Lorsqu'une mère allaite son bébé et qu'elle est malade, elle se demande naturellement si elle peut continuer à allaiter et quels médicaments elle peut prendre sans danger pour son enfant. Le principe de précaution est primordial pendant l'allaitement afin de protéger le nourrisson. Il est donc essentiel de connaître les médicaments autorisés et ceux à éviter pendant cette période.
Précautions générales à prendre pendant l'allaitement
Ne prenez jamais de médicament, de complément alimentaire ou de produits à base de plantes de votre propre initiative, même s’il vous a été prescrit au début de votre grossesse. Comme pendant la grossesse, ne prenez aucun médicament sans l‘avis de votre médecin. De nombreux médicaments sont susceptibles de passer du sang maternel dans le colostrum (le premier lait fabriqué pendant les deux à trois jours qui suivent l’accouchement) et dans le lait maternel.
La toxicité d’un médicament pendant l’allaitement est difficile à évaluer dans le cadre des études cliniques précédant sa commercialisation, pour des raisons éthiques évidentes. En revanche, le passage éventuel de celui-ci dans le lait est recherché chez l’animal, ce qui peut donner des informations mais ne garantit pas que ces informations s’appliquent chez la femme. De ce fait, les données concernant le passage d’un médicament dans le lait chez la femme n’existent de manière certaine que pour quelques médicaments.
Le CRAT (Centre de Recherche des Agents Tératogènes) est un organisme qui recense les données disponibles sur l’usage des médicaments pendant la grossesse ou l’allaitement. Il met à disposition des informations validées sur les médicaments qu’il est possible de prendre lorsqu’on souffre d’un problème de santé pendant l’allaitement.
Risques potentiels pour le nourrisson
Lorsque le médicament passe dans le lait maternel, il est absorbé par le nourrisson et il peut provoquer des effets indésirables comparables ou supérieurs à ceux observés chez l’adulte. Certains médicaments peuvent déclencher des troubles digestifs banals de type constipation ou diarrhée. D'autres peuvent provoquer des troubles plus graves, voire une intoxication. Les risques de toxicité pour le nouveau-né sont plus importants chez les prématurés et les nourrissons qui souffrent de maladies du rein ou du foie. Parfois, un nouveau-né peut être sensibilisé à un médicament par le biais du lait maternel et présenter une réaction allergique plus tard dans sa vie.
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Médicaments à éviter ou à utiliser avec prudence
- Codéine : La codéine, un dérivé de la morphine, est présente dans certains médicaments destinés à soulager la douleur ou la toux. Habituellement, lors de traitement, la codéine est présente dans le lait maternel à des doses très faibles et il est peu probable qu'elle entraîne des effets indésirables chez l'enfant allaité. Mais certaines femmes ont la particularité de transformer la codéine en morphine de manière anormalement élevée : dans ce cas, le lait contient une quantité significative de morphine. Dans de très rares cas, ces taux élevés de morphine dans le lait peuvent entraîner des symptômes de toxicité chez l'enfant : somnolence, difficulté à téter, pauses dans la respiration (voire dépression respiratoire) qui peuvent être fatales.
- Dérivés de l’ergot de seigle : Les dérivés de l’ergot de seigle (bromocriptine, cabergoline) freinent la libération de la prolactine, l’hormone qui intervient dans la montée de lait après l’allaitement.
- Terpènes : Les terpènes (camphre, eucalyptus, lévomenthol) peuvent donner un goût particulier au lait.
- Vasoconstricteurs : Les vasoconstricteurs sont fortement déconseillés pendant toute la grossesse et ne doivent jamais être utilisés à partir de la fin du 5e mois de grossesse lorsqu’ils comportent de l’ibuprofène.
Médicaments généralement autorisés
- Paracétamol : La prise de paracétamol à dose habituelle est possible. Selon le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), la quantité de paracétamol ingérée via le lait est faible : l'enfant reçoit jusqu'à 4% de la dose pédiatrique.
Allaitement et maladies courantes
En cas de maladies courantes en effet (grippe, bronchite mais aussi angine, gastro-entérite, etc.), interrompre l’allaitement ne se justifie pas. Au contraire puisque la maman transmet à son bébé des facteurs de défense qu’elle est en train de fabriquer contre le germe par l’intermédiaire du lait. Seulement, il faut veiller à bien se laver les mains et éviter les contacts salivaires avec le bébé pour ne pas le contaminer. Mettez un masque quand vous l’allaitez et vous occupez de lui. La fièvre en soi n’est qu’un symptôme et ne justifie pas d’interrompre l’allaitement. Si vous avez de la fièvre, il est préférable de consulter votre médecin afin d’en préciser l’origine.
Situations où l'allaitement peut être interrompu temporairement ou définitivement
Les cas où une maman doit arrêter d’allaiter parce qu’elle est malade sont rares.
- Varicelle : Une varicelle contractée 5 jours avant ou 2 jours après l’accouchement peut justifier une séparation de la mère et de son enfant pendant 7 à 10 jours mais certaines équipes de maternité peuvent proposer un autre mode de prise en charge. Là aussi, on pourra entretenir la lactation en tirant son lait.
- Infections urinaires à germe résistant : Certaines infections urinaires à germe résistant peuvent nécessiter la mise en place d’un traitement antibiotique incompatible avec la poursuite de l’allaitement.
- VIH ou virus de la leucémie humaine à lymphocyte de type 1 (HTLV1) : L'allaitement ne doit en revanche pas être mis en place en cas de VIH ou de virus de la leucémie humaine à lymphocyte de type 1 appelé le HTLV1, ces maladies sont trop dangereuses pour un nourrisson.
- Chimiothérapie, infection au virus Ebola ou Marburg : Si la mère est amenée à faire une chimiothérapie pour un cancer, l'allaitement doit être interrompu, idem pour une infection au virus Ebola ou Marburg.
Conseils pratiques pour la prise de médicaments pendant l'allaitement
- Consultez toujours un médecin : Aucun sans l’avis du médecin. Si jamais votre médecin juge qu’un traitement est nécessaire pour vous soigner, il choisira un médicament compatible avec l’allaitement. La plupart le sont en réalité. Même en cas de pathologie chronique comme un diabète ou une hypertension artérielle, il est possible d’allaiter. Les associations de médicaments sont, elles, à éviter.
- Privilégiez les médicaments à faible passage dans le lait maternel : Votre médecin choisira un traitement qui soit compatible avec l'allaitement. La plupart des médicaments sont compatibles avec l'allaitement, ils se retrouvent dans le lait maternel mais en quantités minimes, ce qui n'est donc pas dangereux pour bébé.
- Prenez les médicaments à distance des tétées : Les médicaments doivent être pris à distance des tétées, de manière à ce que le corps ait le temps de les éliminer avant la prochaine mise au sein.
- Surveillez l'apparition d'effets indésirables chez le bébé : Soyez attentifs aux symptômes pouvant traduire la survenue d’un accident vasculaire cérébral ou d’un infarctus du myocarde (pour les connaître, consultez le document d’information destiné aux patients). Si un de ces symptômes apparait, arrêtez immédiatement la prise de ce médicament et consultez immédiatement votre médecin.
- Informez tous les professionnels de santé de votre allaitement : Par mesure de prudence et pour garantir un accompagnement optimal, pensez à signaler tout traitement en cours lorsque vous consultez un professionnel quel qu’il soit.
Ressources utiles
- Le CRAT : Centre de Référence sur les Agents Tératogènes, destiné aux professionnels de santé : Base de données très complète et en français sur les médicaments, la grossesse et l’allaitement.
- LactMed Search : Drugs and Lactation Database Toxicology Data network.
- Le guide de l’allaitement maternel édité par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES) et le Ministère de la santé.
- L’allaitement de la première à la dernière tétée : CD-Rom réalisé par l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) avec le concours des Lactariums de France et de l’Union régionale des médecins libéraux (URML).
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