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Psychose Post-Partum : Comprendre, Identifier et Agir

La psychose post-partum (PPP), également appelée psychose puerpérale ou psychose périnatale, est un trouble mental grave qui nécessite une attention immédiate. Différente du baby blues ou de la dépression post-partum, elle représente une urgence psychiatrique qui peut survenir rapidement après l'accouchement. Cet article vise à fournir une information complète sur la psychose post-partum, en abordant son histoire, sa définition, ses symptômes, ses causes potentielles et, surtout, les ressources disponibles pour les personnes touchées et leurs familles.

Un Peu d'Histoire

La psychose puerpérale n'est pas un phénomène nouveau. Déjà au IVe siècle avant notre ère, Hippocrate décrivait des cas similaires. Plus tard, les travaux d'Esquirol au XIXe siècle ont contribué à une meilleure compréhension de ce trouble. C'est également à cette époque que l'on doit le terme de "psychose puerpérale", soulignant le lien entre l'aliénation mentale et l'expérience de la maternité. Depuis, les approches psychanalytiques et psychiatriques ont évolué, mettant l'accent sur la relation mère-enfant et la nécessité d'une prise en charge conjointe.

Qu'est-ce que la Psychose Post-Partum ?

La psychose puerpérale est un trouble psychiatrique grave qui se manifeste généralement dans la semaine qui suit l’accouchement, bien que cela puisse aussi se produire jusqu'à un an après. Elle se caractérise par un état de confusion et de délire qui peut mettre en danger la mère, mais aussi son enfant. Elle est considérée comme une urgence psychiatrique qui nécessite une prise en charge spécialisée immédiate, dès l’apparition des premiers symptômes. Il est essentiel de comprendre que la psychose post-partum est temporaire et traitable avec une aide professionnelle.

Définition et Caractéristiques

La psychose puerpérale se définit comme un chaos émotionnel sévère qui survient brutalement dans les deux semaines suivant l’accouchement. Elle s’accompagne d’un état délirant et d’agitations extrêmes. Selon Benedix, Durhen et Racamier, elle peut être considérée comme un traumatisme où la personnalité et la structure mentale de la femme souffrent de l’impact d’une maternité spectaculaire.

Symptômes et Signes de la Psychose Post-Partum

En raison de la nature de la psychose puerpérale, c’est souvent à l’entourage, et non à la mère elle-même, que revient le soin de déceler les différents symptômes et signes. Ces symptômes peuvent varier d'une personne à l'autre, mais certains signes d'alerte incluent :

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  • Troubles du sommeil : Impossibilité presque totale de dormir ou de se reposer.
  • Troubles de la mémoire : Pertes de mémoire importantes.
  • Altération de la perception : Oscillations entre un état « normal » et des hallucinations auditives et visuelles.
  • Confusion : Aller-retour entre lucidité et confusion. La personne peut entendre des voix, « voir » des personnes décédées ou dialoguer avec elles.
  • Changements d'humeur extrêmes : Excitation, abattement, ou une allure stuporeuse (état de stupeur ou de choc émotionnel).
  • Désorientation : Confusion dans le temps et l’espace.
  • Sentiments de culpabilité et d'incapacité : Sentiments omniprésents d’incapacité, de culpabilité, de déshonneur, de déchéance, de ruine.
  • Paranoïa : Peur d’être tuée, empoisonnée, se sentir menacée, surveillée.
  • Pensées obsessionnelles concernant le bébé : Propos incohérents centrés essentiellement sur l’enfant. Peur qu’il ne meure ou qu’il lui soit enlevé. Le bébé est parfois perçu comme un messie, un sauveur dont la naissance ébranlera ou sauvera le monde (délire marial).

Il est important de noter qu’il n’est pas nécessaire que tous ces signes soient réunis ou perceptibles pour consulter ou demander de l’aide à un professionnel de santé.

Facteurs de Risque et Causes Possibles

Le facteur de risque le plus important de la psychose post-partum est un antécédent personnel ou familial de trouble bipolaire, ou un épisode psychotique antérieur. Cependant, la psychose puerpérale peut aussi survenir sans aucun antécédent psychiatrique.

Les causes exactes de la psychose post-partum ne sont pas entièrement comprises, mais plusieurs facteurs peuvent contribuer à son apparition :

  • Facteurs hormonaux : Les fluctuations hormonales importantes après l'accouchement peuvent jouer un rôle. La période périnatale est marquée par des bouleversements endocriniens.
  • Facteurs génétiques : Un historique familial de troubles mentaux, en particulier de trouble bipolaire ou de schizophrénie, augmente le risque.
  • Facteurs psychologiques et sociaux : Le stress lié à l'accouchement, le manque de sommeil, le manque de soutien social et les antécédents de traumatisme peuvent également contribuer. La période périnatale est marquée par des changements psychosociaux et psychodynamiques.

Diagnostic et Prise en Charge

Le diagnostic de la psychose post-partum repose sur l'évaluation clinique des symptômes par un professionnel de la santé mentale. Il est crucial de consulter rapidement un médecin ou un psychiatre si vous ou une personne de votre entourage présentez des symptômes de psychose post-partum.

Un traitement immédiat est impératif pour toute personne en état de psychose. La prise en charge de la psychose post-partum est multidisciplinaire et peut inclure :

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  • Hospitalisation : Dans la plupart des cas, une hospitalisation est nécessaire pour assurer la sécurité de la mère et de l'enfant, et pour permettre une surveillance médicale étroite. La psychose puerpérale nécessite une hospitalisation en milieu spécialisé, le plus souvent dans une unité d'hospitalisation mère-bébé, pour ne pas altérer la relation mère-bébé. Au CHTR, l’offre de soin comprend une unité Mère-Bébé. L’UAPE (unité d’accueil parents-enfants) est une unité d’hospitalisation non sectorisée temps plein ouverte 365 jours par an qui peut accueillir 8 mamans conjointement avec leur bébé âgé de moins de 6 mois à l’admission. Le Centre Naissance (92I02) est une unité de soins psychiques destinée à prévenir et à traiter les difficultés liées au processus de parentalité. Il propose un travail sur l’instauration du lien parents-bébé et s’adresse aux mères et aux pères qui éprouvent une difficulté dans leur « devenir-parent » ou qui se questionnent sur les ressentis et les besoins de leur bébé.
  • Médicaments : Des médicaments antipsychotiques et stabilisateurs de l'humeur peuvent être prescrits pour contrôler les symptômes psychotiques et stabiliser l'humeur. Après un traitement d'urgence, les personnes ayant souffert de psychose post-partum doivent être suivies par un médecin et un thérapeute pour poursuivre leur traitement, incluant des médicaments et une thérapie continue.
  • Thérapie : Une psychothérapie individuelle ou de groupe peut aider la mère à comprendre et à gérer ses émotions, à renforcer son lien avec son bébé et à prévenir les rechutes.
  • Soutien familial : L'implication et le soutien de la famille sont essentiels pour le rétablissement de la mère.

Ressources et Soutien

Il existe de nombreuses ressources disponibles pour les personnes touchées par la psychose post-partum et leurs familles. Il est crucial de rechercher de l'aide dès que possible.

  • Ligne d'écoute nationale pour la santé mentale maternelle : Appelez ou envoyez un SMS au 833-852-6262. Des conseillers sont disponibles pour discuter et explorer les prochaines étapes.
  • PSI (Postpartum Support International) : Cette organisation propose des groupes de soutien par les pairs pour les personnes ayant survécu à une psychose post-partum et celles qui en sont affectées. Des ressources supplémentaires sont disponibles sur leur site web.
  • Action on Postpartum Psychosis : Un réseau britannique composé de femmes qui ont vécu une psychose ou un trouble bipolaire en relation avec l'accouchement.
  • Associations locales : De nombreuses associations locales offrent un soutien et des ressources aux parents souffrant de troubles psychiques post-partum. Nos référentes sont également là pour vous orienter et présentes partout sur le territoire! Les référentes Maman-Blues
  • Outil de discussion PPP : Cet outil a été créé par des personnes ayant une expérience vécue et des connaissances approfondies en la matière. Il vise à aider les professionnels de santé et les proches à déterminer si une personne présente des symptômes de psychose post-partum et aurait besoin d'une prise en charge supplémentaire.
  • Livres et témoignages : De nombreux livres et témoignages de femmes ayant vécu une psychose post-partum peuvent apporter un soutien et une perspective précieuse.
    • Alvi, Aïcha. Une maman comme ça : Mémoires sur la psychose post-partum.
    • Beeston, Ariane. Parce que je ne suis pas moi-même, voyez-vous : un mémoire sur la maternité, la folie et le retour du gouffre.
    • Ekhoff, Jessica. Super Sad Unicorn : Mémoires d'une manie.
    • Wight, Jen. Ébranlé : surmonter la psychose post-partum.
    • Dockrill, Laura. Qu'ai-je fait ? Maternité, maladie mentale et moi.
    • Townsend, Sarah C. Mettre le fil : un mémoire sur la psychose post-partum.
    • Burling, Angela D. Sortir des ténèbres. In Maternité, maladie mentale et rétablissement : Histoires d'espoir, édité par Nikole Benders-Hadi et Mary E. Barber, 127-133.
    • Meghan Cliffel et Susan Hatters Friedman. Tragique ou traitée : pourquoi la psychose post-partum ne peut pas être ignorée.
    • Tomasi, Patricia. Alvi, Aïcha. Une voix dans ma tête m'a dit que ma fille devait mourir.
    • Psychose du post-partum, histoire d'une mère (Kristina Dulaney*).

Importance de la Sensibilisation et de l'Action

La psychose post-partum est une maladie grave, mais traitable. La sensibilisation à cette maladie est essentielle pour permettre un diagnostic précoce et une prise en charge rapide. Il est important de briser le silence et la stigmatisation qui entourent la psychose post-partum, afin que les femmes touchées se sentent à l'aise de demander de l'aide.

Si vous ou une personne de votre entourage présentez des symptômes de psychose post-partum, n'hésitez pas à demander de l'aide. Un traitement rapide et adapté peut faire une énorme différence dans le rétablissement de la mère et le bien-être de sa famille.

Ensemble, brisons le silence et offrons un soutien aux mères touchées par la psychose post-partum.

Troubles Psychiques du Post-Partum : Une Vue d'Ensemble

La période du post-partum est une période où des troubles psychiques peuvent survenir. Trois types de troubles, de fréquence et de gravité variable, sont mis en évidence : le blues du post-partum, la dépression du post-partum, et la psychose puerpérale.

Baby Blues

Le blues du post-partum concerne 30 à 80% des accouchées, et apparaît entre le 3ème et le 6ème jour du post-partum. Il est caractérisé par des pleurs, une labilité thymique et émotionnelle, une asthénie, une irritabilité, des troubles du sommeil ; une confusion ainsi qu’une dépersonnalisation peuvent également survenir. La prise en charge du baby blues est centrée sur la revalorisation, l’écoute, l’empathie vis-à-vis de la mère.

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Dépression Post-Partum

Au-delà du 7ème jour, on parle de dépression post-partum. La dépression du postpartum ou postnatale, qui survient dans 90 % des cas dans le premier trimestre suivant l’accouchement, constitue un réel problème de santé publique puisqu’on estime qu’elle touche 13 % des femmes accouchées. Elle se manifeste par un tableau classique de syndrome dépressif auquel s’ajoutent quelques particularités cliniques telles qu’une aggravation vespérale, une labilité émotionnelle, des difficultés marquées d’endormissement, une perte d’estime du maternage, et une anxiété centrée sur le bébé. Cependant, le diagnostic est souvent difficile à porter car les formes cliniques atypiques sont fréquentes (dépression masquée, souriante, névrotique…). La dépression du post-partum affecte le bien-être de la femme mais surtout a des conséquences délétères sur le développement cognitif et comportemental des enfants. Le risque suicidaire et le risque d'infanticide doit être rigoureusement évalué en cas de dépression post-partum ou de psychose puerpérale.

Formes Précoces et Tardives de la Psychose Puerpérale

La psychose puerpérale se manifeste précocement après la naissance et jusqu’à quelques semaines postpartum. Elle peut s’apparenter souvent à une dépression grave délirante centrée sur le bébé. La forme précoce débute entre le 5ème et le 30ème jour suivant l’accouchement. Elle a une présentation clinique proche la psychose délirante aiguë avec comme particularités l’absence d’antécédents, des éléments confusionnels et oniriques, des troubles de l’humeur, des fluctuations de la symptomatologie chez une même patiente dans le temps et d’une patiente à l’autre. Les thèmes du délire centrés autour de la grossesse (déni) ou du nouveau-né (persécution). L’évolution de la forme précoce est très favorable avec un retour ad-integrum dans 70 à 80 % et une efficacité des antidépresseurs. Il en est tout à fait autrement de la forme tardive de la psychose puerpérale.

Psychose Puerpérale: Une Urgence Psychiatrique

Selon la Dre Sarah Tebeka, psychiatre à l’hôpital Louis-Mourier (AP-HP) de Colombes, la psychose puerpérale est une urgence psychiatrique, survenant généralement après l’accouchement et pouvant entraîner des idées délirantes et des hallucinations. Elle se distingue du baby blues ou de la dépression post-partum par sa brutalité et la gravité de ses symptômes. La psychose puerpérale résulte généralement d’une interaction complexe entre des facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux. Bien que rare, cette maladie nécessite une prise en charge rapide et adaptée pour protéger la mère, son enfant et le reste de la famille. Les mères qui souffrent de psychose post-partum présentent parfois des antécédents personnels ou familiaux de troubles psychiatriques, notamment de trouble bipolaire, de schizophrénie ou dépression sévère. Mais la psychose puerpérale peut aussi survenir sans aucun antécédent psychiatrique.

Un Trouble Maternel au Visage de la Psychose

Selon Michèle Benhaim, parler de psychose est un abus de langage, c’est faire d’un épisode de vérités personnelles, une pathologie psychiatrique et préjudiciable pour l’identité maternelle. Cet évènement est « juste » une déstructuration provisoire et le délire se présente comme une tentative de survie, une issue de secours face à un évènement qui déborde le psychisme de la mère. Mais c’est un épisode qui a le visage et la tonalité de la psychose, pas la structure (sauf antécédent psychiatrique, bien sûr). C’est un accouchement de mots hors cadre, hors codage. Pour l’autrice Michèle Benhaim, même s’il y a délire et déni de leur maternité, le fait que ces femmes souffrent de leur état, qu’elles se sentent comme persécutées par leur enfant, tend à prouver que l’on se trouve en présence de « quelque chose » qui s’arrange pour revêtir l’apparence d’une psychose.

Activisme et Plaidoyer pour la Psychose Post-Partum

L'activisme et le plaidoyer jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation à la psychose post-partum et dans l'amélioration de l'accès aux soins pour les personnes touchées. Des initiatives telles que la page Facebook "Admission par admission" permettent aux défenseurs et aux activistes de partager des informations et de coordonner des activités. De même, le forum "Psychose post-partum" sur Sur-admission offre une page Facebook de soutien par les pairs pour les survivantes, les amis et les familles de la psychose post-partum. Ces efforts contribuent à briser le silence, à réduire la stigmatisation et à promouvoir une meilleure compréhension de ce trouble complexe.

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