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Suicide et IVG : Analyse des Statistiques et Études

Introduction

La question du suicide après une interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe et délicat, souvent entouré de controverses. Il est essentiel d'examiner les statistiques et les études disponibles avec rigueur et objectivité, en tenant compte des multiples facteurs qui peuvent influencer la santé mentale des femmes. Cet article vise à explorer les liens potentiels entre l'IVG et le suicide, en analysant différentes études et perspectives sur la question.

Études et Statistiques : Un Aperçu Complexe

L'étude de l'Université de Pennsylvanie (2022)

Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association Psychiatry (JAMA, Décembre 2022) par des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie a mis en lumière une possible corrélation entre les restrictions d'accès à l'IVG et l'augmentation du taux de suicide chez les femmes en âge de procréer. En analysant les données de 1974 à 2016, les auteurs ont observé un taux de suicide annuel 5,81 % plus élevé dans les États ayant mis en place des réglementations ciblant les cliniques d'avortement (Targeted Regulation of Abortion Providers, TRAP).

Cette étude s'inscrit dans la continuité de l'étude Turnaway, qui suggère que les femmes qui se voient refuser l'avortement en raison de délais dépassés seraient plus stressées et anxieuses que celles qui ont pu avorter.

Limites et Critiques de l'étude de 2022

Bien que cette étude soulève des questions importantes, elle a également fait l'objet de critiques. Certains experts estiment que le modèle utilisé pour interpréter le taux de suicide est trop simpliste et que les variables prises en compte sont contestables. Par exemple, l'inclusion des sénateurs républicains comme facteur explicatif du taux de suicide a été remise en question. De plus, l'étude ne tient pas compte des différences ethniques en matière de taux de suicide, les Afro-Américains, les Hispaniques et les Asiatiques affichant des taux de suicide plus faibles que la moyenne nationale.

Il est également important de noter que la hausse annuelle de 5,81 % est une estimation basée sur un modèle statistique, avec une marge d'erreur d'estimation significative. L'intervalle de confiance à 95 % se situe en réalité entre 1,09 % et 10,94 %.

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Enfin, l'étude compare l'impact des réglementations sur les cliniques d'avortement sur les taux de suicide des femmes de 20 à 34 ans, celles de 45 à 64 ans et le taux de mortalité automobile pour les femmes âgées de 20 à 34 ans. Selon les données comparées, il n'y a aucun lien entre le taux de suicide et les réglementations TRAP en 2016. En comparant la moyenne des taux de suicide des femmes en âge de procréer en 2016, ce taux est plus haut dans les Etats sans réglementations TRAP (7,27/100 000) que dans les Etats avec réglementations (6,7/100 000). On observe la même tendance sur les années 2012-2016 avec un taux de suicide de 6,95/100 000 dans les Etats sans réglementations contre 6,21/100 000 dans les Etats avec règlementations (11,9% d’écart).

Autres facteurs à considérer

Il est crucial de reconnaître que le suicide est un phénomène complexe influencé par de nombreux facteurs individuels et collectifs. La santé mentale, les antécédents psychiatriques, les difficultés économiques, les relations sociales et l'accès aux soins sont autant d'éléments qui peuvent jouer un rôle.

Études sur les risques médicaux et psychologiques de l'IVG

D'autres études se sont penchées sur les risques médicaux et psychologiques potentiels associés à l'IVG. Par exemple, une étude comparative entre hommes et femmes montre que là où 56,9% des femmes vivent une détresse psychologique avant l’avortement, 40,7 % des hommes subissent la même chose.

Cherline Louissaint, avocat, est revenue, études à l’appui, sur les risques médicaux encourus par les femmes qui ont recours à l’IVG. Il ressort de différentes études, que les infections sont les risques à court terme les plus fréquents et se produisent dans 1 à 5% des cas. Les mineures sont quant à elles, beaucoup plus sujettes aux risques physiques à court terme car elles ne bénéficient pas du pouvoir protecteur produit par la glaire cervicale des femmes plus âgées.

Si les risques qui sont observés, apparaissent tout de suite après l’avortement, certains risques se réalisent bien plus tard, notamment s’agissant des naissances ultérieures. La santé des enfants à naître étant alors en danger. En effet, une femme qui a déjà avorté à un risque augmenté de 37% d’accoucher d’enfants prématurés par la suite.

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Au-delà des risques sur l’enfant à naître, la mère peut être directement atteinte dans sa santé. En effet, bien que les avis ne soient pas unanimes sur le fait que l’avortement ait potentiellement un impact direct sur le cancer du sein, la grande majorité des études sur la question établissent un lien entre avortement et cancer du sein. Les femmes qui avortent ont un risque bien plus élevé de tomber en dépression que les femmes qui ont accouché (plus élevé de 53%), et le risque d’automutilation est plus élevé de 70% chez les femmes qui ont avorté, et ce sur une population de femmes qui n’avaient pas d’antécédents psychiatriques. Les hommes ne sont pas épargnés par ce constat, et sont également touchés psychologiquement par l’avortement pratiqué par leur partenaire. Une étude comparative entre homme et femme montre que là où 56,9% des femmes vivent une détresse psychologique avant l’avortement, 40,7 % des hommes subissent la même chose.

L’OMS a déclaré qu’en 2000 le taux de suicide est presque aussi élevé que le taux de décès issus d’homicides et de guerres combinés, soit 815 000 suicidés. Le taux de suicide est très présent chez les femmes. En comparant les suicides suite à un accouchement et suite à un avortement, dans différents pays, l’on constate que l’avortement est un facteur aggravant du risque de suicide. S’il est vrai que des femmes se suicident suite à un accouchement, l’accouchement a plutôt un effet positif sur la femme. Ainsi on peut voir que les tentatives de suicides augmentent après un avortement (5 sur 1000 femmes, contre 8,1 sur 1000 femmes après), alors que le taux de tentatives de suicide diminue après l’accouchement, on passe de 2,9 à 1,9 tentatives de suicide suite à l’accouchement.

L’impact sur la relation de couple s’en fait sentir également car de nombreux dysfonctionnements sexuels sont à dénombrer suite à un avortement. Jusqu’à 31% des femmes ayant avorté expérimentent différents dysfonctionnements sexuels pouvant durer jusqu’à un an après l’avortement ; souvent lié à l’anxiété et à la dépression qui suit l’avortement. De même, le couple pâtit. Les hommes comme les femmes ayant vécu l’avortement, ont dû mal à se remettre dans une relation stable et ont des rapports sexuels impersonnels. De même, des disputes et des séparations sont directement liées à l’avortement. Il ressort d’une étude que près de 50% des femmes rapportaient que l’avortement avait été une cause de crise majeure dans le couple et 50% rapportent que la relation avec leur partenaire a été altérée significativement suite à l’avortement.

Mortalité Maternelle et Avortement

La mortalité maternelle est une cause de décès importante. Il est couramment considéré que la mortalité maternelle est plus forte dans les pays qui ont une législation restrictive concernant l’avortement, car cela aurait pour conséquence de pratiquer des avortements dans des conditions dangereuses du fait de son illégalité. Ainsi, on peut citer en Europe l’exemple de Malte et de l’Italie où le taux de mortalité maternelle est respectivement de 3 et 4 sur 100 000. L’exemple du Chili est particulièrement significatif avec une loi, votée en 1989, restrictive face à l’avortement. Pour autant, à compter de cette même date, non seulement le taux n’a pas augmenté, mais il a diminué de moitié. Il est passé de 41,3 à 22 décès sur 100 000 en 2013.

Si le fait d’être enceinte suppose à lui seul d’augmenter les risques de décès, dans la première année, les risques sont augmentés de 80% pour les femmes qui ont choisi d’interrompre leur grossesse, en comparaison des femmes qui ont choisi de mener leur grossesse à leur terme. Ce risque est d’autant plus important que l’avortement intervient tardivement. Ainsi, comme il ressort d’une étude, une femme qui avorte dans les 20 semaines, a 35 fois plus de risques de mourir suite à l’avortement. Lorsque l’on met en évidence différentes causes de décès, pour chacune d’elle, on en tire les mêmes conclusions : les femmes qui avortent ont plus de risque de décéder. Il en est ainsi pour la mort de cause naturelle (60% de plus de risques), causé par le sida (2 fois plus contaminées), maladies cardiovasculaires et mentales (3 fois plus de risques).

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Par ailleurs, on observe que les femmes qui ont avorté sont plus susceptibles de mourir d’un accident mortel ou des suites de violences physiques. Une femme ayant un nouveau-né est beaucoup plus prudente. Elle évite les risques, ceux-ci étant 4 fois plus important pour les femmes qui avortent comparé aux femmes qui ont accouché.

Le Suicide Maternel en France

En France, le suicide est devenu la première cause de mortalité des femmes pendant la grossesse ou après l'accouchement, représentant 17 % de ces décès, selon une étude de Santé Publique France. Cette étude souligne l'importance de la prévention, du dépistage et d'une prise en charge coordonnée et multidisciplinaire pour réduire ce chiffre.

Les experts recommandent également de mieux informer sur la dépression post-partum, car de nombreuses femmes ressentent encore une forte culpabilité à éprouver de la tristesse ou un manque de plaisir avec leur enfant, et verbalisent peu leurs difficultés.

IVG en France : Tendances et Accès

La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) a publié une étude sur les recours à l'IVG en 2022, qui montrent une augmentation après deux années de baisse exceptionnelle en 2020 et 2021, liée à la pandémie de Covid-19. En 2022, 234 300 IVG ont été enregistrées en France, soit 17 000 de plus qu'en 2021 et environ 7000 de plus qu'en 2019.

Les conditions d'accès à l'IVG ont été élargies par la loi du 2 mars 2022, avec un allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé.

Risque de dépression après une IVG

Le prestigieux ‘British Medical Journal’ du 18 janvier 2002 a reconnu que les femmes courent un risque plus important de souffrir d’une longue dépression clinique suite à un avortement lors d’une première grossesse par rapport à celles qui ont poursuivi leur première grossesse jusqu’au terme.

En moyenne 8 ans après leur IVG, les femmes mariées ont plus de risque de faire une dépression par rapport à celles qui ont mené leur première grossesse non désirée à terme. Parmi les femmes non mariées en 1992, le risque de faire une dépression était pratiquement le même. Les auteurs suggèrent que cela peut être dû au taux important d’avortements non déclarés. Selon cette étude, en comparaison avec la moyenne nationale, les femmes non mariées déclarent seulement 30 % des avortements, alors que les femmes mariées en déclarent 74 %.

On constate que le remord et le refoulement des émotions font souvent suite à une IVG. Ce sont des sentiments associés à une dépression post-avortement, ainsi que l’angoisse et la colère.

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