Les substances chimiques peuvent avoir des effets néfastes sur le développement embryonnaire et fœtal, entraînant des malformations congénitales, des problèmes de fertilité et d'autres complications. Cet article explore les risques associés à l'exposition à certaines substances chimiques pendant la grossesse et l'allaitement, ainsi que les mesures de prévention à prendre pour protéger la santé de la mère et de l'enfant.
Introduction
L'exposition aux substances chimiques peut interférer avec le développement normal de l'organisme, que ce soit avant ou après la naissance. Ces effets peuvent résulter de l'exposition d'un des deux parents avant la conception, ou de l'exposition des descendants pendant leur développement prénatal ou postnatal, jusqu'à la maturité sexuelle. Les conséquences pour l'enfant peuvent se manifester à n'importe quel stade de sa vie. Il est donc crucial de comprendre les risques potentiels et de prendre des mesures préventives pour minimiser l'exposition.
Effets sur la Reproduction et le Développement
Les substances chimiques peuvent affecter la reproduction et le développement de plusieurs manières :
- Effets sur la fertilité : Certaines substances peuvent altérer les capacités reproductrices des hommes et des femmes, entraînant des dysfonctionnements sexuels et des problèmes de fertilité.
- Effets tératogènes : Un tératogène est une substance, un organisme ou un procédé qui peut provoquer des malformations chez les enfants exposés in utero. La période où les risques tératogènes sont les plus importants se situe au cours des deux premiers mois de grossesse, lorsque les organes de l'embryon se développent.
- Effets fœtotoxiques : Certaines substances peuvent altérer le développement embryonnaire et la santé du futur bébé, même si elles ne provoquent pas de malformations.
- Effets sur l'allaitement : Pour de nombreuses substances, les informations relatives aux effets néfastes potentiels sur la descendance via l'allaitement sont lacunaires. Cependant, certaines substances peuvent être présentes dans le lait maternel en quantités suffisantes pour menacer la santé du nourrisson.
- Effets transgénérationnels : Certains scientifiques pensent que les perturbateurs endocriniens pourraient avoir une toxicité transgénérationnelle, c'est-à-dire que leurs effets toxiques pourraient se transmettre de génération en génération.
Classification des Substances Dangereuses
Le règlement (CE) n° 1272/2008, dit règlement CLP, définit comment doivent être classés, étiquetés et emballés les substances et les mélanges. Il est applicable aux substances depuis le 1er décembre 2010 et aux mélanges depuis le 1er juin 2015. La classification CMR actuelle repose sur le Règlement CLP.
Les substances sont classées en différentes catégories en fonction de leur toxicité pour la reproduction :
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- Catégorie 1A : Substances dont la toxicité pour la reproduction humaine est avérée. La classification dans cette catégorie s'appuie largement sur des études humaines.
- Catégorie 1B : Substances présumées toxiques pour la reproduction humaine. La classification dans cette catégorie s'appuie largement sur des données provenant d'études animales.
- Catégorie 2 : Substances suspectées d'être toxiques pour la reproduction humaine. Les études humaines ou animales ont donné des résultats qui ne sont pas suffisamment probants pour justifier une classification dans la catégorie 1, mais qui font apparaître un effet indésirable sur la fonction sexuelle et la fertilité ou sur le développement.
- Catégorie supplémentaire : Effets sur ou via l'allaitement. Les substances dont l'incidence sur l'allaitement a été démontrée ou qui peuvent être présentes (y compris leurs métabolites) dans le lait maternel en quantités suffisantes pour menacer la santé du nourrisson sont classées et étiquetées en vue d'indiquer le danger qu'elles représentent pour les enfants nourris au sein.
Substances Chimiques à Risque
De nombreuses substances chimiques peuvent avoir des effets néfastes sur la reproduction et le développement. Voici quelques exemples :
- Médicaments : Certains médicaments sont tératogènes et peuvent provoquer des malformations congénitales. Il est important de consulter un médecin avant de prendre tout médicament pendant la grossesse. Parmi les principales molécules tératogènes présentes dans des médicaments disponibles en France, on peut citer l'isotrétinoïne (par voie orale), utilisée dans les traitements de l'acné, dans le Roaccutane, par exemple, "absolument contre-indiqué" durant une grossesse. Brigitte Layani cite également l'acitrétine, dans le Soriatane®, prescrit par exemple pour des formes sévères de psoriasis.
- Alcool : L'alcool augmente le risque de lésions cérébrales ou de malformations graves, en particulier au niveau du cœur et des yeux. Le risque tératogène de l'alcool dépend de nombreux facteurs fœtaux et maternels.
- Tabac : Chez la femme, le tabagisme pourrait altérer la fertilité de 10 à 40 % par cycle et allonger le délai de conception de près du double. Le tabac diminue également la réserve ovarienne, la qualité des ovocytes, la vascularisation de l’utérus (et donc les chances de nidification), et augmente le risque de fausse-couche précoce.
- Métaux lourds : Les métaux lourds comme le mercure peuvent entraîner des malformations congénitales, notamment au niveau du cerveau.
- Pesticides : Une quarantaine de pesticides sont considérés comme des perturbateurs endocriniens. Une étude américaine a conclu que les hommes qui consommaient le plus de fruits et légumes chargés en pesticides avaient un nombre de spermatozoïdes inférieur de 50 % par rapport aux hommes qui en consomment beaucoup moins.
- Phtalates : Les phtalates sont présents dans de nombreux objets du quotidien et sont des perturbateurs endocriniens.
- Bisphénol A (BPA) : Le BPA est un perturbateur endocrinien qui mime les œstrogènes.
- Parabènes : Les parabènes sont utilisés comme conservateurs dans les produits cosmétiques et les médicaments et sont des perturbateurs endocriniens.
- Éthers de glycol : Les éthers de glycol sont des solvants utilisés dans les peintures, les vernis, les colles, les cosmétiques, les produits d'entretien.
- Dioxines : Les dioxines regroupent une soixantaine de produits chimiques issus de l’industrie, de l’incinération.
- PCB (polychlorobiphényles) : Les PCB sont interdits depuis les années 80, mais des dizaines d’années sont nécessaires pour les éliminer dans la nature.
- Composés perfluorés (PFOA et PFOS) : Les PFOA et le PFOS présents dans certains revêtements anti-adhésifs posent particulièrement problème.
Mesures de Prévention
Il est possible de réduire l'exposition aux substances chimiques dangereuses en prenant certaines précautions :
- Informer les femmes enceintes : L’employeur doit informer les femmes sur les effets potentiellement néfastes pour la reproduction de l’exposition à certaines substances chimiques.
- Éviter les substances dangereuses : Il est interdit d'affecter ou de maintenir les femmes enceintes et les femmes allaitant à des postes de travail les exposant à certains agents chimiques.
- Lire les étiquettes : Étudiez bien les étiquettes afin d'éviter les substances à risque.
- Choisir des produits sûrs : Dans le doute, vous pouvez vous tourner vers les labels bio et/ou naturel éco certifiés ou les produits destinés aux enfants car ils sont plus stricts avec les perturbateurs endocriniens.
- Limiter l'utilisation de cosmétiques : Limitez au maximum l'utilisation de cosmétiques pendant la grossesse, et optez pour les produits les plus doux et neutres possibles.
- Adopter une alimentation saine : Choisissez vos fruits et légumes les bio et locaux. Si vous n’avez pas les moyens de vous offrir du « Bio », pensez à peler vos fruits et légumes.
- Consulter un médecin : Il est indispensable que la femme enceinte prenne contact avec son médecin du travail le plus tôt possible. Ce dernier, lors de son suivi, s’assurera de la compatibilité entre l’état de grossesse et les conditions de travail.
- Être prudente avec les médicaments : Par précaution, les pharmaciens se doivent aussi de vérifier pourquoi le médecin a prescrit à sa patiente enceinte un médicament tératogène : "On l'appelle pour lui demander s'il est au courant de la grossesse de la patiente. C'est notre devoir, nous sommes la dernière barrière avant la délivrance d'un médicament qui présentent des risques."
Rôle du Médecin du Travail
Le médecin du travail est l’interlocuteur privilégié en matière de santé et de sécurité au travail. Il exerce une médecine préventive et une activité de conseil en matière de santé et d’hygiène au travail. Il est soumis au respect du secret médical. Il connaît l’environnement de travail et peut évaluer les éventuels risques pour la grossesse. Il propose des mesures de prévention adaptées (substitution de produit, aménagement ou changement de poste).
Lors de la visite d’information et de prévention organisée pour les salariés au plus tard dans les 3 mois suivant leur embauche, les femmes en âge d’être enceinte doivent être informées sur les risques éventuels auxquels les expose leur poste de travail. Elles doivent en outre être sensibilisées sur les moyens de prévention à mettre en œuvre.
Obligations de l'Employeur
Le code du travail impose à l’employeur d’informer les femmes sur les effets potentiellement néfastes pour la reproduction de l’exposition à certaines substances chimiques. De plus, le même code interdit d'affecter ou de maintenir les femmes enceintes et les femmes allaitant à des postes de travail les exposant à certains agents chimiques.
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L’employeur a l’obligation de proposer un changement d'affectation aux salariées enceintes qui se trouvent exposées à leur poste de travail à certains risques incompatibles avec leur état de grossesse. En cas de nécessité médicale, l’employeur est tenu de proposer à la femme enceinte un autre emploi compatible avec son état, sans diminution de la rémunération. En cas de travail de nuit ou d’exposition à certains risques particuliers et s’il est impossible d’affecter la salariée à un autre emploi, le contrat est suspendu et la salariée bénéficie d’une garantie de rémunération.
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