Les analyses d'urine fournissent de nombreuses informations sur notre santé, qu'il s'agisse de diagnostiquer et de traiter une infection urinaire, d'étudier le fonctionnement de certains organes, d'identifier la consommation de drogues ou de savoir si une femme est enceinte.
Analyse d'urine: un aperçu
L'examen urinaire le plus souvent prescrit est l'ECBU, l'examen cytobactériologique des urines. Comme son nom l'indique, il recherche à la fois des cellules (cyto-, la cellule en grec) et des bactéries. Lors d'une infection, l'urine peut être trouble et sentir mauvais. Les hématies sont généralement moins de 5 000 par ml d'urine. Leur présence en très grand nombre donne une couleur brun-rouge à l'urine. Les leucocytes sont les cellules immunitaires chargées de nous protéger contre les infections. Les cellules épithéliales sont celles qui recouvrent la paroi de tous les organes par lesquels passe l'urine. Elles s'éliminent naturellement. La présence de cellules épithéliales du vagin (différentes et reconnaissables) indique une contamination de l'urine lors du prélèvement. Certaines substances chimiques naturellement présentes dans les urines ont tendance à précipiter sous forme de cristaux : acide oxalique, acide urique, calcium, par exemple. Lors de l'examen microscopique de l'urine, on observe parfois des cylindres qui peuvent être composés d'hématies, de leucocytes, mais aussi de protéines ou de graisses. Ces éléments se présentent en forme de cylindres car ils ont été « moulés » dans les fins tubules qui composent les reins.
Hématurie: Définition et manifestations
L'hématurie se définit par la présence d'hématies, ou globules rouges, dans les urines. La détection de sang dans les voies urinaires peut être le signe de diverses affections allant des infections urinaires aux maladies plus graves, comme les tumeurs des reins ou de la vessie. L'hématurie, ou présence de sang dans les urines, peut se manifester par divers symptômes chez l'adulte. On la soupçonne à toute coloration anormale de l'urine, qui peut varier du rose pâle au rouge foncé. Les douleurs abdominales ou pelviennes, ainsi que des mictions fréquentes et douloureuses, peuvent accompagner cette condition. Dans certains cas, la présence de sang dans l'urine peut être associée à des infections urinaires ou à des calculs rénaux. Ces derniers se caractérisent par des douleurs intenses et aiguës, souvent décrites comme des coliques néphrétiques. Toutefois, la plupart du temps, l'hématurie est invisible à l'oeil nu : on parle d'hématurie microscopique. L'hématurie n'est visible (hématurie macroscopique) que lorsque le taux de sang équivaut à au moins 300-500 globules rouges par mm3 d'urine. L'urine peut alors être simplement rosée ou franchement rouge selon la concentration de sang. Si l'hématurie ne s'accompagne d'aucun autre symptôme, on parle d'hématurie isolée : dans la plupart des cas, elle est sans gravité et la cause exacte ne peut être déterminée. En règle générale, la quantité de sang perdu dans les urines est trop faible pour représenter un danger.
Attention : une coloration rose ou rouge de l'urine n'est pas forcément due à la présence de sang! De nombreux médicaments, colorants alimentaires ou aliments très colorés (ex : betterave, mûres) peuvent expliquer cette coloration anormale des urines. Une analyse d'urine permet de mettre en évidence l'hématurie. Des examens complémentaires sont ensuite pratiqués pour rechercher sa cause. Les plus courants sont l'échographie et l'urographie intraveineuse. Le traitement de l'hématurie dépend de sa cause. Par exemple, les infections urinaires sont généralement traitées par des antibiotiques, tandis que les calculs rénaux peuvent nécessiter une intervention chirurgicale ou une lithotripsie. Dans le cas de tumeurs, comme le cancer de la vessie ou des reins, un traitement oncologique spécialisé est indispensable.
Causes de l'hématurie pendant la grossesse
Durant la grossesse, les infections urinaires sont des causes fréquentes d'hématurie. Elles sont liées aux bouleversements hormonaux, qui ralentissent le travail des voies urinaires. Résultat : les urines stagnent plus longtemps dans l'organisme, favorisant l'apparition des infections. Environ 10 % des femmes enceintes souffrent d'une infection urinaire, le plus souvent d'une cystite. Consultez rapidement un médecin si vous observez ces symptômes : une infection urinaire augmente les risques d'accouchement prématuré si elle est mal soignée. Heureusement, les infections urinaires se soignent facilement durant la grossesse grâce à un simple traitement antibiotique adapté. Si l'infection s'est étendue jusqu'aux reins (pyélonéphrite), le traitement devra, par contre, être administré par voie intraveineuse à l'hôpital.
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La grossesse entraîne des changements hormonaux qui peuvent rendre les femmes plus susceptibles aux infections urinaires. L'augmentation du taux de progestérone peut entraîner une diminution du tonus des voies urinaires, ce qui ralentit le flux d'urine et permet aux bactéries de se développer plus facilement. De plus, l'utérus en expansion peut exercer une pression sur la vessie, ce qui rend difficile la vidange complète de la vessie et augmente le risque d'infection.
Infections urinaires
Les infections urinaires sont de grandes pourvoyeuses d’hématuries. Cause la plus fréquente de sang dans les urines, l’infection urinaire s’accompagne d’un tableau clinique évocateur (brûlures mictionnelles, envies fréquentes d’uriner, douleurs lombaires…). Toute atteinte infectieuse de l’appareil urinaire peut entrainer une hématurie : cystite, pyélonéphrite, prostatite.
Calculs urinaires
Les calculs urinaires concernent 5 à 15 % de la population des pays industrialisés. Ils peuvent être découverts sans douleur, ou bien révélés par un épisode de colique néphrétique ou par des troubles mictionnels.
Autres causes possibles
Il existe de nombreuses autres causes possibles d'hématurie, non spécifiques à la grossesse et à l'enfance. Parmi elles figurent notamment les calculs rénaux, les cancers de la vessie… Certains médicaments, en particulier des anticoagulants, peuvent aussi induire une hématurie sans gravité.
Diagnostic de l'hématurie
La démarche diagnostique est identique pour une hématurie micro et/ou macroscopique persistante. Dans ces deux cas, le sang dans les urines se décèle à l’aide d’une bandelette urinaire ou d’une analyse d’urine (ECBU).
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Quatre types d’examens complémentaires peuvent être demandés par votre médecin :
- Biologiques: l’ECBU est l’analyse d’urine systématiquement prescrite. Elle permet de déceler les bactéries présentes dans les urines. L’ECBU peut être complété par des examens sanguins (pour vérifier, entre autres, qu’il n’y a pas d’anémie et/ou d’altération de la fonction rénale).
- Imagerie: l’échographie de l’appareil urinaire est l’examen de référence à réaliser en première intention (avec la vessie pleine afin de mieux la voir). Elle permet une exploration morphologique de l’appareil urinaire et une étude vasculaire rénale (doppler). En complément, l’uroscanner (un scanner abdominopelvien avec injection de produit de contraste iodé) peut être prescrit.
- Endoscopique: l’urétro-cystoscopie est réalisée par un urologue sous anesthésie locale le plus souvent (avec injection de gel anesthésiant dans l’urètre). Elle permet l’exploration par un fibroscope souple de l’urètre, de la paroi vésicale et des méats urétéraux.
- Anatomopathologique: la cytologie urinaire est un examen urinaire à ne pas confondre avec l’ECBU. Son objectif est de rechercher dans les urines des cellules atypiques desquamées par l’urothélium au microscope.
Traitement de l'hématurie pendant la grossesse
Le traitement de l'hématurie dépend de la cause sous-jacente. Si l'hématurie est causée par une infection urinaire, des antibiotiques seront prescrits. Si elle est causée par des calculs rénaux, un traitement pour éliminer les calculs peut être nécessaire. Dans certains cas, aucun traitement n'est nécessaire si la cause de l'hématurie est bénigne et disparaît d'elle-même.
Les infections urinaires sont généralement causées par des bactéries présentes dans l’intestin, et notamment par Escherichia coli dans dans 70 à 90 % des cas chez la femme et dans 45 à 70 % des cas chez l’homme. Le diagnostic de l’infection urinaire se fait en prenant en compte à la fois de la prolifération des bactéries en culture et de la concentration de leucocytes dans les urines, ainsi que des symptômes observés. Dans certains cas, il peut y avoir élévation des leucocytes dans l’urine sans multiplication de bactéries en culture. Il est également parfois possible d’observer une quantité de bactéries anormalement élevée sans augmentation des leucocytes. Lorsque le biologiste détecte un grand nombre de bactéries et de leucocytes dans les urines, il pratique un antibiogramme. Cet examen consiste à cultiver les bactéries contenues dans l’urine en présence de diverses substances antibiotiques.
Dès les premiers signes de cystite, il est recommandé à la femme enceinte de boire beaucoup d’eau. Cela permet d’uriner et de vider sa vessie régulièrement, pour éliminer progressivement les bactéries responsables de son inflammation (et pour éviter qu’elles ne remontent dans les reins). Après avoir confirmé le diagnostic d’infection urinaire, le médecin prescrit généralement un traitement antibiotique adapté à la grossesse, comme la céfalexine ou la fosfomycine. D'autres antibiotiques peuvent être utilisés, mais leur choix dépend du stade de la grossesse, de l’antibiogramme et des éventuelles contre-indications. Certains, comme la nitrofurantoïne ou l’association triméthoprime/sulfaméthoxazole, ne sont pas recommandés à certains trimestres. Pour être efficaces, les médicaments doivent être pris pendant toute la durée prescrite, à la bonne fréquence. À l’issue du traitement, une nouvelle analyse d’urines est effectuée : elle permet de s’assurer que toutes les bactéries ont été détruites par l’antibiotique.
Prévention des infections urinaires pendant la grossesse
Plusieurs mesures d’hygiène simples permettent de prévenir l’apparition de ces infections chez la femme, enceinte ou non :
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- boire beaucoup d’eau, tout au long de la journée (au moins 2 litres par jour pendant la grossesse), limiter la consommation de café et d’épices, consommer des aliments riches en fibres pour éviter la constipation ;
- ne pas se retenir d’uriner : la vessie doit être vidée régulièrement (et complètement), pour éviter la prolifération des bactéries et autres agents pathogènes.
- ne pas passer sur la vulve le papier de toilette utilisé pour s'essuyer après avoir été à selle ;
- ne pas se baigner dans des eaux qui pourraient être souillées par des déjections ;
- utiliser un savon naturel doux et non parfumé pour la toilette intime ;
- porter des vêtements en coton pas trop serrés ;
- uriner après les rapports sexuels pour éliminer d'éventuels germes qui se seraient introduits dans l'urètre.
Protéinurie et grossesse
Souvent méconnue du grand public, la protéinurie est une anomalie qui demande une attention particulière, surtout chez les femmes enceintes. En effet, cette concentration anormale de protéines dans les urines peut entraîner diverses complications. Ainsi, pendant la grossesse, des analyses d'urine mensuelles sont effectuées pour vérifier le taux de protéines et détecter toute pathologie ou complication éventuelle.
La protéinurie se caractérise par la présence anormale de protéines dans les urines, souvent associée à une altération des fonctions hépatiques ou rénales. Normalement, le taux de protéines dans les urines est minime car les reins assurent une filtration efficace. La recherche principale porte sur une protéine nommée "albumine", habituellement retenue par le filtre rénal en raison de sa taille.
Les origines des protéinuries de grossesse sont variées et peuvent signaler diverses conditions. Dans certains cas, elle peut résulter d'une infection urinaire, nécessitant parfois un examen cytobactériologique des urines (ECBU) pour confirmer le diagnostic. L'albuminurie peut également être associée à des pathologies de grossesse comme la prééclampsie, l'hypertension artérielle ou le diabète gestationnel, posant ainsi des risques potentiels pour la mère et le bébé. Les protéinuries de grossesse peuvent aussi être révélatrices d'une maladie rénale chronique, une condition qui peut passer inaperçue et n'est pas nécessairement liée à la grossesse (bien qu'elle puisse avoir des implications pendant cette période).
Le dépistage des protéinuries de grossesse est une étape essentielle lors des consultations de suivi de grossesse, où des analyses d'urine mensuelles sont réalisées. Ces tests d'urine, obligatoires et couverts à 100% par l'Assurance Maladie, visent à détecter précocement toute anomalie qui pourrait affecter la santé de la mère ou du fœtus, ou représenter un risque pour la grossesse et l'accouchement.
Le diagnostic des protéinuries de grossesse se fait à partir d'un échantillon d'urine recueilli dans un laboratoire d'analyses médicales. En cas de présence de protéines dans les urines, un suivi attentif est mis en place pour surveiller l'évolution de la situation, notamment en vérifiant la pression artérielle et l'apparition d'autres symptômes de grossesse potentiellement problématiques. Il est crucial de prendre au sérieux la détection de la protéinurie, car elle peut indiquer des complications graves pour la mère et le fœtus.
Il est important de noter que le niveau de protéinurie considéré comme normal chez une femme enceinte est plus élevé que chez une personne en bonne santé en dehors de la grossesse. Ce niveau sera déterminé par une prise de sang de grossesse. Alors que le seuil habituel à surveiller pour une personne non enceinte est généralement fixé à 150 mg par jour, chez une femme enceinte (en raison des modifications physiologiques affectant la filtration des protéines), la concentration de protéines dans les urines ne doit pas dépasser 300 mg par jour.
Prééclampsie
La prééclampsie, également connue sous le nom de toxémie gravidique, est une complication de la grossesse caractérisée par une dysfonction rénale et une hypertension artérielle. Selon l'Inserm, environ 40 000 femmes sont touchées chaque année en France, représentant environ 5 % des grossesses. La surveillance des signes physiologiques et cliniques est essentielle pour détecter la prééclampsie. Tout au long de la grossesse, il est important de surveiller les symptômes comme les gonflements des membres, les maux de tête, les douleurs abdominales et douleurs ligamentaires de grossesse, les troubles visuels, les nausées ou vomissements, et les saignements de grossesse, pouvant être liés à un décollement placentaire.
Traitement de la protéinurie pendant la grossesse
Le traitement des protéinuries de grossesse repose sur la prise en charge de sa cause sous-jacente. Il est crucial de traiter la cause plutôt que la protéinurie elle-même. En cas d'infection urinaire, par exemple, le traitement antibiotique permettra de réduire la présence de protéines dans les urines. Pour la prééclampsie, la seule solution efficace est l'accouchement. L'urgence de cette décision dépendra du stade de la grossesse et de la gravité de la prééclampsie, allant de la surveillance avec des médicaments antihypertenseurs à l'hospitalisation, voire à l'accouchement immédiat par césarienne si nécessaire. Dans les cas les plus critiques, une interruption de la grossesse peut être envisagée pour protéger la santé de la mère et du fœtus. Bien que les protéinuries de grossesse puissent ne pas être nécessairement graves, une attention médicale appropriée est essentielle pour écarter toute complication ou pathologie liée à la grossesse. Il est donc primordial de suivre les recommandations de votre professionnel de santé pour garantir votre bien-être et celui de votre bébé.
Malheureusement, il n'existe pas de traitement spécifique pour réduire le taux de protéines dans le sang et les urines d'une femme enceinte. En cas de prééclampsie, la meilleure option pour stopper ce phénomène et protéger la mère et l'enfant est d'envisager l'accouchement, parfois prématuré. Heureusement, dans la plupart des cas, la prééclampsie survient après la 34e semaine de grossesse, offrant ainsi la possibilité de faire naître le bébé en toute sécurité. Si la protéinurie est détectée avant la 20e semaine de grossesse, elle peut indiquer un problème rénal, isolé ou non. Dans ce cas, une surveillance étroite est nécessaire, même après l'accouchement.
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