La psychiatrie périnatale est un domaine essentiel de la santé mentale qui se concentre sur la prévention, le diagnostic et le traitement des troubles psychiques qui peuvent survenir pendant la grossesse, après l'accouchement (post-partum) et durant la petite enfance (jusqu'aux trois ans de l'enfant). Elle vise à assurer le bien-être psychologique des mères et de leurs enfants, en reconnaissant l'importance cruciale de cette période pour le développement futur de l'enfant.
L'Importance de la Psychiatrie Périnatale
La période périnatale est une phase de grands changements physiologiques, hormonaux et émotionnels pour les femmes. Ces changements peuvent les rendre plus vulnérables aux troubles de l'humeur, à l'anxiété et à d'autres problèmes de santé mentale. La dépression post-partum, par exemple, est un trouble fréquent qui touche 10 à 20 % des mères. Il est donc primordial de mettre en place des dispositifs de prévention et de prise en charge adaptés.
Prévenir la Dépression Post-Partum
La dépression post-partum est un enjeu de santé publique majeur. Selon l‘Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles, le suicide est désormais la première cause de mortalité post-partum, même s’il reste rare. Il est donc essentiel de suivre la mère après l’accouchement, et pas seulement avant.
Michelle Bachelard, présidente de l’Ordre des sages-femmes du Val-de-Marne et praticienne à Nogent-sur-Marne, souligne : “Souvent, on est surcouvée pendant la grossesse, et après la naissance, il n’y a plus personne. Des femmes peuvent se retrouver rapidement seules du matin au soir, alors que c’est un moment de la vie où l’on a besoin d’être très entourée.”
Le suivi, après l’accouchement, par la sage-femme référente, vise donc également à prévenir la dépression périnatale. “Notre rôle est de dépister d’éventuels signes de dépression, pour pouvoir orienter. Il ne s’agit pas de remplacer un psy”, précise la présidente de l’Ordre.
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Le Rôle des Centres de Protection Maternelle Infantile (PMI)
Les centres de protection maternelle infantile (PMI) jouent un rôle essentiel dans la prévention et le dépistage des troubles psychiques périnatals. Dans le Val-de-Marne, par exemple, le conseil départemental a pris le sujet de la dépression périnatale à bras-le-corps, via ses 71 centres de PMI et ses 51 centres de santé sexuelle, grâce à une campagne d’affichage invitant à “briser le tabou”, explique le département, et à oser parler de son mal-être, même si l’on est sensée nager dans le bonheur.
Le département chiffre : “D’après l’enquête nationale périnatale publiée en 2021, environ 17% des femmes déclarent que la période écoulée depuis la naissance a été ressentie comme difficile ou très difficile. Plus d’un tiers des femmes ont moins de trois personnes proches qu’elles pourraient solliciter en cas de graves difficultés personnelles”.
L'Unité de Psychiatrie Périnatale : Une Structure Pilote
L’AP-HP a ouvert, avec le soutien de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, une unité de psychiatrie périnatale commune aux hôpitaux Pitié-Salpêtrière, Tenon et Armand-Trousseau AP-HP. Placée sous la responsabilité médicale du Dr Lucie Joly, cette nouvelle unité répond au besoin de renforcer l’offre de soin en psychiatrie à destination des mères et des enfants, de prévenir les situations d’urgence et de crise et d’améliorer l’accessibilité et le parcours de soins parents-enfants en évitant les ruptures de prise en charge. Il s’agit d’une structure pilote sans équivalent à l’échelle nationale.
Ce projet s’inscrit en cohérence avec les recommandations de la commission des 1 000 premiers jours formulées en septembre 2020. Il est porté par le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, qui comprend une unité « petite enfance et parentalité », le Centre médico-psychologique Vivaldi, associée aux services de psychiatrie adulte des hôpitaux Pitié-Salpêtrière et Saint-Antoine et Tenon AP-HP. Cette unité, au sein du département médico-universitaire ORIGYNE, entretient des liens étroits avec les trois maternités et le service de Médecine Fœtale du groupe hospitalier APHP. Sorbonne Université. On y recense 20 à 30% de situations mère-enfant à haut risque psycho-social.
Les Pôles d'Activité de l'Unité
La nouvelle unité de psychiatrie périnatale comprend deux pôles principaux d’activité :
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- L’activité de psychiatrie périnatale assurée par un binôme composé d’un psychiatre adulte et d’un pédopsychiatre dans chaque maternité. Elle comprend des consultations spécialisées de psychiatrie périnatale (suivi, avis thérapeutique, soutien à la parentalité, travail du lien mère-enfant) et une activité de psychiatrie de liaison dans les services des suites de couche, grossesse pathologique, néonatologie et réanimation néonatale, permettant ainsi une continuité de soins. Un « groupe de psychothérapie métacognition en périnatalité » et un « groupe père » seront mis en place dès novembre 2021 à la maternité de l’hôpital Pitié Salpêtrière AP-HP.
- Les activités de l’unité petite enfance et parentalité (Centre médico-psychologique Vivaldi de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP). Une équipe mobile d’intervention précoce permet de prendre en charge rapidement les situations de post-couches à risque psychiatrique ou psychosocial avéré. Elle propose un soutien à domicile renforcé dans une approche globale et positive de la santé et du bien-être de l’enfant, avec une possible orientation vers la protection maternelle et infantile et les services psychiatriques adéquats le cas échéant.
L’unité de psychiatrie périnatale permet ainsi une prise en charge de la mère et de l’enfant depuis la grossesse jusqu’aux trois ans de l’enfant. Un staff médical inter-sites, réunissant psychiatres et pédopsychiatres, se tient tous les 15 jours, permettant de discuter de façon collégiale de situations complexes, d'élaborer une politique de formation concertée pour l'ensemble des acteurs et d'organiser un recueil de l'activité.
La Dimension Académique et la Recherche
L’équipe de l’unité souhaite également promouvoir la dimension académique par l’enseignement et par la recherche en développant des projets de recherche transdisciplinaires conjuguant les outils utilisés en psychiatrie adulte, en pédopsychiatrie et en gynécologie-obstétrique. L’unité favorisera également la recherche pour les professionnels psychologues et sages-femmes notamment.
Le Rôle de la Sage-Femme Référente
Depuis le début de l’année, les femmes enceintes peuvent déclarer une sage-femme référente. Cette nouvelle mission pour les sages-femmes vise à suivre la grossesse sur la durée en faisant le lien entre les différents protagonistes (maternité, préparation à la naissance, échographie, obstétricien, rééducation).
Michelle Bachelard, présidente de l’Ordre des sages-femmes du Val-de-Marne, explique : “Le fait d’être sage-femme référente permet d’avoir un fil conducteur tout au long de la grossesse, avec un historique complet. C’est important lorsque plusieurs acteurs gravitent autour de la patiente”. Un rôle qui était déjà implicitement tenu par les sages-femmes, qui proposent souvent de la préparation à l’accouchement et de la rééducation du périnée après la grossesse, mais qui se trouve ainsi “officialisé”, “reconnu”.
Le conseil départemental de l’Ordre des sages-femmes est garant de la déontologie des praticiens du territoire (environ 450 sages-femmes dans le département) et accompagne les professionnels qui s’installent.
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Initiatives Innovantes
Mots Parleurs : Un Podcast pour Faire Lire les Jeunes à l'Hôpital
Pour encourager la lecture des jeunes à l’hôpital, l’AP-HP et le Centre national du livre (CNL) ont développé une série de podcasts qui se déroulent chacun dans un hôpital, et proposent à des jeunes patients de lire à voix haute et raconter une histoire. Fil conducteur : le thème de la peur.
Exemple dans le Val-de-Marne, à l’hôpital Bicêtre, avec l’épisode numéro 5, autour de “La peur de loup” de Nane Vézinet, Jean-Luc Vézinet et Sandra Lizzio. Les enfants participent également en dessinant.
ComPaRe Pratiques Addictives : Étude sur les Substances Psychoactives
La Communauté de Patients pour la Recherche de l’AP-HP vient de lancer une étude dédiée au suivi de personnes ayant un usage régulier de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis, cocaïne, médicaments antalgiques, …) et invite les usagers à y contribuer via internet, dans le cadre de son projet ComPaRe Pratiques addictives.
Piloté par le docteur Guillaume Airagnes, psychiatre-addictologue et chercheur en épidémiologie, ce projet collaboratif de recherche espère suivre au long cours plus de 20 000 usagers.
Amélioration Continue des Soins : Certification et Réhabilitation
Les cinq hôpitaux du GHU Mondor (AP-HP), Albert-Chenevier/Henri-Mondor, Dupuytren, Emile-Roux et Georges-Clémenceau, viennent de passer le cap de nouvelle certification de la HAS (Haute autorité de santé). Les résultats sont les suivants : 97 % et 98 % de conformité sur le chapitre relatif au patient ; 95 % et 96 % de conformité sur le chapitre relatif aux équipes de soins ; 96 % et 93 % sur le chapitre relatif à l’établissement/la gouvernance.
Concernant les points d’amélioration, les experts visiteurs ont estimé “qu’une réhabilitation bâtimentaire des locaux de psychiatrie du site d’Albert-Chenevier devait être menée”, indique néanmoins l’AP-HP.
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