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La Vie au Bagne : Un Aperçu des Conditions d’Existence en Guyane

Pendant près d’un siècle, la France a déporté des milliers de criminels et de délinquants vers sa colonie d’Amérique du Sud, de l’autre côté de l’Atlantique. Les derniers bagnards libérés ne l’ont été qu’en 1953, il y a 70 ans. L'histoire du bagne est une page méconnue de l'histoire de France, pourtant ancrée dans la mémoire collective. Un exemple : l'expression "ce n'est pas le bagne", pour dire "ça va, tu exagères, la situation n'est pas insurmontable" est entrée dans le langage commun. Une référence à ce que fut la vie de forçat : terrible réalité pour près de 100 000 personnes de 1852 à 1953.

Cet article se propose d'examiner en détail les conditions de vie dans les bagnes de Guyane, en s'appuyant sur des sources documentaires et des témoignages de l'époque.

L'Archipel des Bagnes

En réalité, la Guyane n’était pas un bagne unique, mais un archipel de bagnes, avec des conditions de vie très différentes selon l’affectation. En 100 ans, 70 000 hommes et 1 000 femmes ont purgé une peine en Guyane dans ces bagnes qu’on surnomme la « guillotine sèche ». Beaucoup y sont morts, certains y ont survécu, d’autres se sont évadés, donnant lieu à des récits souvent rocambolesques.

La Guyane a compté près d'une quinzaine de bagnes, répartis sur tout le territoire. Au total, 80 000 détenus y ont été transportés. Les plus connus : Saint-Laurent du Maroni et les îles du Salut.

Les Différentes Catégories de Bagnards

Il existe 3 grandes catégories de bagnards. Les transportés également appelés ou forçats, coupables de crimes de droit commun. Les Relégués, les récidivistes. Les Déportés, les condamnés politiques. Parmi eux, nombre de Communards comme Louise Michel, envoyée en Nouvelle-Calédonie. Autre figure politique déportée au bagne : le capitaine Dreyfus. Condamné en 1894 pour trahison, il passera 4 ans sur l'île du diable.

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Les Affectations et les Conditions de Vie

Les conditions de vie variaient considérablement selon l’affectation :

  • Camps forestiers : Les conditions y étaient particulièrement éprouvantes.
  • Poste d’infirmier à l’hôpital : Une affectation plus enviable.
  • Cachot de l’île Royale : Reclusion et isolement.
  • Île des lépreux : Abandon et isolement.
  • Personnel de maison : Une situation plus privilégiée.

Vêtus de tenues rayées jaune et rouge en Guyane, blanche en Nouvelle-Calédonie, les forçats sont affectés à toutes sortes de tâches. Des travaux légers… aux travaux forcés. Certains sont quasi libres et travaillent à leur compte, d'autres nettoient les rues ; d'autres encore doivent construire des routes en pleine forêt. Pour beaucoup, les conditions de vie sont inhumaines : maladies, cases sombres et insalubres, dureté du climat…. L'espérance de vie est limitée, surtout que les bagnards sont sous la menace constante des punitions dont la pire est la condamnation à mort à la guillotine.

Les Travaux Forcés et l'Exploitation des Ressources Naturelles

Les bagnards étaient employés à divers travaux, souvent pénibles et dangereux, notamment :

  • Déchargement des bateaux.
  • Travail du balata (gomme proche du caoutchouc).
  • Défrichement de la forêt.
  • Extraction de l’or des cours d’eau avec des machines à vapeur.

L’Administration pénitentiaire exploitait les ressources naturelles, telles que l’or, le balata et le bois.

Le Système du "Doublage"

De plus, les espoirs de retour en France sont très minces, en raison du "doublage". Cette double-peine fait que si les forçats étaient condamnés 8 ans, ils devaient rester au moins 8 ans sur place. Si c'était à plus de 8 ans, ils devaient resté à perpétuité sur le territoire". La difficulté à trouver du travail était alors telle que l’on disait volontiers : "le bagne commence à la libération".

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La Lutte pour la Survie

La Mortalité Élevée

De 1867 à 1887, du fait d’un taux de mortalité très important, la transportation en Guyane fut ralentie. Les conditions de vie déplorables laissaient d’ailleurs peu d’espoir de vivre vieux (la moyenne de vie est estimée à cinq ans).

Les Tentatives d'Évasion

Mêlés à la population et contrôlés par un nombre insuffisant de surveillants (4000 bagnards pour moins de 200 gardiens en 1925), les bagnards tentaient de s’évader dès que possible. Au total, près de 9000 bagnards s’évanouiront de "la terre de la grande punition" : certains finirent "péons" en Amérique du sud d’autres dans le ventre des requins. L'idée fixe des bagnards : se faire la belle. Une obsession qu'ils racontent en chanson. Les rares prisonniers qui s'échappent entrent dans la légende, c'est le cas d'Henri Charrière dit Papillon. Un film a été tiré de son épopée.

Les Relations Ambiguës entre Bagnards et Gardiens

Les gardiens, sous la responsabilité de la puissante Administration pénitentiaire partageaient pratiquement les mêmes conditions de vie que les condamnés. Cette promiscuité rendait ambiguës les relations entre les condamnés et leurs gardiens, mêlant cruauté et pitié, respect et trafic intéressé.

L'Abolition du Bagne et son Héritage

En 1923, le journaliste Albert Londres révèle au grand public l'horreur de la vie au bagne. Ce n'est qu'en 1938 que le Guyanais Gaston Monnerville, sous-secrétaire aux Colonies, signe un décret-loi abolissant le bagne. Mais il faudra plus de 15 ans, le 1er août 1953, pour que les derniers bagnards et leurs surveillants quittent leur prison. Aujourd'hui, les bagnes sont restaurés peu à peu en Guyane, comme en Nouvelle-Calédonie. Ils deviennent des lieux touristiques. Des lieux de transmission pour ne pas oublier cette blessure dans l'histoire de la République.

Les Colonies Pénitentiaires pour Mineurs

Au sein de ces colonies, enfants et adolescents ont été soumis, pendant un siècle, à un traitement souvent violent, mêlant travail harassant, sévices et privations. À partir des années 1840, la solution privilégiée consiste à placer les enfants, à partir de 7 ans, dans des colonies pénitentiaires agricoles. Dans ces établissements sans barreaux, loin de l’influence corruptrice des villes, les enfants sont mis au travail et reçoivent une éducation morale, religieuse et professionnelle qui doit leur permettre de réintégrer la société, transformés. Mais les discours philanthropiques et les bonnes intentions réelles de certains peinent à cacher une réalité souvent sordide : ces colonies, fondées par des entrepreneurs privés, gros propriétaires terriens, constituent des réservoirs de main d’œuvre à bon marché.

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Malheureusement, cela n’améliore pas le sort des enfants, soumis à des conditions de vie terribles : travail harassant, insalubrité, privations, discipline quasi militaire, personnel brutal, violence entre colons … Malgré le règlement général de 1869 interdisant les châtiments corporels et trois circulaires successives en 1898 visant à mettre fin à ces sévices, les abus persistent et finissent par attirer les critiques de la presse et de l’opinion.

En 1924, le journaliste Louis Roubaud, après avoir visité Eysses, Belle-Ile et Doullens, déclenche une campagne de presse dans le Quotidien de Paris, pour dénoncer les sévices et abus dont sont victimes les jeunes détenu(e)s dans ces « bagnes d’enfants ».

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