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Sentiment de compétence parentale en néonatologie : soutenir l'autonomie des parents

Introduction

La naissance d'un enfant, un événement des plus marquants dans la vie d'une famille, peut malheureusement s'accompagner de détresse lorsque le nouveau-né requiert des soins en néonatologie. Dans ce contexte particulier, le sentiment de compétence parentale joue un rôle essentiel dans le bien-être des parents et le développement de l'enfant. Cet article explore le sentiment de compétence parentale en néonatologie, en mettant en lumière les facteurs qui l'influencent et les stratégies pour le renforcer.

L'évolution des soins en néonatologie : vers une approche centrée sur la famille

Traditionnellement, les soins en néonatologie étaient axés sur la survie du nouveau-né, reléguant souvent les parents au second plan. Cependant, la philosophie des soins centrés sur l’enfant et sa famille s’implante peu à peu, reconnaissant les parents comme les meilleurs experts de leur bébé et les invitant à lui prodiguer les soins de la façon la plus étendue possible. Cette approche prône des pratiques de soins basées sur les preuves et soutenant les processus d’attachement.

Cette approche repose sur plusieurs piliers :

  • Le partage d’une information honnête.
  • Une volonté de coopération entre les parents et les professionnels.
  • La participation parentale aux soins à leur enfant.
  • Le respect et la dignité de chacun.

En vue de favoriser leur autonomie, disposer d’outils collaboratifs parents-professionnels est indispensable. Ces outils apparaissent peu à peu grâce à la créativité des équipes soignantes. Ils sont encore peu nombreux et non évalués.

Le sentiment de compétence parentale : un facteur clé en néonatologie

Le sentiment de compétence parentale se définit comme la conviction qu'ont les parents de pouvoir répondre aux besoins de leur enfant et de gérer les défis liés à la parentalité. En néonatologie, ce sentiment peut être mis à rude épreuve par plusieurs facteurs :

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  • L'environnement médicalisé et anxiogène du service de néonatologie.
  • La séparation physique avec le bébé, notamment en cas d'hospitalisation prolongée.
  • La complexité des soins et des traitements requis par le nouveau-né.
  • Le manque d'expérience et de connaissances des parents, en particulier s'il s'agit de leur premier enfant.
  • Le stress et la fatigue liés à la situation.

Un faible sentiment de compétence parentale peut entraîner :

  • Un stress parental accru.
  • Un risque accru de dépression post-partum.
  • Des difficultés d'attachement entre les parents et l'enfant.
  • Un retard de développement chez l'enfant.

Facteurs influençant le sentiment de compétence parentale

Plusieurs facteurs peuvent influencer le sentiment de compétence parentale en néonatologie.

Soutien social

Le soutien social, qu'il provienne du conjoint, de la famille, des amis ou des professionnels de santé, est essentiel pour renforcer le sentiment de compétence parentale. Le soutien émotionnel, informationnel et pratique permet aux parents de se sentir moins isolés, plus confiants et mieux équipés pour faire face aux défis.

Information et éducation

Une information claire, compréhensible et transparente sur l'état de santé du bébé, les soins et les traitements, ainsi que sur le développement infantile, est cruciale pour permettre aux parents de se sentir compétents et impliqués dans les soins de leur enfant.

Participation aux soins

Encourager la participation active des parents aux soins de leur bébé, par exemple en les impliquant dans les bains, les changes, l'alimentation et les séances de peau à peau, peut renforcer leur sentiment de compétence et favoriser l'attachement.

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Communication avec l'équipe soignante

Une communication ouverte et respectueuse avec l'équipe soignante est essentielle pour permettre aux parents de poser des questions, d'exprimer leurs préoccupations et de se sentir écoutés et compris.

Facteurs individuels

Les caractéristiques individuelles des parents, telles que leur personnalité, leur expérience antérieure, leur niveau d'éducation et leur état de santé mentale, peuvent également influencer leur sentiment de compétence parentale.

Stratégies pour renforcer le sentiment de compétence parentale

Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre pour renforcer le sentiment de compétence parentale en néonatologie.

Interventions psychosociales

Les interventions psychosociales, telles que les groupes de soutien, les thérapies individuelles ou de couple, et les programmes d'éducation parentale, peuvent aider les parents à gérer leur stress, à améliorer leur communication et à renforcer leur confiance en leurs compétences parentales.

Outils collaboratifs parents-professionnels

Le développement et l'utilisation d'outils collaboratifs parents-professionnels, tels que des guides, des applications ou des questionnaires, peuvent faciliter la communication, l'information et la participation des parents aux soins. L’équipe de néonatologie du CHU Hautepierre à Strasbourg a évalué l’outil « Pas à pas avec mon bébé », créé par son groupe NIDCAP®(Neonatal Individualized Developmental Care Assessment Program), et qui vise à soutenir l’autonomie des parents avant la sortie d’hospitalisation.

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Aménagement de l'environnement

L'aménagement de l'environnement du service de néonatologie, par exemple en créant des espaces plus intimes et confortables pour les parents, peut contribuer à réduire leur stress et à favoriser leur implication dans les soins.

Formation du personnel soignant

La formation du personnel soignant aux pratiques de soins centrés sur la famille, à la communication avec les parents et au soutien du sentiment de compétence parentale est essentielle pour garantir une prise en charge globale et individualisée des familles.

L'outil "Pas à pas avec mon bébé" : un exemple concret de soutien à l'autonomie parentale

L’équipe de néonatologie du CHU Hautepierre à Strasbourg a évalué l’outil « Pas à pas avec mon bébé », créé par son groupe NIDCAP® (Neonatal Individualized Developmental Care Assessment Program), et qui vise à soutenir l’autonomie des parents avant la sortie d’hospitalisation.

Cet outil se présente sous forme d’une jardinière, avec 5 fleurs plantées dans un terreau fertile, couvrant 6 domaines de compétence parentale. Les parents colorient au cours de l’hospitalisation les pétales quand ils se sentent aptes aux soins décrits. Les six domaines de compétences parentales explorés sont :

  1. Comprendre le comportement du bébé en se basant sur l’observation des signes de bien-être et d’inconfort du nouveau-né.
  2. L’installer en peau à peau.
  3. L’alimenter via la sonde gastrique.
  4. Le nourrir au sein ou au biberon.
  5. Le porter et le positionner.
  6. Dispenser les soins quotidiens.

Les parents peuvent visualiser leur progression depuis « j’apprends » jusqu’à « je fais en autonomie ». Une évaluation favorable par les parents et par les infirmières a été constatée.

Il s’agissait d’une étude prospective, observationnelle et monocentrique, menée entre septembre 2019 et décembre 2020 qui a inclus 79 nouveau-nés (garçons 62 %, singletons 72 %), nés à 28 ± 2,5 SA, avec un poids de naissance moyen de 1145 ± 356 g. Un questionnaire a été remis à 84 parents et à 94 infirmières qui avaient utilisé l’outil. Il a commencé à être utilisé, indifféremment par la mère ou le co-parent, entre 3ème et le 14ème jour d’hospitalisation. Le plus souvent, l’outil a accompagné l’enfant au fil des différentes unités (83,3 %) et servi de support de communication (52,4 %).

Une majorité des parents (66,7 %) ont trouvé qu’il les a aidés à mieux comprendre leur enfant ; 69 % témoignent que l’outil leur a procuré un sentiment de confiance, et 84,81 % disent ne pas s’être sentis jugés par les soignants. Certains d’entre eux l’ont aussi partagé avec leur entourage familial. Une très large majorité des infirmières (92,5 %) l’ont utilisé, notamment comme support de communication (70,2 %). Parents comme soignants souhaitent majoritairement poursuivre son utilisation. Une amélioration de la perception des parents de leur sentiment de compétence a été mise en évidence entre deux périodes séparées de 25,7 ± 14 j.

L’étude montre qu’il est nécessaire de soutenir l’apprentissage des parents à décoder les signes et les tentatives de leur bébé à entrer en relation avec eux, avant de se concentrer sur les soins à effectuer. Les parents requièrent le soutien des soignants quel que soit le domaine de compétences. Ils ressentent le besoin d’être guidés plus longtemps pour les transferts incubateur- peau à peau, le positionnement et le portage, ainsi que l’alimentation sur sonde. Pour l’alimentation orale directe, leur autonomie est à consolider durant toute la durée l’hospitalisation, y compris en fin de séjour, car d’elle dépend la sortie.

Soutien parental après la néonatalogie

Durant l’hospitalisation, les parents se trouvent dans une bulle protectrice. L’équipe médicale se tient à quelques pas de votre bébé pour intervenir en cas de problèmes et les machines vous renseignent continuellement sur l’état de santé de votre petit·e costaud. Mais de retour à la maison, nous devons reprendre nos marques, apprendre à faire confiance à notre bébé, à être confiant dans nos compétences également. Cette transition n’est pas toujours évidente, aussi un soutien parental, pour faire le pont entre l’hôpital et « l’après », peut être d’une grande aide.

Structures d’accompagnement disponibles

  • Réseau CAMSP : une approche pluridisciplinaire pour soutenir les parents et suivre le développement des enfants. Les Centres d’actions médico-sociales précoces (CAMSP) sont des lieux de prévention, de soin et d’orientation présents partout en France. Le CAMSP propose un accompagnement complet pour votre enfant et vous, parents. La prise en charge commence avec une première consultation médicale afin de définir les besoins spécifiques de l’enfant et des parents.
  • Accompagnement périnatal : un suivi personnalisé pour créer un pont entre l’hôpital et la maison. Après une période d’hospitalisation, les parents peuvent perdre leurs repères et le cadre rassurant de l’équipe soignante autour d’eux. La vie quotidienne se charge parfois d’appréhensions et les doutes se multiplient.
  • Ateliers d’accompagnement des parents après la néonatalogie.
  • Structures d’accompagnement et de soutien à la parentalité. Le service de protection maternelle et infantile (PMI), présent dans chaque département, assure également des rencontres avec une équipe pluridisciplinaire composée de médecins, sages-femmes, puéricultrices et psychologues pour vous épauler et vous orienter. Ces professionnels se chargent des examens et des vaccinations obligatoires jusqu’à 6 ans, du suivi de croissance, du développement affectif et psychomoteur, mais aussi du dépistage précoce d’éventuelles anomalies ou déficiences. Le service de soutien à la parentalité de l’AMDR propose une aide dans les tâches matérielles (ménage, courses, préparation des repas, etc.), dans le rôle éducatif (activités d’éveil, aide aux devoirs, etc.) et dans la gestion administrative. De nombreuses actions se développent en région et localement pour créer une communauté de familles, favoriser l’entraide et le partage, mais aussi lutter contre l’isolement.
  • Suivi auprès d’un·e psychologue : pour évoquer sa culpabilité, ses doutes ou ses souvenirs afin de ne plus les garder enfouis.

Créer du lien avec son bébé

  • Le peau à peau : aussi appelé méthode mère kangourou, consiste à porter votre bébé nu avec une couche contre votre poitrine nue ou celle de votre partenaire. Des recherches évoquent de multiples avantages pour cette pratique comme des phases d’éveil de meilleure qualité, un repos plus réparateur, une plus grande stabilité cardio-respiratoire ou une digestion facilitée.
  • Le portage : constitue une autre méthode pratique et facile à mettre en place pour entrer en relation avec son bébé. Cette technique répond au besoin de protection et de sécurité de l’enfant, mais elle permet aussi de développer des compétences psychomotrices, socioaffectives et des capacités d’autorégulation. De plus, la proximité corporelle et l’observation de l’enfant permettent de soutenir les compétences parentales.
  • Le bain : La technique du bain enveloppé propose par exemple une expérience rassurante au cours de laquelle vous pouvez observer et échanger avec votre bébé. Pour aller plus loin, il existe également des séances thérapeutiques bain bébé qui constituent un véritable moment de bien-être.
  • Les massages : À travers un atelier ou à domicile, vous pouvez également pratiquer des massages pour entrer en relation avec votre bébé.

L'expérience paternelle en néonatologie

Si la plupart des travaux portent sur la mère, il est important de considérer l'expérience paternelle en néonatologie. En effet, le père se retrouve souvent dans une place imprévue en raison de sa présence souhaitée voire requise dès les premiers instants.

Facteurs influençant l'expérience paternelle

  • Facteur paternel : la relation père-enfant et la présence du père auprès du bébé.
  • Facteur personnel : les sentiments ressentis en tant que père et les représentations en tant que parent.
  • Facteur conjugal : le déroulement de la grossesse et de l'accouchement, la prise en compte du vécu de la conjointe et l'empathie.
  • Dimension "vie actuelle et projets à venir" : les éléments relatifs au vécu présent du père, de sa famille et aux projets futurs.

Rôle du père

  • Le père peut réaliser un véritable travail de liaison psychique entre sa compagne et son enfant.
  • Il peut activer ses mécanismes de défense de façon plus efficace que les mères.
  • Il peut endosser différents profils : le père procréateur, le père comme tiers et le père comme partenaire de la mère.

Le rôle des soignants

Le rôle des soignants en néonatologie consiste également, au travers des soins donnés au nouveau-né, à soutenir les parents en leur permettant de s’adapter à ses particularités et en favorisant la relation parent-enfant. L’équipe fonctionne résolument sur elle-même, dans un espace géographique et psychique relativement isolé du monde extérieur. L’enfant y est investi par une infirmière ou une puéricultrice comme par une mère qui lui prodigue des soins, lui sourit, lui parle, le regarde.

Développement de la relation parents-soignants

L’étude qualitative menée par Fegran et al. (2008) auprès de parents et de soignants a mis en évidence trois phases durant lesquelles la relation entre parents et soignants se développe :

  1. La phase critique aiguë : les parents sont plutôt les observateurs du soin de leur bébé.
  2. La phase de stabilisation : les soignants passent le relai aux parents en supervisant les soins qu’ils donnent à leur enfant.
  3. La phase finale : les parents sont les caregivers principaux du bébé et les soignants vont les soutenir afin de renforcer l’alliance thérapeutique.

Impact de la relation avec le personnel soignant

La relation avec le personnel soignant a un impact positif sur les habiletés adaptatives des parents. L’équipe soignante joue un rôle dans la création d’un environnement social positif pour les bébés mais aussi dans l’engagement parental. En conséquence, l’équipe soignante représente une source de soutien social très importante durant la période d’hospitalisation, perçue comme protectrice.

En participant à la prise en charge du nouveau-né, aussi bien que par la transmission d’informations, l’équipe soignante va aider les parents dans leur rôle parental et contribuer à diminuer leur stress. Les pères, plus spécifiquement, évaluent les informations fournies comme très importantes ; celles-ci ont un impact sur leur bien-être, mais aussi sur leur impression de contrôler la situation. Des informations claires, compréhensibles et transparentes concernant le service de néonatologie, le personnel, l’équipement qui entoure le bébé sont qualifiées de capitales et facilitent l’implication paternelle.

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