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Le procès de Bobigny : Gisèle Halimi et la lutte pour le droit à l'avortement

Le procès de Bobigny, qui s'est déroulé en novembre 1972, a marqué un tournant décisif dans la lutte pour la légalisation de l'avortement en France. L'affaire mettait en cause Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans ayant avorté suite à un viol, ainsi que sa mère, Michèle Chevalier, et d'autres femmes qui l'avaient aidée. Gisèle Halimi, avocate engagée, a transformé ce procès en une tribune politique pour dénoncer la loi de 1920 qui criminalisait l'avortement.

Contexte de l'affaire

À l'automne 1971, Marie-Claire Chevalier, alors âgée de 16 ans, est violée par un camarade. Enceinte, elle refuse de mener la grossesse à terme et, avec l'aide de sa mère, trouve une « faiseuse d'anges » pour l'avorter. L'intervention tourne mal, et Marie-Claire est hospitalisée d'urgence. Le violeur, arrêté pour un vol de voiture, la dénonce alors pour avortement, un acte illégal à l'époque.

Michèle Chevalier fait appel à Gisèle Halimi, avocate connue pour son engagement féministe et son combat pour la légalisation de l'avortement au sein de l'association Choisir. Halimi accepte de défendre Michèle et Marie-Claire, et décide de faire de ce procès une tribune politique pour dénoncer la loi de 1920.

La stratégie de Gisèle Halimi

Gisèle Halimi, née Zeiza Gisèle Elise Taïeb en Tunisie, a très tôt été sensibilisée à la cause féminine et aux droits fondamentaux. Avocate depuis 1948, elle a défendu des militants des mouvements de libération nationale et dénoncé les crimes de la décolonisation. En 1971, elle est signataire du « Manifeste des 343 » femmes qui déclarent avoir avorté et réclament le droit à la contraception et à l'avortement.

Pour le procès de Bobigny, Halimi adopte une stratégie audacieuse : faire le procès de la loi de 1920. Elle cite de nombreux témoins, des médecins, des personnalités comme Simone de Beauvoir, et des femmes ayant avorté, pour témoigner des dangers de l'avortement clandestin et de l'injustice de la loi.

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Dans sa plaidoirie, Gisèle Halimi insiste sur l'inégalité sociale face à l'avortement : « C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans-argent et des sans-relations qui est frappée ». Elle dénonce le silence qui entoure l'avortement et revendique le droit des femmes à disposer de leur corps.

Elle déclare : « Ce que nous avons fait, nous, la défense, et ce que le tribunal peut faire, ce que chaque homme conscient de la discrimination qui frappe les mêmes femmes peut faire, c’est se livrer à un sondage très simple. Vous avez entendu à cette barre trois de ses signataires. J’en suis une moi-même. Trois cent quarante trois femmes (aujourd’hui, trois mille) ont dénoncé le scandale de l’avortement clandestin, le scandale de la répression et le scandale de ce silence que l’on faisait sur cet avortement. Les a-t-on seulement inculpées ? Nous a-t-on seulement interrogées ? »

Halimi critique également l'absence d'éducation sexuelle et de contraception accessible à toutes les femmes. Elle souligne que même avec une contraception efficace, l'erreur et l'oubli sont possibles, et qu'il est injuste de contraindre les femmes à mener une grossesse à terme contre leur volonté.

Le déroulement du procès

Le procès de Bobigny s'ouvre le 8 novembre 1972. La salle d'audience est comble, et une sonorisation est installée à l'extérieur pour permettre à la foule de suivre les débats. L'affaire est scindée en deux : Marie-Claire est jugée à huis clos par le tribunal pour enfants et est relaxée, le tribunal estimant qu'elle avait une cause légitime d'irresponsabilité.

Le procès de Michèle Chevalier et des autres femmes a lieu en audience publique. Gisèle Halimi fait témoigner des personnalités comme Simone Iff, vice-présidente du Planning familial, et des professeurs de médecine. Elle dénonce l'hypocrisie de la société française et l'archaïsme de la loi sur l'avortement.

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Halimi interpelle directement les hommes du tribunal, leur demandant de se mettre à la place des femmes : « Regardez-vous et regardez-nous. Quatre femmes comparaissent devant quatre hommes… Et pour parler de quoi ? - Croyez-vous que l’injustice fondamentale et intolérable n’est pas déjà là ? - Ces quatre femmes devant ces quatre hommes ! »

Elle affirme que l'acte de procréation est un acte de liberté et que les femmes doivent avoir le droit de disposer de leur corps.

Le verdict et ses conséquences

Le verdict du procès de Bobigny est rendu le 11 novembre 1972. Michèle Chevalier est condamnée à une peine symbolique de 500 francs d'amende avec sursis, et les autres femmes sont relaxées. Bien que la relaxe ne soit pas totale, le verdict est considéré comme une victoire par les défenseurs du droit à l'avortement.

Le procès de Bobigny a eu un impact considérable sur l'opinion publique et a contribué à la légalisation de l'avortement en France. En 1975, la loi Veil dépénalise l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

Gisèle Halimi a continué à se battre pour les droits des femmes et a été élue députée en 1981. Elle a notamment milité pour l'abolition de la peine de mort et pour la parité homme/femme en politique.

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L'héritage du procès de Bobigny

Le procès de Bobigny reste un symbole de la lutte pour les droits des femmes et de la nécessité de défendre l'accès à l'avortement. Il a mis en lumière l'injustice de la loi de 1920 et a contribué à faire évoluer les mentalités et la législation en France.

Aujourd'hui, le droit à l'avortement est menacé dans plusieurs pays du monde, et il est essentiel de rester vigilant et de continuer à se battre pour défendre ce droit fondamental. Comme le soulignait Simone de Beauvoir, « N’oubliez jamais qu’il suffirait d’une crise politique, économique ou religieuse pour que le droit des femmes soit remis en question ».

En réaction à ces reculs du droit à l'IVG dans le monde, le Sénat français a adopté le 1er février 2023 une proposition de loi prévoyant d'inscrire dans la Constitution la liberté de la femme de mettre fin à sa grossesse.

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