L'attention portée à la composition des couches pour bébés a considérablement augmenté ces dernières années, en raison de préoccupations concernant la présence de substances potentiellement toxiques. Cet article examine la composition des couches, en particulier celles de la marque Pampers, et évalue les risques associés à ces substances, tout en tenant compte des améliorations récentes dans la fabrication et la réglementation.
Contexte et Déclenchement de la Controverse
En 2017, un article de 60 Millions de Consommateurs a révélé la présence de résidus indésirables dans les couches pour bébés, tels que des parfums, du glyphosate et diverses dioxines. Cette révélation a incité l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) à examiner la composition des couches vendues en France. En janvier 2019, l'Anses a publié un rapport écartant tout "danger grave et immédiat", mais n'a pas exclu un risque potentiel à long terme, enjoignant les fabricants à éliminer ces substances.
Amélioration de la Qualité des Couches : Constat de la DGCCRF
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a mené une enquête sur les couches culottes et s’est félicitée d’une amélioration de la qualité de ces produits. La DGCCRF a testé tous les modèles de couches pour bébé vendus en France. Sur les 32 références étudiées, aucune ne dépasse les seuils autorisés de substances nocives. Globalement, la qualité des produits s’est améliorée depuis deux ans.
Lors des tests menés dans ses laboratoires, la DGCCRF n’a décelé la présence d’aucun "allergène ou résidu de pesticides". Les contrôleurs de l’institution ont aussi constaté une baisse des contaminations en résidus divers du coton des couches: "dioxines et furanes, PCB-DL (composés chlorés) et HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques)".
Substances Préoccupantes : Le Formaldéhyde
La DGCCRF s’inquiète concernant une substance bien spécifique : le formaldéhyde, un cancérogène avéré. La situation ne justifie pas d’ordonner le rappel des produits, puisqu’aucun produit n’en présente une teneur excédant 50% du seuil toléré. Mais elle demande à trois références "d’approfondir sous six mois leurs diagnostics pour atteindre rapidement une teneur inférieure à 10% du seuil sanitaire".
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La DGCCRF pointe par ailleurs deux marques prises en flagrant délit de défaut d’information des consommateurs. Leurs paquets de couches affichent en effet des teneurs à 0% de certaines substances, alors que les analyses du gendarme de la consommation montrent l’inverse. Elles ont reçu un avertissement et une injonction à ce titre.
La répression des fraudes dévoile le nom de mauvais élèves. En l’occurrence, sur la présence jugée excessive de formaldéhyde, elle pointe par exemple le leader du marché, Pampers Premium Protection. Elle note par ailleurs des niveaux de résidus d’hydrocarbure plus élevés dans les couches made in France de Carryboo et celles bio de Love & Green.
Études et Classements des Couches les Moins Toxiques
Une enquête complémentaire menée fin 2020, la DGCCRF confirme "l'absence de dépassement des seuils sanitaires" et "l'amélioration de la qualité de 9 références" de couches jetables pour bébés. Dans les 9 références prélevées, aucun allergène ni aucun HAP n'a été détecté. En ce qui concerne le formaldéhyde, la situation continue de s'améliorer : les contaminations mises en évidence précédemment ont diminué.
En juillet 2020, la DGCCRF avait analysé la composition de 32 modèles de couches vendus en France. Aucune couche ne présente de substances toxiques (pesticides, allergènes, phtalates, dioxines, hydrocarbures, furanes…) au-delà des seuils recommandés par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses).
Dans son numéro d'octobre 2020, 60 Millions de consommateurs publiait un classement des couches pour bébé. L'association de consommateurs incluait les marques Pampers Harmonie, la Marque Repère Mots d'enfants de E.Leclerc Nature, et Love&Green. Love & Green et Lillydoo ainsi que Mots d'Enfants sont parmi le top 3 des couches les mieux notées tant pour leur performance que leur composition.
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Dans son précédent classement des meilleures couches pour bébé, 60 millions de consommateurs avait défini que les marques Joone Protection Premium étaient les plus sûres pour les fesses de bébé. En effet, elles ne contiennent aucune trace de résidus toxiques.
Substances Chimiques et Risques Potentiels
En janvier 2019, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) avait révélé la présence de substances chimiques jugées "dangereuses" dans une vingtaine de couches pour bébé commercialisées en France - il s'agissait principalement de produits cancérigènes, de pesticides (glyphosate) et de perturbateurs endocriniens.
Si certaines des couches testées contiennent encore (en petite quantité) des substances toxiques comme des dioxines et furanes, des HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) ou du formaldéhyde, les taux restent largement inférieurs aux seuils sanitaires calculés par l'Anses. Ces couches contiennent entre 10 % et 25 % de formaldéhyde - jusqu'à 50 % pour les modèles Moina Zaza ! Le formaldéhyde peut être corrosif pour la peau et favoriser l'apparition de boutons, d'eczéma ou d'un érythème fessier chez le bébé. Et à forte dose, cette substance peut aussi être cancérogène…
Pampers : Analyse Spécifique et Réponse de la Marque
Une association environnementale a fait analyser en laboratoire des couches Pampers. Les résultats révèlent des traces de composants dérivés du pétrole, potentiellement toxiques pour les plus petits. Les couches Pampers contiennent des traces de benzo anthracène et de chrysène, des dérivés du pétrole considérés comme cancérogènes par l’Union européenne. Le leader de la couche les utilise pour limiter l’irritation et l’effet "fesses rouges" des nourrissons.
Ludivine Ferrer, directrice de l’Asef considère ces résultats particulièrement alarmants. Les composants sont "en contact avec les parties intimes de nos enfants 23h30 sur 24 heures" jusqu’à leurs 2-3 ans, rappelle-t-elle. Elle redoute des effets néfastes sur le long terme : "si l’effet était immédiat, il y a bien longtemps que les producteurs auraient changé leurs méthodes de fabrication." La scientifique évoque ainsi les maladies chroniques, les cancers ou l’infertilité.
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Les taux relevés par le laboratoire indépendant, en deçà de 0,2 mg/kg, sont dans les clous de la réglementation européenne. "C’est légal mais laisser ainsi ne serait-ce que quelques traces de composants dangereux, c’est moralement trop, d’autant que les industriels ne sont pas obligés d’ajouter ces éléments chimiques !", déplore la directrice de l’association.
Sur la page internet relayant la composition des couches Pampers, l'entreprise soutient encore que ses couches ne contiennent «ni formaldéhyde ou générateur de formaldéhyde». Contacté par Le Parisien, Antoine Giuntini, directeur de BabyCare chez Pampers, se dédouane et soutient que «les traces ne viennent pas de nos couches mais de l'extérieur. L'Anses reconnaît que sur ce type de traces très infimes, il faut parfaire les analyses. Les composants peuvent aussi se retrouver dans l'air.
Pampers effectue plusieurs tests, des résultats complètement différents peuvent ressortir. Des traces de contaminants se trouvent partout dans l’environnement. La contamination peut par exemple se faire par l’air, par les plantes utilisées pour fabriquer la cellulose ou par l’eau qui a servi à concevoir certaines matières premières comme le super absorbant.
À chaque étape de fabrication, du choix des composants jusqu’aux produits finis, les produits Pampers sont évalués et testés afin de garantir leur sécurité. Pampers s’appuie sur la directive européenne sur la sécurité générale des produits. Mais la marque a fait le choix d’appliquer volontairement les réglementation les plus strictes comme la directive cosmétique, qui réglemente l’utilisation des 26 allergènes. Les couches Pampers n’en contiennent pas. Enfin, Pampers a pris la décision de bannir de ses produits plus de 550 ingrédients complémentaires pointés par REACH, règlement européen qui sécurise la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne.
Réglementation et Transparence
Dans un avis publié ce 22 décembre 2020, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) propose, dans le cadre de la réglementation européenne des produits chimiques REACH, de restreindre à toute l'Union européenne les substances chimiques des couches jetables destinées aux bébés de 0 à 3 ans. Cette proposition "consiste à limiter au maximum la présence dans ces articles de près de 200 substances dont les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dioxines, furanes, PCB et formaldéhyde", précise l'Anses. Elle fixe par conséquent des concentrations de seuils à ne pas dépasser et propose d'appliquer "une méthode d'analyse des couches qui devra être harmonisée au niveau européen pour rechercher ces substances".
Bien que ces produits chimiques soient interdits en Europe depuis plusieurs années, aucune réglementation sur la composition des couches jetables n'est aujourd'hui en vigueur. Aucune réglementation signifie aucune obligation pour les entreprises d'intégrer la composition exacte sur le produit en question : « Aucun paquet de couche ne présente la composition. Il est écrit qu'on peut la consulter sur leur site Internet. Je suis allé consulter, et j'ai pu constater que cela n'avait rien à voir avec ce qu'on appelle une «composition de produit». C'est très opaque. C'est un article marketing qui parle de «lingettes». Sur le site internet de Pampers, on constate en effet un schéma sommaire, suivi du détail de la composition de chaque partie, mais sans description exacte. L'utilisation de chaque composant est simplement justifiée par un témoignage de «professeur», ou par des exemples d'utilisation dans d'autres produits.
Alternatives et Initiatives Éco-Responsables
Il existe de plus en plus de marques de couches engagées, dont la composition ultra safe et la transparence sont leurs priorités. C’est le cas notamment de la marque française éco-responsable Les Petits Culottés, qui affiche sur son site internet des rapports toxicologiques plusieurs fois par an pour les couches afin d’écarter la présence de composants toxiques, substances nocives et perturbateurs endocriniens.
Pampers a créé la première filière de recyclage de couches au monde en Italie. Installée à Trévise en Italie, une usine récupère les couches préalablement amenées par des parents vers des points de collecte spécifiques répartis dans la ville. Le polyéthylène ou le polypropylène peuvent par exemple servir à faire des tables ou des vêtements.
Trois fabricants de couches pour bébé, appartenant au groupe Naturopera, lancent une pétition pour demander au gouvernement une réduction de la TVA à 5,5% sur les couches écolos. En effet, les marques bio Tidoo, Libellys, et Carryboo, vendues dans les réseaux de distribution bio, en pharmacie ou en grande surface, rappellent qu'il s'agit d'un produit "de première nécessité", et souhaitent que ces couches soient accessibles au plus grand nombre de parents.
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