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Vladimir Poutine : Biographie d'un dirigeant entre famille, pouvoir et mystères

Vladimir Poutine, figure centrale de la politique russe depuis le début des années 2000, est bien plus qu'un simple homme politique. Son parcours, intimement lié à son histoire familiale et à son expérience au sein des services secrets, a façonné sa vision du monde et sa manière de diriger la Russie. Cet article se propose d'explorer la biographie de Poutine, en mettant en lumière les aspects souvent méconnus de sa vie familiale, son ascension au pouvoir et les fondements idéologiques qui sous-tendent son action politique.

Une enfance marquée par les traumatismes de la guerre

Vladimir Vladimirovitch Poutine est né le 7 octobre 1952 à Léningrad, aujourd'hui Saint-Pétersbourg. Il est le fils de Vladimir Spiridonovitch, un ouvrier ardent communiste et vétéran de guerre, et de Maria Ivanovna Chelomova, une rescapée du siège de Léningrad. Ses parents, tous deux nés en 1911, ont vécu des expériences traumatisantes pendant la Seconde Guerre mondiale, qui ont profondément marqué leur vie et, par conséquent, celle de leur fils.

Le père de Poutine s'est engagé dans une unité de l'armée rouge et a été grièvement blessé lors d'une mission de sabotage derrière les lignes ennemies. Sa mère a survécu au siège de Léningrad, une épreuve de 872 jours qui a causé la mort d'environ un million de personnes. Elle a perdu deux fils en bas âge, l'aîné quelques mois après sa naissance et le second d'une diphtérie pendant la guerre. Elle a elle-même échappé de peu à la mort par famine.

Ces événements tragiques ont laissé des cicatrices profondes sur Maria Ivanovna, qui a eu du mal à établir un lien authentique avec son troisième fils, Vladimir. Toute l'enfance de Poutine a été influencée par ce drame qu'il n'a pourtant pas vécu directement, illustrant les mécanismes de transmission transgénérationnelle des traumatismes. Seul survivant de sa fratrie, il a intériorisé la problématique maternelle et s'est projeté dans le rôle d'un sauveur, celui de sa mère et, plus tard, celui de la Mère Russie.

Un père froid et violent ?

Plusieurs indices suggèrent que le père de Poutine était un homme froid et violent. Vera Dmitrievna Gurevitch, l'institutrice de Poutine, a décrit un personnage sérieux et imposant, notant l'absence d'affection à la maison. Elle a raconté qu'un jour, alors qu'elle se plaignait du comportement du jeune Poutine, le père aurait répondu : "Qu'est-ce que je peux faire ? Le tuer ou quoi ?" Les transgressions du jeune garçon étaient sévèrement punies.

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Ces expériences ont pu contribuer au développement d'un penchant pour la bagarre chez le jeune Poutine. Après la Seconde Guerre mondiale, la famille Poutine vivait dans une pièce de 20 m2 dans un immeuble communautaire délabré. Les enfants jouaient dans la cour, où ils s'amusaient à pourfendre les rats avec des bâtons. Un jour, Vladimir a coincé un rat particulièrement gros dans la cage d'escalier, mais l'animal a bondi sur lui et l'a mis en fuite. "C'est là, se souvient-il, que j'ai compris pour de bon ce que voulait dire être acculé."

Afin de canaliser son agressivité, Poutine a commencé à prendre des cours de boxe, puis de lutte russe et enfin de judo. Ce dernier sport est devenu une véritable passion pour lui. "[Mon entraîneur] m'a réellement sorti de la rue, reconnaît-il. Ma cour d'immeuble n'était pas le meilleur des environnements pour un enfant." Il est devenu ceinture noire de lutte russe et plusieurs fois champion de judo de la ville de Léningrad.

Les liens familiaux avec le pouvoir

Dans son autobiographie, Vladimir Poutine révèle que son grand-père paternel, Spiridon Ivanovitch, avait été le cuisinier personnel de Lénine, puis de Staline. Cette proximité avec les cercles du pouvoir a permis à sa famille d'échapper aux purges de 1937, contrairement à bien d'autres. Être au service d'un maître, en l'occurrence les nouveaux dirigeants du pays après la révolution bolchévique, était gage de survie.

On peut comprendre que Vladimir Poutine ait hérité de son grand-père une certaine nostalgie du stalinisme. Il s'est lui-même rapproché du cœur du pouvoir en intégrant le KGB, les services secrets soviétiques. Adolescent, il rêvait d'être un espion pour décider du sort de milliers de personnes, comme dans Le bouclier et l'épée, une série d'espionnage de la télévision soviétique sortie en 1968. Ses instructeurs à l'Institut du renseignement étranger lui ont reconnu toutes les qualités d'un excellent agent secret : professionnalisme, parcours académique irréprochable, loyauté et même une certaine déférence.

Poursuivant son rêve de devenir agent spécial, il présente sa candidature au KGB à l’âge de 15 ans, qui sera finalement éconduite. On lui conseilla d'aller à l'université faire des études de droit. Ce qu'il fit, tout en s'adonnant à sa passion pour le judo. Ce n'est qu'à la trentaine qu'il fut admis à l'école du KGB. Il en sortit diplômé en 1975. Entre-temps, il s'était marié et avait eu deux filles.

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L'ascension politique : du KGB à la présidence

De 1986 à 1996, Vladimir Poutine est tour à tour conseiller aux affaires internationales, membre du cabinet du maire, puis premier adjoint du maire de Saint-Pétersbourg de l’époque, Anatoli Sobtchak. En 1996, ce dernier perd la mairie de la ville. Poutine doit venir à Moscou, où il fait une carrière politique vertigineuse en devenant le patron des services secrets de Boris Eltsine, le FSB, qui succédait au KGB.

L’arrivée de Poutine au pouvoir est marquée par les débuts de la seconde guerre de Tchétchénie, une région située au sud de la Russie. En septembre, des attentats dans des immeubles de Moscou, imputés aux terroristes tchétchènes ainsi que l'incursion d'islamistes tchétchènes au Daguestan lui fournissent l'occasion de rouvrir les hostilités avec la Tchétchénie.

À partir du 31 décembre 1999, à la suite de la démission de Boris Eltsine, il assure les fonctions de président de la Fédération de Russie par intérim. Il devient président de plein exercice le 7 mai 2000, après avoir remporté l'élection présidentielle dès le premier tour, dans des conditions polémiques.

Pour affirmer son autorité sur le pays, V. Poutine remanie en profondeur l'Administration présidentielle au profit de cadres issus, comme lui, des services de sécurité ainsi que de personnalités influentes venant de Saint-Pétersbourg, sa ville natale. V. Poutine promet également à une population choquée par des privatisations menées dans des conditions le plus souvent frauduleuses et qui ont permis à quelques oligarques de s'emparer de près de 70 % des richesses nationales, l'établissement de la « dictature de la loi ». Sa volonté de contrôler la société civile au moyen d'une mise au pas des médias, des ONG, des partis politiques par le Kremlin, ne l'empêche pas de bénéficier d'une réelle popularité au sein de l'opinion publique russe.

Ne pouvant se présenter pour un troisième mandat consécutif à la présidence de la Fédération, V. Poutine se fait élire à la tête du parti Russie unie sans toutefois y adhérer. L'élection sur mesure du jeune Dmitri Medvedev, son dauphin, à la présidence russe permet au président sortant de rester au pouvoir sans briguer un troisième mandat. En effet, au lendemain de l'investiture du président Medvedev, V. Poutine est élu au poste de Premier ministre (mai 2008). Depuis lors, il a réinterprété la Constitution russe à sa guise en transférant la plupart des prérogatives présidentielles à la présidence du conseil des ministres.

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L’élection présidentielle du 4 mars 2012 se déroule dans un climat de mécontentement populaire sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de V. Poutine en 2000. V. Poutine revient alors de plus belle sur le devant de la scène, éclipsant presque entièrement D. Medvedev qui retrouve le poste de Premier ministre. L’opposition se remobilise et remporte quelques succès aux élections locales et régionales de septembre 2013. Mais dans un climat surtout marqué par une apathie politique croissante, elle ne menace guère l’hégémonie du parti présidentiel tandis que le chef de l’État, mettant en avant les initiatives internationales de la Russie et multipliant les opérations de communication, parvient à retrouver une popularité plutôt stable.

La philosophie poutinienne : entre nationalisme, conservatisme et eurasisme

La philosophie poutinienne, ou poutinisme, promeut en priorité l’unité du peuple, qui doit être le fruit de l’œuvre du chef de l’État. En témoignent le nom du parti politique de Vladimir Poutine (Russie Unie) et la popularité du Président dans son pays. Cette philosophie tire directement racine des travaux d’Ivan Iline, philosophe russe du XXe siècle, très cher aux yeux du dirigeant russe actuel. Iline écrivait, dans son ouvrage Nos Missions : « La Russie a besoin d’une dictature ferme, national patriotique, et inspirée de l’idée libérale. Son chef doit être guidé par l’idée du Tout et non par des motifs particuliers, personnels ou partisans. » Iline donne la définition du dirigeant de la Russie post-communiste : « Le Guide sert au lieu de faire carrière ; combat au lieu de faire de la figuration ; frappe l’ennemi au lieu de prononcer des mots vides ; dirige au lieu de se vendre aux étrangers.

La doctrine de l’eurasisme considère que la Russie dispose d’une spécificité politique, économique et sociale, qui lui est véritablement propre. Un pouvoir fort et unique devient donc essentiel, car comme le rappelait Catherine II de Russie : « Un pays d’une telle ampleur ne peut pas se gouverner d’une autre façon que celle autoritaire.

Par son action politique et militaire en Syrie, Vladimir Poutine se place en protecteur de tous les chrétiens d’Orient. Le conservatisme s’inscrit notamment comme un vecteur du renouveau de l’orthodoxie en Russie. Vladimir Poutine reprend pour ce faire les considérations de Constantin Leontiev, philosophe russe qui fait de la Russie une civilisation à part entière et un rempart contre un Occident jugé décadent. Leontiev promet une Russie qui est et demeure russe. Ainsi, Poutine reprend certains de ces préceptes en rappelant que la doctrine conservatrice russe est un moyen de contenir la pensée occidentale.

Eurasisme et panslavisme correspondent au concept d’unification et de rassemblement des Slaves, destinés à se regrouper dans un espace économique ou politique commun, par leurs ressemblances culturelles, religieuses, linguistiques et historiques. L’eurasisme est une vision du monde panrusse, opposée à l’atlantisme. Elle s’appuie notamment de manière assez nette sur les religions traditionnelles et bénéficie de ce fait de la bienveillance du patriarcat orthodoxe. Alexandre Douguine, homme politique influent proche du Kremlin, reprend cette idée de l’eurasisme en promouvant la création d’un continent entre Europe et Asie, un pont entre l’Orient et l’Occident.

Le système Poutine : contrôle politique et puissance économique

Poutine a par la suite fondé son pouvoir sur un réseau de services spéciaux à sa solde, mais aussi un environnement financier et économique oligarchique qu’il supervise de près. Il a également réussi à verrouiller le système politique en laissant entrer au Parlement une opposition (composée des communistes, du Parti libéral démocrate et du Parti de la justice), qui n’en est en réalité pas une.

L’action et la politique de Vladimir Poutine au début de son mandat partent d’un constat simple. Les années Eltsine ont créé en Russie une situation délétère. Déjà frappée par l’inflation, le chômage et les salaires impayés, la population est durement touchée par la crise économique de 1998. Sa stratégie de rétablissement de la puissance étatique passe notamment par deux axes : le contrôle des médias et la mise au pas des oligarques. Pour ce qui est des oligarques (personnalités de premier plan du monde des affaires, en lien avec le pouvoir politique, qui se sont rapidement enrichies dans les années 1990 via les privatisations qui ont suivi la dissolution de l’Union soviétique), Poutine déclare qu’il est prêt à fermer les yeux sur leurs activités douteuses et sur la manière (souvent à la marge de la légalité) dont ils se sont enrichis, s’ils sont enclins, en échange, à consacrer une partie de leurs bénéfices à la reconstitution de la puissance du pays. La plupart obtempèrent, certains comme Boris Berezovsky décident de s’exiler, quand d’autres, plus courageux, décident tant bien que mal, de résister.

Les zones d'ombre et les controverses

La biographie de Vladimir Poutine est également marquée par des zones d'ombre et des controverses. Son passé au sein du KGB, ses liens avec des groupes terroristes d'extrême gauche et son rôle dans des affaires de corruption ont fait l'objet de nombreuses spéculations et accusations.

Selon le transfuge Oleg Kalouguine, le poste de Dresde était aussi utilisé par le KGB pour des contacts discrets avec certains groupuscules terroristes de l'extrême gauche européenne. Un ancien de la Fraction Armée rouge a confié aux services allemands que Poutine était présent lors de certains briefings avec la Stasi, et qu'il semblait commander même aux généraux de la Stasi.

Par ailleurs, plusieurs enquêtes ont révélé l'existence d'un vaste réseau de biens immobiliers et de comptes bancaires offshore liés à Poutine et à ses proches, d'une valeur de plusieurs milliards d'euros.

tags: #poutine #biographie #famille

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