Les conflits armés ont toujours un impact dévastateur sur les populations civiles, en particulier sur les enfants. La bande de Gaza, soumise à des années de blocus et de conflits récurrents, est un exemple tragique de cette réalité. Au-delà des chiffres et des statistiques, il est essentiel d'écouter les témoignages des enfants de Gaza, leurs espoirs brisés, leurs peurs et leurs rêves. Cet article vise à donner une voix à ces enfants, à travers leurs paroles et les récits de ceux qui les côtoient, et à examiner les conséquences profondes du conflit sur leur vie.
Hossam Shabat : Un testament prémonitoire
Dans ce contexte de violence et d'incertitude, il n'est pas rare que les journalistes soient tués. Les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont tué près de deux cents journalistes palestiniens en dix-huit mois. Il est rare qu'un journaliste écrive sa propre notice nécrologique à l'âge de 23 ans. C'est pourtant ce qu'a fait Hossam Shabat, correspondant de la chaîne qatarie Al-Jazeera Moubasher dans la bande de Gaza. Ces mots ont finalement été postés sur les réseaux sociaux. « Si vous lisez ceci, cela signifie que j'ai été tué », commence le message dans lequel le reporter d'Al-Jazeera évoque ses nuits à dormir sur le trottoir, la faim qui n'a jamais cessé de le tenailler et son combat pour « documenter les horreurs minute par minute ». « Je vais enfin pouvoir me reposer, quelque chose que je n'ai pas pu faire durant les dix-huit mois passés », conclut le reporter palestinien, tué par un tir de drone israélien sur la voiture dans laquelle il circulait, à Beit Lahiya, dans le nord de Gaza.
En un an et demi de guerre dans l'enclave côtière, les opérations israéliennes ont causé la mort de près de 200 professionnels des médias palestiniens, selon les organisations internationales de défense des journalistes telles que Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ), en lien avec le Palestinian Journalists Syndicate (PJS). Au moins une quarantaine de ces journalistes, à l'instar de Hossam Shabat, ont été tués stylo, micro ou caméra à la main. C'est le cas d'Ahmed Al-Louh, 39 ans, caméraman de la chaîne Al-Jazeera, qui a péri dans une frappe aérienne, alors qu'il tournait un reportage dans le camp de réfugiés de Nusseirat, le 15 décembre 2024. Et d'Ibrahim Mouhareb, 26 ans, collaborateur du journal Al-Hadath, tué par le tir d'un char, le 18 août 2024, alors qu'il couvrait le retrait de l'armée israélienne d'un quartier de Khan Younes.Tous ces confrères et consoeurs portaient un casque et un gilet pare-balles, floqué du sigle PRESS, les identifiant clairement comme des professionnels des médias. Certains avaient reçu des menaces téléphoniques de responsables militaires israéliens ou bien avaient été désignés comme des membres de groupes armés gazaouis par le porte-parole de l'armée, sans que celui-ci ne fournisse de preuves crédibles à l'appui de ces accusations. D'autres de nos collègues de Gaza sont morts dans le bombardement de leur domicile ou de la tente où ils s'étaient réfugiés avec leurs familles, comme des dizaines de milliers d'autres Palestiniens. C'est le cas de Wafa Al-Udaini, fondatrice du collectif de journalistes 16-Octobre, tuée dans une frappe sur la ville de Deir Al-Balah, le 30 septembre 2024, avec son mari et leurs deux enfants.
Le 13 novembre 2023, un missile a frappé l'étage de l'immeuble où il résidait avec son épouse et leur fils de six ans, à Gaza-ville. Les parents ont réchappé à l'explosion mais l'enfant a été blessé au visage. Ahmed Fatima l'a pris dans ses bras et s'est précipité dans la rue pour l'amener à l'hôpital. À peine avait-il parcouru cinquante mètres qu'un second missile s'abattait à proximité de lui et le tuait. D'autres ont survécu, mais dans quelles conditions ? Le journaliste reporter d'images Fadi Al-Wahidi, 25 ans, est paraplégique depuis qu'une balle lui a sectionné la moelle épinière, le 9 octobre 2024, alors qu'il filmait un énième déplacement forcé de civils, comme l'a rapporté le média d'investigation Forbidden Stories. Wael Al-Dahdouh, célèbre correspondant d'Al-Jazeera à Gaza, a quant à lui appris la mort de sa femme et de deux de ses enfants dans un bombardement, en plein direct, le 25 octobre 2023. Nous déplorons également la mort des quatre journalistes israéliens qui ont péri dans l'attaque terroriste menée par le Hamas le 7 octobre 2023, ainsi que celle de neuf confrères libanais et d'une consoeur syrienne lors de frappes israéliennes. Mais l'urgence est aujourd'hui à Gaza.
Un black-out médiatique imposé
Pour tous les défenseurs des droits humains, un constat s'impose : l'armée israélienne cherche à imposer un black-out médiatique sur Gaza, à réduire au silence, autant que possible, les témoins des crimes de guerre commis par ses troupes, au moment où un nombre croissant d'ONG internationales et d'instances onusiennes les qualifient d'actes génocidaires. N'oublions pas la situation en Cisjordanie occupée, où l'on commémorera, dans quelques jours, les trois ans de la mort de Shireen Abu Akleh. La correspondante vedette d'Al-Jazeera a été abattue à Jénine, le 11 mai 2022, par un soldat israélien qui n'a eu aucun compte à rendre pour son crime. L'agression par des colons, le 24 mars dernier, de Hamdan Ballal, co-réalisateur du documentaire oscarisé No Other Land, qui a été ensuite arrêté par des soldats dans l'ambulance qui l'emmenait se faire soigner, témoigne de la violence à laquelle s'exposent ceux qui tentent de raconter la réalité de l'occupation israélienne. En tant que journalistes, viscéralement attachés à la liberté d'informer, il est de notre devoir de dénoncer cette politique, de manifester notre solidarité avec nos collègues palestiniens et de réclamer, encore et toujours, le droit d'entrer dans Gaza. Si nous demandons cela, ce n'est pas parce que nous estimons que la couverture de Gaza est incomplète en l'absence de journalistes occidentaux.
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Izzeldin Abuelaish : Un médecin sur les chemins de la paix
La réalisatrice d'« Un médecin pour la paix », Tal Barda, filme Izzeldin Abuelaish lors de son retour à Gaza en 2021. Le gynécologue palestinien, comme chaque année, s'y rendait pour se recueillir sur la tombe de ses filles et de sa nièce exécutées par l'armée israélienne. Suivre son pèlerinage dans les rues de Gaza, c'est déjà redécouvrir cette ville vivante désormais en ruines et retracer toute l'histoire de cet homme depuis sa naissance dans le camp de réfugiés de Jabaliya jusqu'à son exil au Canada. Ce documentaire est adapté de votre livre « Je ne haïrai point. Un médecin de Gaza sur les chemins de la paix ». J'ai commencé l'écriture de mon livre en 2006. Mon entourage m'encourageait à raconter mon histoire. Celle d'un enfant né dans le camp de réfugiés de Jabaliya et devenu le premier gynécologue palestinien autorisé à exercer dans un hôpital israélien. Il s'agissait de transmettre un message de réussite au peuple palestinien. Mais, le 16 janvier 2009, l'armée israélienne a visé ma maison à Gaza. L'attaque a tué trois de mes filles et ma nièce. Après leur assassinat, j'ai repris mon projet d'écriture avec la volonté de sensibiliser le monde à l'histoire de mon peuple. Aujourd'hui, avec ce film, je souhaite porter un message rassembleur : les Palestiniens sont des gens comme les autres. Nous sommes pleins d'espoir, de projets et de rêves. Nous aimons la vie, nous nous soucions d'elle et nous voulons réussir. Nous vivons dans un monde où règnent la haine, la violence, le racisme, la discrimination, l'ignorance et la cupidité. Oui, il ne s'agit pas de ma simple histoire personnelle. Lors des présentations du film, je demande toujours au public ce qu'il sait du peuple palestinien. Je leur dis que nous sommes comme eux : un peuple qui a su accomplir des choses et qui, malgré tout les défis quotidiens, construit son avenir. L'unique différence, c'est que nous sommes un peuple privé d'État et de la liberté d'exister en tant que nation. Or, à cause de la désinformation et des médias biaisés, les Palestiniens sont représentés comme les occupants de leur propre terre. Nous sommes devenus les étrangers alors que nous sommes les autochtones. Grâce à l'éducation. C'est aussi un des messages du film. J'ai grandi et je suis devenu médecin avant tout grâce au programme de l'Unrwa (l'Agence des Nations unies pour les réfugiés de Palestine - NDLR) auquel Israël s'est immédiatement attaqué, en commettant en parallèle un génocide éducatif et humain. Ils tuent les enfants et s'attaquent à tous les lieux d'instruction, car ils savent que le savoir, c'est la lumière. Le gouvernement israélien ne veut pas que les Palestiniens soient éduqués, qu'ils connaissent leurs droits, mais nous ressusciterons, comme le Phénix. Personne ne peut nous empêcher d'atteindre nos rêves, et nous serons plus forts, plus déterminés. Le documentaire revient en effet sur ma longue bataille judiciaire. J'étais déterminé à adopter une approche humaine, légale, éthique et civilisée. Je demandais simplement des excuses, je n'ai rien obtenu. Je l'écrirai comme un testament pour mes enfants : ne renoncez pas à rendre justice à vos sœurs. Mais non pas avec des balles, ni avec des armes à feu, mais par des moyens légaux, éthiques et civilisés. Un génocide est en cours et les Palestiniens sont réduits à des numéros. C'est un test pour l'humanité : la résolution du problème palestinien et la fin de l'occupation profiteront au monde entier. Notre liberté est la vôtre. Nous devons défendre la liberté et l'humanité de tous. C'est le défi pour notre monde. Si j'affirme défendre l'humanité, je dois le faire et sauver des vies. Lorsque j'exerçais la médecine en Israël, je ne demandais jamais à la femme si elle était musulmane, juive ou chrétienne avant de la soigner et de mettre son enfant au monde. Aujourd'hui, nous entendons dans les médias parler des Américains, d'Emmanuel Macron, des otages israéliens et de leurs familles, mais pas du peuple palestinien. Le film était encore en cours de réalisation quand a eu lieu l'attaque terroriste du Hamas. Je ne résume pas ma vie à un jour, c'est là tout l'enjeu. Lorsque vous allez consulter un médecin, que fait-il ? Il vous demande vos antécédents. L'histoire permet de comprendre le problème et d'établir un diagnostic précis. Je voudrais que le 7 octobre et la réplique génocidaire d'Israël n'aient pas eu lieu. Je voudrais que mes filles n'aient pas été assassinées. Je n'ai pas souhaité la Nakba quand ma famille a été chassée de chez elle. Tous ces événements étaient évitables. Leur unique cause est l'occupation. Nous avons besoin du droit. La paix mondiale est en train de s'effondrer. Mais ce sont les dirigeants qui violent le droit international et veulent nous ramener à l'état de jungle. Les puissants mangent les faibles. Mais j'ai confiance dans l'opinion publique. L'avenir des Israéliens dépend de celui des Palestiniens. Ils ne seront pas en sécurité tant que nous ne serons pas libres et égaux. Je dis au monde que le seul moyen, c'est que le gouvernement israélien actuel, dirigé par un gouvernement fanatique d'extrême droite destructeur pour Israël et pour les Palestiniens, soit arrêté. Emmanuel Macron a déclaré soutenir le plan de paix élaboré par les pays arabes. C'est une première étape. Mais pourquoi n'est-il pas allé visiter Gaza pour voir le génocide, pour agir et permettre à l'aide humanitaire d'entrer à Gaza ? Pourquoi n'a-t-il pas commencé par arrêter de fournir des armes à Israël ou à imposer des sanctions contre Israël ? La France a fait cela contre la Russie. Nous avons été l'un des premiers médias français à défendre le droit des Palestiniens à disposer d'un État viable dans le respect des résolutions de l'ONU. Et nous avons inlassablement défendu la paix au Proche-Orient.
L'importance des legs
Michelle et Jocelyn, qui ont inscrit l'UNICEF dans leur testament, ont pris part à une mission au Niger en juillet 2018 pour constater les actions de l'UNICEF. Il y a quelques mois, après le décès du père de Michelle, ce couple a envisagé de faire un legs à l'UNICEF. Michelle explique : « Nous avons toujours fait du bénévolat. Nous n'avons pas d'enfants, mais nous voulons transmettre quelque chose. Dans mon métier d'infirmière, j'avais vu la mort de très près, et là j'ai vraiment pris conscience qu'elle pouvait nous rattraper. Quand l'UNICEF nous a ensuite proposé de partir une semaine au Niger pour découvrir ses actions sur le terrain, nous avons sauté sur l'occasion. Pendant quelques jours, le couple de jeunes retraités est venu observer le travail mené par l'UNICEF dans tous les domaines : nutrition, accès à la santé, à l'éducation, à l'eau potable et à l'hygiène. C'est en pénétrant dans un hôpital où sont pris en charge les enfants souffrant de malnutrition, que les deux Français ont réalisé l'ampleur des besoins. Sur chaque matelas : trois enfants fatigués par la chaleur partagent la même couche. Ceux qui sont trop affaiblis sont alimentés par perfusion. Face à une telle situation, Jocelyn est resté sans voix : « Je suis très surpris, car je croyais que la malnutrition n'existait plus au Niger. » confie-t-il. Malgré ces difficultés, des lueurs d'espoir apparaissent. « Le personnel médical est vraiment très courageux. Avec très peu de moyens, ils parviennent à faire avancer les choses. En rentrant, on va expliquer à tous nos amis à quoi servent les dons et ce que fait l'UNICEF au Niger. Au terme de leur mission d'observation, le couple est prêt à dresser le bilan : « Le fait d'être sur le terrain nous a permis de voir les résultats », témoigne Michelle. « Au fur et à mesure de la semaine, on a pu voir les progrès accomplis. Jocelyn abonde : « Nous avons vraiment été surpris par l'ampleur du travail de l'UNICEF sur le terrain. D'emblée, nous avons été très à l'aise, avec les équipes de l'organisation comme avec les enfants. Les enfants ne trichent pas : on a échangé avec eux une émotion sincère. » Le couple repart vers Paris, convaincu d'avoir fait le bon choix : « On sait que le legs qu'on a fait à l'UNICEF sera d'une grande utilité. Finalement, c'est nous qui partons plus riches de ce que nous avons vu et vécu. Nous emportons tous ces visages dans nos coeurs.
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