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Jerry Lewis : Icône du cinéma burlesque américain

Icône du comique burlesque américain, Jerry Lewis (né Jerome Joseph Levitch le 16 mars 1926 à Newark, New Jersey, décédé le 20 août 2017 à Las Vegas) s’est imposé comme acteur, réalisateur, scénariste et producteur. Il a marqué durablement le cinéma hollywoodien et la culture populaire, grâce à son duo avec Dean Martin et à une carrière solo saluée, notamment en France, pour son inventivité formelle et son humour physique singulier.

Parcours

Fils d'un artiste de cabaret et d'une musicienne, Jerry Lewis suit très tôt sa vocation et abandonne le lycée à quinze ans pour se produire sur scène avec un numéro déjà très étudié : "le Record Act" dans lequel il mime les chanteurs célèbres de l'époque pendant que leurs disques passent. Né à Newark (New Jersey), Jerry Lewis débute dans le music-hall avant de former un duo comique avec Dean Martin à la fin des années 1940. Ensemble, ils connaissent un succès fulgurant à la radio, à la télévision et au cinéma. Leur séparation en 1956 ouvre la voie à sa carrière en solo. Il réalise lui-même plusieurs de ses films, dont The Bellboy (1960) et The Nutty Professor (1963), reconnus pour leur inventivité technique et narrative. Moins actif au cinéma à partir des années 1970, il se consacre aussi à des causes caritatives, notamment à la lutte contre la dystrophie musculaire. Sa reconnaissance internationale, notamment en France, dépasse parfois celle accordée dans son propre pays, où il est longtemps vu comme une figure comique populaire mais controversée.

Repères de carrière

  • 1946 : Débuts du duo Martin & Lewis au night-club 500 Club à Atlantic City. En 1946, il rencontre Dean Martin sur la scène du club 500 d'Atlantic City et ils décident de se produire ensemble. La combinaison des grimaces de Lewis et le charme sensuel de Martin fonctionne à merveille et ils deviennent vite le duo comique préféré de l'Amérique.
  • 1949 : Première apparition au cinéma avec Dean Martin dans My Friend Irma. C'est donc logiquement qu'en 1949, ils jouent les seconds rôles dans leur premier film, Ma bonne amie Irma, suivi un an plus tard de sa suite, My Friend Irma goes West.
  • 1951 : Premiers rôles principaux dans Le Soldat récalcitrant. C'est en 1951 qu'ils interprètent leurs premiers rôles principaux dans Le Soldat récalcitrant. Ils enchaînent ensuite sur 13 comédies pour la Paramount basées sur le même modèle : l'homme sensuel et droit (Martin) forcé de supporter les pitreries du maniaque stupide (Lewis).
  • 1956 : Séparation du duo ; début de la carrière solo. Cependant, des querelles d'égo entre les deux stars les poussent à se séparer et Un vrai cinglé de cinéma en 1956 est leur dernière collaboration.
  • 1960 : Réalise The Bellboy, premier film dirigé par lui-même. En 1960, il débute sa carrière de réalisateur avec Le Dingue du palace, un film sans dialogue qui met en valeur ses gags visuels, suivi de Le Tombeur de ces dames, une satire des femmes américaines.
  • 1963 : Succès international de The Nutty Professor (Dr Jerry et Mr Love). En 1963, il réalise et interprète Docteur Jerry et Mister Love, une version comique de Dr Jekyll et Mr Hyde qui est dénigré par la critique américaine mais encensé en France, notamment par les Cahiers du cinéma.
  • 1976 : Échec critique de The Day the Clown Cried (resté inédit). En 1972, cherchant à se renouveler, il écrit et dirige The Day the Clown cried, l'histoire d'un clown tentant de faire oublier l'horreur des camps d'extermination aux enfants juifs. Mais, pour des raisons financières, le projet avorte en milieu du tournage.
  • 1982 : Acclamé dans un registre dramatique dans King of Comedy de Martin Scorsese. Il est néanmoins aux côtés de Robert De Niro dans La Valse des pantins de Martin Scorsese, ce qui lui vaut pour la première fois de sa carrière de bonnes critiques aux Etats-Unis.
  • 2009 : Reçoit le Jean Hersholt Humanitarian Award (Oscar honorifique).
  • 2016 : Dernière apparition dans le film Le Casse. En 2016, Jerry revient au long-métrage en incarnant le père de Nicolas Cage dans le Thriller Le Casse. Il se glisse aussi dans la peau de Max Rose, un homme veuf qui repense aux moments importants de sa vie.
  • 2017 : Décès le 20 août à Las Vegas.

Vie personnelle et engagements

Jerry Lewis épouse Patti Palmer en 1944, avec qui il a six enfants. Contre la volonté de ses parents, il se marie et sera père de six enfants. Après leur divorce, il se remarie avec SanDee Pitnick, avec qui il adopte une fille. Il est aussi connu pour son engagement de plusieurs décennies en faveur de la Muscular Dystrophy Association (MDA), organisant le célèbre téléthon annuel qui a récolté des centaines de millions de dollars. Outre sa carrière d’acteur, il est connu pour avoir monté le tout premier Téléthon aux États-Unis, il animera d’ailleurs la première édition française en 1987. Son style comique, très visuel et caricatural, a été critiqué aux États-Unis, mais admiré par des cinéastes comme Jean-Luc Godard ou François Truffaut.

Anecdotes

  • En France, Jerry Lewis est considéré comme un maître du burlesque et un artiste complet, souvent plus respecté qu’aux États-Unis. Jerry Lewis, d'abord associé à Dean Martin, entre burlesque et comédie moderne. Il part ainsi pour la France où les films du "Roi du Crazy" (comme il est alors surnommé) sont diffusés à la Cinémathèque Française.
  • The Day the Clown Cried, film qu’il a réalisé sur un clown déporté pendant la Shoah, n’a jamais été diffusé officiellement mais alimente un mythe cinéphile.
  • Il a été professeur de réalisation à l’université de Californie du Sud, influençant de jeunes cinéastes.
  • Son humour a inspiré Jim Carrey et Robin Williams, tout en partageant son public entre adoration et rejet. Inspirateur de comédiens, comme Robin Williams ou Jim Carrey, il disait tordre le monde pour le rendre plus drôle.

Lieux de mémoire

Né à Newark (New Jersey), Jerry Lewis a vécu à Las Vegas, où il s’est éteint. Il a aussi marqué durablement la culture populaire en France, où plusieurs cinémathèques et festivals lui ont rendu hommage. Des expositions, rétrospectives et publications lui sont régulièrement consacrées des deux côtés de l’Atlantique.

Contexte du décès

Jerry Lewis meurt le 20 août 2017 à son domicile de Las Vegas à l’âge de 91 ans, de causes naturelles liées à une cardiopathie ischémique.

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Des planches à la Shoah : le projet maudit The Day the Clown Cried

Né en 1926, Jerry Lewis démarre sa carrière dès l’âge de cinq ans. Sa rencontre décisive en 1945 avec Dean Martin donne naissance à l’un des duos comiques les plus populaires d’Amérique : onze ans de spectacles, quinze émissions télé, quatorze films et une manière inédite de briser le quatrième mur. Séparé de Martin en 1956, Lewis enchaîne les succès - d’acteur le mieux payé d’Hollywood à présentateur des Oscars en 1956, ’57 et ’59 - tout en amorçant une transition vers la réalisation.

En 1971, le producteur français Nat Wachsberger confie à Lewis l’adaptation d’un roman sur l’Holocauste, avec pour lui le rôle-titre et le poste de metteur en scène. Habitué à l’excès comique, Lewis se lance dans un défi inédit : mêler pantomime et tragédie. Il incarne Helmut Durk, clown berlinois déporté pour avoir ridiculisé Hitler, contraint de divertir des enfants dans un camp de concentration avant de partager leur ultime destin. Pour nourrir son interprétation, il visite Auschwitz et Dachau, affirmant son identité juive et interrogeant la place du rire face à l’horreur.

Le tournage s’achève en 1972, mais la production se heurte à un imbroglio juridique : les droits du livre n’avaient pas été achetés, Wachsberger fait défaut sur les financements, et un procès s’engage. Jerry Lewis parvient malgré tout à boucler un montage sommaire, dont la seule copie est dissimulée sur une cassette. À l’aube d’un renouveau de carrière, l’artiste traverse une décennie blanche : il ne tournera plus pendant sept ans.

En août 2015, Lewis offre cette unique copie à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis, à la condition formelle qu’elle reste invisible pendant dix ans. L’interdiction a expiré officiellement le 5 août 2025, ouvrant la porte à toute projection publique. Mais les ayants droit du scénario, la succession de Wachsberger et les questions de qualité supposée du film maintiennent la pellicule en déshérence dans un coffre-fort.

Fin août 2024, la Library of Congress a ouvert l’accès aux rushes et à plusieurs fragments inédits, relançant espoirs et débats. En mai 2025, un workprint complet a fait surface en Suède, sans validation officielle ni perspective de sortie. Un documentaire, From Darkness to Light (2024), a restitué des extraits mis au jour, attisant la curiosité des cinéphiles. Pourtant, à ce jour, aucune projection ni distribution n’a encore été annoncée.

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Un héritage complexe

Considéré comme l’un des plus grands comédiens juifs de tous les temps, Jerry Lewis a bâti sa légende sur un registre burlesque où il incarnait à merveille l’idiot attachant. Pourtant, sous ce masque de bouffon se cachait un désir d’aborder des thèmes plus profonds et douloureux. Souvent dénigré par ses concitoyens, Jerry Lewis a marqué de son empreinte la comédie américaine, révolutionnant le "slapstick", la comédie burlesque célébrée par Buster Keaton. Aujourd'hui, il est une influence majeure pour des comédiens tels que Jim Carrey, Robin Williams ou Billy Crystal.

Il était celui que les cinéphiles français aimaient et prenaient au sérieux, provoquant la moquerie condescendante de la plupart des Américains pour qui Jerry Lewis, tout populaire qu’il ait été, ne saurait être considéré comme un véritable artiste. Pour le plus grand nombre, il n’incarnait plus, outre-Atlantique, que celui qui animait le Téléthon (Jerry Lewis Muscular Distrophy Association Telethon) à la télévision. Point de paradoxe dans l’expression de ce goût hexagonal mais une admiration profonde pour celui que Jean-Luc Godard avait qualifié « de plus grand cinéaste politique américain des années 1960 », c’est dire l’enthousiasme pour celui qui aura à la fois inventé une silhouette burlesque inédite, produit et signé des œuvres à l’inspiration toute personnelle. Jerry Lewis, mort le 20 août à Las Vegas à l’âge de 91 ans, fut un auteur au sens le plus complet du terme, traversant les années en quête d’une autonomie artistique qu’il atteignit au début des années 1960, avant que les temps et les règles de l’entertainment industriel changent au point de ne plus pouvoir lui trouver la place qu’il méritait. Histoire glorieuse et tragique, telle fut la carrière de Jerry Lewis.

Filmographie sélective

  • Ma bonne amie Irma (1949)
  • Le Soldat récalcitrant (1951)
  • Amour, délices et golf (1953)
  • Un pitre au pensionnat (1955)
  • Artistes et modèles (1955)
  • Un vrai cinglé de cinéma (1956)
  • Le Délinquant involontaire (1957)
  • Trois bébés sur les bras (1958)
  • Le Kid en kimono (1958)
  • Cendrillon aux grands pieds (1960)
  • Le Dingue du palace (1960)
  • Le Tombeur de ces dames (1961)
  • Docteur Jerry et Mister Love (1963)
  • Jerry chez les cinoques (1964)
  • Ya, ya, mon général ! (1970)
  • Au Boulot… Jerry ! (1979)
  • La valse des pantins (1982)
  • Retenez-moi… où je fais un malheur ! (1983)
  • Par où t'es rentré ? On t'a pas vu sortir ! (1984)
  • Arizona Dream (1992)
  • Le Casse (2016)
  • Max Rose (2016)

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