Introduction
Le saumon atlantique (Salmo salar) est une espèce emblématique des eaux douces et marines de l'Atlantique Nord. Cet article explore en profondeur la biologie de ce poisson migrateur, en mettant l'accent sur son cycle de reproduction complexe, les menaces qui pèsent sur ses populations et les efforts de conservation déployés pour assurer sa survie.
Distribution et Morphologie
Le saumon atlantique est présent dans le bassin de l'Atlantique Nord, depuis le cercle arctique jusqu'au Portugal à l'est, et de la baie d'Ungava au Nunavut jusqu'à la rivière Connecticut en Nouvelle-Angleterre à l'ouest. Au Canada, il est répandu à Terre-Neuve, au Labrador, dans les provinces maritimes et dans l'est du Québec. En Europe, on le rencontre dans tous les pays ayant une façade "Atlantique" (en considérant les mers du Nord et la Baltique comme des sous-ensembles).
Le saumon atlantique possède un corps allongé et élancé. La nageoire anale possède de huit à onze rayons. La caudale est grande, de forme concave chez les adultes et fourchue chez les jeunes. La tête est petite et aplatie sur le dessus. La bouche est grande (fendue jusqu'au bord postérieur de l'œil) et munie de fortes dents sur les mâchoires, la langue et le palais. Les écailles sont grosses et visibles. La ligne latérale est droite. De gros points noirs sur fond pâle forment des X sur la tête, le dos et la nageoire dorsale. La coloration varie du bleu au bleu-gris sur le dos, elle est argentée sur les côtés. Elle varie en période de frai, les adultes prenant une teinte bronze à brun foncé. Ils perdent leur livrée argentée au moment de leur pénétration en eau douce. Les mâles sont marqués de points rouges sur les flancs. Les jeunes sont marqués de sept à onze marques verticales en forme de doigt qu'ils perdront à leur entrée en mer. Le saumon atlantique peut mesurer jusqu'à 1,50 m et peser jusqu'à 36 kg.
Le saumon atlantique Salmo salar se distingue par ses taches noires et ses grandes écailles de l'omble chevalier Salvelinus alpinus et de l'omble de fontaine Salvelinus fontinalis qui eux possèdent des taches blanches. Il se distingue de la truite arc en ciel Oncorhynchus mykiss par l'absence de taches noires regroupées sur la caudale.
Alimentation et Cycle de Vie
En mer, sa nourriture est principalement constituée de petits poissons tels le hareng atlantique (Clupera harengus harengus), l'éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax), le capelan boréal (Mallotus villosus) et le lançon d'Amérique (Ammodytes americanus) mais également de petits crustacés (amphipodes et décapodes). Lorsqu'il retrouve sa rivière, il cesse de s'alimenter. Les jeunes tacons se nourrissent principalement d'insectes terrestres et aquatiques tels les phryganes ou les éphémères.
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Le saumon est avant tout anadrome, c'est-à-dire qu'il vit habituellement en mer, mais remonte les fleuves, rivières et cours d'eau pour frayer. Les jeunes saumons fréquentent les rivières au fond graveleux et au courant moyennement rapide. Par la suite, ils se déplacent vers les grands lacs ou en eau salée (eaux côtières et haute mer). À l'âge adulte, ils retournent en rivière pour frayer. Après la période de frai, les adultes hivernent dans les endroits les plus profonds de la rivière avant de retourner en mer au printemps suivant.
Reproduction du Saumon Atlantique
Préparation à la Reproduction
Chaque année, à la même époque, les saumons sont gouvernés par leur cycle biologique. La photopériode joue un rôle important sur le stimulus déclencheur de l’acte de reproduction.
Choix du Site de Frai
La femelle choisit le lieu de dépose, après quelques sondages avec sa caudale, elle valide ou non le site du nid. Commence alors le nettoyage de la frayère à la recherche du meilleur point d’implantation. Elle passe ensuite au creusement du nid qui servira à la dépose. Parfois, mais plus rarement, on peut les localiser en tête ou entrée des mouilles, très régulièrement sur des zones où la lame d’eau se resserre aussi bien en hauteur qu’en largeur. Les petites truites préféreront des zones proches de la berge ou sous un couvert végétal. Les grosses truites et les saumons peuvent parfois se satisfaire d’une zone centrale sur le cours d’eau.
Accouplement et Fécondation
La femelle choisit son partenaire pour l’accouplement, les phéromones attirent avec lui d’autres congénères qui composent la cohorte des mâles dominés ou périphériques. En général, les couples sont composés d’individus de tailles proches. Le mâle vient régulièrement croiser la femelle pour la stimuler, des fois vient vibrer à ses côtés. La femelle est mâture, elle expulse ses œufs dans le fond de la frayère à l’abri des courants. Le mâle collé à elle participe à la reproduction en mêlant sa laitance aux ovules afin de les féconder. Ils agissent corps raidis et mâchoires ouvertes durant quelques secondes.
Fécondité et Incubation
La fécondité est légèrement différente entre les deux espèces, environ 2000 œufs au kilo pour une truite, légèrement moins pour un saumon. La durée d’incubation est elle aussi distincte, elle s’exprime en degrés x jours. Suit la période de résorption de la vésicule vitelline, poche ventrale assurant une réserve de nourriture, qui dure 310 degrés x jours pour la truite et 410 degrés x jours pour le saumon. Ce qui laisse entendre, que la vie sous gravier et en périphérie sont importants en terme de durée.
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Développement des Alevins
La période de frai a lieu en octobre-novembre. La femelle creuse un nid à faible profondeur (0,5 m à 3 m) sur un fond graveleux dans le courant. Elle utilise sa caudale comme une pagaie pour creuser une dépression profonde de 10 à 30 cm pour une longueur allant jusqu'à 3 m. Elle y dépose en plusieurs fois, à cinq ou dix minutes d'intervalle, des œufs de grande taille (5 à 7 mm), un peu gluants et plus lourds que l'eau. Ils sont fécondés par les mâles au moment de leur expulsion. Ensuite, la femelle creuse un nouveau nid en amont et indirectement recouvre le premier nid de gravier. Les œufs passent l'hiver entre les graviers et éclosent en avril-mai, la température de l'eau avoisinant les 4 °C. Les alevins vont rester enfouis dans le sol graveleux se nourrissant de leur sac vitellin jusqu'en juin où ils gagnent des eaux peu profondes à courant modéré. Ils mesurent alors 6 cm en moyenne et s'appellent des tacons. Ils demeurent entre deux et cinq ans en rivière avant d'entreprendre entre mai et juin leur première migration en eau salée. Ils mesurent alors entre 12 et 15 cm et portent le nom de saumoneaux ou smolts. Si la croissance est lente en rivière, elle est très rapide en mer où, après un an, le saumon atlantique mesure de 50 à 65 cm.
Certains mâles reviennent à leur rivière d'origine après un hiver passé en mer (grâce à leur faculté de mémoriser l'odeur de leur rivière natale), d'autres restent en mer encore deux ou trois ans avant de se reproduire. Les grands saumons se présentent à l'embouchure des rivières à la fin de l'hiver (saumons d'hiver) et les petits un peu plus tard (saumons d'été). Ils déploient une grande énergie et une grande habileté à franchir les obstacles - certains sauts atteignent 3 m de hauteur. La graisse accumulée pendant le séjour dans l'océan est transformée en énergie et utilisée pour produire œufs et spermatozoïdes. Lors de la remontée des rivières et le frai, les saumons perdent de 30 à 40 % de leur poids. Épuisés, beaucoup meurent et les survivants hivernent dans la rivière ou retournent à la mer. Seuls 4 à 6 % d'entre-eux pourront se reproduire une seconde fois.
Menaces et Conservation
Impact des Activités Humaines
La pollution des eaux, les pluies acides et les barrages sont autant de facteurs qui nuisent considérablement au développement de l'espèce en Amérique du Nord et en Europe. En définitive, les alevins de truite et encore plus ceux de saumon, sont à la merci d’un piétinement malencontreux d’un pêcheur.
Aquaculture et Risques Génétiques
La Norvège est le premier pays producteur de saumon au monde. Mais cette industrie pose de nombreux problèmes environnementaux. La Norvège est aussi le berceau génétique de nombreuses populations de saumons sauvages. Or, ces derniers sont menacés par l’industrie piscicole. D’une part, l’élevage intensif induit une augmentation importante des pathogènes (notamment les poux), lesquels peuvent contaminer les populations sauvages. D’autre part, le croisement entre les saumons d’élevage qui se seraient échappés des lieux d’élevage et ceux sauvages entraîne chez ces derniers des changements dans leur cycle biologique.
Saumons Génétiquement Modifiés
En Norvège, l’Institut de recherche marine (IMR) a déposé, en 2023, une demande d’essai pour des saumons génétiquement modifiés (saumons VIRGIN®). Ces saumons, élevés dans des cages en pleine mer, seraient stériles pour éviter, en cas de dissémination accidentelle, qu’ils se croisent avec les populations sauvages. L’Agence norvégienne de l’Environnement a demandé au Comité scientifique norvégien pour l’alimentation et l’environnement (VKM) d’évaluer les risques environnementaux associés.
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Efforts de Conservation
Les efforts de préservation et de reconstitution des milieux naturels menés au cours des dernières années, les efforts d'aménagements (passes à poissons visant à faciliter les migrations), le maintien de zones potentielles de frayères ont facilité le retour de l'espèce dans les eaux dulcicoles françaises.
Dans les programmes de conservation, la cryoconservation du sperme est de plus en plus utilisée, en particulier pour les espèces menacées. Elle permet de préserver un patrimoine génétique sur plusieurs générations sans dépendre de la disponibilité immédiate des mâles reproducteurs. Cette stratégie contribue à réduire le risque de consanguinité et à optimiser la gestion de la diversité génétique, un enjeu central pour le succès des projets de réintroduction et de conservation à long terme.
Pêches et Océans Canada a rendu public un plan de gestion quinquennal (2007-2011) régissant la pêche du saumon atlantique à Terre-Neuve-et-Labrador. Ce plan vise à établir un équilibre entre, d'une part, la conservation et le rétablissement des stocks de saumon et, d'autre part, les possibilités de pêche récréative et la stabilité de cette pêche. Ce plan inclut également la poursuite d'une stratégie de gestion adaptative et d'une classification des rivières qui tient compte de l'état de santé des stocks de saumons. La période de pêche est habituellement comprise entre le début juin et le début septembre.
Études et Recherches
Des recherches en écologie évolutive ont pour objectif d’améliorer les connaissances sur la biologie des poissons diadromes afin de fournir des éléments pour la conservation et la gestion de ces espèces dont le cycle de vie est partagé entre la mer et les eaux douces. Différentes approches basées sur des données individuelles ou populationnelles collectées sur le terrain ou lors d’expériences en laboratoire sont utilisées. Des projets sont basés sur des approches de génétique et génomique des populations pour comprendre l'adaptation des organismes à des changements environnementaux.
Un suivi a débuté en 1993 et est mené chaque année au début de l'automne (fin septembre à début octobre) pour quantifier l'abondance des jeunes saumons atlantiques dans le Scorff en Bretagne. Le protocole de pêche électrique de Prévost et Baglinière (1995) est utilisé. Il cible les jeunes saumons atlantiques de l'année (parr 0+), mais les poissons plus âgés (saumons juvéniles ≥1+) sont également capturés et inclus dans cet ensemble de données. L'échantillonnage est limité aux zones d'eau courante peu profonde coulant sur un substrat grossier, c'est-à-dire l'habitat préféré des jeunes saumons de l'année.
Conseils aux Pêcheurs
Les rivières de plaine sont peut-être plus épargnées par le piétinement de début de saison. Mais attention si le frai est retardé ! En définitive, les alevins de truite et encore plus ceux de saumon, sont à la merci d’un piétinement malencontreux d’un pêcheur. Je vous conseille donc en début de saison de traverser plutôt sur des zones où le substrat est grossier ou dans les zones plus profondes. Et d’éviter à tout prix les petits galets et graviers fins en arrière de trou dans moins de 50 cm de profondeur. Donc amis pêcheurs, à l’avenir pensez à la vie sous gravier.
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