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Statistiques sur l'avortement aux États-Unis : Évolution et Impact Post-Roe v. Wade

L'avortement aux États-Unis est un sujet de débat passionné et de profondes divisions politiques. Après l'abrogation de l'arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême en juin 2022, qui avait garanti le droit constitutionnel à l'avortement pendant près de cinquante ans, chaque État a retrouvé la liberté de légiférer sur cette question. Cette décision a entraîné d'importants changements dans l'accès à l'avortement à travers le pays, avec des conséquences notables sur les femmes et les prestataires de soins de santé.

Contexte juridique et politique

Pendant près d'un demi-siècle, l'arrêt Roe v. Wade a protégé le droit des Américaines à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Cependant, le combat pour restreindre ce droit a commencé bien avant 2022, notamment au Texas, avec des lois limitant l'accès aux cliniques pratiquant l'avortement et interdisant les IVG au-delà de six semaines de grossesse.

La révocation de Roe v. Wade a permis à 22 États de mettre en place des restrictions légales, dont 14 qui interdisent totalement l'IVG. Cette situation a créé un paysage fragmenté, où l'accès à l'avortement dépend désormais du lieu de résidence.

Tendances récentes en matière d'avortement

Malgré les restrictions croissantes dans de nombreux États, le nombre total d'avortements aux États-Unis a augmenté ces dernières années. Selon le Planning familial, il y a eu près de 100 000 avortements en moyenne chaque mois au premier trimestre 2024, un chiffre plus élevé qu'en 2022 et 2023.

Une étude de la Society of Family Planning (SFP) confirme cette tendance, avec une moyenne de 98 990 avortements par mois au premier trimestre 2024. L'organisation attribue une bonne part de cette augmentation aux pilules abortives obtenues via des consultations à distance.

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Impact de la téléconsultation et des pilules abortives

La téléconsultation et l'accès aux pilules abortives ont joué un rôle crucial dans le maintien, voire l'augmentation, du nombre d'avortements aux États-Unis. Dans les États où l'avortement est interdit ou sévèrement restreint, les femmes peuvent recourir à des consultations virtuelles avec des médecins situés dans des États où l'IVG est légale, et recevoir les médicaments nécessaires par voie postale.

En mars 2024, ces consultations ont représenté environ un avortement sur dix. De nombreux États ont également autorisé la pilule abortive, ce qui allège la charge qui pèse sur les cliniques. Malgré la décision de la Cour suprême en juin 2024 de ne pas limiter l’utilisation de la mifépristone, pilule abortive la plus utilisée aux États-Unis, les opposants à l’IVG ne cachent pas leur motivation et leur envie de rendre illégal l’accès à celle-ci.

Conséquences pour les femmes et les populations marginalisées

Les restrictions à l'avortement ont des conséquences disproportionnées sur les populations marginalisées, notamment les femmes de couleur, les femmes à faible revenu et les adolescentes. Ces groupes sont souvent confrontés à des obstacles supplémentaires pour accéder aux soins de santé, tels que le manque de transport, les barrières linguistiques et le manque d'informations.

Augmentation des grossesses non désirées et de la mortalité infantile

Les grossesses non désirées, qui se chiffreraient en dizaines de milliers à l’échelle du pays, ont des répercussions concrètes, pour ne pas dire vitales. Selon deux études des universités du Maryland et du Michigan, la mortalité infantile au Texas a augmenté de 13 % après la loi de 2021 restreignant le recours à l’avortement. L’explication ? L’effondrement du nombre d’avortements médicaux a entraîné une augmentation des naissances d’enfants atteints d’anomalies congénitales, et du nombre des IVG clandestines. C’est au Texas que, pour la première fois depuis quinze ans, le nombre de grossesses d’adolescentes augmente. Surtout chez celles issues de minorités.

Voyage pour avorter

Dans les États où l'avortement est interdit, de nombreuses femmes sont contraintes de voyager vers d'autres États pour accéder à des soins. Au cours de l’année 2023, au moins 170 000 d’entre elles ont dû, à l’instar d’Alexandria, partir avorter dans un autre État. Ce chiffre devrait encore grimper, car la Floride a récemment abaissé de quinze semaines à six la durée limite de grossesse pour pouvoir pratiquer une IVG.

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Ces voyages peuvent être coûteux et difficiles à organiser, en particulier pour les femmes à faible revenu. Alexandria Cardenas, une jeune Texane, a dû se rendre à Los Angeles pour un avortement médicamenteux, ce qui lui a coûté plus de 2 000 euros.

Avortements "maison"

L'étude révèle que les femmes qui tentent un avortement « maison » utilisent souvent des méthodes inefficaces, voire dangereuses. Près d’un quart des femmes interrogées a utilisé des herbes, 22 % se sont frappées le ventre, et 19 % ont consommé de l’alcool ou d’autres substances. Ces méthodes, bien qu’inadaptées, sont préférées par certaines femmes en raison des coûts élevés des cliniques, de la crainte des manifestants leur barrant l’accès aux centres de soin, ou du désir de préserver leur vie privée.

Réactions et mobilisations

La révocation de Roe v. Wade a suscité de vives réactions et mobilisations de part et d'autre de l'échiquier politique. Des manifestants se sont rassemblés devant la Cour suprême et dans les rues de nombreuses villes pour défendre ou dénoncer la décision.

Engagement politique et électoral

La question de l'avortement est devenue un enjeu majeur des élections américaines. Kamala Harris, candidate démocrate à la présidentielle, s'est engagée à réinstaller une protection au niveau fédéral si elle est élue. Dans six États, la question de l’accès à l’avortement se posera directement sur les bulletins de vote. En Floride, une proposition d’amendement à la constitution de l’État pourrait autoriser l’interruption de grossesse jusqu’à 23 ou 24 semaines, à condition de rassembler 60 % des voix des électeurs. Quatre États pourrait également ajouter l’IVG dans leur Constitution, comme le Nebraska ou l’Arizona.

Défis juridiques et batailles entre États

Une intense bataille juridique entre États commence. En février dernier, l’Etat du Texas a attaqué une docteur new-yorkaise pour avoir fourni des pilules abortives à des patientes texanes et lui demander d’arrêter sa pratique. La plainte a été jugée irrecevable par un administrateur de l’Etat de New York où une loi a été récemment adoptée pour protéger les médecins qui pratiqueraient ce type d’IVG à distance. Quelques jours plus tard, une seconde plainte contre la même professionnelle a été déposée en Louisiane, demandant cette fois une arrestation pure et simple. Là encore, l’Etat de New York a refusé d’accéder à la demande de l’Etat sudiste, mais la médecin risque une arrestation si jamais elle se rend à la Nouvelle-Orléans par exemple.

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Le rôle des associations et des militants

Des associations comme Fund Texas Choice aident les femmes à avorter hors du Texas. Anna Rupani, qui dirige l’association, met en cause les politiciens qui les privent de leurs droits : « Les deux tiers de ces femmes que nous aidons ont déjà des enfants. 85 % d’entre elles sont racisées. Elles ne sont pas de jeunes étourdies, mais des adultes qui renoncent à enfanter pour des raisons le plus souvent financières. Or les politiciens anti-IVG connaissent ces statistiques : ils savent quelles populations seront principalement atteintes par leurs restrictions. Ils se contentent d’en prendre acte. C’est pourquoi je considère que l’interdiction de l’avortement a tout d’une mesure raciste et classiste. »

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