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L'Aube de la Contraception Médicamenteuse : La Première Mise en Vente de la Pilule Abortive

La pilule contraceptive, un outil de contrôle des naissances largement utilisé en France, a vu ses ventes diminuer au cours de la dernière décennie. Alors que le monde célébrait la 17e édition de la Journée mondiale de la contraception le 26 septembre 2024, il est opportun d'examiner l'histoire de la pilule, ses inventeurs, son contexte d'introduction en France et son impact sociétal.

Les Prémices Scientifiques de la Contraception Hormonale

En 1920, les recherches du médecin autrichien Ludwig Haberlandt ont révélé que pendant la grossesse, l'ovulation est bloquée par une augmentation de la sécrétion de progestérone, une hormone féminine. Cette découverte a incité les scientifiques à synthétiser ce « contraceptif naturel » grâce aux progrès de la chimie dans les années 1940.

Russell Marker, un chimiste américain spécialisé dans les stéroïdes, a réussi à synthétiser des hormones féminines à partir de la diosgénine, une substance présente dans une plante locale au Mexique, la cabeza de negro ou barbasco. Suite à un différend, Marker a quitté Synthex, cédant sa place en 1949 à Carl Djerassi, un autre chimiste spécialisé dans les stéroïdes qui avait émigré aux États-Unis pour échapper au nazisme.

Cependant, le titre de « père » de la pilule est universellement attribué à Gregory Pincus, un endocrinologue américain d'origine russe. Pincus a collaboré avec John Rock, un gynécologue américain. En 1950, Pincus a rencontré Margaret Sanger, une infirmière et féministe américaine qui a milité pour l'accès à la contraception.

Les Premiers Essais Cliniques et les Défis Éthiques

En 1953, Pincus et Rock ont lancé une première étude clinique auprès de patientes volontaires du gynécologue, ainsi que de patientes d'hôpitaux psychiatriques, parfois sans leur consentement. Après un an de recherche, les résultats étaient mitigés, avec la moitié des participantes abandonnant en raison d'effets secondaires.

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Pincus avait besoin de fonds privés pour poursuivre ses recherches. La même année, Margaret Sanger lui a présenté Katharine McCormick, une milliardaire et militante féministe. En 1955, Pincus et Rock ont lancé un deuxième essai avec le noréthynodrel, un progestatif plus puissant, à Porto Rico, une possession américaine surpeuplée.

Encore une fois, de nombreuses volontaires ont abandonné. Pincus a rencontré Edris Rice-Wray, une médecin américaine qui travaillait au planning familial de la capitale et au ministère de la Santé. Elle a recruté 830 volontaires, qui ignoraient qu'il s'agissait d'un médicament expérimental et qu'elles participaient à un essai clinique. La plupart ont abandonné en raison des effets secondaires, et seules 130 ont pris la pilule pendant un an ou plus. Les résultats étaient encourageants, sans grossesses enregistrées pendant les 1 279 cycles menstruels. Trois femmes seraient décédées pendant l'essai, mais leur mort n'a jamais fait l'objet d'une enquête.

La Naissance de la Première Pilule Combinée

Parallèlement aux travaux de Synthex, le laboratoire Searle a entrepris de synthétiser le noréthynodrel. L'équipe de Pincus a découvert que la pilule fournie par Searle avait été accidentellement contaminée par du mestranol, un œstrogène synthétique. Ils ont demandé à Searle de purifier les composés, mais ils ont constaté que lorsque le taux de mestranol était réduit à moins de 1 %, le noréthynodrel était moins efficace pour bloquer l'ovulation. Ainsi, la première pilule combinée, associant œstrogène et progestatif, est née.

Commercialisée sous le nom d'Enovid par Searle en 1957, elle a reçu plusieurs autorisations de mise sur le marché (AMM) par la Food and Drugs Administration (FDA). Pour faire accepter cette pilule auprès de l'Église catholique, le laboratoire l'a initialement présentée comme un médicament destiné à lutter contre les troubles du cycle menstruel, à condition que l'arrêt de l'ovulation soit mentionné dans les effets secondaires.

La Contraception en France : Un Parcours Semé d'Embûches

La pratique de la contraception en France a commencé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Bien que le préservatif existait depuis le XVIIe siècle, il était plus utilisé pour prévenir les maladies vénériennes que comme contraceptif. Les couples mariés pratiquaient la méthode du coït interrompu. Jusqu'au début du XXe siècle, les éponges, les diaphragmes et les douches vaginales étaient également utilisés. Cette période correspond à la « première révolution contraceptive », car ces pratiques ont entraîné une baisse durable de la fécondité en France.

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La crise démographique après la Première Guerre mondiale a exacerbé la crainte d'une dépopulation. La loi du 31 juillet 1920 interdisait la propagande et la vente des procédés anticonceptionnels, punissant quiconque vendait ou distribuait des remèdes destinés à commettre un avortement. Cette loi a été renforcée en 1939, et en 1942, sous le régime de Vichy, aider une femme à avorter est devenu un crime contre la sûreté de l'État, passible de la peine de mort.

Face à cette répression, comment contrôler les naissances sans enfreindre la loi ? En 1956, la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé a créé la première association française de contraception, « La Maternité heureuse », avec des femmes instruites de la haute société. En 1960, l'association est devenue le Mouvement français pour le planning familial. À partir de 1961, des centres de Planning familial ont ouvert dans la plupart des grandes villes françaises. De plus en plus de médecins, favorables au contrôle des naissances, prescrivaient illégalement des contraceptifs importés, dont la pilule.

La Légalisation de la Pilule en France : La Loi Neuwirth

Il a fallu attendre 1967 pour que la France légalise la pilule sur prescription médicale (loi Neuwirth), non pas en tant que contraceptif, mais pour réguler le cycle menstruel. La publicité était interdite, sauf dans les revues médicales. Les premières enquêtes dans les années 1970 ont révélé l'importance du recours au « retrait » comme méthode de contraception. Toutefois, les nouvelles méthodes contraceptives, comme la pilule et le dispositif intra-utérin (DIU), ont été rapidement adoptées. C'est la « seconde révolution contraceptive ».

La légalisation de la contraception et les campagnes gouvernementales ont permis la diffusion de la pilule et des DIU prescrits par des professionnels de santé. La contraception est devenue médicalisée, et le recours au retrait a diminué, réduisant l'implication des hommes dans le contrôle de la fécondité. Alors que les femmes disposaient d'un large éventail de méthodes contraceptives, les hommes n'en avaient que trois : le préservatif masculin, la vasectomie et le retrait.

Depuis son autorisation en France en 2001, la vasectomie a connu un essor, bien que l'opération reste marginale par rapport aux pays anglo-saxons. Pour éviter que la charge mentale et financière ne repose sur la femme, différents travaux encouragent la recherche d'autres contraceptifs masculins.

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La Crise de la Pilule et les Nouvelles Tendances

En 2019, la pilule restait le premier contraceptif utilisé en France, avec plus de 5 millions de femmes ayant recours à une contraception orale remboursée. La crise de la pilule, avec le déremboursement des pilules de 3e et 4e générations en mars 2013, a conduit les femmes et les prescripteurs à privilégier les pilules contraceptives présentant les risques thromboemboliques veineux les plus faibles.

Le DIU est le deuxième moyen de contraception toutes tranches d'âge confondues, et l'implant contraceptif progestatif constitue la troisième méthode de contraception remboursée.

La Pilule du Lendemain : Une Contraception d'Urgence

L'accès à la contraception d'urgence, ou pilule du lendemain, a été rendu gratuit et sans ordonnance pour toutes les femmes, quel que soit leur âge. La pilule du lendemain telle qu'on la connaît aujourd'hui est sur le marché français depuis 1999, mais des méthodes étaient expérimentées dès les années 1960 et 1970.

Avant la mise sur le marché de la pilule du lendemain en 1999 en France, il n'existait pas de moyen dédié pour gérer le risque de grossesse juste après un rapport. Avec la légalisation de l'avortement en 1975, l'utilisation d'une pilule abortive s'est développée.

L'Arrivée du RU486 : Une Révolution et une Polémique

Découvert au début des années 1980 et mis sur le marché en 1988 en France, le RU486 était utilisé pour la contraception d'urgence et l'avortement. Ce glissement entre contraception et avortement a provoqué des levées de bouclier dans les milieux conservateurs. Ses effets secondaires ont également mené à changer le procédé d'administration.

Le ministère de la santé a indiqué que la pilule abortive RU 486 serait officiellement et effectivement à la disposition des femmes qui ont pris la décision douloureuse d'interrompre leur grossesse. La France est ainsi devenue le premier pays à prendre en charge cette nouvelle forme médicamenteuse d'interruption volontaire de grossesse.

Les Dates Clés de l'Histoire de la Contraception en France

  • 1920 : La loi du 31 juillet réprime la contraception et l'avortement.
  • 1939 : Le Code de la famille aggrave les peines sanctionnant l'avortement.
  • 1942 : L'avortement est considéré comme un crime contre l'État français et passible de la peine de mort.
  • 1955 : Un décret autorise l'avortement thérapeutique lorsque la grossesse met la vie de la mère en danger. Aux États-Unis, le docteur Gregory Pincus met au point la pilule contraceptive.
  • 1956 : Création de la « Maternité heureuse », qui deviendra le Mouvement français pour le planning familial.
  • 1967 : La loi Neuwirth autorise la contraception, dont la pilule, mais avec des restrictions.
  • 1971 : « Le manifeste des 343 salopes » en faveur de l'avortement libre est publié.
  • 1974 : La pilule contraceptive est remboursée par la Sécurité sociale.
  • 1999 : La pilule du lendemain est disponible dans les pharmacies sans prescription.
  • 2012 : Marion Larat, victime d'un AVC, obtient la reconnaissance officielle de la responsabilité de sa pilule.

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