La fécondation in vitro (FIV) est une technologie de reproduction assistée qui a révolutionné la manière dont les couples infertiles peuvent concevoir un enfant. Depuis la première naissance par FIV en Angleterre en 1978, suivie de la France en 1982, cette technique s'est largement répandue à travers le monde. Cependant, la FIV soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne la religion. Cet article explore les différents points de vue des religions sur la FIV, en mettant en évidence les préoccupations et les arguments qui sous-tendent ces positions.
La PMA : Un Objectif Thérapeutique ?
En droit français, la procréation médicalement assistée (PMA), dont la FIV fait partie, est encadrée par un objectif thérapeutique. Elle vise à remédier à l'infertilité d'un couple ou à éviter la transmission d'une maladie grave à l'enfant ou à l'un des membres du couple. Ainsi, elle ne concerne que les couples hétérosexuels, vivants, en âge de procréer et porteurs d'un "projet parental".
L'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes suscite des débats éthiques importants. Certains craignent que cela n'entraîne la création d'enfants sans pères, ce qui pourrait avoir des conséquences psychologiques et sociales négatives. Le Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) reconnaît d'ailleurs que cela pourrait créer des inégalités pour les enfants nés de ces PMA, qui seraient privés de père ou d'un double lignage parental.
Inégalités et Marchandisation du Corps
L'argument de l'"inégalité de traitement" entre les femmes en couple hétérosexuel et les femmes seules ou en couple est souvent avancé. Cependant, la Cour européenne des droits de l'homme valide la loi française, estimant que la situation des couples hétérosexuels infertiles n'est pas comparable à celle des couples de femmes.
Un autre point de friction est la marchandisation du corps. L'extension de la PMA à toutes les femmes pourrait entraîner une généralisation du don de gamètes, alors que les dons sont déjà insuffisants. Certains préconisent alors la vente de sperme, ce qui abandonnerait le principe de gratuité.
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Anonymat des Donneurs et Sélection des Individus
Le principe d'anonymat des donneurs, qui garantit la possibilité du don de gamètes, est également remis en question. Cette règle, propre à la France, est qualifiée de "fallacieuse" car elle ne permet pas d'empêcher les éventuelles consanguinités. De plus, les progrès de l'informatique permettent de retrouver l'identité de donneurs anonymes, ce qui soulève la question du droit de l'enfant à connaître ses origines.
Permettre l'insémination de femmes non stériles signifierait l'abandon du critère thérapeutique actuel et l'ouverture de la PMA à tous, y compris les couples fertiles. Certains craignent que cela n'ouvre la porte à la sélection des individus et à un eugénisme légal, où l'on choisirait certaines caractéristiques chez l'enfant ou éviterait telle autre.
L'Unité de la Personne et les Droits de l'Enfant
L'élargissement de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes achève de disjoindre la fécondation biologique et la parenté sociale. Or, l'être humain est à la fois un corps vivant et un être social. Le scinder en deux est considéré par certains comme un acte de violence contre l'unité de la personne humaine, qui est une totalité unifiée sur les plans biologique, psychique, spirituel et social.
La Convention internationale des droits de l'enfant pose le droit pour chaque enfant, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d'être élevé par eux. Organiser délibérément l'effacement du père n'est pas compatible avec ce droit. Le CCNE reconnaît que le "droit à l'enfant" n'a pas de fondement juridique, mais que la préoccupation éthique majeure doit être celle des droits de l'enfant.
Perspectives des Grandes Religions
Les grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam) prônent la procréation comme le but majeur de l'union physique intraconjugale d'un homme et d'une femme. La Bible, le Coran et la Torah expriment la douleur liée à la difficulté d'enfanter. Cependant, leurs positions sur la PMA et la FIV varient considérablement.
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Le Catholicisme
L'Église catholique a une position très restrictive sur la PMA et la FIV. Elle s'oppose à l'insémination artificielle, même intraconjugale, et à toutes les formes de fécondations in vitro, même homologues (sans tiers donneur). Cette opposition est due à plusieurs raisons :
- Les atteintes à l'embryon lors du diagnostic préimplantatoire et la destruction des embryons non implantés.
- La dissociation entre l'acte conjugal et la fécondation, qui doit être le "fruit de la donation sexuelle des époux".
- La dissociation de la parenté en cas d'insémination artificielle avec donneur (IAD) ou de FIV avec tiers donneur.
L'Église catholique refuse également le recours aux mères porteuses, considérant la maternité de substitution comme "contraire à l'unité du mariage et à la dignité de la procréation de la personne humaine".
Le Protestantisme
Le protestantisme est généralement plus ouvert à la PMA et à la FIV que le catholicisme. La plupart des Églises protestantes laissent la liberté de choix entre les différentes techniques d'aide médicale à la procréation, certaines acceptant l'insémination artificielle avec donneur lorsque cela est nécessaire. Le croyant est encouragé à choisir la solution qui lui paraît la plus acceptable éthiquement.
L'Orthodoxie
L'Église orthodoxe rejette la plupart des techniques de PMA et n'autorise aucune manipulation sur l'embryon. Cependant, certaines Églises orthodoxes autorisent la FIV, estimant qu'il ne leur revient pas de légiférer sur la vie privée de leurs fidèles.
Le Judaïsme
La principale objection halakhique (loi juive) à la PMA réside dans la transgression de "l'émission de semence en vain", c'est-à-dire le fait pour un homme d'éjaculer en dehors d'un rapport sexuel. Néanmoins, la plupart des décisionnaires contemporains autorisent la PMA lorsqu'il n'y a pas d'autre alternative, en prenant en considération la peine et le désespoir que fait régner l'infertilité au sein du couple. Certaines autorités rabbiniques s'appuient même sur des textes qui comparent celui qui n'a pas d'enfants à un mort.
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Le judaïsme ne s'oppose pas au diagnostic préimplantatoire en vue de déceler d'éventuelles anomalies chromosomiques ou pathologies graves, l'embryon extra-utéro n'étant pas considéré comme un être vivant.
L'Islam
La loi musulmane s'apparente à la loi juive, exception faite de l'autorisation préalable d'un imam, non requise pour entreprendre une demande de PMA. L'islam autorise la FIV sous conditions strictes, notamment que les gamètes proviennent du couple et que la fécondation ait lieu pendant le mariage.
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