Introduction
La recherche sur les cellules souches, en particulier celles issues du placenta, suscite un intérêt croissant en raison de leur potentiel thérapeutique. Cet article explore les recherches menées sur les cellules souches placentaires chez la souris adulte irradiée, en mettant en lumière les enjeux éthiques, les avancées scientifiques et les perspectives d'avenir.
Le sang de cordon ombilical : une source précieuse de cellules souches
Le sang de cordon ombilical est une source riche en cellules souches hématopoïétiques, capables de se différencier en différents types de cellules sanguines. Les premières recherches sur les composantes et les bénéfices du sang de cordon ont été menées sur des souris. En 1987, l'équipe du professeur Eliane Gluckman a réalisé la première greffe mondiale de sang de cordon chez l'humain, permettant de guérir un enfant atteint d'anémie de Fanconi, une grave leucémie induite par un dysfonctionnement de la moelle osseuse.
Depuis cette avancée majeure, le sang de cordon est collecté après la naissance de nombreux enfants dans un nombre croissant de pays. Il est prélevé et analysé afin de quantifier le nombre de globules blancs et de cellules souches qu'il contient. Si le sang de cordon répond à certaines conditions, variables selon les pays et les évolutions législatives, il est conservé pour utiliser les cellules souches qu'il contient. En France, environ 30 % des cordons répondent à ces critères et sont conservés.
Les parents ont la possibilité de faire don du sang de cordon à une banque publique de sang placentaire, afin qu'il puisse être utilisé pour sauver la vie d'un enfant ou d'un adulte, principalement dans certains cas de cancers.
Banques publiques et privées de sang placentaire : des enjeux éthiques et médicaux
Dans certains pays, le sang de cordon peut également être conservé dans une banque privée pour une utilisation personnelle future. La banque privée offre à la famille, contre une somme d'argent, de congeler et stocker le cordon de leur enfant. Cette pratique est interdite en France, mais un projet de loi évoque cette possibilité, suscitant de fortes controverses, notamment autour des enjeux suivants :
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- Aspects non-éthiques de la marchandisation du vivant ou de cellules humaines
- Risques de dérives liées aux coûts de conservation
- Forts doutes sur l'intérêt médical de greffe autologue dans le cas des maladies qu'on veut ici soigner, car la probabilités d'utiliser ce sang de cordon dans la famille donneuse est de moins de 0.04% ; il faut souvent pour ce type de greffe deux cordons pour obtenir une quantité utile de cellule
Si aucun expert du monde médical ne conteste l'intérêt de la greffe allogénique, qui apporte à un malade des éléments du système immunitaire d'un donneur sain, le greffon autologue de sang de cordon est généralement considéré comme a priori inutile, voire dangereux pour le receveur. Par exemple, en cas de cancer du sang, des cellules malades peuvent être réinoculées au receveur, et on sait que nombre de leucémies sont initiées avant la naissance.
L'Agence de la biomédecine a rappelé qu'il n'existe aucun fondement scientifique pour justifier la greffe autologue, en réaction à une proposition de loi visant à implanter en France des banques privées de sang placentaire. En 2009, l'Établissement Français du Sang (ancienne Agence française du sang) comptait déjà 5 banques publiques de sang placentaire, et l'ouverture de 3 autres était prévue courant 2010.
Collecte et conservation du sang de cordon ombilical
Chez l'humain, le sang du cordon ombilical et du placenta est recueilli après que le cordon a été sectionné du nouveau-né. Le sang peut être collecté alors que le placenta est encore dans l'utérus (méthode dite in utero) ou après que le placenta a été expulsé de l'utérus (méthode dite ex utero).
Lorsque le sang est collecté ex utero, le placenta est placé sur un champ stérile permettant de laisser pendre le cordon ombilical. Après désinfection, une aiguille connectée à un sac est insérée dans la veine du cordon. Le sang de cordon est recueilli par gravité dans un dispositif de collecte similaire à celui utilisé lors de don de sang.
La banque publique de sang de cordon analyse ensuite ce sang pour y détecter d'éventuels agents infectieux, et son « type tissulaire » est déterminé. Différentes méthodes permettent de préserver les cellules souches hématopoïétiques. Une réduction du volume est effectuée après avoir centrifugé le sang de cordon. Du plasma et/ou des globules rouges sont enlevés, ne laissant qu'une couche dite « leucoplaquettaire » (« buffy coat » pour les anglophones). Certaines banques de sang de cordon n'enlèvent que les globules rouges, d'autres le plasma, mais la majorité vont enlever la plus grande partie des globules rouges et du plasma afin de réduire à un volume final de 20 à 25 mL.
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Cellules souches adultes et embryonnaires : un débat éthique et scientifique
Le rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques consacré au fonctionnement des cellules vivantes est centré sur la question des cellules souches adultes et embryonnaires. Ce choix a été motivé par la volonté d'exposer avec le maximum de clarté, sans fard et sans a priori, la situation réelle de ce domaine, souvent l'objet de présentations trop louangeuses ou trop critiques. Ce rapport vise également à préparer les travaux du Parlement, qui devra se saisir à nouveau de la question de la recherche sur l'embryon et décider si la transposition nucléaire peut être autorisée en France.
Il s'agit en effet de « transposition nucléaire », une expression préférée à celle de « clonage thérapeutique », jugée trompeuse. Pour ses adversaires, l'accent est mis sur le mot « clonage », assimilant cette technique au clonage reproductif humain, qu'aucune personne sensée ne défend. Pour ses partisans, l'accent est mis sur « thérapeutique », laissant croire que nous sommes à la veille d'utiliser cette technique pour soigner des maladies incurables. Nul ne sait à l'heure actuelle si cette technique sera un jour utilisable et, si elle l'est, si elle permettra d'obtenir ce que, théoriquement, on peut en espérer.
La "révolution génomique" : promesses et réalités
La description de la structure en double hélice de l'acide désoxyribonucléique (A.D.N.) en 1953 par James Watson et Edward Crick a levé le voile sur la nature physico-chimique du gène. À partir de cette découverte, s'est développé un important mouvement de recherche et de cartographie d'un certain nombre de génomes, parmi lesquels ceux de la souris, de la vache, du porc, du riz, ainsi que de la fausse arabette (Arabidopsis thaliana).
Ces cartographies ont permis d'établir de manière précise les corrélations pouvant exister entre la présence d'un gène sous une forme particulière, et une affection héréditaire ou une propriété biologique ou agronomique intéressante. Cette connaissance permet ainsi de procéder de manière rapide et précise à une sélection des individus portant la forme du gène responsable de la propriété biologique recherchée. Des programmes de sélection végétale et animale fondés sur l'utilisation de ces marqueurs génétiques sont maintenant exploités à grande échelle, aboutissant aux fameux organismes génétiquement modifiés (O.G.M.).
Parallèlement, depuis le début des années 1990, a commencé la grande aventure du décryptage du génome humain, qui s'est achevé en 2003. Au fur et à mesure de son avancement, un grand enthousiasme a progressivement saisi le monde scientifique ainsi que médiatique pour ce qui a été appelé la « révolution génomique ». Cette « révolution génomique » semblait porteuse de grandes promesses, mais elles ne se sont pas toutes réalisées.
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Les grandes promesses de la « révolution génomique »
Cette « révolution génomique » s'est bâtie sur l'hypothèse que le gène était le fondement de la vie, ce qui a entraîné le développement d'un certain nombre de perspectives fondées sur le « tout gène ».
Le gène comme fondement de la vie
Cette hypothèse s'est développée à la suite des travaux effectués aux États-Unis à la fin des années 1930 et au début des années 1940, quand a été posée l'équation : « un gène - une enzyme ». La découverte de la double hélice de l'A.D.N. a permis de donner une signification nouvelle à cette hypothèse. On peut en effet la comprendre comme l'établissement d'une correspondance directe entre la séquence d'un nucléotide d'un gène et celle d'un acide aminé d'une protéine. Par le jeu de la succession des bases azotées, l'information peut alors être portée sur cette molécule et être transmise de génération en génération de façon inchangée. Le gène peut alors passer d'une entité conceptuelle à une entité matérielle.
On aboutit ainsi à un schéma simple : l'A.D.N. est la molécule qui non seulement recèle les « secrets » de la vie, mais qui exécute aussi ses propres instructions cryptées. C'est à partir de cette époque que l'A.D.N. de la cellule est conçu comme le programme génétique, comme la langue originelle. Les bases de l'A.D.N. sont assimilées à des lettres, les gènes devenant alors des mots. Avec ces mots, on forme alors le texte, c'est-à-dire la séquence génétique. La métaphore de l'A.D.N. « livre de la vie » a été alors forgée. Elle a rencontré un grand succès et a été reprise à l'envi, notamment par les médias. Il y a eu ainsi le développement d'une vision réductionniste de la biologie qui a été très importante au cours du développement du programme de décryptage du génome humain. L'attribution d'un rôle central et presque exclusif à l'A.D.N. dans le fonctionnement des organismes a alimenté les perspectives du « tout gène ».
Les perspectives du « tout gène »
Ces perspectives, qui retenaient alors l'attention, résidaient dans les espoirs de soigner par l'introduction dans l'organisme d'un ou plusieurs gènes. De nombreux gènes en cause dans de nombreuses affections ont été découverts, notamment pour le diabète, certaines maladies cardio-vasculaires, le cancer du sein, la myopathie de Duchenne ou la mucoviscidose. Ces progrès tout à fait réels et substantiels dans la connaissance des mécanismes d'un certain nombre d'affections se sont immédiatement accompagnés de l'idée de « corriger » ces dysfonctionnements génétiques par la thérapie génique.
La thérapie génique est l'opération consistant à introduire un gène fonctionnel dans les cellules d'un organisme à des fins préventives, curatives ou diagnostiques. La loi du 28 mai 1996 a défini les produits de thérapie génique comme « des produits biologiques à effet thérapeutique visant à transférer du matériel génétique de façon à obtenir in vivo, l'expression d'un ou plusieurs gènes d'intérêt, dans une cellule cible, dans un but thérapeutique, diagnostic ou de marquage ». Le ou les gènes ainsi introduits peuvent soit remplacer la fonction d'un gène défectueux, soit commander la synthèse, dans l'organisme, d'une protéine thérapeutique. Parmi ses indications pourraient figurer, outre des maladies monogéniques comme la mucoviscidose, de nombreuses affections acquises comme les cancers, la maladie d'Alzheimer, l'athérosclérose.
Deux approches de cette thérapie génique peuvent être distinguées : la thérapie génique germinale et la thérapie génique somatique. Cette dernière ne touche que l'individu traité, alors que l'autre, en modifiant les cellules germinales (spermatozoïdes, ovocytes), produit un effet permanent sur tous les descendants de l'organisme traité. Pour des raisons évidentes d'éthique, elle est limitée aux animaux.
L'idée d'introduire un ou des gènes dans un organisme à des fins thérapeutiques apparaissait alors d'autant plus séduisante qu'elle permettait ainsi d'éviter les difficultés et les retards de la mise au point des traitements classiques. Ces derniers impliquent généralement une compréhension détaillée de l'affection, puis la découverte d'agonistes ou d'antagonistes agissant sur les éléments-clés des régulations affectées par la maladie. Le ou les gènes introduits étaient considérés comme des médicaments. L'expression « A.D.N. médicament » l'exprimait de façon fort expressive.
Les programmes de décryptage des génomes ont alors mobilisé des moyens très importants avec notamment l'utilisation de techniques informatiques très performantes et très sophistiquées. On notera que les financements privés, notamment dans les jeunes pousses (start-up), ont été très conséquents. Les promesses d'applications thérapeutiques étaient déjà très fortement mises en avant.
L'enthousiasme déclenché par le décryptage du génome est resté hors de toute proportion avec la modestie des bénéfices qui ont pu en être retirés par les patients.
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