Léon Blum, figure emblématique du socialisme français, a marqué l'histoire par ses réformes sociales et son engagement politique. Alors que l’on célèbre le 150e anniversaire de sa naissance, Léon Blum incarne toujours une politique du mieux-être au quotidien. Cet article explore la vie de cet homme d'État, son héritage, ainsi que le parcours de son fils, Robert Blum.
Introduction : L'héritage de Léon Blum
Lorsqu’on pense à Léon Blum, on voit invariablement défiler les images de camping et de vacances ensoleillées apparaître. En tant que président du Conseil et chef du gouvernement du Front Populaire de 1936 à 1938, il a mené des réformes qui structurent encore notre quotidien aujourd’hui et l’imaginaire d’une qualité de vie à la française toujours pas épuisé. Les congés payés, c’est lui, la réduction du temps de travail, c’est lui. Léon Blum détonne dans le paysage politique français. Moins parce qu’il est juif que parce que dès 1907 il propose une libéralisation des mœurs dans un traité sur le mariage publié cette même année. Il n’y est pas question d’y attaquer l’institution mais au contraire d’en assurer sa solidité en donnant autant de liberté sentimentale et sexuelle aux femmes qu’aux hommes pour assurer la pérennité du couple.
Jeunesse et formation
Enfant parisien et remuant, jeune homme féru de spectacles et de vie mondaine, Blum connait une première vie en tant que critique littéraire et théâtral. Entre les lettres et le droit, il ne choisira jamais. Né le 9 avril 1872 à Paris, Léon Blum est issu de deux familles juives d'Alsace. Son père, Abraham, dit « Auguste », tient un commerce prospère de rubans et soieries avec ses frères, la maison « Blum frères », et sa mère, Marie Adèle Alice Picart, est issue d'une famille alsacienne et est une femme dévote et passionnée de justice. Il a un frère aîné, Lucien, et aura trois cadets : Marcel, Georges et René.
À partir de 1876, il fait une scolarité primaire avec Lucien dans différentes institutions. En 1882, il entre au lycée Charlemagne et fait une brillante scolarité secondaire. En 1888, il part au lycée Henri-IV où il rencontre André Gide. En 1889, il obtient le second prix du concours général de philosophie et est reçu au baccalauréat. En juillet 1890, il est reçu à l’École normale supérieure, mais il se désintéresse des cours et est exclu en octobre 1891. Il poursuit ensuite des études de Lettres et de droit, obtenant la licence de droit en 1894.
Début de carrière : Conseil d'État et critique littéraire
Entré au Conseil d’État, il suit avec indignation l’affaire Dreyfus et s’engage définitivement en politique à la faveur de la Première guerre mondiale. La liberté de pensée et le respect des antagonismes sont sa marque de fabrique. Orateur surprenant par sa voix fluette, il impressionne par sa capacité à convaincre sans déployer la force ou les décibels superflus. Il se retrouve en 1920 parmi les rares socialistes à ne pas choisir de suivre la voie soviétique pour "garder la vieille maison" socialiste à l’issue du Congrès de Tours.
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À 23 ans, Léon Blum est nommé auditeur au Conseil d’État en décembre 1895. Il y fait une carrière de près de 25 ans, interrompue seulement par ses fonctions de chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat, ministre des Travaux publics, de 1914 à 1916. Parallèlement, il se consacre à l’écriture, publiant des critiques de livres et de pièces de théâtre. Il participe à la revue Le Banquet et collabore durant près de neuf années à La Revue blanche, où ses chroniques établissent sa réputation dans le milieu littéraire parisien.
Engagement politique : Affaire Dreyfus et SFIO
C’est à l’occasion de l’affaire Dreyfus que Léon Blum se lance réellement en politique. Longtemps convaincu de la culpabilité d’Alfred Dreyfus, il est finalement convaincu de son innocence par Lucien Herr. Son rôle dans l’affaire est limité par son devoir de réserve, mais il donne des conseils juridiques aux avocats de Dreyfus et de Zola. Cet engagement provoque sa rupture avec Maurice Barrès et sa rencontre avec Jean Jaurès, avec qui il se lie d’amitié.
Il participe aux côtés de Jaurès à la fondation de L’Humanité en 1904, journal dans lequel il tient la rubrique littéraire. En 1905, il adhère à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Il rentre en politique au début de la Première Guerre mondiale, devenant chef de cabinet de Marcel Sembat.
Dirigeant de la SFIO et scission du congrès de Tours
Ce n’est qu’un peu avant les élections législatives de 1919 que Léon Blum accède au cercle dirigeant de la SFIO. Lors du congrès d’avril 1919, Blum tente de préserver les acquis démocratiques et républicains de Jaurès et d’insuffler aux Socialistes une approche progressive de la révolution dans les domaines sociaux, économiques et politiques. Il est élu député de la Seine en 1919 et démissionne du Conseil d’État.
Lors du congrès de Tours de 1920, Blum refusa de suivre la majorité en faveur de l’adhésion à la Troisième Internationale. Il prononça à cette occasion un discours resté célèbre, qu’il conclut ainsi : « Nous sommes convaincus, jusqu’au fond de nous-mêmes, que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison. »
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Vers le Front populaire : Rapprochement avec les communistes
Parmi les socialistes, deux grandes tendances se dessinaient sur le plan international pour lutter contre le fascisme. D’une part une frange plus à droite, incarnée par les Britanniques, les Scandinaves, les Tchèques et les Polonais qui voulaient adapter le socialisme aux classes moyennes ; et d’autre part une tendance de gauche incarnée par l’Italie, la Suisse, la France et la Belgique qui proposait « une tactique révolutionnaire de lutte prolétarienne pour la conquête du pouvoir […] ». Blum préconisait aussi d’insister sur les intérêts communs des classes moyennes avec les classes ouvrières.
Début juin 1934, des contacts se nouèrent entre la SFIO et le PC, les négociations avancèrent vite grâce à des concessions mutuelles (le PC étant poussé dans certains cas par l’Internationale communiste). Pour la première fois depuis la scission de Tours, ils sont liés par un engagement politique mutuel. L’accord conclu le 27 juillet n’avait pas de finalité électorale directe, mais était orienté vers l’action. Durant les élections cantonales d’octobre 1934, le désistement réciproque accepté pour la première fois fit progresser les deux partis alors que les radicaux régressaient.
Le Front populaire et les réformes sociales
Les attaques antisémites dont il fait régulièrement les frais redoublent lorsqu’il remporte les élections de 1936 avec le Parti socialiste. Au cours de la campagne, il est d’ailleurs victime d’une agression dans la rue de la part d’un cortège des Camelots du Roi croisé par hasard. Si les réformes du Front populaire sont accueillies avec enthousiasme par les travailleurs, son gouvernement s’éteint après deux années difficiles marquées par l’hostilité de ses opposants mais aussi par un contexte géopolitique tendu : les accords de Munich, la Guerre d’Espagne à laquelle il renonce à prendre part, ainsi que la mort de sa deuxième épouse, le laissent meurtri en 1938.
Après la victoire de la coalition du Front populaire aux élections législatives de 1936, il forme un premier gouvernement comprenant plusieurs femmes. Il conduit d’importantes réformes socialistes (congés payés, réduction du temps de travail, etc.) ; en raison de l’hostilité des radicaux, il ne vient pas militairement en aide aux Républicains espagnols, ce qui conduit le Parti communiste à lui retirer son soutien.
La Seconde Guerre mondiale et la déportation
Léon Blum, chez lui, blessé suite à une agression (Paris, 13 février 1936) Sous l’Occupation, le régime de Vichy tente d’en faire un bouc émissaire coupable du manque de combativité qui a valu à la France de perdre la guerre, un défenseur d’une société où seule la jouissance aurait droit de cité. Il se défend pourtant si bien lors de son procès à Riom en 1942 que celui-ci est ajourné et Blum est envoyé en détention sous surveillance allemande à la lisière du camp de Buchenwald. Il y reste jusqu’à la fin de la guerre lorsque libéré par les Alliés il peut regagner la France où il assurera quelques missions diplomatiques comme la négociation des Accords Blum-Byrnes tout en refusant l’offre de de Gaulle d’intégrer le gouvernement.
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Lors de l’occupation de la France par la Wehrmacht, il est emprisonné par le régime de Vichy, traduit en justice lors du procès de Riom en 1942, puis déporté à Buchenwald. Libéré en 1945, il préside ensuite le dernier gouvernement provisoire de la République française durant la période de mise en place des institutions de la Quatrième République.
Robert Blum : Le fils de Léon Blum
Né le 10 février 1902 à Paris, mort le 23 décembre 1975 à Paris ; membre du comité directeur du Parti socialiste. Fils unique de Léon Blum, né de son premier mariage avec Lise Bloch, Robert Blum fut élève de l’École polytechnique. Toute sa vie professionnelle se déroula dans de grands groupes industriels, notamment à la société Hispano-Suiza dont il fut le PDG en 1965-1966. Il fut ensuite vice-président du holding Hispano-Alsacienne, devenu, en 1968, la ALSPI (Alsacienne de participations industrielles). À cette même date, il fut nommé président d’honneur de l’Union syndicale des industries aéronautiques et spatiales.
Par fidélité filiale plus que pour d’impérieuses raisons, Robert Blum fut, avant et après la Seconde Guerre mondiale, membre du Parti socialiste, restant toujours un militant du rang alors que son épouse, Renée, appartint, après 1945, au comité directeur du Parti socialiste. Après la guerre, Robert Blum participa à plusieurs colloques sur la pensée et l’action de son père. Il adhérait également à la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen et appartint à son comité directeur.
Vie privée et mariages
Après la mort de sa première femme Lise Bloch, épousée en 1896 et décédée en 1931, Léon Blum se remarie en 1932 avec Thérèse Pereyra, dont il était l’amant depuis 1911. Elle meurt en 1938 à Paris. Léon Blum vit ensuite à partir de 1940 avec Jeanne Levylier, qu’il épouse en troisièmes noces en 1943 au camp de Buchenwald, où elle avait demandé à le rejoindre.
Vague d’antisémitisme
Une vague d’antisémitisme se manifeste déjà durant les mois qui précèdent l’arrivée de Blum au pouvoir. Celui-ci est haï et injurié comme rarement dans une vie politique française, pourtant de tout temps agitée. Charles Maurras appelle au meurtre et écrit dans L’Action française du 9 avril 1935 que Blum est « (un) Juif allemand naturalisé ou fils de naturalisé […], un monstre de la République démocratique […] Détritus humain à traiter comme tel […], un homme à fusiller, mais dans le dos ». En 1937, dans le journal antisémite Gringoire, Henri Béraud décrit Léon Blum ainsi « Les aïeux d’un certain Blum de notre connaissance s’appelaient encore Karfulkenstein, et grattaient leurs puces à l’ombre des Carpathes. », le journal mettant les années suivantes en doute la nationalité et le patriotisme de Léon Blum (« ton passeport Léon ! »). En 1959, son fils, Robert Blum, demande la saisie de la nouvelle édition du Petit Larousse illustré, dont l’article sur son père commence par « Blum (Léon Karfulkenstein. dit Léon) », reproduisant ce mensonge.
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