bas naturellement. Lorsque la date d’ovulation n’est pas connue, il faudra donc dater approximativement la mise-bas grâce aux mesures de foetométrie puis réaliser des échographies de contrôle toutes les 12 à 24h.
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