L'infertilité, un problème de plus en plus fréquent, représente un véritable défi émotionnel pour les couples qui aspirent à fonder une famille. En France, un couple sur huit consulte pour des difficultés à concevoir un enfant, et selon l'Ined, un couple sur quatre ne parvient pas à obtenir une grossesse après 12 mois d'essai. Cette situation engendre une souffrance psychologique significative, souvent minimisée, mais qui mérite une attention particulière. Cet article explore les différentes facettes de cette souffrance et propose des pistes pour mieux la gérer.
L'Infertilité : Un Parcours Semé d'Embûches
La première consultation pour infertilité fait souvent suite à une période d'échecs, de désillusions, d'abattements, voire de colère. Viennent ensuite les multiples examens plus ou moins invasifs auxquels le couple doit se soumettre dans le cadre du bilan d'infertilité : l'attente des résultats, l'espoir, les bonnes et les mauvaises nouvelles. Il est parfois difficile de bien comprendre l'intérêt de certains bilans ou examens prescrits. Aussi, l'univers médical, avec son vocabulaire très spécifique, peut être anxiogène. Il est alors nécessaire de pouvoir échanger, se rassurer et verbaliser ses émotions.
Pour un quart des couples confrontés à l'infertilité, celle-ci reste inexpliquée, malgré un bilan médical complet. On parle alors d'infertilité idiopathique. L'annonce de cette infertilité inexpliquée est particulièrement difficile à entendre, car elle laisse le couple dans l'incompréhension et génère un stress psychologique et une anxiété supplémentaires.
Ce parcours est émotionnellement éprouvant et peut impacter la vie de couple, les relations sexuelles, mais également les relations sociales ou professionnelles. Le sentiment de culpabilité peut être fort, pour la femme comme pour l'homme. Une étude a même mis en évidence une réduction de 40 % des chances de conception due à l'impact négatif du stress sur la fertilité.
Les Manifestations de la Souffrance Psychologique
L'infertilité engendre des conséquences émotionnelles très importantes pour le couple. Lorsqu'une personne souhaite avoir un enfant et qu'elle n'y parvient pas, certains symptômes commencent à apparaître, générant un état de malaise. En conséquence, des aspects importants tels que l'estime de soi, le sommeil, la vie de couple, les relations sexuelles, les projets d'avenir, la vie sociale, etc., peuvent être affectés. Dans ces circonstances, les sentiments d'anxiété et de dépression sont très répandus.
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La souffrance dépressive est commune à l'homme et à la femme. L'annonce d'une stérilité entraîne souvent les mêmes réactions que celle d'un deuil ou d'une maladie grave : révolte, jalousie, culpabilité, recherche désespérée d'une cause. L'idéation suicidaire n'est pas rare, tout comme l'altération des relations conjugales ou sociales. L'infertilité peut réactiver des souffrances passées, car le projet d'une filiation individuelle induit toujours une rêverie subjective qui mobilise la mémoire inconsciente.
Il est important de noter que le traitement de l'infertilité peut être autant associé à un niveau de détresse psychique que le fait d'être infertile lui-même. La souffrance associée au parcours d'AMP (Aide Médicale à la Procréation) renforce la souffrance de l'infertilité, créant une dynamique de circularité.
Les Différences de Vécu entre Hommes et Femmes
La littérature scientifique indique que les femmes sont psychologiquement plus affectées que les hommes par leur infertilité. Une étude danoise a montré qu'il existait un risque de troubles psychiatriques plus élevé chez les femmes dont le traitement d'AMP avait échoué que chez celles pour qui il avait permis la naissance d'un enfant. Avoir un enfant est souvent perçu comme plus important chez les femmes que chez les hommes. Cette différence de perception peut affecter la communication dans le couple : les femmes ressentent un effet positif de l'infertilité sur le couple ("ça nous a rapproché") lorsque leurs maris acceptent de parler avec elles des tentatives faites pour avoir un bébé.
Cependant, il s'agirait plutôt d'une différence d'expression face à la question de l'échec de procréation. D'autres études se sont intéressées plus spécifiquement aux hommes infertiles. Elles indiquent que le sentiment d'infertilité est particulièrement anxiogène et peut être responsable de dysfonctionnement sexuel du fait du lien entre fertilité et sexualité. En effet, la moitié des hommes à qui on apprend une anomalie du sperme, présente des difficultés érectiles transitoires à l'annonce de l'infertilité. De plus, il est fréquent que l'entourage du sujet ne soit pas informé, ce qui est plus rarement le cas pour l'infertilité d'origine féminine, du fait de cette confusion entre fertilité et virilité.
La médicalisation de la procréation est souvent vécue comme une mise à l'écart de l'homme, qui ne se sent sollicité que pour "fournir" ses spermatozoïdes, et qui se culpabilise de ce que sa compagne doit subir, ce qui renforce la perte d'estime de soi. Les partenaires masculins du couple qui se sentent responsables de l'infertilité du couple ont un risque plus important de souffrance sexuelle, émotionnelle et psychologique que ceux qui n'ont pas cette conviction. Même lorsque l'annonce de leur infertilité entraîne chez certains hommes des réactions dépressives profondes et durables, ils vont avoir du mal à consulter.
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Certains hommes mettent en place des mécanismes de défense pour faire face au traumatisme de l'infertilité. Ce fonctionnement défensif entrave la prise de conscience et l'expression de la vie émotionnelle ; il réduit la vie fantasmatique, entraînant un mode de pensée tournée vers la dimension concrète des expériences au détriment de la vie affective. Cette attitude défensive pourra donner le change et faire croire à une bonne adaptation à la situation, voire à de l'indifférence. Elle pourra avoir un impact sur la prise en charge médicale, laissant penser que pour lui "tout va bien". Ceci n'est pas aussi sans conséquence sur la relation de couple, la compagne pouvant avoir le sentiment d'être "la seule à souffrir".
L'Importance du Soutien Psychologique
Face à cette souffrance, il est essentiel de ne pas rester isolé. Se faire accompagner par un psychologue spécialisé en infertilité et périnatalité peut offrir un soutien essentiel pour gérer les émotions, réduire le stress, fortifier la relation de couple et sauvegarder le désir d'avoir un enfant.
La loi française de bioéthique n'impose pas de suivi auprès d'un psychologue, mais l'Art. L.2141-10 du code de la santé publique requiert que la PMA soit précédée de plusieurs entretiens préalables avec les membres de l'équipe pluridisciplinaire afin de vérifier la motivation du couple et de leur donner toutes les informations concernant le protocole thérapeutique. Une psychothérapie de soutien n'est pas obligatoire mais fortement conseillée. Elle n'a néanmoins de sens que si la femme, l'homme ou le couple en est demandeur.
Le psychologue est un professionnel éthique et respectueux des principes de confidentialité. Il porte un regard bienveillant et se positionne comme un partenaire de soutien dans votre quête parentale. Les séances peuvent varier et être personnalisées en fonction de vos attentes. Elles sont soit individuelles, en couple ou en groupe.
D'autres disciplines paramédicales peuvent également être utiles, comme la sophrologie et l'ostéopathie.
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Conseils pour Gérer la Souffrance Psychologique
- Reconnaître et accepter ses émotions : Il est important de ne pas minimiser sa souffrance et de s'autoriser à ressentir les émotions liées à l'infertilité, comme la tristesse, la colère, la culpabilité, etc.
- Communiquer avec son partenaire : L'infertilité est un problème de couple, et il est essentiel de pouvoir en parler ouvertement avec son partenaire, d'exprimer ses sentiments et de se soutenir mutuellement.
- Rechercher un soutien extérieur : Parler à un psychologue, à un groupe de soutien ou à des amis peut aider à se sentir moins seul et à mieux gérer ses émotions.
- Prendre soin de soi : Il est important de continuer à faire des activités que l'on aime, de se détendre et de prendre soin de son corps et de son esprit.
- Ne pas s'isoler : Il est important de maintenir une vie sociale et de ne pas se laisser envahir par l'infertilité.
- Éviter de se culpabiliser : L'infertilité n'est pas de votre faute, et il est important de ne pas se sentir coupable.
- Ne pas croire aux idées reçues : L'anxiété et le stress ne sont pas la cause de l'infertilité, et il est important de ne pas se laisser influencer par les croyances populaires.
- Garder espoir : Même si le parcours de l'infertilité est difficile, il est important de garder espoir et de croire en ses chances de devenir parent.
Ne Pas Minimiser l’Impact Psychologique
Il est crucial que les acteurs de la procréation assistée puissent se laisser toucher, sensibiliser, par les enjeux chaque fois singuliers du projet de procréation, et de ses impasses, pour que le temps d'une élaboration créatrice de nouvelles voies sublimatoires puisse s'ouvrir et que l'enfant à venir ne porte pas le poids d'un deuil non élaboré.
L'infertilité est un problème complexe qui nécessite une prise en charge globale, à la fois médicale et psychologique. En reconnaissant et en acceptant la souffrance psychologique qu'elle engendre, et en recherchant un soutien adapté, les couples peuvent mieux traverser cette épreuve et préserver leur bien-être émotionnel.
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