La Procréation Médicalement Assistée (PMA) est un sujet de société qui suscite de vifs débats en France. Notamment depuis l’adoption de la loi dite du Mariage pour Tous. La PMA reste aujourd’hui très contestée par les anciens opposants à l’extension du mariage aux couples de même sexe. Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) s'est prononcé en faveur de l'ouverture aux couples de femmes et aux femmes célibataires à la Procréation Médicale Assistée, aujourd'hui réservée aux seuls couples hétérosexuels. Cette ouverture potentielle a ravivé les discussions et mis en lumière des opinions divergentes au sein de la population française. Les sondages d'opinion jouent un rôle crucial dans la compréhension de ces opinions, mais leur interprétation nécessite une analyse attentive des questions posées et des biais potentiels.
Le CCNE et l'Ouverture de la PMA
"Le CCNE recommande dans ce texte l'ouverture de l'AMP (Ndlr : autre nom de la PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules", a déclaré à la presse le rapporteur Frédéric Worms. Au micro de Sud Radio, la présidente de la Manif Pour Tous, Ludovine de la Rochère, s'étonne de cet avis qui, selon elle, n'est pas partagé par les Français. "Cet avis va absolument à l'encontre de l'opinion des Français puisqu'un sondage OPinion-Way publié aujourd'hui montre qu'une très très large majorité estime que l'État doit garantir aux enfants nés par PMA le droit d'avoir un père et une mère. Donc cet avis du CCNE est en décalage complet avec ce que souhaitent les Français. Pour le moment, nous appelons Emmanuel Macron à rassembler les Français, à prendre en compte tout ce qui doit être urgemment traité pour la France et à apaiser, et non pas à cliver.
Contradictions apparentes dans les sondages
Plusieurs sondages ont été réalisés sur la question de la PMA, révélant des résultats parfois contradictoires. Un sondage IFOP publié le 3 janvier 2018 posait la question suivante : « Seriez-vous favorable à ce que les femmes célibataires ou les couples de femmes homosexuelles désirant un enfant puissent avoir recours à l’insémination artificielle (ce que l’on appelle aussi PMA) pour avoir un enfant ? ». Un autre sondage OpinionWay de septembre 2017 demandait : « Selon vous, l’Etat doit-il garantir aux enfants conçus grâce à l’assistance médicale à la procréation (AMP) le droit d’avoir un père et une mère ? ».
Ces formulations différentes influencent largement les réponses. Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA, souligne que la première question « occulte l’intérêt de l’enfant ». Le même sondage IFOP publié le 3 janvier 2018 par La Croix fait état de 64% des sondés favorables à la GPA. Ces chiffres sont contredits par l’enquête d’Opinion Way, financée par la Manif pour tous, qui établit que 72 % des Français souhaitent que l’État garantisse aux enfants nés des suites d’une PMA le droit d’avoir « un père et une mère ».
Le premier, réalisé par l’Ifop, a été commandé par le site my-pharma.info ; le second, élaboré par Opinion Way, par La Manif pour tous. Une acceptation de la PMA et de la GPA.
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Dans le détail, l’enquête de l’Ifop (1) souligne que 64 % des Français sont « tout à fait » ou « plutôt » favorables « à ce que les couples de femmes homosexuelles désirant avoir un enfant puissent avoir recours à l’insémination artificielle (ce qu’on appelle aussi PMA) pour avoir un enfant ». Ce chiffre est sensiblement le même (65 %) pour l’élargissement de cette aide procréative aux femmes célibataires.
Autres données révélées par ce sondage : 56 % des Français seraient favorables au remboursement de la « PMA pour toutes » par l’Assurance maladie et 49 % à la rémunération des donneurs de sperme. 48 % sont mêmes en faveur de la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) pour les couples homosexuels, et 61 % pour les couples hétérosexuels.
Ces chiffres montrant une France très favorable aux évolutions sociétales sont fermement contredits par l’enquête d’Opinion Way (2), financée par la Manif pour tous. Ce sondage établit en effet que 72 % des Français souhaitent que l’État garantisse aux enfants nés des suites d’une PMA le droit d’avoir « un père et une mère ».
69 % d’entre eux estiment que l’ouverture des débats sur les questions de société a pour conséquence de « diviser les Français ». Enfin, pour les sondés, l’« ouverture du débat sur la filiation » figure au douzième rang des « chantiers prioritaires d’Emmanuel Macron et du gouvernement », loin derrière les luttes contre le chômage, le terrorisme et l’insécurité.
L'Influence de la Formulation des Questions
La raison de ces variations réside dans la formulation des questions. Le sondage commandé par La Manif pour Tous ne fait jamais de référence explicite au sigle « PMA », plus connu du grand public que l’expression « assistance médicale à la procréation ». La question posée est en effet la suivante : « Selon vous, l’État doit-il garantir aux enfants conçus grâce à l’assistance médicale à la procréation (AMP) le droit d’avoir un père et une mère ? ».
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Au contraire, le sondage de my-pharma.info fait explicitement référence à la PMA, mais ne mentionne pas la présence d’un père et d’une mère. Pour la Manif pour tous, le constat est clair: il existe en France une «opposition franche à l’idée de PMA pour les couples de femmes et les célibataires». Cette affirmation dévoilée dans un communiqué s’appuie sur les résultats d’un sondage Ifop. Pourtant, si la Manif pour tous est catégorique, l’institut de sondage l’est beaucoup moins. Tout est en réalité question d’interprétation.
L'Ifop préfère se concentrer sur un chiffre: 50% des personnes interrogées considèrent que les enfants nés sous PMA seraient victimes d’une inégalité par rapport aux enfants qui ont un père et une mère, contre 50% considérant que ce n'est pas le cas. Aussi frappant soit-il, ce chiffre ne mesure pas le soutien à l’élargissement de la PMA mais le rapport à la parentalité, comme le relève Erwan Lestrohan, directeur d’études au département opinion à l’institut BVA: «Il y a une interprétation par dérivation. Sur le sujet de l’extension de la PMA, 20% des Français et Françaises oscilleraient ainsi en fonction de la formulation des questions, selon le directeur du département opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet.
L’analyse politique soulève plusieurs hypothèses. «Tout d’abord, toute la population ne se passionne pas pour ce débat et n’y a pas forcément réfléchi. Et puis, c’est un thème pointu. Tout le monde n’a pas en tête les deux argumentaires, à savoir le droit à avoir un enfant et le droit de chaque enfant à avoir un père.
Ludovine de la Rochère reconnaît volontiers l’implication de l’association dans l’élaboration du sondage réalisé par l’Ifop le 18 et 19 septembre: «Nous avons envoyé à l’Ifop de nombreuses questions avec nos mots à nous. L’institut les a ensuite formulées de manière académique. Le collectif n’est pas le seul à tenter de servir sa cause. De l’autre côté de l’échiquier idéologique, l’Association des familles homoparentales (AFDH) tente également de faire entendre sa voix, cette fois en privilégiant les questions ayant trait au droit à avoir un enfant.
L'Expérience d'une Mère Célibataire
Le témoignage d'Alice, une mère célibataire ayant eu recours à la PMA à l'étranger, illustre les défis et les joies de la maternité solo. Alice s’est rendue en Espagne pour concevoir ses jumeaux. A l’occasion des Etats généraux de la bioéthique, une grande concertation nationale qui durera jusqu’à l’été en préambule à la révision de la loi du même nom prévue pour la fin de l’année, l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, célibataires et en couple avec une femme, sera débattue. Et selon un sondage exclusif* OpinionWay pour 20 Minutes, 86 % des 18-30 sont favorables à cette mesure.
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« Je ne me voyais pas en couple dans l’immédiat et je savais que ma fertilité n’était pas très bonne ». Au départ, le parcours de vie d’Alice était semblable à celui de beaucoup d’autres femmes et hommes. Elle rencontre un homme, ils se marient et font un enfant. Comme beaucoup d’autres, Alice a divorcé, mais son désir de maternité ne l’a pas quittée. « Je me suis retrouvée, à 40 ans, divorcée et mère célibataire d’un enfant, mais je ne voulais pas n’avoir qu’un seul enfant, ni pour moi ni pour mon aîné, raconte-t-elle. Je ne m’imaginais pas me remettre en couple dans l’immédiat et je savais que ma fertilité n’était pas très bonne ».
La jeune mère décide de tenter une fécondation in vitro (FIV) avec donneur de sperme au Danemark. « Là-bas, le don est non anonyme, et je voulais que mon enfant puisse, s’il le voulait, retrouver son géniteur à sa majorité », explique Alice. Mais après trois tentatives de FIV avec ses ovocytes, elle ne parvient pas à tomber enceinte. La mère célibataire change alors de méthode pour réaliser son rêve de maternité.
« J’ai dû me débrouiller toute seule ». Elle opte alors pour le double don de gamètes. « Je n’avais plus les moyens d’aller au Danemark, donc la solution la moins onéreuse et la plus simple pour moi, c’était d’aller en Espagne », dans une clinique réputée de Barcelone, indique-t-elle. Car si la PMA est autorisée et prise en charge financièrement en France pour les couples hétérosexuels ayant des troubles de la fertilité, il n’en est rien pour les femmes célibataires.
« Pour payer tous les frais, les cliniques, les traitements et les voyages, j’ai dû faire un crédit à la consommation, la charge financière était trop lourde », souligne Alice, qui aimerait que la PMA soit ouverte à toutes les femmes en France. Mais pour elle, le jeu en valait la chandelle. « Pour optimiser mes chances de tomber enceinte, on m’a implanté deux embryons, se rappelle Alice. C’était le seul essai que je pouvais m’offrir, il fallait que ça marche ». Et ça a marché, puisqu’Alice est ainsi tombée enceinte de jumeaux, un garçon et une fille.
Toutefois, pour une mère célibataire de 40 ans, mener seule une grossesse gémellaire n’est pas de tout repos. « La grossesse s’est à peu près bien passée, mais attendre des jumeaux tout en élevant seule mon aîné de 4 ans a été très fatigant, je n’avais personne autour de moi pour m’aider », se souvient Alice. La jeune mère a toutefois pu compter sur l’aide précieuse d’une amie qui a gardé son fils quelques jours lorsqu’elle a accouché. « Après une césarienne et 5 jours d’hospitalisation, je suis rentrée seule chez moi avec mes deux bébés que j’allaitais et mon aîné qui avait aussi besoin d’attention. Tout s’est très bien passé, mais cette période a été épuisante », se remémore-t-elle.
Aujourd’hui, les jumeaux ont 4 ans, et Alice le reconnaît volontiers, « c’est beaucoup de boulot et de fatigue d’élever seule trois enfants tout en travaillant à temps plein. Quand ils sont malades ou qu’ils me transmettent les virus attrapés à l’école, c’est épuisant et je dois gérer tout toute seule ». Des impératifs qui ne sont pas sans impact sur la vie professionnelle de la jeune maman. « Ma carrière d’ingénieure ne progresse plus, car j’arrive au travail après avoir déposé mes enfants à l’école et je repars tôt pour aller les chercher ». Alice ne se plaint pas pour autant. « Financièrement je suis très juste, mais je m’en sors ».
Côté vie privée, elle a aussi dû faire des choix. « Je n’ai plus le temps ni l’énergie d’avoir de vie sociale ni amoureuse, admet-elle, pas inquiète pour autant. Je sais que lorsqu’ils commenceront à être plus autonomes, j’aurai plus de temps pour tout ça. Mais pour l’instant, je préfère profiter à fond du temps passé avec eux tant qu’ils sont petits ».
Malgré la fatigue et les galères de maman solo, si c’était à refaire, Alice, qui s’épanouit pleinement dans son rôle, n’hésiterait pas une seconde à retenter l’aventure. « Je ne regrette pas du tout mon choix, on forme une famille très unie, se réjouit-elle. Mes jumeaux, qui ont aujourd’hui 4 ans, adorent leur grand frère et c’est réciproque ». Entre ses trois enfants, pas de différence, « autant d’amour pour chacun », précise Alice. Et si son fils aîné est né de son premier mariage et que ses jumeaux ont vu le jour grâce à des dons d’ovocytes et de sperme, Alice voit des traits communs sur le visage de ses trois enfants. « Ma fille me ressemble et mon deuxième fils ressemble à son grand frère ». Des ressemblances qui ne sont pas le fruit du hasard. « Dans la clinique où je suis allée, j’ai pu choisir un donneur et une donneuse ayant des caractéristiques physiques proches des miennes, révèle-t-elle. La ressemblance, c’est aussi le mimétisme qui s’opère dans une famille, sur les expressions du visage et la manière d’être ».
Alice ne cache à ses enfants rien de la manière dont elle les a conçus. « Depuis leur naissance et de temps à autre, je leur raconte comment ils ont vu le jour. Je leur explique que je ne pouvais plus faire d’enfants avec mes propres graines, que je n’avais pas d’amoureux mais que je voulais agrandir la famille, indique Alice. Je leur retrace toute l’histoire de leur conception : je leur dis que je suis allée dans une clinique et qu’un docteur a choisi pour moi des graines parmi celles données par des femmes et des hommes, qu’il les a mélangées et mises dans mon ventre, et que ces graines sont devenues mes enfants. J’emploie des mots plus précis pour expliquer les choses à mon fils aîné, qui comprend très bien, assure-t-elle. Mes jumeaux aussi ont très bien compris : ils savent que leur grand-frère a un papa et qu’eux n’en ont pas, que leur famille, c’est leur frère et moi ».
Car en concevant ses enfants en Espagne, où le don de gamètes est anonyme, Alice sait que ses jumeaux n’auront aucun moyen d’avoir des informations sur leurs géniteurs. « Je voulais qu’ils puissent avoir accès à ces informations, confie Alice, qui avait d’abord choisi le Danemark pour cette raison-là. Mais je me suis faite à l’idée que ce n’était pas possible, tout comme je me suis faite à l’idée que mes enfants n’auraient pas mes gènes ». Un prix à payer qui ne l’a pas effrayée : « je suis heureuse d’avoir eu recours à ce double don, c’est une richesse pour notre famille, estime-t-elle.
Position d'Emmanuel Macron et sondages récents
Durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s'était dit "favorable à une loi qui ouvrira la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires". Au moins 64% des Français sont favorables à l'ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples lesbiens, une proportion qui croît année après année, selon un sondage paru ce vendredi. Au moins 64 % des Français sont favorables à l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples lesbiens, selon un sondage Ifop pour le site my-pharma.info paru ce vendredi.
Deux sondages, deux tendances. Selon une enquête réalisée par l’Ifop, pour le site my-pharma.info, 64 % des Français sont favorables à l’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples lesbiens. Et 65 % se prononcent en faveur de la PMA pour les femmes célibataires. L’évolution est marquante depuis 1990, quand à peine 24 % de personnes interrogées se déclaraient favorables à la PMA pour « les couples homosexuels féminin », la catégorie qui divise le plus, souligne l’Ifop. Cette proportion était passée à 47 % en janvier 2013, avant le vote de la loi Taubira sur le mariage pour tous, puis à 59 % en août 2016.
« Le président souhaite un débat apaisé »« Jamais on n’a eu un taux aussi élevé. L’enquête précise que 77 % des électeurs d’Emmanuel Macron au 1er tour de la présidentielle sont favorables à ce que la PMA repose sur la filiation père-mère-enfant. L’étude ajoute que 69 % des interrogés estiment qu’ouvrir des débats sur les questions de société (mères porteuses, PMA sans père, euthanasie) aurait pour conséquence de diviser les Français. De son côté, l’étude Ifop précise, en outre, que seuls 56 % des Français sont favorables au remboursement par la sécurité sociale de l’insémination artificielle, l’une des techniques procréatives uniquement accessible aujourd’hui aux couples hétérosexuels infertiles.
La PMA en Europe et le débat relancé
En France, l’aide médicale à la procréation est aujourd’hui réservée aux couples hétérosexuels infertiles. La PMA est autorisée pour les couples de même sexe dans sept pays européens : Finlande, Suède, Danemark, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni et Espagne. La PMA est une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. « Le président souhaite un débat apaisé de la société sur ce sujet. "Ce sont des résultats assez massifs. Ils s’inscrivent dans des tendances qui montrent que progressivement les barrières sont en train de changer", analysait, mercredi sur Europe 1, Jérôme Fourquet, directeur du département opinion publique de l'Ifop. Son institut vient de réaliser un sondage, publié dans le journal La Croix , dont les conclusions sont riches de sens . Selon l’étude, six Français sur dix sont ainsi favorables à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes homosexuelles. 64% des personnes interrogées se déclarent par ailleurs en faveur d'une autorisation de la gestation pour autrui (GPA), même si la majorité l'est "pour des raisons médicales seulement".
Évolution Fluctuante et Incohérences apparentes
Pour l’Ifop, ça ne fait aucun doute. Ces chiffres ont bondi depuis 20 ans et révèlent une "vague de fond" dans la société, dixit Jérôme Fourquet. L'Ifop ne relève, en effet, "aucun clivage majeur, ni entre les générations, ni selon les préférences politiques" dans cette enquête. En janvier 1990, comme le relève l’Ifop, seulement 24% des Français se disaient par exemple favorables à l’autorisation de la PMA pour les couples de femmes homosexuelles, contre 47% en 2013 et 60% aujourd’hui. "La tendance générale est une tendance d’approbation de ces pratiques", martèle Jérôme Fourquet.
Mais ces chiffres ne reflètent pas non plus une évolution linéaire. Toujours sur l’ouverture de la PMA aux couples homosexuels : la part de Français favorables est descendue de 56% en octobre 2012 à 39% en février 2014, avant de remonter sensiblement et de manière continue depuis, selon l’Ifop. En plus d’être inégale, cette évolution ne semble pas non plus dénuée d’incohérences. Et la manière dont on formule la question semble jouer. En septembre dernier, par exemple, un sondage Opinion Way (financé par la Manif pour tous) indiquait que 72% des Français se prononçaient pour que l’État "garantisse le droit d’avoir un père et une mère aux enfants conçus grâce à l’assistance médicale à la procréation".
"Un certain nombre de verrous sautent progressivement"Quant à l’autorisation de la GPA (pour raisons médicales ou non) son approbation a également connu des évolutions dans des sens différents. En 2008, 61% des Français étaient favorables à son autorisation. Cela est retombé à 51% en 2013, avant de remonter à 64% aujourd’hui. "Il faut faire attention, car on sait que les résultats peuvent varier en fonction du contexte, d’une mobilisation sociale plus ou moins forte ou d’un débat public autour de ces sujets", décrypte Jérôme Fourquet.
Selon l’Ifop, l’adoption de la loi Taubira, autorisant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, a tout de même clairement eu un impact positif pour l’image de la PMA et de la GPA dans l’opinion publique. "Après l’adoption du Pacs, il y a eu une hausse sensible des opinions favorables au mariage homosexuel dans les années qui ont suivi. La même chose se produit ici. On a l’impression qu’un certain nombre d’étapes ou de verrous sautent progressivement", enchaîne-t-il.
Scepticisme et lassitude du grand public
D’autres, en revanche, sont plus sceptiques. Invité mercredi d’Europe 1, Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à la Faculté de médecine de l'Université Paris-Sud 11, estime que cette approbation apparente des Français n’en est pas vraiment une. "Il faudrait d’abord savoir ce que signifie être favorable à. Est-ce ne pas refuser ? […] J’ai l’impression que c’est plus de l’indifférence que l’expression d’une société qui se montre vraiment concernée par ces questions", avance-t-il. Et d’enchaîner : "Ce qui va m’intéresser, c’est de voir ce que vont donner les débats sur ces questions dans les mois à venir", notamment dans le cadre des prochains Etats généraux, qui devraient débuter prochainement.
"Majoritairement, les Français disent aujourd’hui que cela les intéresse. Mais en même temps, ils ne voient pas les implications pour leur cas personnel. Il y a une certaine distance", abonde Jérôme Fourquet, de l’Ifop. "Un certain nombre de cadres de réflexions moraux issus de notre tradition judéo-chrétienne sont en train de se dissoudre. Il y a les évolutions scientifiques et en même temps une influence de plus en plus déclinante de ces cadres, en train de se dissoudre de manière relativement accélérée", insiste-t-il. Mais il le reconnaît : "Depuis les manifestations autour de la loi Taubira, il y a une forme de lassitude du grand public que ne souhaite pas vraiment revenir sur ces questions".
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