La grossesse, un événement souvent perçu comme un miracle de la vie, est bien plus qu'une simple transformation physique. Au-delà des changements hormonaux et corporels évidents, elle déclenche une profonde révolution psychologique chez la future maman. Cet article explore en profondeur le concept de "transparence psychique" et son rôle crucial dans la préparation à la maternité.
Introduction : La Grossesse, un Voyage Psychique
La maternité est une période de transformation physique et psychique intense. La grossesse est une crise développementale, c’est-à-dire qu’elle vous fait passer d’un état à un autre. Cet état se nomme la « transparence psychique ». De nombreux travaux convergent désormais pour souligner la spécificité de certaines modifications du fonctionnement psychique de la mère (ou de la future mère) et du bébé (un jour, peut-être, du fœtus?) pendant la période qui entoure la naissance.
La Transparence Psychique : Une Fenêtre sur l'Inconscient
Pendant la grossesse, l’état émotionnel de la femme est modifié. Il se produit une « transparence psychique » (Monique Bydlowski), c’est-à-dire que la barrière du refoulement est moins forte. Les fantasmes, les affects sont alors plus accessibles à la conscience. Il est d’ailleurs très fréquent que la future maman rêve plus. La transparence psychique de la grossesse est visible lorsque l’idée, si lointaine d’avoir un enfant, commence à s’intensifier dans l’esprit de la maman. La transparence psychique se traduit par le fait que la maman se sent fragile et émotive, même si qu’elle met toutes ses forces pour ne pas le montrer. Son couvercle s’est ouvert et impossible malgré toute la volonté du monde de le refermer.
Remaniements psychiques pendant la grossesse
En France, le psychiatre Paul-Claude Racamier utilise, en 1979, le terme de maternalité pour décrire les processus psychiques en œuvre au cours de la grossesse. Plus récemment, dans le prolongement de ces travaux, la psychanalyste Monique Bydlowski a employé le terme de transparence psychique. La vie psychique apparaît ainsi avec une authenticité particulière, perceptible dès le début de la grossesse. Les remémorations infantiles vont de soi, et ne soulèvent pas les résistances habituelles. L'inconscient est comme à nu, il ne rencontre pas la barrière du refoulement.
La Préoccupation Maternelle Primaire : Une "Folie Normale"
Elle capterait des signaux qu’elle serait à même de décoder et d’interpréter avec une efficacité extrême. D.W. Winnicott16 avait déjà décrit la « préoccupation maternelle primaire » en termes de « folie normale » de la mère. Sous ce terme, D.W. Winnicott16 décrit cliniquement la période particulière, de quelques semaines précédant l’accouchement et le suivant immédiatement, pendant laquelle la mère se montre tout spécialement « capable de s’adapter aux tout premiers besoins du nouveau-né, avec délicatesse et sensibilité ». Durant votre grossesse, vous pouvez vous sentir uniquement concernée par votre bébé et vous-même, et indifférente envers votre entourage. Cet état qui atteint son maximum autour de la naissance, se nomme la « préoccupation maternelle primaire ». Il vous permet d’être en situation d’hypersensibilité afin de vous adapter aux besoins de votre bébé avec sensibilité et délicatesse.
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Le Chassé-Croisé entre l'Objet-Enfant et les Représentations Maternelles
Nous souhaiterions ici mettre en perspective ces deux notions de transparence psychique et de préoccupation maternelle primaire pour proposer l’hypothèse du passage de l’une à l’autre, autour du pivot de la naissance de l’enfant. Ce passage se fonde sur une bascule de l’attention psychique de la mère du dedans vers le dehors, et cette bascule vient témoigner d’un véritable chassé-croisé entre l’objetenfant et les représentations maternelles suscitées par sa présence.
L'Impact sur l'Histoire Personnelle et les Conflits Infantiles
Durant cette période, le fonctionnement psychique de la femme enceinte est « marqué par un surinvestissement de son histoire personnelle et de ses conflits infantiles » (B. Golse et M. Bydlowski). Autrement dit, des éléments de vie de la future maman refont surface. C’est alors que se crée une fusion/confusion entre le « moi-bébé » de la mère et le bébé dans le ventre, faisant vivre à la femme enceinte une intense situation narcissique régressive. Le bébé n’est pas encore né, et en tant qu’objet encore intérieur, « il réactive le petit enfant que la mère a été ou qu’elle croit avoir été et qui était jusque-là demeuré enfoui tout au fond de sa psyché » (Bernard Gosle). C’est en cela que la situation est régressive pour la future maman.
La Nidification Psychique : Un Processus d'Intégration
La grossesse impose un processus d'intégration psychique de l'être conçu. C'est en effet quelque chose d'incroyable pour le psychisme de la femme d'être charnellement en relation avec un autre que soi, à l'intérieur de soi-même. Parler de nidification psychique signifie par conséquent que l'enfant en gestation déclenche, dès le début de la grossesse, une réaction psychologique d'indifférenciation soi-autrui qui permet sa greffe psychique.
L'Espace Maternel de Gestation Psychique
Peu à peu, une activité de représentation mentale à la fois nouvelle et spécifique se développe au cours de la grossesse, dont la période la plus active se situe entre le quatrième et le septième ou huitième mois. L'enfant en gestation amène la femme à ce qu'elle pense à lui, à ce qu'elle se prépare à l'accueillir, matériellement et affectivement ; il invite la femme à devenir mère et à nouer une relation avec lui. Cet espace psychique de gestation est important, car il dessine les contours de la relation à venir entre la mère et l'enfant.
Questions et Doutes : Une Étape Normale
Les questions se bousculent et puis, elles s’estompent. Mais quelles questions pourraient bien freiner cet élan, qu’une future maman ressent au plus profond d’elle : désirer un enfant ? Changer de vie, donner naissance à un petit être que nous allons fabriquer, qui va prolonger l’intensité de notre amour et transformer nos vies, est-ce bien raisonnable ? La grossesse psychique amène la maman à se poser ce type de question. C’est donc normal d’éprouver cette envie teintée de doutes. La future maman prend conscience que cet engagement va changer ma vie. Ce n’est pas que qu’elle ne veuille pas, ce bébé, dont elle rêve, c’est juste que, ces interrogations profondes prennent une proportion démesurée. Cela se manifeste chez certaines mamans par des incertitudes de poursuivre leur grossesse. Elles peuvent parfois se sentir coupable de penser ainsi, mais la grossesse psychique peut également être visible sous cette forme. Il s’agit de l’émergence d’un sentiment essentiel d’implication, vis-à-vis de cet enfant à venir.
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Le Rôle du Père : Une Transformation Silencieuse
Ce processus concerne autant la mère que le père, mais pas au même moment, d’où les fréquents sentiments d’incompréhension mutuels. Sans se rendre compte, il subit lui aussi une transformation. Il voit également le corps de sa compagne se transformer, mais a le sentiment de rester un peu « extérieur » à tout cela et surtout il n’arrive pas toujours à apaiser sa compagne.
Pourquoi Ces Émotions Débordent-Elles ?
La grossesse psychique pousserait notre organisme à nous reconnecter à toutes ces émotions, que souvent nous avons bien cachées au fond de notre cœur ou de notre esprit. On nous a tellement apprit à ne pas montrer nos émotions. Les larmes renvoient à de la fragilité et même de la faiblesse. Cela peut être tolérable d’une femme, mais alors d’un homme, que peut en penser « la société ». Et pourtant là, nous allons accueillir un petit être dont le cerveau va être immature et qui n’aura, pendant ces premières années, que le langage des émotions pour se faire comprendre.
Troubles de la Gestation Psychique
La pratique clinique fournit des exemples psychopathologiques qui illustrent l'importance de la nidification et de la gestation psychique. Prenons l'exemple du déni de grossesse : certaines femmes ne se rendent pas compte qu'elles sont enceintes. Dans ces situations parfois dramatiques, nidification et gestation psychique font défaut, ou s'opèrent selon un mécanisme de défense particulier, le déni, qui consiste à nier l'intrusion de l'être conçu dans l'espace corporel et psychique de la femme.
L'Identité Conceptionnelle : Un Facteur à Considérer
Tout être humain conçu possède une identité conceptionnelle, qui répond aux questions : « Qui suis-je ? », « D'où est-ce que je viens ? ». En réalité, avant d'être fils ou fille d'un tel, nous sommes tous « être conçu de tel homme et de telle femme, à tel moment de l'histoire de l'humanité et en tel lieu du monde », et cette identité conceptionnelle participe à la construction de notre identité.
Grossesse et Santé Mentale : Une Période à Haut Risque
Cependant, ils représentent pour les femmes des épreuves à la fois physiques et psychiques. Il existe un continuum entre les manifestations psychiques normales liées à ces mutations psychiques et les manifestations pathologiques. La grossesse est une période à haut risque psychiatrique. Lors de la grossesse, la femme traverse une période marquée par des bouleversements à la fois somatiques, hormonaux, psychologiques, familiaux et sociaux. Son corps, son psychisme doivent s’adapter à ces remaniements.
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Les Troubles Psychiatriques les Plus Fréquents
- Les craintes: Les craintes sont fréquemment centrées sur la grossesse et peuvent concerner les changements corporels, une malformation fœtale, l’accouchement ou l’aptitude à s’occuper de l’enfant.
- La dépression anténatale: La dépression anténatale touche environ 10 à 20 % des femmes enceintes. Elle est le plus souvent d’intensité légère ou moyenne. La dépression anténatale peut être à l’origine d’une dépression post-natale.
- Le déni de grossesse: Le déni de grossesse concerne environ 3 femmes enceintes sur 1 000. Il se définit comme la non-conscience involontaire de son propre état de grossesse.
- Les troubles liés à l’usage de substances: La survenue d’une grossesse chez une personne avec un trouble lié à l’usage de l’alcool ou de substances est à haut risque.
L'Accouchement et le Post-Partum : Des Moments Cruciaux
L’accouchement est un événement fondateur dans la vie d’un parent avec son enfant. Au moment de la naissance, la mère est dans un état psychique particulier, appelé préoccupation maternelle primaire : son attention s’oriente vers le nouveau-né, ce qui facilite les soins tant physiques qu’affectifs.
- Le blues du post-partum: Jusqu’à 80 % des accouchées présentent un blues du post-partum. Il s’agit d’un processus adaptatif physiologique qui permet à la mère d’acquérir une sensibilité et une réactivité particulières à l’égard du nouveau-né. Il est utile à l’établissement du lien mère-enfant.
- La dépression du post-partum: Les troubles de l’humeur touchent 15 % des mères dans la période du post-partum. Souvent, il s’agit du premier épisode dépressif.
- La psychose puerpérale: Il s’agit d’un état délirant aigu associé à des troubles thymiques et des éléments confusionnels. Il concerne 1 ou 2 naissances pour 1 000 et débute le plus souvent de façon brutale, dans les quatre premières semaines après l’accouchement, avec un pic de fréquence entre trois et dix jours.
Facteurs de Risque et Prise en Charge
Lors des consultations de suivi de grossesse, il est nécessaire de prendre le temps d’informer mais aussi d’écouter attentivement la femme enceinte, le couple, afin d’appréhender leur situation dans sa globalité, c’est-à-dire selon ses aspects médico-psycho-sociaux. Il faut être soucieux de toute situation de vulnérabilité et de toute forme d’insécurité. La grossesse ne devrait être envisagée que lorsque la pathologie psychiatrique est équilibrée depuis plusieurs mois.
Conclusion : Une Aventure Complexe et Profonde
Être parent, voilà qui semble être une sacrée aventure… De nombreux dispositifs d’accompagnement à la parentalité ont vu le jour, avec pour objectifs de guider tous ces futurs parents sur ce chemin initiatique. Pourtant, il n’existe pas de manuel pour y parvenir. La grossesse est une période à risque plus important de décompensation d’un trouble schizophrénique déjà connu ou d’un trouble de l’humeur. Ce risque augmente avec les accouchements ultérieurs. La grossesse et la naissance d’un enfant sont socialement admis comme des événements heureux. La grossesse est une période à haut risque psychiatrique. Durant la grossesse, la femme traverse une période marquée par des bouleversements à la fois somatiques, hormonaux, psychologiques, familiaux et sociaux. Son corps, son psychisme doivent s’adapter à ces remaniements. La grossesse ne devrait être envisagée que lorsque la pathologie psychiatrique est équilibrée depuis plusieurs mois.
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