L'art menstruel, une forme d'expression audacieuse et souvent controversée, utilise le sang menstruel comme médium artistique. Cette pratique, à la croisée des arts plastiques et du féminisme, vise à briser les tabous entourant les menstruations et à réhabiliter ce fluide corporel en tant que matière porteuse de sens. Des artistes comme Ndrame, John Anna et Jasmine Alicia Carter explorent cette voie, chacune avec sa propre approche et ses motivations.
L'Art Menstruel : Une Démarche Engagée
L'art menstruel transcende la simple création esthétique pour devenir une déclaration politique et sociale. Les artistes qui s'engagent dans cette voie cherchent à défier les normes sociétales et à provoquer une réflexion sur le corps féminin et les tabous qui l'entourent.
Ndrame : Réappropriation et Valeur Symbolique
Dans son atelier à Montpellier, l'artiste italienne Ndrame, de son vrai nom Annarita Gaudiomonte, explore le potentiel artistique du sang menstruel depuis 2013. Elle souhaite se réapproprier ce fluide pour qu'il ne soit plus considéré comme un déchet, mais comme une matière à part entière, dotée d'une valeur politique, organique, esthétique et symbolique. Elle travaille sur différents supports tels que le papier absorbant, le tissu et les collages, transformant un fluide intime souvent stigmatisé en un langage artistique puissant.
Ndrame a également développé une démarche collective et participative, en invitant des proches à lui confier leurs propres tâches menstruelles. Plusieurs performances, telles que « Jardin », « Service de table » ou « Miracolo », ont vu le jour entre la France et l'Italie. Co-fondatrice de l'association marseillaise écologiste et féministe "Cœur de Cagoles", elle s'est spécialisée dans l'éducation menstruelle, soulignant l'importance de l'inclusivité dans son travail et ayant rencontré d'autres artistes, souvent des femmes cisgenres, qui utilisent également le sang menstruel.
John Anna et la « Womanstruation » : Un Mouvement Féministe
John Anna, une artiste de 23 ans originaire de Nantes et vivant à Bordeaux, a troqué l'acrylique et la peinture à l'huile pour le sang menstruel il y a deux ans et demi. Cette découverte lui a permis de lancer un nouveau mouvement à la croisée des arts plastiques et du féminisme contemporain, qu'elle a nommé la « Womanstruation ». Sur son Tumblr, elle poste régulièrement les photos de ses créations, considérant le sang menstruel comme un « médium assez puissant » doté d'une « belle symbolique ».
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Pour John Anna, le sang menstruel est un matériau tabou que l'on met à la poubelle et que l'on cherche à cacher. Elle souhaite le rendre beau et le remettre dans un cycle afin de lui donner son rôle de créateur. Elle perçoit son travail comme une démarche féministe visant à montrer que les hommes et les femmes sont identiques, que nous sommes des personnes avant d'être des êtres sexués. Elle a utilisé un mélange de sperme et de sang menstruel dans ses tableaux « Le Graal » ou « Cocktail », mais a été déçue du résultat.
John Anna a été perturbée à l'arrivée de ses premières règles, mais grâce à son travail artistique, elle a appris à les apprivoiser. Maintenant, c'est quelque chose de ludique pour elle. Elle attend ses règles, chaque mois, avec impatience, de manière totalement décomplexée et est convaincue que l'art peut permettre d'être en harmonie avec son corps.
Jasmine Alicia Carter : Connexion Corporelle et Libération de la Parole
Jasmine Alicia Carter est une artiste qui se sert de son propre sang menstruel pour peindre des mandalas aux formes géométriques, nettes et inspirantes. Elle récupère son sang dans sa cup menstruelle et l'utilise sans ajouter d'additif chimique. C'est en 2014 et suite à une prise de conscience qu'elle a décidé de se servir de son sang menstruel à des fins artistiques. Elle considère cette forme d'expression comme ayant de nombreux bénéfices pour elle au niveau du mental, des sentiments, des émotions et parfois même de la spiritualité.
Pour Jasmine Alicia Carter, peindre avec son sang menstruel est une manière d'apprendre à aimer son corps et de se connecter avec son cycle menstruel d'une manière différente de celle qu'on lui avait enseignée. Elle est consciente de l'impact positif comme négatif de son art sur les personnes, mais est intimement convaincue que grâce à cette libération de la parole autour de l'acceptation du sang et des règles permettra, sur le long terme, de briser ce grand tabou.
Réactions et Perceptions
L'art menstruel suscite des réactions variées, allant du dégoût à l'intérêt, en passant par l'incompréhension. Certaines personnes trouvent cette pratique « dégueulasse » ou considèrent les artistes comme « tarées », tandis que d'autres sont fascinées par la démarche et le message qu'elle véhicule. Les femmes sont souvent plus dégoûtées que les hommes, car elles se voient dans un miroir, confrontées à quelque chose qu'elles doivent cacher tout le temps, face à leur intimité exposée.
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Artistes Masculins et la Question de la Légitimité
La question de la légitimité des artistes masculins à aborder les thèmes liés aux menstruations est également soulevée. Anish Kapoor, par exemple, a suscité la polémique avec ses œuvres représentant des cavités et des orifices noirs d'où émanent des éclaboussures de sang. Si certains peuvent trouver cela choquant, d'autres y voient une illustration de la force de la vie et une exploration de la douleur, de la violence et de l'impureté qu'évoquent les règles.
Le Monochrome : Un Précurseur de l'Art Menstruel ?
Le monochrome, une forme d'art qui utilise une seule couleur, peut être considéré comme un précurseur de l'art menstruel dans sa volonté de réduire l'œuvre à son essence et de provoquer une réflexion sur la perception et la signification. Des artistes comme Kasimir Malevitch, Yves Klein et Piero Manzoni ont exploré cette voie, chacun avec sa propre approche et ses motivations.
Malevitch et le Suprématisme
Kasimir Malevitch, avec son Carré noir sur fond blanc, a marqué une rupture avec la peinture figurative et a ouvert la voie à l'abstraction. Pour Malevitch, le blanc représente l'infini, le cosmos, et le carré noir est le premier pas de la création pure en art.
Yves Klein et le Bleu International Klein (IKB)
Yves Klein a breveté sa propre nuance de bleu, l'International Klein Blue (IKB), et a créé des monochromes qui évoquent l'espace, la pureté et l'immatériel. Pour Klein, peindre ne signifie pas « s'exprimer », mais « être le mode d'être de la couleur ».
Piero Manzoni et les Achromes
Piero Manzoni a créé des Achromes, des œuvres monochromes blanches réalisées à partir de matériaux divers tels que le coton, le plâtre et la fibre de verre. Manzoni cherche à explorer l'absence de couleur et à donner un sens inhabituel en peinture, le toucher.
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