Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un phénomène courant chez les nourrissons, caractérisé par la remontée du contenu gastrique dans l’œsophage. Bien que fréquent, il peut devenir problématique si des symptômes de douleur ou de difficultés de prise de poids apparaissent. Cet article vise à fournir une compréhension approfondie du RGO compliqué chez le nourrisson, en abordant ses causes, ses symptômes et les options de traitement disponibles.
Comprendre le RGO : Définition et Types
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est défini comme le passage involontaire du contenu gastrique vers l’œsophage. Il est essentiel de distinguer le RGO physiologique du RGO pathologique.
- RGO Physiologique (Simple) : Très fréquent chez le nourrisson, en particulier vers l’âge de 4 mois, il est dû à une alimentation lactée importante et à une relaxation inappropriée du sphincter inférieur de l’œsophage (SIO). Les régurgitations sont des remontées extériorisées du contenu alimentaire lacté, survenant sans effort. Ce type de RGO est considéré comme un phénomène normal et spontanément résolutif chez le nourrisson en bonne santé. Les régurgitations simples se manifestent par une expulsion spontanée d’une petite quantité de lait (5 à 10 ml) sans effort.
- RGO Pathologique (Compliqué) : Il est défini comme un RGO s’accompagnant de conséquences pathologiques pour l’enfant, telles qu’une œsophagite, des manifestations extradigestives (ORL, respiratoires) ou des malaises. Ce type de RGO nécessite une attention médicale particulière et des interventions pour soulager les symptômes et prévenir les complications.
Finalement, très peu de bébés souffrent de RGO pathologiques très sévères : la plupart se situent dans la catégorie “régurgitations simples”, mais cette situation peut évidemment s’aggraver sans prise en charge. Le plus gros risque (complication) est l’œsophagite.
Causes du RGO Complicated chez le Nourrisson
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement du RGO chez le nourrisson :
- Immaturité du Système Digestif : Chez les petits, le dernier muscle rond situé à la jonction entre l'œsophage et l'estomac (le cardia) n’est pas toujours suffisamment développé pour se contracter efficacement et maintenir le contenu à l’intérieur de l’estomac. La jonction entre l’œsophage et l’estomac, appelée cardia, qui empêche les remontées du contenu gastrique, est immature.
- Facteurs Physiologiques et Mécaniques : Prématurité, immaturité du cardia, frein de langue, hernie hiatale, malposition ou malformation de l’estomac (plicature gastrique). Il faut différencier les freins de langue, de joue et de lèvre ; il y a également des freins antérieurs et des freins postérieurs. Les deux freins qui posent le plus souvent problème sont celui sous la langue et celui sous la lèvre supérieure.
- Position Allongée : Les nourrissons et les jeunes bébés passent la plupart de leur temps allongés sur le dos (dans un lit ou un berceau). L’œsophage est plus court chez le bébé que chez l’adulte : la remontée du lait, contre la gravité terrestre, est donc plus facile !
- Volume et Consistance de l'Alimentation : Bébé mange en très grande quantité. Au-delà de la quantité, la forme alimentaire est importante : le bébé mange uniquement liquide !
- Facteurs Émotionnels et Psychosomatiques : Stress du parent ou de l’enfant, douleur, post-partum, cris, trauma, accouchement, sensibilité.
- Allergie aux Protéines de Lait de Vache (APLV) : Le plus fréquent est l’allergie aux protéines du lait de vache (APLV).
Symptômes du RGO Complicated
Les symptômes du RGO compliqué peuvent varier d’un bébé à l’autre. Il est important de noter que ce n’est pas parce que votre bébé présente l’un de ces signes qu’il souffre d’un RGO pathologique ; de la même manière, chaque signe peut en fait montrer tout autre chose. Voici les signes les plus courants :
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- Pleurs Fréquents et Irritabilité : Si votre bébé présente des pleurs fréquents, de l’agitation ou un refus de manger, il pourrait souffrir d’un RGO compliqué.
- Régurgitations Importantes et Fréquentes : Si votre bébé semble souffrir des régurgitations (pleurs fréquents, agitation, refus de manger), il se peut qu’il souffre d’un RGO compliqué. Un reflux gastro-œsophagien s’accompagne le plus souvent de régurgitations, accompagnées de divers symptômes pouvant impacter la santé de votre bébé.
- Refus de Manger ou Difficultés d'Alimentation : Troubles de l’alimentation : refus du sein ou au contraire bébé au sein en continu (le lait apaise la douleur), cris en cours d’alimentation (au sein ou au biberon).
- Troubles du Sommeil : Un reflux interne peut aussi être responsable de troubles du sommeil chez le bébé. En position allongée, les remontées acides sont en effet plus fréquentes et douloureuses.
- Toux Chronique et Problèmes ORL : Toux et troubles ORL. Le reflux sensibilise les muqueuses du fait de l’acidité : cela engendre alors des bébés souvent enrhumés. Plus rarement, la toux causée par le reflux gastrique peut entraîner un encombrement bronchique, c’est-à-dire une toux avec glaires.
- Stagnation ou Perte de Poids : Stagnation ou perte de poids selon la courbe de bébé (mais ce n’est pas toujours le cas !). Ceci est un signe d’alerte quel que soit ce qui se passe pour votre bébé : une stagnation de poids chez un bébé équivaut à une perte de poids chez l’adulte.
- Bébé qui ne se calme pas dans les bras du parent : Attention : cela peut aussi être un signe d’un bébé en manque de sommeil (pleurs de décharge).
- Cris suraigus ou pleurs violents avec bébé arqué en arrière : Ce sont aussi souvent des bébés qui ne vont jamais se poser sur papa ou maman, et voir même repousser le parent.
Reflux Interne : Symptômes Spécifiques
Contrairement au reflux « externe » (avec des rejets de lait visibles, après les biberons), le reflux interne est difficile à identifier chez les nourrissons. Voici quelques signes qui peuvent indiquer un reflux interne :
- Pleurs excessifs et irritabilité
- Troubles du sommeil
- Toux chronique ou respiration sifflante
- Refus de s’alimenter ou difficultés à prendre du poids
Diagnostic du RGO Complicated
Le diagnostic de RGO chez le nourrisson est avant tout clinique, fondé sur un interrogatoire détaillé et un examen physique. Il n’y a pas d’examen de référence permettant d’affirmer le diagnostic de RGO non compliqué du nourrisson.
- Interrogatoire et Examen Clinique : Le médecin interroge d’abord les parents sur les symptômes du bébé. Plusieurs signes peuvent en effet amener à consulter (des pleurs incessants, des signes de douleur ou d’irritabilité intenses, un sommeil perturbé, une prise de poids ralentie ou un retard de croissance, une toux persistante ou une respiration sifflante, des vomissements sanglants…).
- Examens Complémentaires : Dans certains cas, le médecin peut avoir recours à des examens complémentaires pour confirmer le diagnostic de reflux interne. Il peut par exemple demander une pH-métrie œsophagienne pour mesurer l’acidité dans l’œsophage, ou une endoscopie digestive pour observer d’éventuelles lésions dans l’œsophage.
- EOGD (Endoscopie Œso-Gastro-Duodénale) : L’EOGD permet à la fois de diagnostiquer les complications du RGO pathologique comme les différents stades évolutifs de l’œsophagite peptique (de l’aspect d’érosions plus ou moins profondes et étendues à la présence d’endobrachyœsophage [EBO] ou d’une sténose peptique) mais aussi de poser les diagnostics différentiels comme l’œsophagite à éosinophiles grâce à l’analyse anatomopathologique des biopsies œsophagiennes. La démarche diagnostique étiologique pour la prescription des IPP, de l’EOGD et de la pH-métrie des 24 heures est bien codifiée (figure).
- TOGD (Transit Œso-Gastro-Duodénal) : Le TOGD est un examen irradiant, non recommandé dans le diagnostic du RGO physiologique du nourrisson. Il a une place dans l’évaluation des nourrissons présentant des signes d’alerte ou des symptômes sévères et persistants pouvant faire évoquer une anomalie anatomique susceptible d’être corrigée chirurgicalement (fistule œsotrachéale, hernie hiatale, malrotation intestinale, sténose pylorique ou duodénale…).
Traitements et Solutions pour Soulager le RGO Complicated
La prise en charge du RGO compliqué repose sur une approche multimodale, combinant des mesures non médicamenteuses et, si nécessaire, des traitements médicamenteux.
Mesures Non Médicamenteuses
Ces mesures sont souvent la première ligne de traitement et peuvent suffire à soulager les symptômes du RGO chez de nombreux nourrissons.
- Adaptation de l'Alimentation :
- Fractionner les Repas : Fractionner les repas, tétées ou biberons : faites des pauses pendant son repas pour lui permettre de roter, et d'évacuer ainsi l'ai englouti. Son estomac sera alors moins distendu.
- Respecter les Quantités : Respecter les quantités.
- Adapter le Lait : Si les régurgitations ne sont pas compliquées, s’il ne s’agit pas pour votre bébé d’un RGO pathologique, il peut être intéressant de jouer sur les différents laits pédiatriques, et d’en choisir un riche en caséine pour obtenir un “effet plomb”. Les études scientifiques montrent qu’augmenter la viscosité…
- Épaissir le Lait : Le médecin peut conseiller d’épaissir le lait infantile du bébé pour réduire le reflux (avec une poudre épaississante ou des céréales adaptées à l’âge de l’enfant). Il peut aussi prescrire un lait anti-reflux (AR) : sa texture épaissie permet de limiter les remontées.
- Éviction des Protéines de Lait de Vache (PLV) : Si l’utilisation des épaississants et la prévention de la suralimentation sont insuffisantes pour traiter les symptômes du RGO du nourrisson, il est licite de mettre en place pendant deux à quatre semaines une éviction des protéines de lait de vache (PLV). Celle-ci est réalisée grâce à l’introduction d’un hydrolysat de PLV (HPLV) à la place du lait habituel pour le nourrisson sous lait artificiel, ou d’une formule d’acides aminés chez le nourrisson en allaitement maternel (le lait maternel est l’équivalent d’un HPLV lorsque la mère consomme des PLV). En l’absence d’amélioration après deux à quatre semaines d’éviction des protéines de lait de vache, l’European Society for Paediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition (ESPGHAN) recommande de prendre l’avis d’un gastroentérologue pédiatre ou d’introduire un traitement d’épreuve par IPP pendant quatre à huit semaines.
- Positionnement et Posture :
- Position Verticale Après les Repas : Maintenir le bébé en position verticale pendant 20 à 30 minutes, après chaque tétée ou biberon : cette position réduit « mécaniquement » les remontées du contenu de l’estomac vers l’œsophage.
- Surélévation du Lit : Surélevez la tête de son lit afin que bébé ne soit pas complètement à plat pour éviter que le contenu gastrique ne remonte.
- Éviter la Compression Abdominale : Evitez les couches ou vêtements trop serrés à la taille (qui comportent un élastique par exemple).
- Techniques d'Allaitement :
- Positionnement Pendant l'Allaitement : Le positionnement de votre bébé pendant l’allaitement est crucial pour éviter l’aggravation des reflux. Évitez la position allongée à l’horizontale, qui accentue le reflux. Préférez la position de “biological nurturing” (BN), ou encore une position semi-verticale qui permet de limiter la remontée du lait.
- Allaitement Maternel : L’allaitement peut et doit être maintenu même si un bébé souffre de RGO. Des études ont en effet démontré que le reflux gastro-œsophagien est moins fréquent chez les nourrissons allaités, et que les symptômes y sont généralement moins intenses. Le lait maternel reste le meilleur aliment pour votre bébé car il se digère plus vite.
- Gérer le Réflexe d'Éjection Fort (REF) : Si vous avez un REF (réflexe d’éjection fort), je vous conseille d’aider bébé à maîtriser le débit pour éviter de majorer le reflux : exprimez le lait à la main avant la tétée pour décongestionner le sein. Ainsi, bébé peut mieux gérer la quantité de lait et récupérer plus facilement le lait plus gras de fin de tétée.
- Environnement et Habitudes :
- Éviter le Tabagisme Passif : Eviter le tabagisme passif.
- Routine de Sommeil : Ajuster la routine de sommeil : des ajustements dans la routine et la position de couchage peuvent être nécessaires pour améliorer le sommeil du bébé.
- Autres Conseils
- Ne manipulez pas trop votre bébé après la tétée.
- Changez la couche de bébé en milieu de tétée ou biberon plutôt qu'à la fin pour éviter de comprimer son abdomen. Le fait de relever ses jambes exerce une pression sur celui-ci et donc sur son estomac, ce qui peut engendrer un reflux. N'asseyez pas bébé après la tétée. Essayez de mettre ses jambes dans le prolongement de son corps en le mettant debout contre vous.
- Préférez les biberons qui ont une valve laissant passer de l'air par le fond plutôt que par la tétine, afin de limiter la déglutition d'air.
Traitements Médicamenteux
Si les mesures non médicamenteuses ne suffisent pas, des médicaments peuvent être prescrits pour soulager les symptômes du RGO compliqué.
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- Gaviscon : Le Gaviscon est le pansement gastrique utilisé en premier soutien. Avec son effet mécanique, il vient agir comme un pansement sur la brûlure de l’œsophage et l’acidité de l’estomac, et surtout forme une nappe au-dessus du bol alimentaire pour éviter les remontées (ce que les études sur le sujet nomment “l’effet radeau”). Attention : dans la notice du Gaviscon, il est conseillé de l’ingérer après le repas. Pourtant, il a été prouvé par de nombreuses études que ce médicament est à administrer AVANT chaque prise alimentaire.
- Polysilane : Pour les bébés qui refusent complètement le Gaviscon, le Polysilane est un petit gel qui a surtout un effet pansement. Administrez la quantité d’une noisette avant les repas, appliquée sur la tétine (d’un biberon), sur le doigt ou sur le sein. Le Polysilane est souvent utilisé pour traiter les gastralgies.
- Inhibiteurs de la Pompe à Protons (IPP) : En dernière intention ou en cas de grande urgence, il existe aussi des inhibiteurs de la pompe à protons : il s’agit de l’Inexium et du Mopral. Ceux-ci sont des antiacides et n’ont donc aucun effet sur les remontées du contenu de l’estomac. Ils se présentent sous forme de granules gastro protégées (à ne pas écraser). Les IPP sont vraiment destinés aux cas de RGO très compliqués. S’ils diminuent l’acidité, celle-ci a un intérêt dans le processus de digestion : ces médicaments sont donc à éviter sur le long-terme, même s’ils peuvent soulager bébé le temps que la brûlure intense s’apaise ou justement éviter l’apparition d’une œsophagite. Il est essentiel de consulter votre médecin et de l’en informer afin qu’il puisse vous diriger éventuellement vers d’autres pistes ; au niveau des allergies (APLV)… ou du sommeil.
Alternatives Naturelles
Des alternatives naturelles comme l’homéopathie ou les probiotiques peuvent également être proposées en complément.
Importance de l'Accompagnement Médical
Si vous avez la moindre question ou suspicion, consultez un professionnel de santé qui sera le seul à pouvoir poser un diagnostic. Il est crucial de consulter un professionnel de santé pour obtenir un diagnostic précis et un plan de traitement adapté. Le néant de savoir et d’accompagnement du corps médical à ce niveau est alarmant. L’absence de connaissances entraîne l’incompréhension de l’entourage, mais aussi la détresse psychique et physique des parents face à la douleur de leur enfant : c’est un cercle vicieux infernal entre fatigue, cris et impuissance qui pèse sur la vie de famille.
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