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Transformer Scientifiquement un Ovule en Spermatozoïde: Réalités, Défis et Perspectives Éthiques

La recherche sur la reproduction a réalisé des avancées spectaculaires ces dernières années, ouvrant de nouvelles perspectives pour le traitement de l'infertilité et soulevant des questions éthiques complexes. L'une de ces avancées est la tentative de transformer scientifiquement un ovule en spermatozoïde ou, plus précisément, de créer des gamètes viables in vitro à partir d'autres types de cellules. Cet article explore les différentes approches scientifiques, les défis techniques, les implications éthiques et les perspectives d'avenir de cette recherche révolutionnaire.

Création de spermatozoïdes in vitro à partir de cellules souches testiculaires

Des chercheurs lyonnais ont annoncé avoir réussi à créer des spermatozoïdes humains in vitro à partir de cellules souches testiculaires. Financés par la société de biotechnologie Kallistem, ces chercheurs travaillaient sur cette problématique depuis près de vingt ans. Ils ont réussi à transformer des cellules d'hommes infertiles en spermatozoïdes viables. Après avoir obtenu in vitro des spermatozoïdes de rat et de singe, ils ont obtenu, à partir de biopsies testiculaires d'hommes stériles, des spermatozoïdes humains complètement formés.

Selon Marie-Hélène Perrard, chercheuse à l'Institut de génomique fonctionnelle de Lyon et cofondatrice de Kallistem, ce processus pourrait se substituer au mécanisme naturel de la spermatogenèse, qui nécessite 72 jours aux cellules du corps pour créer un spermatozoïde dans les tubes séminifères. Cette technique pourrait résoudre 30 à 50% des problèmes d'infertilité masculine. Cependant, il reste à vérifier la capacité de ces spermatozoïdes à féconder une cellule femelle et à transmettre un patrimoine génétique sain.

Création de gamètes à partir de cellules souches embryonnaires

Des scientifiques chinois ont travaillé sur la création in vitro de gamètes à partir de cellules souches embryonnaires. Ils ont réussi à faire entrer les cellules souches embryonnaires en étape de méiose pour produire un gamète fonctionnel. Pour cela, ils ont mis en culture des cellules souches embryonnaires de souris dans une suspension cellulaire dérivée du testicule de souris, avec différentes hormones et adjuvants, avec pour objectif de déclencher une méiose. L’étape de méiose est longue, elle dure environ un mois chez la plupart des mammifères, mais les chercheurs se sont arrêtés à un stade précédent de la spermatogénèse, celui dit de spermatide. Ainsi créés, les spermatozoïdes artificiels n’ont pas de flagelle, et ne peuvent donc pas se déplacer comme les spermatozoïdes naturels.

Cette technique a suscité des controverses. Allan Spradling, biologiste de la reproduction à la Carnegie Institution for Science à Baltimore, Maryland, a déclaré : « Cette avancée va vraiment changer la façon dont nous pensons répondre aux cas d’infertilité actuellement dans l’impossibilité d’être traitées par FIV. »

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Création d'ovules à partir de cellules cutanées adultes

Une équipe de chercheurs internationaux a utilisé des cellules cutanées adultes pour créer des ovules humains portant l'ADN de ces cellules. Ils ont prélevé le noyau d'une cellule cutanée humaine ordinaire et l'ont transplanté dans un ovule d'une donneuse dépourvu de son propre noyau. Cette technique est similaire à celle utilisée pour cloner la brebis Dolly. Les scientifiques ont retiré la majeure partie de l'ADN de l'ovule de la donneuse et l'ont remplacé par celui provenant de la cellule de peau d'une autre femme.

Ils ont ensuite dupliqué et stabilisé les ovules ainsi obtenus, notamment au niveau du nombre de chromosomes, en utilisant un processus baptisé "mitoméiose", imitant la division cellulaire naturelle pour éliminer les chromosomes surnuméraires. Les chercheurs ont réussi à produire 82 ovules fonctionnels, qu'ils ont ensuite fécondés in vitro avec des spermatozoïdes fonctionnels. Environ 9% des embryons obtenus ont évolué jusqu'au stade de blastocyste. Cependant, tous ces embryons présentaient encore des anomalies génétiques empêchant un développement sain.

Selon le Dr Paula Amato, co-autrice de l'étude, la plupart des anomalies relevées sont d'ordre chromosomiques et impliquent que ces embryons "n'auraient pas pu donner naissance à des bébés en bonne santé" et que "leur développement se serait probablement arrêté prématurément".

Création de spermatozoïdes à partir de cellules de peau

Des chercheurs espagnols ont réussi à développer des spermatozoïdes à partir de cellules de peau. Ils ont reprogrammé des cellules de peau en leur injectant un cocktail de gènes indispensables pour la création de gamètes. En un mois, la cellule s'est transformée pour adopter la forme d'une cellule germinale, qui donne des spermatozoïdes ou des ovules, mais sans avoir encore la capacité de féconder. "C'est un spermatozoïde mais il a besoin d'une phase de maturation ultérieure pour devenir un gamète. Ce n'est qu'un début", a expliqué le chercheur espagnol.

Parthénogenèse chez les mammifères

Des scientifiques chinois ont réussi à engendrer des souriceaux viables et en bonne santé à partir de deux parents femelles. Ils ont manipulé les cellules-souches des deux parents en utilisant l’édition du génome. En temps normal, certains des gènes ne sont actifs que chez les mâles, d'autres que chez les femelles. Ce sont les "gènes soumis à empreinte". Les chercheurs ont pris d'un côté, un ovocyte (femelle), et de l'autre côté des cellules-souches embryonnaires qu'ils ont modifiées en manipulant les gènes soumis à empreinte. Une fois modifiées, ces cellules ont donc agi comme des spermatozoïdes… Mais qui venaient d'une femelle. Les souriceaux nés de cette expérience ont grandi et ont pu eux-mêmes engendrer des petits. En revanche, l’expérience n’a pas fonctionné chez les mâles.

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Axel Kahn a confirmé qu'en théorie, il serait possible pour deux femmes de procréer ensemble. L'une fournirait l'ovule et l'autre, une cellule de peau par exemple. En modifiant cette cellule, elle pourrait en quelque sorte devenir un équivalent de spermatozoïde. Les enfants nés à partir de cette manipulation seraient toutes des filles, mais elles seraient génétiquement différentes.

Défis et limites

Bien que ces avancées soient prometteuses, il reste de nombreux défis à surmonter avant de pouvoir transformer un ovule en spermatozoïde ou de créer des gamètes viables à partir d'autres types de cellules. Parmi ces défis, on peut citer :

  • La complexité de la méiose : La méiose est un processus complexe qui nécessite une coordination précise de nombreux gènes et protéines. Il est difficile de reproduire ce processus in vitro.
  • La maturation des gamètes : Les gamètes créés in vitro doivent subir une phase de maturation pour devenir capables de féconder. Il est difficile de contrôler ce processus in vitro.
  • Les anomalies génétiques : Les gamètes créés in vitro peuvent présenter des anomalies génétiques qui empêchent leur développement normal.
  • Les contraintes légales et éthiques : La création de gamètes in vitro soulève des questions légales et éthiques complexes, notamment en ce qui concerne la création d'embryons artificiels.

Implications éthiques

La possibilité de créer des gamètes à partir d'autres types de cellules soulève de nombreuses questions éthiques. Parmi ces questions, on peut citer :

  • La dignité de la vie humaine : Certains craignent que la création de gamètes in vitro ne banalise la vie humaine et ne conduise à une déshumanisation de la reproduction.
  • Le droit à l'enfant : La création de gamètes in vitro pourrait permettre à des personnes qui ne peuvent pas avoir d'enfants de concevoir. Cependant, certains craignent que cela ne conduise à une marchandisation de la reproduction et à une exploitation des femmes.
  • L'eugénisme : La création de gamètes in vitro pourrait être utilisée pour sélectionner les embryons les plus "parfaits". Certains craignent que cela ne conduise à une forme d'eugénisme.
  • La modification génétique : La création de gamètes in vitro pourrait être utilisée pour modifier génétiquement les embryons. Certains craignent que cela ne conduise à des conséquences imprévisibles pour la santé humaine et l'environnement.
  • Le vol d'identité génétique: La possibilité de créer des gamètes à partir de cellules somatiques soulève des préoccupations concernant le vol d'identité génétique et la création de bébés sans le consentement des donneurs de cellules.

Perspectives d'avenir

Malgré les défis et les questions éthiques, la recherche sur la création de gamètes in vitro offre de nouvelles perspectives pour le traitement de l'infertilité et la compréhension de la reproduction humaine. À terme, cette recherche pourrait permettre :

  • De traiter l'infertilité masculine et féminine.
  • De permettre aux couples de même sexe d'avoir des enfants génétiquement liés à l'un des deux partenaires.
  • De préserver la fertilité des personnes atteintes de cancer.
  • De mieux comprendre les mécanismes de la reproduction humaine.

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