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Le lien complexe entre le psoriasis et le cycle menstruel

Le psoriasis, une dermatose inflammatoire chronique, touche environ 125 millions de personnes dans le monde, avec une prévalence estimée entre 2 et 4 % dans les pays occidentaux. En France, environ 2,4 millions d'individus seraient concernés. Bien qu'il puisse se manifester à tout âge, deux pics d'incidence sont observés, l'un entre 16 et 22 ans et l'autre entre 57 et 60 ans. Cette affection, le plus souvent bénigne, peut avoir un impact psychosocial majeur sur la vie des personnes atteintes. Cet article explore le lien complexe entre le psoriasis et le cycle menstruel, en examinant les fluctuations hormonales et leur influence potentielle sur la peau.

Psoriasis : une vue d'ensemble

Le psoriasis est une maladie inflammatoire de la peau caractérisée par un renouvellement anormalement accéléré des kératinocytes, les cellules de l'épiderme. Dans le psoriasis, ce processus est accéléré. Après un stimulus initial, les cellules dendritiques activées - Langerhans et plasmacytoïdes, en quantité anormale dans la peau des patients - induisent la différenciation de lymphocytes Th1 et Th17. Il en résulte la libération de cytokines pro-inflammatoires (IFN-γ, TNFα, IL-17, IL-22…), de chimiokines et de facteurs de croissance, qui sont à l’origine de la prolifération accrue et de la différentiation anormale des kératinocytes.

Facteurs de risque et déclencheurs

Bien que la cause exacte du psoriasis reste inconnue, plusieurs facteurs de risque et déclencheurs ont été identifiés. Parmi eux, on retrouve :

  • Facteurs génétiques : Une forte composante génétique est impliquée, avec un antécédent familial de psoriasis au premier degré retrouvé chez environ un tiers des enfants.
  • Facteurs environnementaux : Frottement cutané ou grattage peuvent être à l’origine d’une poussée. On parle de phénomène de Koebner (survenue d’une dermatose sur une zone traumatisée).
  • Infections : Les infections streptococciques (angine, anite, vulvite, impétigo) peuvent déclencher des épisodes de psoriasis en gouttes, surtout chez l’enfant, via la production d’IL-17 et l’activation des cellules épidermiques. Il semble que toute infection, bactérienne ou virale, puisse déstabiliser la maladie.
  • Médicaments : Certains médicaments sont des inducteurs ou des facteurs aggravants, en particulier les bêtabloquants, les IEC, le lithium, l’interféron, le G-CSF, l’imiquimod, l’interleukine 2, plus rarement les AINS et les antipaludéens de synthèse.
  • Stress : Le rôle du stress, des chocs émotionnels et des traumatismes affectifs est connu (déclenchement de la maladie ou survenue des poussées).
  • Tabac et alcool : Alcool et tabac sont source de gravité et de résistance thérapeutique.

Manifestations cliniques

La lésion élémentaire du psoriasis est une plaque érythémateuse, bien limitée, à squames épaisses, généralement non ou peu prurigineuse. Classiquement, on note un blanchiment des lésions au grattage à la curette (signe de la tache de bougie), et l’apparition de gouttelettes hémorragiques en cas de desquamation (signe de la rosée sanglante).

Le psoriasis se manifeste sous différentes formes cliniques, notamment :

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  • Psoriasis en plaques : Forme la plus fréquente, concernant 80 % des adultes et environ 50 % des enfants. Les localisations typiques (« zones bastions ») sont les faces d’extension des coudes et genoux, la face antérieure des tibias, les lombes, la zone péri-ombilicale et le cuir chevelu.
  • Psoriasis du cuir chevelu : Plaques érythémato-squameuses arrondies, bien limitées, classiquement non alopéciantes.
  • Psoriasis palmo-plantaire : Lésions hyperkératosiques diffuses ou en îlots, avec une bordure érythémateuse bien limitée.
  • Psoriasis en gouttes : Surtient essentiellement chez les enfants et les adultes jeunes, généralement à la suite d’une infection streptococcique.
  • Psoriasis inversé : Se caractérise par des lésions érythémateuses des plis à limites nettes, souvent dépourvues de squames en raison des frottements et de l’humidité.
  • Psoriasis des langes : Forme du nourrisson, souvent considéré comme un phénomène de Koebner.
  • Atteinte unguéale : Touche 50 % des patients (et jusqu’à 90 % de ceux ayant une arthrite psoriasique).
  • Psoriasis pustuleux : Peut être soit localisé, soit généralisé.
  • Érythrodermie psoriasique : Atteinte de plus de 90 % du tégument qui peut être progressive ou brutale.

Comorbidités

Les patients atteints de psoriasis modéré à sévère ont un risque accru de pathologies cardiovasculaires, diabète de type 2, syndrome métabolique. Maladie de Crohn, dépression et anxiété sont fréquemment associées.

Cycle menstruel et fluctuations hormonales

Le cycle menstruel, d'une durée moyenne de 28 jours, est caractérisé par des fluctuations hormonales complexes qui influencent divers aspects de la physiologie féminine, y compris la peau. Les deux principales hormones impliquées sont l'œstrogène et la progestérone.

  • Œstrogène : Favorise la souplesse de la peau et stimule la production de collagène et d'élastine, assurant une bonne hydratation.
  • Progestérone : Son taux augmente après l'ovulation, ce qui peut entraîner une diminution de l'hydratation de la peau et une production accrue de sébum.

Ces variations hormonales peuvent mettre à rude épreuve la peau, la rendant plus sujette aux imperfections et aux inflammations à certains moments du cycle.

Les quatre phases du cycle menstruel et leur impact sur la peau

  1. Phase menstruelle (règles) : Les taux d'œstrogène et de progestérone chutent, ce qui entraîne une production accrue de sébum et favorise l'apparition de points noirs, de microkystes et d'acné hormonale.
  2. Phase folliculaire (pré-ovulation) : Le taux d'œstrogène augmente, ce qui favorise une bonne hydratation de la peau et la rend ultra-glowy et lisse.
  3. Phase ovulatoire : Le taux d'œstrogène reste élevé, la peau est résistante, ferme, souple et lisse.
  4. Phase lutéale (post-ovulation) : Le taux de progestérone augmente tandis que celui d'œstrogène diminue. La peau est moins hydratée et produit plus de sébum, obstruant les pores.

Lien entre le psoriasis et le cycle menstruel

Bien que l'influence hormonale dans le psoriasis ne soit pas prouvée, certaines études suggèrent un lien entre les fluctuations hormonales du cycle menstruel et l'activité de la maladie.

Une étude hollandaise a mis en évidence que 43% des patientes rapportaient une aggravation de leur maladie de Verneuil autour des règles, alors que 53.8% des patientes ne notaient aucune influence des règles sur les symptômes. 30.2% des patientes rapportaient une amélioration de la maladie de Verneuil lors de la grossesse, alors que celle-ci n’avait aucun effet pour 53.1% des patientes. Il est intéressant de noter que les patientes qui rapportaient une aggravation autour des règles étaient celles qui notaient une amélioration lors des grossesses, orientant vers un rôle hormonal chez un sous-groupe de patientes.

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La dermatose auto-immune à la progestérone (DAIP) est une affection cutanée rare résultant d’une hypersensibilité à la progestérone endogène ou exogène. Elle touche exclusivement les femmes en âge de procréer et se manifeste typiquement au cours de la phase lutéale du cycle menstruel, lorsque la sécrétion de progestérone atteint son maximum.

Prise en charge du psoriasis et cycle menstruel

La prise en charge du psoriasis chez les femmes en âge de procréer nécessite une approche individualisée, tenant compte des fluctuations hormonales et de leur impact potentiel sur la peau.

Traitements topiques

Les traitements topiques sont souvent la première ligne de traitement pour le psoriasis léger à modéré. Ils comprennent :

  • Dermocorticoïdes : Disponibles dans diverses formes galéniques adaptées à la localisation du psoriasis. Une application par jour est le plus souvent suffisante. Toutefois, les effets secondaires, principalement locaux, limitent leur utilisation au long cours.
  • Dérivés de la vitamine D : Administrés seuls ou en association avec un dermocorticoïde. Ils s’appliquent 1 ou 2 fois par jour en fonction de la molécule, sans dépasser 100 g par semaine.
  • Inhibiteurs de la calcineurine topiques : Parfois prescrits (hors AMM) pour des zones difficiles à traiter comme les plis ou le visage.

Photothérapie

Les UVB à spectre étroit sont très efficaces chez 60 à 90 % des patients. La PUVAthérapie (association d’une irradiation UVA et d’un psoralène photosensibilisant oral pris 2 heures avant) est la référence pour une poussée étendue.

Traitements systémiques

Indiquées dans le psoriasis en plaques modéré à sévère, pustuleux ou érythrodermique ou en cas d’atteinte rhumatismale, elles sont évaluées à 12 ou 16 semaines. L’acitrétine (Soriatane) est un rétinoïde oral. Du fait de sa haute tératogénicité, une contraception est obligatoire pour les femmes en âge de procréer jusqu’à 2 ans après l’arrêt du traitement, et un test de grossesse mensuel doit être réalisé. Le méthotrexate (Novatrex, Imeth, Nordimet, Méthotrexate Belon) est également tératogène. Une contraception est indispensable durant tout le traitement et jusqu’à 3 mois après l’arrêt pour les hommes, 1 cycle menstruel pour les femmes.

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Conseils pour une routine de soins adaptée au cycle menstruel

  • Pendant les règles : Alléger sa routine en misant sur des soins hydratants et un double nettoyage doux, pour ne pas agresser la peau.
  • Pendant la phase de pré-ovulation : Miser sur un gommage doux pour nettoyer la peau en profondeur, éliminer les cellules mortes et activer la régénération de l’épiderme.
  • Pendant la phase post-ovulation : Délaisser les huiles pour le visage et miser sur un double nettoyage pour éliminer les impuretés.

Stress et cycle menstruel

Le stress est un facteur important à prendre en compte dans la gestion du psoriasis et du cycle menstruel. En effet, le stress chronique peut perturber l'équilibre hormonal et aggraver les symptômes du psoriasis.

Impact du cortisol sur le cycle menstruel

Une sécrétion trop importante de cortisol va venir perturber l’hypothalamus et donc l’hypophyse. Et cela va avoir un impact notamment sur la première partie de ton cycle, là où FSH et LH ont des rôles importants à jouer. Un stress chronique pourra ainsi induire une ovulation retardée (phase folliculaire très longue), ou une ovulation de moins bonne qualité, ou pas d’ovulation du tout.

En plus de sa potentielle action sur ton ovulation, la production accrue de cortisol va avoir un impact direct sur ta quantité de progestérone. En effet, face à un stress chronique, tes surrénales doivent pouvoir fournir un surplus de cortisol pour permettre à ton corps de survivre. Or le cortisol a le même précurseur que la progestérone. La quantité de ce précurseur n’étant pas extensible, le corps va logiquement privilégier la sécrétion de cortisol, au détriment de celle de la progestérone.

Comment gérer son stress de manière naturelle ?

  • Micronutrition : Le micronutriment incontournable pour être moins perméable au stress est le magnésium. Les oméga 3 aident notre corps à mieux résister au stress et à se remettre plus vite après un épisode stressant. La prise régulière de probiotiques conduisait à une meilleure gestion de son stress.
  • Phytothérapie : Les plantes adaptogènes sont des plantes qui vont accroitre ta résistance de ton corps face aux agressions.
  • Aromathérapie : L’aromathérapie offre de très nombreuses huiles essentielles pour retrouver son calme.
  • Technique de respiration : La Cohérence Cardiaque peut facilement se pratiquer seule. Des études ont montré l’impact important de la cohérence cardiaque sur le taux de cortisol.
  • Prendre du temps pour soi sans culpabiliser : S’octroyer un moment rien qu’à soi, une bulle, en faisant une balade en forêt, un massage, ou juste rien, cela va te permettre de recharger tes batteries.

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