Loading...

Protéger son enfant des violences sexuelles : Conseils et Prévention

La violence sexuelle infantile est un problème grave et omniprésent qui exige une vigilance constante et des mesures proactives de la part des parents et de la société dans son ensemble. Face à cette réalité alarmante, il est impératif de briser le silence et d'agir pour protéger nos enfants.

Toutes les 3 minutes, un enfant est victime d'agression sexuelle. Le ministère des Solidarités, de l’Autonomie et de l’Égalité entre les femmes et les hommes relance régulièrement des campagnes de sensibilisation sur les violences sexuelles faites aux enfants. L’objectif est de rappeler que filles comme garçons, de tout âge et de tout milieu social, peuvent être victimes de ces violences. Ces violences sont multiples et entraînent des effets extrêmement graves et profonds pour la santé des victimes, tant sur le plan physique que psychologique. Au-delà de l’inceste et du viol, il existe d’autres formes de violences sexuelles : exhibition, attouchement, viol, mutilation sexuelle, sextorsion, harcèlement, visionnage de pornographie…

Importance de briser le silence

Le plus souvent, les enfants qui subissent des violences sexuelles ne savent pas quoi faire, ni à qui en parler. L’inconcevabilité de ces violences crée un silence qui musèle les victimes ainsi que leurs proches et d’une certaine manière, la société tout entière. Pour lever les obstacles conscients ou inconscients du grand public au signalement, il est crucial de rappeler qu’il n’est pas acceptable que les enfants portent seuls la responsabilité de mettre fin au secret qui entoure encore les violences sexuelles.

Une campagne de sensibilisation utilise des affiches, des films et des vidéos témoignages pour illustrer la réalité de ces violences. Par exemple, une petite fille, seule dans sa chambre, exprime sa peur et son secret : « Il m'a dit : “C'est notre petit secret, rien qu'à nous deux.” Il est venu dans ma chambre, il m'a dit qu'on pourrait faire des trucs de grands tous les deux. Ce soir, c'est lui qui vient me garder et je n'ai pas très envie, mais je ne peux pas le dire. C'est un secret. » Le message est clair : les violences sexuelles sur les enfants sont un secret trop bien gardé.

Numéro d'urgence : 119 - Allô Enfance en Danger

Pour toute situation d’enfant en danger ou pour demander conseil en cas de doute, chacun peut appeler le 119, numéro national d’appel d’urgence gratuit et confidentiel. Ce numéro est destiné aux enfants, qu’ils soient eux-mêmes en danger ou appelant pour un autre enfant, ainsi qu’aux adultes confrontés ou préoccupés par une situation de violences sexuelles. Il est aussi possible d’envoyer un écrit au 119 via le formulaire à remplir en ligne ou d’entrer en relation pour les moins de 21 ans via un tchat en ligne : allo119.gouv.fr

Lire aussi: Été en sécurité pour bébé : guide solaire

L’État est engagé sur la montée en puissance de ce dispositif d’écoute et de recueil de la parole des enfants dans le cadre du plan de lutte contre les violences faites aux enfants. L’amélioration de la qualité de l’accueil du 119 est un axe prioritaire, notamment par l’augmentation de la capacité de traitement des appels.

Toute victime ou témoin de violences physiques, psychologiques, sexuelles ou de négligences sur un enfant peut appeler le 119, confidentiel et gratuit, 7/7 et 24/24, même en cas de doute sur une situation. Ce numéro n’apparaît pas sur la facture téléphonique. Pour les sourds et malentendants, un dispositif spécifique LSF est disponible sur le site allo 119. Pour les moins de 21 ans, un tchat est également disponible avec des professionnels de l’enfance sur le site allo 119. Des écoutants professionnels sont formés pour répondre aux attentes des appelants.

L'approche de Joanna Smith : Comprendre pour prévenir

La psychologue clinicienne, psychothérapeute et enseignante Joanna Smith a publié "Protéger son enfant des violences sexuelles" aux éditions Dunod. Celle qui prend en charge les personnes ayant subi, enfant, ces violences nous apprend à prévenir et à protéger. Charles Pépin souligne l'importance de comprendre les motivations des agresseurs pour mieux protéger les enfants. Comprendre n’est pas justifier, mais approcher le Mal pour lutter contre lui. Il faut se faire profileuse : identifier les différents profils d’agresseurs d’enfants pour mieux les repérer, repérer aussi les déclenchements, les situations à risque, les environnements propices à ce qui ressemble fort au pire des crimes.

En France, un enfant est victime de violences sexuelles toutes les trois minutes. Peu des agresseurs sont condamnés, et lorsqu’ils le sont, ils récidivent une fois sur quatre. Mais tous les agresseurs ne se ressemblent pas. Il y a le tyran domestique, autoritaire, alcoolique et parano. Mais il y a le beau-père depuis peu, le jeune oncle ou ami de la famille, immature et narcissique : il ressemble peu au profil précédent. Il y a aussi le cousin, un agresseur pas encore adulte. Et tant d’autres profils. Pour protéger nos enfants, il faut sortir des clichés, des idées toutes faites. Par exemple, il est faux d’affirmer que la plupart des agresseurs sont d’anciennes victimes.

La culpabilité de l'agresseur

Joanna Smith insiste sur le fait que la victime n'est jamais coupable de l'agression. Cette rhétorique qui consiste à renvoyer la culpabilité à la victime est la première source de vulnérabilité et de violence qu'exploite un agresseur, et qui va souvent avoir tendance à appeler les récidives et une agression en toute impunité. Le sens des mots est la première prévention. D'autant que le sentiment de culpabilité, de victimisation sera beaucoup plus important chez l'enfant, qui se trouvera beaucoup plus impuissant que la plupart des adultes. Un aspect sur lequel s'appuie l'agresseur pour mieux réduire l'enfant sous son emprise.

Lire aussi: Éviter les pertes d'eaux

Il est essentiel de comprendre que les mots utilisés peuvent influencer le regard sur les actes. Des expressions comme "la victime a avoué le viol qu'elle a subi" ou "la victime s'est faite agressée" suggèrent une part de responsabilité de la victime. C'est la première chose que l'agresseur va essayer d'insuffler à la victime, soit le sentiment qu'elle l'a provoqué, qu'elle la cherché, qu'elle l'a bien voulu…

Les trois profils d'agresseurs

Joanna Smith identifie trois grands groupes de motivations chez les agresseurs :

  1. Hostilité : La violence sexuelle est une façon de faire du mal à l'autre, de détruire l'autre, de se venger, de défouler son agressivité. La motivation n'est pas nécessairement sexuelle.
  2. Domination et contrôle : La violence sexuelle s'inscrit dans une dynamique de domination et de contrôle absolu de la victime. Des comportements de domination et de contrôle qui sont souvent visibles par l'extérieur, là où la violence sexuelle est souvent cachée, et qu'il est possible de prévenir avec des agissements et des signes avant-coureurs. Il faut être attentif aux comportements contrôlants, obsessionnels, autoritaires ou tyranniques.
  3. Pseudo-élan amoureux : L'agresseur cultive une congruence émotionnelle avec l'enfant et se raconte une histoire d'amour, mettant en place toutes sortes de distorsions pour ne pas voir les signes négatifs de refus de l'enfant. Dans ce groupe-là, on a des gens qui sont beaucoup plus fixés sur l'enfant, qui cultivent une congruence émotionnelle avec l'enfant et qui vont se raconter une histoire d'amour, mettre en place toutes sortes de distorsions pour ne pas voir les signes négatifs de refus de l'enfant, sachant que c'est extrêmement difficile pour un enfant de refuser quelque chose à un adulte qui le manipule. C'est aussi une façon de surinterpréter les signes d'affection de l'enfant qui est souvent en manque d'affection, qui est fragile, qui va être plus facilement approché par ces agresseurs qui savent que l'enfant est vulnérable aux marques d'attention, à l'écoute, au temps qu'on lui consacre, et va avoir d'autant plus de mal à dire non. Cette difficulté à dire non va être surinterprétée par l'agresseur comme un accord.

Risques de récidive

Les agresseurs motivés par la domination sont souvent des pères ou des beaux-pères incestueux qui exercent un rôle parental avec coercition et contrôle, mais sans attirance sexuelle pour les enfants. Ils sont moins à risque de récidiver sexuellement, mais peuvent passer à l'acte sous d'autres formes de violence. En revanche, ceux qui sont attirés sexuellement par l'enfant ont un risque de récidive beaucoup plus élevé, particulièrement s'ils sont attirés par les garçons.

Conseils de prévention

Joanna Smith énumère des conseils essentiels pour mieux protéger les enfants :

  • Vigilance face à l'hostilité : Intervenir face à tout signe d'humiliation ou de violence envers l'enfant, même si cela peut paraître anodin au départ.
  • Attention aux comportements de domination et de contrôle : Éviter de confier son enfant à un parent qui a des problèmes d'alcool ou qui présente des comportements tyranniques.
  • Prudence face au pseudo-sentiment amoureux : Être attentif aux adultes qui ont des occasions d'être seuls avec un enfant et s'assurer que les règles concernant la nudité et l'intimité sont claires dans les colonies de vacances ou les voyages scolaires.

Que faire en cas d’agression sexuelle sur un mineur ?

Découvrir que son enfant est victime d’abus sexuels est un choc inimaginable pour un parent. Face à la colère, la peur et le sentiment d’impuissance, il est pourtant crucial d’agir rapidement et de manière appropriée. La loi française punit sévèrement ces crimes et permet aux victimes mineures de parler même des années après les faits. En tant que parent, vous n’êtes pas seul dans ce combat : des professionnels, associations et acteurs de justice sont là pour vous aider.

Lire aussi: Rats et souris : danger pour les nourrissons

1. Écoute et soutien

Lorsque votre enfant révèle ou laisse entendre qu’il a subi une agression sexuelle, votre première réaction doit être l’écoute bienveillante et le soutien. Il a souvent fallu beaucoup de courage à un mineur pour briser le silence.

Ce qu’il faut faire :

  • Remerciez votre enfant de vous avoir parlé et saluez son courage d’avoir révélé les faits.
  • Dites-lui clairement qu’il a bien fait de parler et que vous le croyez.
  • Déculpabilisez l’enfant en lui affirmant qu’il n’est en rien responsable de ce qu’il s’est passé - la faute revient exclusivement à l’agresseur.
  • Expliquez-lui que ce qu’il a subi est interdit par la loi et qu’il a le droit d’être protégé.

À éviter :

  • Ne pas remettre en cause son récit, même si les faits vous semblent difficiles à imaginer.
  • Ne posez pas de questions suggestives ou insistantes sur les détails de l’agression.
  • Ne montrez pas de colère ou de panique devant l’enfant, pour ne pas ajouter à son trouble.

Il est important d'envisager rapidement une prise en charge psychologique adaptée afin que votre enfant puisse exprimer ses émotions avec l’aide de professionnels formés aux traumatismes sexuels.

2. Alerter les autorités

Protéger l’enfant passe par une réaction rapide : dès que vous avez connaissance d’un abus sexuel, il faut alerter les autorités sans délai. En France, la loi impose à toute personne, et a fortiori à tout professionnel (médecin, enseignant, éducateur…), de signaler aux autorités toute situation de mineur en danger ou toute infraction sexuelle sur un enfant dont elle a connaissance. En effet, ne pas le faire est un délit (non-assistance ou non-dénonciation) passible de sanctions pénales.

  • Contactez le 119 - Allô Enfance en Danger. Ce numéro national gratuit (joignable 24h/24 et 7j/7) est dédié aux enfants en danger ou victimes. Des écoutants professionnels vous guideront et pourront transmettre un signalement aux services sociaux et au procureur si nécessaire.
  • Prévenez la police ou la gendarmerie. Déposer plainte officiellement est une étape cruciale pour initier des poursuites pénales. Vous pouvez vous rendre au commissariat ou à la brigade de gendarmerie la plus proche pour raconter les faits. Si vous ne pouvez pas vous déplacer immédiatement, vous avez aussi la possibilité d’adresser une plainte par écrit directement au procureur (par courrier au tribunal judiciaire du lieu des faits).
  • Informez également les services sociaux le cas échéant. Si l’agresseur présumé fait partie de la famille ou de l’entourage proche (par exemple incestueux), un signalement administratif peut être fait en parallèle de la plainte pénale. Les travailleurs sociaux de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) ou le médecin scolaire peuvent être saisis.

Il est conseillé de recueillir un certificat médical constatant l’agression (par exemple en emmenant l’enfant aux urgences médico-légales ou chez votre médecin traitant).

3. Comprendre la procédure pénale

Une fois le signalement fait et la plainte déposée, une enquête pénale va être ouverte. Il est important de comprendre les dispositifs spécifiques prévus par la loi pour les mineurs victimes.

  • L’audition de l’enfant dans des conditions protégées. Votre enfant sera très probablement entendu par des policiers ou gendarmes formés aux mineurs, ou par un juge, dans un environnement adapté.
  • L’assistance d’un représentant légal ad hoc et d’un avocat. Si l’agresseur présumé est un membre de la famille proche ou si vos intérêts sont en conflit avec ceux de l’enfant, le procureur ou le juge d’instruction désignera un administrateur ad hoc. Par ailleurs, un avocat sera nommé pour défendre votre enfant.
  • Le déroulement de l’instruction et du procès. Dans les affaires de viol sur mineur, une information judiciaire confiée à un juge d’instruction sera ouverte. Pour une agression sexuelle sans pénétration, l’affaire sera traitée devant le tribunal correctionnel. Votre enfant pourra se constituer partie civile, c’est-à-dire devenir officiellement partie au procès.

4. Mesures de protection

Si l’auteur présumé de l’abus fait partie de l’entourage proche de l’enfant, il faut envisager des mesures de protection concrètes pour éloigner le danger. En plus de l’action pénale contre l’agresseur, il existe une procédure civile spécifique devant le juge des enfants appelée assistance éducative.

  • Saisine en urgence du juge des enfants. Si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur sont compromises, un juge pour enfants peut intervenir et prendre des mesures de protection.
  • Mesures d’éloignement de l’auteur ou de placement de l’enfant. Le juge des enfants peut ordonner deux types de mesures fortes : soit retirer l’enfant du domicile familial (mesure de placement), soit éloigner l’auteur présumé du foyer.
  • Suivi éducatif et obligations. En parallèle de l’éloignement, le juge des enfants peut mettre en place un suivi éducatif et psychologique de la famille.
  • Retrait de l’autorité parentale de l’agresseur. Si l’agresseur est l’un des parents de l’enfant, la question de lui retirer totalement ou partiellement l’autorité parentale sera posée devant le tribunal.

5. Soutien médical et psychologique

Après avoir assuré la sécurité physique de votre enfant, il est indispensable d’apporter une réponse médicale et psychologique au traumatisme qu’il a subi.

  • Consultation médicale et médico-légale : Faites examiner votre enfant par un médecin dès que possible, même si vous n’observez pas de blessure physique.
  • Soutien psychologique spécialisé : Votre enfant a besoin d’un suivi psychologique adapté au traumatisme. Vous pouvez vous tourner vers les Centres du psychotrauma de votre région ou vers des associations d’aide aux victimes.
  • Associations et groupes de parole : Rejoindre des associations spécialisées peut vous apporter, à vous et votre enfant, un soutien moral précieux.

Recommandations de la CIIVISE

La Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIIVISE) propose des solutions pour mieux protéger les enfants. Si un enfant dit qu’il est victime de violences sexuelles ou d'inceste, il doit être protégé immédiatement.

  • Créer une Ordonnance de Sûreté de l’Enfant (OSE).
  • Encadrer la pratique des examens médico-légaux intrusifs.
  • Clarifier l’obligation de signalement des médecins et garantir leur immunité disciplinaire.
  • Organiser des séances d’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école avec un contenu adapté à l’âge des enfants.
  • Poursuivre le développement des structures spécialisées dans l’accueil de la parole de l’enfant victime.
  • Garantir un administrateur ad hoc et un avocat spécialisé pour l’enfant victime dès le début de la procédure, sans condition de ressources.
  • Inclure les cousins et cousines dans la définition des viols et agressions sexuelles qualifiés d’incestueux.

tags: #proteger #son #enfant #des #violences #sexuelles

Articles populaires:

Share: