Loading...

La Rencontre de Port-Royal et l'Histoire de la Césarienne : Un Aperçu de la Maternité en France

Introduction

La maternité, un thème universel et poignant, a été vécue de manière diverse et complexe à travers l'histoire. Cet article explore les différentes facettes de la maternité en France, en mettant en lumière les réalités vécues par les femmes de différentes classes sociales et origines durant l'entre-deux-guerres. De la surveillance médicale de la grossesse aux défis rencontrés par les filles-mères, en passant par les attitudes envers l'avortement et la tuberculose, nous examinerons les enjeux sociaux, médicaux et moraux qui ont façonné l'expérience maternelle à cette époque.

La Grossesse : Une Période Particulière ?

Les médecins de l'entre-deux-guerres souhaitaient imposer aux femmes enceintes des règles de vie strictes et les placer sous surveillance médicale. Ils soulignaient que la grossesse n'était pas une maladie, mais nécessitait une attention particulière. Cependant, cette vision se heurtait à la réalité des mères et des grands-mères, au poids des maternités non désirées et à une organisation sociale qui n'accordait qu'un congé de maternité court et avec perte de revenu.

Peu de femmes considéraient leur grossesse comme une période particulière. Raymonde Machard, journaliste et écrivain, préparait avec ferveur son corps pour l'amour et la maternité, mais aucune source ne mentionne l'angoisse des règles qui ne viennent pas, signe que guettaient les femmes avant toute consultation médicale.

À la fin des années 1920, un diagnostic biologique de la grossesse fiable et précoce est mis au point. En 1928, Ascheim et Zondek utilisent la souris femelle impubère comme animal réactif et l'urine de la femme comme élément réactif. Dès trois à quatre semaines, la grossesse peut techniquement être connue avec certitude. Cependant, la diffusion de ce procédé fut lente, et l'Alliance Nationale demanda une réglementation sévère afin d'empêcher la facilitation de l'avortement.

La science ne pouvait pas encore déterminer le sexe de l'enfant dans le ventre maternel. Des moyens empiriques étaient employés sans fiabilité. La faiblesse des sources sur ce sujet ne permet pas d'affirmation tranchée, mais la médicalisation de la maternité rencontrait parfois une résistance passive.

Lire aussi: Le début de la vie : l'union

Au début des années 1920, à Paris et dans les grandes villes, les femmes de milieu aisé consultaient un médecin ou une sage-femme pendant leur grossesse. Cependant, les femmes de milieu modeste et du monde rural étaient moins enclines à le faire. En 1922, 25 % des femmes accouchant dans les maternités parisiennes n'avaient pas consulté. En 1928, ce chiffre était encore de 21 % à Lariboisière, dont près de la moitié étaient étrangères.

La pudeur pouvait empêcher de nombreuses femmes de consulter, et le malaise ressenti pouvait les dissuader de tenter une seconde démarche. À l'hôpital, l'indifférence envers l'inconnue était une pratique trop fréquente, et le ton des docteurs et infirmières était parfois rude ou empreint de commisération méprisante. Le service social pouvait apparaître comme une instance policière qui jugeait et condamnait un mode de vie.

L'idée que la surveillance médicale de la grossesse était un luxe inutile était plus répandue à la campagne, où la consommation de soins était plus rare et l'infrastructure défaillante. Pour une partie de la population féminine, la prévention pendant la grossesse était une absurdité. Le développement des consultations publiques ou privées et la loi sur les Assurances Sociales favorisèrent dans les années 1930 une fréquentation plus large et plus assidue, malgré les limites déjà exposées.

Ainsi, dans la France de l'entre-deux-guerres, les attitudes devant les consultations de grossesse n'étaient pas homogènes. Il n'y avait pas encore de consensus social sur leur nécessité. Pour certaines, elles étaient inutiles ou ne constituaient qu'une obligation, et non un droit ou un progrès social, car être enceinte ne changeait rien à la vie quotidienne.

Certaines femmes osaient écrire ce qu'elles ressentaient à l'écoute de leur corps, dire le plaisir de sentir la vie se développer en elles, analyser les sentiments et les sensations d'un état qui avait pour chacune d'elles une valeur propre. La grossesse était avant tout joie, extase, beauté d'une vie qui naît et d'un amour qui se transforme avec l'amant-père, malgré les malaises et les douleurs ressenties périodiquement.

Lire aussi: Site de Rencontre et Vie Associative au Quesnoy

L'existence et l'intensité des malaises pendant la grossesse variaient d'une femme à l'autre. Pour presque toutes, ils étaient considérés comme « tout à fait normaux » et « on les supportait fort bien sans chercher à les atténuer ». Il n'était pas question de s'allonger, de se ménager : les malaises de la grossesse n'étaient pas un motif acceptable pour un arrêt de travail. Une grande majorité de femmes, pour qui l'impératif premier était le travail ménager ou professionnel, vivaient la grossesse comme une période ordinaire dotée de quelques désagréments supplémentaires. Chez certaines, et particulièrement les femmes rurales, s'ajoutait le sentiment positif qu'elles étaient capables de mener, enceintes, une vie normale. Travailler jusqu'au dernier moment était le lot de beaucoup, et la préparation à l'accouchement était quasiment inexistante.

Pour les primipares, les récits d'autres femmes étaient la seule source d'information sur ce qui les attendait. Tantôt résignés et rassurants, tantôt angoissants. Par pudeur, honte ou peur, certaines jeunes femmes évitaient ces conversations. Plus ou moins anxieuses selon leur entourage et leur réceptivité, toutes les femmes enceintes vivaient dans l'incertitude jusqu'à l'échéance.

Dans les années 1930, des méthodes de préparation à l'accouchement existaient ou étaient à l'étude en Europe. En URSS, la méthode psycho-prophylactique basée sur la physiologie cérébrale et la théorie des réflexes conditionnés visait à démystifier l'inéluctabilité physiologique de la douleur et à former les femmes à adapter leur comportement aux différentes étapes de l'accouchement. En Angleterre, G.D. Read mettait au point « l'accouchement sans crainte ».

Les Parias de la Maternité

L'entre-deux-guerres clamait son respect de la maternité, mais elle fut dure à celles qui ne respectaient pas le modèle d'épouse fidèle et prolifique. Une chape de mépris pesait sur les « filles-mères » et ce chapitre expose le tragique de leur condition. Mais il y avait d'autres parias de la maternité qu'il ne fallait pas oublier : l'avortée, coupable et punie ; la femme tuberculeuse, mère sacrifiée ; l'étrangère, procréatrice méprisée.

Dans La pratique de l'accoucheur en clientèle, Démelin donnait des conseils pour les cas d'avortements criminels. En cas d'hémorragie grave, il fallait placer un tamponnement aseptique dans la cavité vaginale. En cas d'infection génitale et d'utérus fermé, il fallait nettoyer sans violence et attendre que le travail se déclare, mais si l'état était grave, l'hystérectomie vaginale s'imposait. De toute façon, il fallait prendre garde au curettage, qui était trop souvent responsable d'accidents toxi-infectieux suraigus, mortels en quelques heures ou de perforations gangréneuses.

Lire aussi: Dorian Doudou, un joueur clé du rugby français

Ce respect des femmes ne s'adressait qu'à une certaine catégorie sociale. Les avortées malades et sans ressources connaissaient un sort peu enviable. Des praticiens peu scrupuleux leur faisaient subir le plus souvent un curettage à vif et des propos peu amènes. Une infirmière se souvient que Devraigne laissait hurler les femmes jusqu'à ce qu'elles avouent la tentative d'avortement. Pour une ancienne sage-femme de Baudelocque, la maternité humiliait les femmes qui avortent, les femmes pauvres et celles qui veulent abandonner.

Aucun praticien ne voulait faire d'avortement thérapeutique aux mères atteintes de tuberculose. Ils « préféraient » pratiquer une césarienne d'urgence sur une femme mourante pour sauver l'enfant. Pour ces femmes, le choix médical était clair : faire naître un enfant plutôt que préserver la mère. Même si la mère ne mourait pas à la maternité, elle était tout de suite, dans l'intérêt du nouveau-né, séparée de l'enfant placé en centre d'élevage pour quatre ans.

Celles qui avaient les moyens accouchaient chez elles ; les plus démunies allaient à l'hôpital. Les Polonaises étaient particulièrement maltraitées. Henriette Valet, Mme 60 Bis, les décrit, cantonnées dans un coin du dortoir, en butte aux tracasseries des autres pensionnaires qui ne « pensent pas au destin des Polognes, chassées de leur pays par la faim et qui font les gros travaux agricoles » et qui s'amusent des plus faibles. Elles subissaient en outre le mépris du personnel infirmier et médical.

Dans les maternités de ville, les réfugiées espagnoles n'étaient guère mieux accueillies à la fin des années 1930. Cette attitude de mépris était le lot de celles qui étaient porteuses d'une double tare : être étrangère et fille-mère.

La Fille-Mère : Mère Mais Déviante

La France de l'entre-deux-guerres se moralisait. En 1936, il n'y avait que 41 000 naissances vivantes illégitimes contre 83 000 en 1920 et 65 000 en 1911. Le taux d'illégitimité n'était que 6,4 % alors qu'il avoisinait 9 % avant la Grande Guerre.

Paris connaissait une évolution identique mais restait la ville de perdition avec une illégitimité deux fois et demie supérieure à la moyenne française, pour la population domiciliée intra-muros. C'est pourquoi elle attirait aussi les jeunes femmes de province qui voulaient cacher leur grossesse.

Qui étaient chaque année, ces 40 à 60 mille filles-mères ? Rarement des mères volontaires comme Henriette Valet, souvent des « éclopées de l'amour » qui n'avaient pas de recours contre les hommes sans scrupule. Selon Danan, « les trois fins classiques de la jeune mère abandonnée sont la tuberculose, la Seine, la Prostitution ».

De nombreuses institutions s'occupaient des filles-mères et leur permettaient de passer ce moment difficile dans des conditions matérielles correctes, mais leur capacité d'accueil était souvent limitée et leur fonctionnement traduisait le mépris dans lequel la société les enfermait.

La plupart des témoins qui ont évoqué le sort des filles-mères soulignent qu'elles étaient « mal considérées », « méprisées », « reniées par les leurs et mises au ban de la Société ». La société de l'entre-deux-guerres semblait s'ouvrir quelque peu à la tolérance. Comme avant guerre, les militants, malthusiens, féministes dénonçaient le sort réservé aux filles-mères.

À ces inconditionnels des droits de la femme se joignaient les réalistes, qui invoquaient les circonstances - dénatalité et déséquilibre des sexes - pour demander respect et aide matérielle envers toutes les mères, mariées ou non. Devraigne demandait le remplacement du terme « fille-mère » par « mère abandonnée », beaucoup moins culpabilisant pour la femme.

Mais ces voix étaient encore minoritaires. Au nom de l'Alliance Nationale et d'une majorité silencieuse, Boverat disait haut et fort qu'« il importe grandement, dans l'intérêt du pays, d'éviter de faire à la Fille-mère, une situation privilégiée vis-à-vis de la mère légitimement mariée ». Elles étaient surtout plus charitables que tolérantes. Pour presque toutes, les filles-mères restaient des mères déviantes qu'il fallait secourir, ou racheter.

Les Maternités Secrètes et l'Abandon Prohibé

Dans le contexte de l'époque, il était difficile à une fille-mère d'assumer sa grossesse au sein de la famille, et dans une petite ville. Assez souvent, elle fuyait son milieu d'origine et cherchait à cacher sa grossesse puis à abandonner l'enfant. D'après l'enquête de Sarraz-Bournet, il existait dans 30 départements « des établissements spéciaux publics ou privés recevant les femmes enceintes désireuses de cacher leur état de grossesse et d'accoucher clandestinement ».

La Maternité de Port Royal, tout comme Baudelocque, pouvait fonctionner comme maternité secrète. On n'exigeait de la femme qui arrivait aucun papier ; elle donnait son nom et son adresse, on lui permettait, si elle le désirait, le secret ; mais elle pouvait très bien donner un faux nom ou n'en pas donner du tout.

Spirita se réfugiait, comme X, à la maternité que Victor Margueritte décrit comme sinistre par sa fonction et son architecture, mais chaleureuse par son personnel.

Fermeture des Maternités : Un Enjeu de Sécurité ou de Rentabilité ?

La fermeture de maternités est un sujet sensible qui suscite de vives inquiétudes quant à la sécurité des femmes et des enfants. Les gestionnaires justifient ces fermetures par des raisons de sécurité, arguant que les « petites » maternités seraient dangereuses. Cependant, cette affirmation n'est étayée par aucune étude statistique.

Malgré la fermeture en masse des maternités pour de prétendues raisons de « sécurité », le risque n'est en rien diminué par la naissance dans de plus grands centres. On en revient donc bien à une recherche de « rentabilité ».

L'exemple de la maternité du Belvédère, à Mont-Saint-Aignan, près de Rouen, qui réalise 3 200 accouchements en moyenne par an, est édifiant. L'ARS entend la fusionner avec celle du CHU de Rouen.

Le Blanc a vu sa maternité définitivement fermée le 19 octobre. Les maternités les plus proches (Poitiers, Châteauroux et Châtellerault) sont chacune à 60 kilomètres ! Résultat, le premier bébé né après la fermeture du Blanc est arrivé… aux urgences du centre hospitalier du Blanc. Beau progrès !

L'hôpital de Creil (Oise), en déficit, voit sa maternité de niveau III (équipée pour les soins de néonatologie et pour la réanimation néonatale) et ses 1 700 naissances annuelles transférés à Senlis, à 15 kilomètres de là alors que 40 % de la population creilloise, souvent en difficulté économique, ne possède pas de véhicule !

Aujourd'hui, les administratifs ont la mainmise sur l'organisation de la santé, ravalant les soignants, les soignés mais aussi les politiques, au second rang. Une manière d’illustrer que ce sont bien des gestionnaires-financiers qui pensent le système de santé public.

La fermeture d'une maternité est un acte d'infanticide ! Et la responsabilité de l'État n'est plus à démontrer.

Expériences Personnelles et Projets de Naissance

L'expérience de la maternité est unique pour chaque femme. Certaines femmes, enceintes de leur premier enfant, s'interrogent sur leur projet de naissance : qu'y a-t-il d'important pour elles ? Il s'avère que deux éléments sont essentiels : accompagner et rassurer le plus possible leur bébé et inclure son papa.

D'autres femmes, enceintes de leur deuxième enfant, espèrent que les choses se passeront aussi bien que pour leur premier accouchement. Elles se préparent de nouveau grâce à l'haptonomie et se sentent même prêtes à tenter un accouchement sans péridurale pour aller vers une naissance encore plus naturelle, pour le bien-être de leur bébé comme le leur.

Cependant, des complications peuvent survenir pendant la grossesse, comme un bébé positionné en siège décomplété. Dans ce cas, différentes options s'offrent à la mère : la version, l'accouchement en siège par voie basse ou la césarienne.

La version consiste à essayer de déplacer le bébé pour qu'il se positionne en position céphalique. Cependant, cette manipulation peut être douloureuse pour la mère et traumatisante pour le bébé.

L'accouchement en siège par voie basse est considéré comme « à risques » et n'est pas toujours pratiqué dans les hôpitaux.

La césarienne peut être programmée ou pratiquée en urgence. Cependant, elle peut être vécue comme un déchirement pour la mère et l'empêcher de tisser des liens avec son enfant.

Le choix de l'accouchement est donc un choix personnel qui doit être fait en fonction des préférences de la mère et des recommandations du corps médical.

tags: #rencontre #de #Port-Royal #césarienne #histoire

Articles populaires:

Share: