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Sport de Haut Niveau et Maternité : Défis et Solutions

L'image d'Alysia Montano, spécialiste du 800 mètres, participant aux championnats d’athlétisme des États-Unis en juin 2017, enceinte de cinq mois, a suscité de nombreux commentaires. De même, la carrière de Serena Williams, joueuse de tennis étasunienne, illustre les défis et les complexités liés à la maternité dans le sport de haut niveau. Bien que le sujet ait été abordé dans des travaux de recherche médicaux, maïeutiques et physiologiques, il reste peu exploré dans le domaine de la sociologie. Cet article vise à examiner les défis spécifiques auxquels sont confrontées les sportives de haut niveau face à la maternité, ainsi que les solutions potentielles pour favoriser une meilleure conciliation entre carrière sportive et vie familiale.

Impacts Physiologiques et Économiques de la Grossesse

La grossesse entraîne des modifications significatives dans le corps de la femme, affectant les systèmes cardiovasculaire, digestif, respiratoire, nerveux, reproductif et urinaire. Bien qu'une activité physique modérée puisse être bénéfique pendant cette période, l'activité intensive ou certains sports spécifiques sont généralement déconseillés par le corps médical. Un entraînement adapté peut être maintenu, en fonction de l’état de santé de la sportive et de l’avancement de la grossesse.

Dans le sport de haut niveau, où le corps est l'instrument de travail essentiel, la performance est un critère économique déterminant. La sportive enceinte se trouve privée des gains qu’elle aurait pu obtenir en participant à des compétitions. Son état peut l’éloigner de ses sponsors, à l’image de ce qu’a vécu la navigatrice Clarisse Cremer. « Quand on est enceinte, on n’existe plus », confie la volleyeuse Kim Novak d’Halluin.

Le Dilemme Carrière-Maternité

Les sportives professionnelles se trouvent souvent confrontées à un choix cornélien : carrière ou maternité. Bien souvent, elles ne peuvent que différer leur projet d’enfant pour favoriser leur carrière sportive, par essence plus courte qu’une carrière dans un autre secteur d’activité, au risque de devoir mener une grossesse tardive après 35 ans, donc plus à risque. Après l’accouchement, quand se pose la question du retour au travail, les choses se compliquent encore.

L'haltérophile Dora Tchakounté explique que l'annonce de sa grossesse a été accueillie de manière négative dans sa famille et dans le monde du sport, avec des entraîneurs ne croyant plus en elle. Elle souligne l'inégalité flagrante, car un sportif masculin qui devient papa ne récolte que des félicitations et des encouragements.

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Toutes les sportives ne sont pas logées à la même enseigne. Certaines ont réussi à concilier maternité et carrière, comme la judokate Clarisse Agbégnénou, qui a exprimé son désir d’être maman sans sacrifier sa carrière. La fédération internationale de judo l’a même autorisée à allaiter en salle d’échauffement au Grand Chelem de Tel-Aviv, une première. Certaines disciplines sont également plus avancées que d’autres dans la prise en compte de la maternité de leurs sportives, à l'instar du handball, premier sport français à s’être doté de son propre accord collectif.

Enquêtes et Initiatives pour l'Égalité

Alerté par les nombreux témoignages de sportives françaises, le ministère des Sports a lancé une enquête « Sport de haut niveau et Maternité ». L’objectif de cette enquête, réalisée en mars et avril 2021 auprès de 700 femmes représentant 55 fédérations sportives, dont 445 sportives professionnelles, était de mieux connaître les rapports à la maternité des sportives de haut niveau, ainsi que le vécu de cette période dans ses différentes étapes (grossesse, accouchement, reprise, accompagnement, etc.). À la suite de l’enquête, un guide pratique « Sport de haut niveau et maternité, c’est possible ! » a été élaboré en 2022, à destination des sportives et de leur entourage professionnel et familial.

La ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra a annoncé vouloir améliorer la situation des sportives de haut niveau devenues mamans ou souhaitant le devenir. Elle souhaite intégrer le « critère de parentalité » dans les critères d'aides de l'agence nationale du sport (ANS) ou encore la prolongation jusqu'à deux ans sur l'inscription de la liste des sportifs de haut niveau. L'objectif est de leur « laisser du temps ». Elle a également évoqué « la création d'une cellule opérationnelle transversale ».

Inégalités et Précarité : Le Cas des Remplaçantes

L'escrimeuse Astrid Guyard, secrétaire générale du Comité olympique français (CNOSF), souligne que le choix de la maternité est souvent une prise de risque pour les remplaçantes, qui sont souvent amenées à « renoncer » ou à « repousser » leur maternité.

Une polémique a éclaté lorsque la navigatrice Clarisse Cremer a été écartée du Vendée Globe par Banque-Populaire à la suite de la naissance de sa fille. Le président du Vendée Globe, Alain Leboeuf, a déclaré vouloir se pencher sur le sujet afin de préparer l'édition 2028 et ainsi « sécuriser les candidatures ».

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Amélie Oudéa-Castéra a par ailleurs annoncé « débloquer un million d'euros » pour un appel à projet avec l'ANS. L'objectif final étant « d'éliminer les biais genrés » dans 200 écoles du pays.

L'Avis des Experts et les Solutions Proposées

Lors d'une conférence sur le sujet, plusieurs intervenants ont souligné la nécessité de faire évoluer les mentalités et de mettre en place un cadre juridique plus protecteur pour les sportives de haut niveau. Aurélie Bresson note qu'un nombre croissant de carrières se retrouvent suspendues, et que ce sujet ne reçoit qu'une faible attention de la part des médias. Laurence Blondel soutient que les femmes athlètes de haut niveau exercent une profession comparable à toute autre et qu'elles devraient, par conséquent, bénéficier des protections offertes par le droit du travail.

Badou Sambague insiste sur le fait qu'il n'existe pas de période de protection pour les sportives après leur accouchement. M. Ewanjée-Épée ajoute que le statut d'une sportive de haut niveau est considéré comme invalidé dès qu'elle est enceinte.

Michael Tapiro a suggéré qu'un homme puisse prendre un congé parental pour appuyer sa compagne de haut niveau, facilitant ainsi son retour à la compétition dans des conditions plus favorables. Pour B. Sambague, l'essentiel du problème est lié aux mentalités qui doivent changer. Il faudrait que davantage de femmes accèdent à des postes décisionnels dans les institutions.

Le Rôle des Sponsors et des Institutions

M. Ewanjée-Épée a signé un contrat de sponsoring avec la marque Prenatal lors de sa première grossesse, montrant que certaines marques n'hésitent pas à soutenir ces femmes. Cependant, l'État doit combler ce vide juridique, car tous les athlètes n'ont pas la possibilité de bénéficier d'un sponsor.

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L'INSEP a mis en place une crèche pour ses athlètes, mais les enfants ne peuvent y être accueillis qu'à partir de l'âge de 2 ans.

Les Défis Persistants et l'Évolution Nécessaire

Pour l'ensemble des intervenants, les femmes sportives d'envergure doivent monter au créneau, ce qui n'est pas sans complications en raison de la peur des préjugés. De plus, la principale ambition des sportifs reste la compétition, comme les Jeux Olympiques, et il arrive que la fatigue accumulée à l'entraînement limite leurs possibilités de revendiquer davantage de droits.

Le Sport Universitaire Américain : Un Tremplin Semé d'Embûches

Le sport universitaire américain représente un tremplin incroyable pour les jeunes sportives, mais il reste semé d’embûches. Grâce à des structures comme la NCAA (National Collegiate Athletic Association), les jeunes femmes bénéficient d’opportunités uniques en termes de bourses sportives, de formations de qualité et de visibilité.

Malgré les avancées obtenues grâce à des initiatives comme Title IX, qui visent à garantir une égalité de traitement entre hommes et femmes dans les programmes éducatifs, les athlètes féminines universitaires font encore face à des inégalités importantes en termes de ressources.

Les équipes féminines se retrouvent souvent à partager des installations avec les équipes masculines, sans accès exclusif à des infrastructures de qualité. Cela limite leur capacité à s’entraîner de manière optimale, affectant potentiellement leurs performances. Les équipes masculines bénéficient d’un soutien plus large en termes de recrutement et de marketing. Cela rend plus difficile pour les équipes féminines de recruter les meilleurs talents, réduisant leur compétitivité.

Le manque de couverture médiatique est un problème récurrent dans le sport féminin, et cela se ressent particulièrement au niveau universitaire. Les chaînes de télévision et les plateformes de streaming préfèrent généralement diffuser les compétitions masculines, qui attirent plus de spectateurs et donc de publicitaires. Cette inégalité de visibilité limite l’exposition des athlètes féminines, réduisant leurs chances d’obtenir des sponsors et de monétiser leur image.

Contrairement aux hommes, les femmes dans le sport sont souvent jugées sur leur apparence physique autant que sur leurs compétences athlétiques. Pour les athlètes féminines, la question de la maternité est un défi unique.

L’un des plus grands défis auxquels sont confrontées les athlètes universitaires féminines est de jongler entre leurs obligations académiques et sportives. Les programmes universitaires sont exigeants, et combiner cela avec des heures d’entraînement et de compétition demande une organisation rigoureuse.

Pour les athlètes féminines universitaires, la transition vers une carrière professionnelle ou une reconversion après le sport peut être difficile. Bien que certaines disciplines féminines aient leurs ligues professionnelles, comme la WNBA (basketball féminin), les places sont limitées et les salaires bien inférieurs à ceux des hommes.

L'Essor du Sport Féminin et les Défis Restants

La part des femmes pratiquant une activité sportive progresse. Néanmoins, les défis sont encore nombreux et particulièrement auprès des adolescentes, des jeunes mamans et des sportives professionnelles.

Un chiffre stimulant qui ne doit pas occulter la partie cachée de l'iceberg. À ce jour, seulement 39% des licenciés des fédérations sont des femmes. Et l'un des plus grands défis en la matière porte sur la pratique chez les adolescentes avec un décrochage notable sur ces âges-là.

Dans le cadre du haut-niveau à l'instar de l'actualité récente qui a concerné la navigatrice Clarisse Crémer, jeune maman et privée de sponsor pour le prochain Vendée Globe car elle n'a pu participer à toutes les épreuves qualificatives. Suite à cet incident, le Vendée Globe a annoncé la mise en place d'un comité chargé de proposer des solutions pour assurer une meilleure intégration de la maternité et de la parentalité dans le règlement de la compétition.

Le Ministère des Sports travaillera avec Santé Publique France à l’enrichissement de la plateforme « 1000 premiers jours », pour un meilleur aiguillage des jeunes parents vers une offre adaptée et, si besoin, vers les Maisons Sport Santé. Un groupe de réflexion a été constitué pour proposer à l’été des dispositions visant à accroître le volume et la qualité de la diffusion du sport féminin.

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