La recherche sur l’embryon humain suscite un vif intérêt en raison de son potentiel pour améliorer notre compréhension du développement embryonnaire et ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques. Cependant, elle soulève également des questions éthiques complexes qui nécessitent un encadrement réglementaire strict. Cet article explore les différentes approches de recherche sur l’embryon humain, le cadre légal qui les régit, ainsi que les enjeux et les perspectives associés à ces recherches.
Les différentes approches de recherche sur l’embryon humain
La recherche sur l’embryon humain englobe plusieurs approches complémentaires :
- Étude des mécanismes du développement embryonnaire : Cette recherche vise à comprendre les processus fondamentaux qui régissent la formation et le développement de l’embryon.
- Recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines : Ces cellules, prélevées sur des embryons au tout premier stade de leur développement, possèdent la capacité de se différencier en divers types cellulaires, ce qui en fait un outil précieux pour la recherche médicale et la médecine régénérative.
- Recherche utilisant les cellules souches pluripotentes induites humaines : Cette approche permet d’obtenir des cellules présentant des caractéristiques similaires aux cellules souches embryonnaires, sans nécessiter l’utilisation d’embryons humains.
La recherche sur l’embryon humain a pour objectif de mieux comprendre le développement embryonnaire, d’étudier certaines maladies génétiques ou encore de rechercher des solutions face à l’infertilité. Elle ne peut porter que sur des embryons, conçus in vitro dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation, qui ne font plus l’objet d’un projet parental et dont le couple ou la femme concernée a consenti à la recherche. Ces recherches sont possibles uniquement si elles répondent à des finalités médicales ou scientifiques, lorsqu’aucune autre méthode alternative ne peut être envisagée avec des résultats équivalents.
Un cadre réglementaire strict et encadré par la loi de bioéthique
La recherche sur l’embryon humain et les cellules souches embryonnaires humaines est encadrée par la loi de bioéthique, qui fixe des conditions strictes pour protéger l’embryon tout en permettant des avancées scientifiques. Certaines pratiques sont interdites, comme la création d’embryons à des fins de recherche, l’introduction de cellules animales dans un embryon humain ou la culture d’embryons au-delà de 14 jours. La loi encadre également certaines recherches utilisant des cellules souches pluripotentes induites humaines : celles visant la différenciation des cellules souches en gamètes, l’obtention de modèles de développement embryonnaire in vitro ou l’insertion de ces cellules dans un embryon animal dans le but de son transfert chez la femelle.
L’Agence de la biomédecine joue un rôle central dans l’autorisation, l’évaluation et le contrôle de ces recherches afin d’en garantir la conformité avec la réglementation. L’Agence autorise les protocoles de recherche sur l’embryon, après avis de son Conseil d’orientation, assure le suivi des projets et contrôle régulièrement leur conformité avec les obligations réglementaires et éthiques. De plus, l’Agence met à la disposition des porteurs de projets des modèles de dossiers, des guides et des documents pratiques détaillant les démarches à suivre pour soumettre une demande d’autorisation ou déclarer un projet de recherche. Contrôle et vigilance : l’Agence peut suspendre ou retirer les autorisations en cas de non-respect des dispositions légales.
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La loi de 2021 énonce que : « La modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces est interdite ». Pour les embryons transgéniques (génétiquement modifiés), l'article a été remplacé par : « La conception in vitro d’embryon humain par fusion de gamètes ou la constitution par clonage d’embryon humain à des fins de recherche est interdite ». (L.2151-2 et Art.18 convention d’Oviedo). La rédaction a donc changé. Dès lors, les « embryons » créés par d’autres voies ne sont pas concernés par cet interdit. La conception d’embryons n’est possible que dans le cadre d’une AMP (assistance médicale à la procréation ou PMA). Les embryons sur lesquels une recherche a été conduite ne peuvent être transférés à des fins de gestation. Les embryons sont cédés sans contrepartie financière. Le consentement doit être réitéré dans les 3 mois et est révocable tant qu’aucune recherche n’a eu lieu.
Enjeux éthiques et sociétaux
La recherche sur l’embryon humain soulève des questions éthiques fondamentales, notamment en ce qui concerne le statut moral de l’embryon et les limites de son utilisation à des fins scientifiques. L’apparition d’entreprises qui proposent aux futurs parents des tests génétiques complexes sur leurs embryons, à la veille d’une fécondation in vitro (FIV), préoccupe aussi bien les généticiens que les spécialistes de la bioéthique. Ces sociétés se disent capables de prédire les risques de nombreuses maladies courantes - y compris celles favorisées par des dizaines, voire des milliers de gènes. Les couples ayant recours à la FIV ont dès lors la possibilité de sélectionner un embryon ayant a priori moins de chances d’être atteint de telles maladies.
L’inquiétude des chercheurs est justifiée. La sélection des embryons en fonction de ces critères n’est pas encore fondée sur des faits scientifiques. En outre, faire appel à des tests génétiques complexes pour trier des embryons a des conséquences sociétales qui n’ont pas encore été pleinement prises en compte. Certains scientifiques sont radicalement opposés à de telles pratiques, tandis que d’autres reconnaissent qu’il pourrait y avoir des avantages à collecter de nouvelles données, même s’ils sont conscients qu’il faut strictement réglementer ce type de procédure. Une étude, publiée dans la revue Nature Medicine le 21 mars, explique une partie de la méthodologie utilisée pour déterminer ce qu’on appelle les “scores de risque polygénique”.
De plus en plus de sociétés proposent aux futurs parents d’analyser leurs embryons. Le but : évaluer les risques de maladies des enfants à naître. Mais ces tests génétiques ne sont pas encore validés scientifiquement, et ils ouvrent la voie à de profonds bouleversements sociétaux.
La loi 2021 : « la pertinence scientifique doit être établie ». Ce critère est peu précis, et régulièrement assoupli. En 2013, la recherche sur l’embryon devait avoir une simple « finalité médicale ». Lorsque le régime dérogatoire a ouvert la recherche sur l’embryon, elle était conditionnée à la démonstration de l’absence de méthode alternative d’efficacité comparable.
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Perspectives thérapeutiques et avancées scientifiques
Malgré les enjeux éthiques, la recherche sur l’embryon humain offre des perspectives thérapeutiques prometteuses. Elle permet notamment de :
- Mieux comprendre les causes de l’infertilité et développer de nouvelles stratégies pour améliorer les taux de succès de la procréation médicalement assistée (PMA).
- Étudier les maladies génétiques et identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
- Développer des thérapies cellulaires et de médecine régénérative pour traiter des maladies telles que la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques ou le diabète.
- Améliorer considérablement les taux de succès des fécondations in vitro, grâce à des techniques qui permettent l'analyse génétique des embryons obtenus par fécondation in vitro.
Des chercheurs en biologie de la reproduction estiment aujourd'hui avoir fait dans ce domaine un progrès substantiel, à partir de techniques qui permettent l'analyse génétique des embryons obtenus par fécondation in vitro. Ils ont publié leurs résultats, mercredi 14 mai, dans Human Reproduction, la revue de la Société européenne de reproduction et d'embryologie humaines. Dirigée par les docteurs Alan O. Trounson (université Monash, Clayton, Australie) et Kostas Pantos (Genesis Hospital, Athènes), cette équipe a mené son étude sur un groupe de 48 femmes prises en charge pour des problèmes d'infertilité. Après stimulation de la fonction ovarienne de ces femmes et prélèvement d'ovocytes, les chercheurs ont, par fécondation in vitro, obtenu 153 embryons qu'ils ont cultivés durant cinq jours, jusqu'au stade de blastocystes. Avant de procéder au transfert intra-utérin, ils ont prélevé entre 8 et 20 cellules chez chacun de ces blastocystes, en prenant soin d'effectuer ce prélèvement dans une région particulière, le trophoblaste, qui, normalement, contrôle les échanges materno-embryonnaires. Après amplification génétique et usage de techniques informatisées, ils ont pu analyser plusieurs milliers des caractéristiques génétiques de chaque embryon. Un ou plusieurs embryons ont ensuite été implantés chez chacune des femmes. 25 grossesses ont été obtenues, permettant au total 37 naissances. Chez sept femmes, tous les embryons implantés se sont développés jusqu'au terme, tandis que chez les 18 autres, le développement n'a pas concerné tous les embryons implantés. Une nouvelle série d'analyses des caractéristiques génétiques a ensuite été pratiquée chez les nouveau-nés. La comparaison de ces données avec les résultats obtenus avant l'implantation a permis aux chercheurs de définir une série de critères génétiques permettant de savoir quels embryons sont les plus aptes à se développer après leur transfert intra-utérin. Il s'agit, pour l'essentiel, de gènes impliqués dans de multiples processus de communication intercellulaire chez l'embryon. Les auteurs de ce travail estiment que des recherches complémentaires sont nécessaires pour établir les bases objectives de la viabilité des embryons humains et proposer des tests de routine. Ils estiment toutefois apporter d'ores et déjà la preuve que l'on peut, sans danger pour le futur enfant, prélever un certain nombre de cellules chez un embryon parvenu au stade de blastocyste. Ils expliquent enfin que le développement de leur procédé devrait permettre rapidement d'en finir avec les critères subjectifs, le plus souvent morphologiques, qui sont aujourd'hui retenus par les biologistes de la reproduction pour juger de la viabilité embryonnaire.
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