La France affiche un taux d'allaitement parmi les plus bas d'Europe, malgré une progression observée ces dernières années. Cette situation est marquée par des disparités géographiques et socio-économiques significatives. L'allaitement maternel représente pourtant un enjeu de santé publique crucial, reconnu pour ses nombreux bienfaits tant pour l'enfant que pour la mère.
Un panorama contrasté : taux d'allaitement en France
Bien que près de 75% des femmes françaises expriment le désir d'allaiter leur bébé pendant au moins quelques semaines, les statistiques révèlent une réalité plus nuancée. Selon une étude de la DREES datant de 2013, seulement 66% des nouveau-nés sont allaités à la naissance. Ce chiffre diminue considérablement au fil des mois, atteignant 40% à 11 semaines, 30% à 4 mois et seulement 18% à 6 mois. Ces données mettent en évidence un sevrage précoce, contrastant avec les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui préconise un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de la vie.
L'enquête Epifane 2021 confirme une progression du taux d'initiation de l'allaitement maternel (AM) à la maternité, passant de 74% en 2012 à 77% en 2021. La durée médiane de l'allaitement a également favorablement évolué, passant de 15 à 20 semaines sur cette période. À l'âge de 6 mois, plus d'un tiers des nouveau-nés étaient encore allaités en 2021, contre moins d'un quart en 2012.
Malgré ces améliorations, la France reste en retrait par rapport à la plupart des autres pays européens, où les taux d'allaitement dépassent généralement 80%. L'Irlande est le seul pays européen à afficher des taux d'allaitement inférieurs à ceux de la France.
Disparités régionales et socio-économiques
Les taux d'allaitement varient considérablement selon les régions françaises. Par exemple, en Ille-et-Vilaine, le taux d'allaitement à la naissance est de 48,3%, tandis qu'il atteint 70% en Isère. Ces disparités régionales peuvent être liées à des facteurs culturels, socio-économiques et à l'accès aux ressources et au soutien en matière d'allaitement.
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Une étude réalisée par le Deuxième Certificat de Santé (CS9) révèle que le taux d'allaitement en France est influencé par la durée du congé maternité, la catégorie socio-professionnelle, l'âge, la situation professionnelle et le niveau d'étude de la mère. Les femmes qui allaitent le plus sont généralement plus âgées, non fumeuses, cadres ou de profession intermédiaire et ayant un diplôme d'études supérieures. Des caractéristiques socio-économiques plus défavorables, la naissance par césarienne et un petit poids de naissance de l’enfant contribuent à une moindre initiation à l’allaitement dans des pays comme la France et l’Espagne.
Facteurs influençant la décision d'allaiter
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la réticence des Françaises à allaiter. Certaines mères n'en ressentent pas l'envie ou le besoin, considérant l'allaitement comme un choix personnel. D'autres peuvent être influencées par des intuitions personnelles ou des préoccupations esthétiques. La pression sociale et le manque de soutien peuvent également jouer un rôle important.
Le biberon, autrefois perçu comme un symbole de modernité, a contribué au recul de l'allaitement au XXe siècle. Le lait maternisé était alors considéré comme plus pratique, propre et nutritionnel que le lait maternel. Il a fallu attendre le XXIe siècle pour que les bienfaits du lait maternel soient à nouveau mis en avant, tant pour l'enfant que pour la mère.
La reprise du travail est un autre facteur qui impacte défavorablement l'allaitement. Parmi les mamans qui allaitent en France, seulement 40% continuent à le faire à 11 semaines post-accouchement, ce qui correspond plus ou moins à la fin du congé maternité.
Initiatives pour promouvoir l'allaitement maternel
Face à ce constat, plusieurs initiatives ont été mises en place pour promouvoir et soutenir l'allaitement maternel en France.
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L'Initiative Hôpital Ami des Bébés (IHAB)
L'Initiative internationale "Baby Friendly Hospital Initiative" (BFHI), lancée en 1991 par l'OMS et l'UNICEF, vise à améliorer l'allaitement maternel dans de nombreux pays à revenu élevé. En France, elle est connue sous le nom d'Initiative Hôpital Ami des Bébés (IHAB). Ce programme repose sur 12 recommandations basées sur des connaissances scientifiques, destinées aux professionnels de santé.
L'IHAB a été mise en œuvre pour la première fois en France en 2000. En juin 2024, la France comptait 72 maternités labellisées IHAB (sur 456 maternités), ce qui représente environ 15% des naissances. Santé publique France, au travers de son programme 1000 premiers jours, soutient le label IHAB.
Une étude parue dans la revue International Journal of Epidemiology a évalué l'efficacité de l'IHAB dans les hôpitaux français détenant le label. Les résultats montrent que dans les maternités labellisées IHAB, les taux bruts d'allaitement exclusif étaient plus élevés que dans les maternités non labellisées, tandis que les taux bruts d'allaitement mixte étaient plus faibles. L'IHAB a également un impact positif sur les taux d'allaitement chez les mères ayant un niveau d'éducation moyen à élevé.
L'étude a démontré que l'augmentation des taux d'allaitement exclusif et la diminution des taux d'allaitement mixte associées à la labellisation IHAB étaient plus importantes chez les nouveau-nés de faible poids de naissance, contribuant ainsi à réduire l'écart existant entre ce groupe vulnérable et les bébés de poids normal.
Toutefois, les maternités labellisées IHAB sont inégalement réparties sur le territoire français, avec une forte concentration dans le Nord. Il est donc essentiel de tenir compte des inégalités existant dans les différents territoires lors de l'évaluation de l'impact de l'IHAB.
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Enquête Epifane
L'enquête Epifane, réalisée par Santé publique France, est un système national de surveillance de l'alimentation des enfants pendant leur première année de vie. La deuxième édition de cette enquête, menée en 2021, a porté sur 3 534 mères sélectionnées parmi celles ayant participé au recueil à deux mois de l'Enquête Nationale Périnatale (ENP-2021) en France hexagonale.
Les résultats de l'enquête Epifane 2021 montrent une progression du taux d'allaitement comparée à l'enquête précédente de 2012. Le taux d'initiation de l'allaitement maternel (AM) à la maternité a progressé de 74% en 2012 à 77% en 2021, avec une durée médiane qui a favorablement évolué, de 15 à 20 semaines sur cette période. À l'âge de 6 mois, plus d'un tiers des nouveau-nés étaient encore allaités en 2021, contre moins d'un quart en 2012.
L'enquête Epifane souligne également la nécessité d'accroître le soutien auprès des mères qui ont choisi d'allaiter et de mieux faire connaître les recommandations en matière d'alimentation du jeune enfant.
Autres initiatives
Outre l'IHAB et l'enquête Epifane, d'autres initiatives contribuent à promouvoir l'allaitement maternel en France. La Leche League France offre un soutien de mère à mère aux femmes souhaitant allaiter, en leur transmettant l'art et le savoir-faire de l'allaitement. Des consultantes en lactation certifiées IBCLC et des ateliers et réunions avec d'autres mamans allaitantes sont également disponibles.
Santé publique France publie et diffuse des guides sur l'allaitement maternel et sur la diversification alimentaire à destination des jeunes parents et de leur entourage.
Défis et perspectives
Malgré les progrès observés, la France doit encore relever plusieurs défis pour améliorer ses statistiques en matière d'allaitement maternel.
Accroître la formation des professionnels de santé
Il est essentiel d'accroître la formation des professionnels de santé susceptibles d'apporter soutien et conseils aux familles et d'informer et former les employeurs. Les femmes allaitantes sont bien souvent mal accompagnées dès la maternité. Les Enquêtes Nationales Périnatales (ENP) montrent que seules 38,4% des femmes ayant initié un allaitement maternel pratiquent un allaitement exclusif à deux mois et 30,2% déclarent avoir reçu un soutien par des professionnels de santé pour des problèmes liés à leur allaitement depuis la sortie de la maternité.
Rendre l'information plus lisible et cohérente
Il est important de rendre lisible et cohérente l'information en matière d'allaitement et d'alimentation du jeune enfant auprès des parents. De nombreuses idées reçues circulent encore sur l'allaitement et lui portent préjudice.
Soutenir et accompagner les mères
Il est nécessaire de poursuivre les actions de soutien et d'accompagnement à l'allaitement, notamment auprès des femmes qui initient un allaitement pendant leur séjour à la maternité mais qui l'interrompent très précocement, et de faciliter le recours aux consultantes en lactation.
Concilier travail et allaitement
La conciliation entre le travail et l'allaitement est un défi majeur pour de nombreuses femmes. Les entreprises sont souvent gênées par une femme qui allaite, et il est nécessaire de faire évoluer les mentalités et de mettre en place des mesures pour soutenir les mères allaitantes au travail.
Lutter contre la pression sociale
Il est important de lutter contre la pression sociale qui peut peser sur les femmes qui choisissent de ne pas allaiter ou d'arrêter l'allaitement précocement. Le choix d'allaiter ou non doit être un choix éclairé et respecté.
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