Présents dans presque tous les milieux aquatiques, les poissons, avec plus de 30 000 espèces recensées, peuplent la planète, des ruisseaux d’eau douce aux profondeurs océaniques. Leur diversité anatomique, allant de formes hydrodynamiques recouvertes d’écailles à des spécimens cartilagineux ou dépourvus de mâchoires, témoigne d'une adaptation remarquable. Leur taille varie considérablement, du minuscule Paedocypris progenetica d'Indonésie (10 mm) aux géants marins atteignant 18 mètres. On distingue environ 16 000 espèces de poissons marins et 14 000 espèces d'eau douce.
Le Poisson, Symbole Universel
Le poisson, symbole d’eau, de fécondité et de sagesse, possède de multiples facettes. Sa représentation symbolique est forte et a traversé les âges.
L'Importance du Poisson Dans les Religions et les Cultures
Parmi les représentations les plus connues, le poisson est un symbole du christianisme. Il est sacré car il est le seul être à avoir survécu au Déluge. Dans la culture japonaise, la carpe koï est un symbole de virilité et d’amour. Très représentée dans les tatouages, elle symbolise la force et la persévérance. En astrologie, le poisson est le dernier signe avant l’équinoxe de printemps. La constellation du Poisson, l’une des plus anciennes découvertes, remonterait aux Babyloniens, qui la décrivaient comme deux poissons poussant un œuf géant. Pour les Égyptiens, elle représente Inet (le poisson) où se rendent les âmes des morts.
Le Poisson Dans l'Art et la Culture Populaire
Omniprésents sur la planète, les poissons sont connus de tous les peuples. Le milieu marin et aquatique au sens large a toujours fasciné l’homme. On retrouve une sacrée variété de poissons dans les dessins animés de notre jeunesse : Polochon, Némo, Dory, tous parés de couleurs chatoyantes à la sauce Disney-Pixar. Comme un poisson dans l’art, il a inspiré les artistes à travers les époques. Matisse peint en 1911 Les Poissons Rouges ; Renoir, Nature Morte aux poissons en 1916. On retrouve aussi Magicarpe, Écayon, Axoloto, Poissirène ou encore Loupio, créatures aux super-pouvoirs au cœur de la franchise et du jeu vidéo Pokémon.
Le Poisson Dans la Publicité et la Protection de l'Environnement
Très présent dans la publicité, le poisson est souvent personnifié pour vous faire acheter. Nombreuses sont les enseignes de produits à base de poisson à l’utiliser dans leurs pubs et sur leurs logos. Les requins, thons et autres poissons sont très présents dans les campagnes de protection des océans, menacés par la surpêche et la pollution.
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Le Poisson en Afrique : Un Symbole Ancestral
Depuis des millénaires, les poissons occupent une place de choix dans l’imaginaire collectif en Afrique. Les mythes des origines et de la création, qui permettent d’expliquer l’origine, l’essence et le sens du monde, sont symbolisés, dans la plupart des sociétés africaines, par des éléments naturels comme l’eau, la terre ou le feu, ainsi que par des animaux totems incarnant l’être primordial. Dans ce contexte, les eaux continentales et les animaux qui les habitent (poissons, crocodiles, etc.) jouent un rôle particulièrement important.
Le Poisson et le Crocodile : Esprits de l'Eau et Symboles de Vie et de Fécondité
Une des caractéristiques de la spiritualité africaine est sa capacité à reconnaître une âme et une existence propre au monde animal ou végétal. Investis de pouvoirs et de symboles, ces deux mondes permettent aux hommes de communiquer avec le monde « invisible », celui des morts et des esprits. Esprit de l’eau, le poisson comme le crocodile est symbole de vie et de fécondité. Chez les Baoulé de Côte d’Ivoire, le crocodile est souvent figuré sur les portes sculptées, comme sur les poids à peser l’or où on le représente souvent avec un poisson dans la mâchoire. Chez les Dogon du Mali, le crocodile est considéré comme le serviteur du nommo, le premier être créé avec le ciel, la terre et l’eau. Chez les Bambara (Mali), ils font l’objet d’un culte et sont gardés vivants dans une mare sacrée. En pays mossi, au Burkina Faso, le crocodile est souvent le totem d’un clan du village.
Les Poissons Sacrés en Égypte Ancienne
Les poissons apparaissent très tôt dans la mythologie égyptienne. Certains poissons du fleuve étaient respectés de leur vivant. À leur mort, ils étaient sacralisés par la momification. C’est le cas en particulier du Lates (connu actuellement sous le nom de capitaine ou perche du Nil), dont on a retrouvé de nombreuses momies dans la nécropole d’Esna. C’était l’animal sacré de la déesse Neith, souveraine de la cité d’Esna. D’après certains textes, la déesse Neith se métamorphosa à plusieurs reprises et prit la forme du poisson. À Thèbes, les lépidotes (Barbus bynni ou carpe du Nil) étaient ensevelis dans des petits cercueils en bois peint, en forme de poisson. C’était l’animal sacré de la déesse Méhyt, à tête de lionne.
La ville d’Oxyrhynchos en Haute Égypte doit également son nom à un poisson, l’oxyrhynque (Mormyrus kannume) qui faisait l’objet d’un culte dans toute l’Égypte. Cette espèce, reconnaissable à son museau long et recourbé et à sa nageoire dorsale très longue, était consacrée à la déesse Hathor. L’oxyrhynque, considéré comme protecteur du mort et garant de la résurrection, a été l’un des ex-voto le plus apprécié, témoignant du désir de tout Égyptien de revivre dans l’au-delà. Le tilapia, dont certaines espèces incubent leurs œufs dans la bouche, est l’un des poissons les plus représentés dans l’art égyptien. Il fournit le motif des palettes à fard et on le retrouve peint sur des vases, ainsi que sur de nombreuses fresques. Il est associé à l’idée de fertilité et de renaissance dans l’autre monde, ainsi qu’au dieu Atoum qui prit sa semence dans la bouche et généra le monde. L’espèce Oreochromis niloticus (tilapia) est quasiment un poisson amulette. Il est associé au concept de la vie éternelle et à ses rituels. Il protège les vivants et les morts, ainsi que les enfants des morts « dangereux » sans sépulture ou sans tombe. Abydos serait la cité du tilapia.
L’anguille était également un poisson sacré dans l’ancienne Égypte et représentait l’une des formes du dieu Atoum. Ce poisson devait correspondre à la première entité sortant du Noun, l’océan primordial qui existait avant la création.
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Le dieu-crocodile Sobek était l’une des divinités les plus importantes de l’ancienne Égypte. Les Égyptiens le représentaient sous la forme de l’animal ou avec le corps d’un homme et la tête d’un crocodile. Être ambivalent, il pouvait apparaître comme une puissance bénéfique liée au soleil et aux eaux fécondantes ou, au contraire, comme un être redoutable, ennemi des dieux. Kom Ombo ou Crocodilopolis dans le Fayoum constituaient les principaux sanctuaires consacrés à Sobek. Certains temples comportaient des élevages. Là, des crocodiles parés d’or et de pierres précieuses, portant des bracelets aux pattes de devant, étaient domestiqués - ou presque ! - dans des bassins. À leur mort, ils étaient embaumés et momifiés. Des milliers de momies d’adultes ou de nouveaux-nés ont ainsi été retrouvées.
Les Poissons Sacrés en Afrique de l'Ouest
L’Afrique de l’Ouest contemporaine n’est pas en reste. La sacralisation des animaux du fleuve tient au moins en partie aux services qu’ils ont rendu à des familles ou à des ethnies lors de certains épisodes de leur vie. Plusieurs espèces de poissons restent vénérées en Afrique. Mais le plus populaire est le silure, poisson à la fois commun et mystérieux, vivant dans l’ombre de la vase, robuste et capable de vivre hors de l’eau. Chez les Dogon du Mali, la figure du héros culturel, le nommo, est susceptible de s’incarner dans un silure. La symbolique du silure préside aux principales étapes de la vie. Dans le mythe d’origine, les germes des deux premiers hommes avaient la forme de poissons silure. À sa naissance, l’enfant passe de l’état de poisson dans « l’eau-mère » à celui d’un être doué de paroles. Plus tard, il est offert à la jeune fille qui devient femme et, lorsqu’arrive une grossesse, il est considéré comme son véritable époux. Les morts, enfin, sont préparés pour ressembler à un silure et les danses rituelles lors des funérailles simulent la nage du poisson.
Dans la région de Man, en Côte d’Ivoire, les silures reçoivent des offrandes de riz. Les Man du Liberia ont à charge de nourrir les poissons sacrés, images réincarnées des ancêtres. Dans les sociétés akan de Côte d’Ivoire, il existe également un culte des silures sacrés. Dans la rivière Stransi, près du village de Sapia, il est formellement interdit de pêcher du poisson. Il est également interdit de cultiver aux environs de la rivière. Une famille est en charge de protéger les silures sacrés. Si un silure vient à décéder, le village en est informé travers des salves de fusil. Au Burkina Faso, le poisson-chat fait aussi l’objet d’un culte. En juin 2005, les silures sacrés d’une mare située prés de Bobo-Dioulasso ont été décimés par une eau souillée provenant d’installations industrielles. Traités comme des humains, plusieurs centaines de ces silures qui sont censés protéger la ville ont été ensevelis dans les linceuls.
Tabous et Interdits Liés aux Poissons
Dans certaines provinces d’Égypte ancienne, il existait un certain nombre de tabous vis-à-vis du poisson. Il était en particulier interdit dans l’alimentation là où l’on vénérait le dieu Osiris. En effet, dans la mythologie égyptienne, le corps d’Osiris découpé en morceaux par son frère Seth aurait été jeté dans le Nil. Isis, femme d’Osiris, parvint à retrouver toutes les parties à l’exception du membre viril avalé par le lépidote ou l’oxyrhynque.
Les communautés des pêcheurs créent leurs propres mondes faits d’interdits, de symbolismes et de savoirs propres. Ceci est particulièrement vrai dans les régions de pêche traditionnelle, où certains interdits coutumiers (zones, périodes et types de pêche) ont contribué jusqu’à un passé récent et contribuent parfois encore à éviter une exploitation anarchique et inconsidérée des ressources.
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Exemples d'Interdits au Sénégal et au Bénin
Au Sénégal, les interdits sont souvent en rapport avec la gestion des pêches. Dans un pays où la saison sèche est bien marquée, il s’agit de protéger les stocks de géniteurs. Il y a des fosses d’eau profonde où on interdit la pêche. Ainsi, les poissons ont un endroit pour vivre. Quand les poissons se rassemblent et l’eau se réchauffe, on déclare la pêche ouverte. Autrefois, quand on allait pêcher dans les mares, les cordonniers n’y allaient pas, ni aucun vêtement rouge. Ce sont là les interdits de la mare. Si on va à la mare avec quelque chose de rouge, les poissons disparaissaient, on ne les voit plus. Un nouveau marié ne doit pas y aller non plus.
Au Bénin, sur les lacs Ahémé, Toho, Nokoué et dans la zone lagunaire, il existait autrefois un arsenal d’interdits et de règlements, un véritable code moral qui permettait, selon les plans d’eau, d’éliminer les techniques et les engins dangereux afin de ménager la faune ichtyologique et de préserver la ressource. Ainsi il y avait des engins et des techniques de pêche prohibés : le djetowlé, l’amedjrotin, la palangre, l’épervier, etc. Sur le lac, nul ne devait siffler durant la traversée, qu’il fut pêcheur ou non. Toute infraction était, d’après la légende, sanctionnée par une attaque de crocodile. Par ailleurs, deux jours par semaine étaient traditionnellement réservés au repos, et des zones étaient déclarées protégées et d’accès interdit. Le but des interdits était de lutter contre la surpêche, dont on avait conscience depuis longtemps malgré l’abondance des poissons. La sanction des vodun était graduée pour les contrevenants : d’abord une mise en garde, puis des amendes, puis la flagellation. En cas de récidive, on saisissait les engins prohibés, puis les filets et la pirogue du récalcitrant. Lorsqu’un coupable ne s’amendait pas, on finissait par le confier au « Dangbé Honsou », le Dieu protecteur, qui châtiait durement les délinquants qui mourraient noyés s’ils n’avouaient pas leur forfait à temps. La crainte des sanctions maintenait en respect ceux qui risquaient de compromettre la pêche.
Tabous à Madagascar
À Madagascar, un certain nombre de poissons d’eau douce sont fady (tabous). Chez les Antakara, il existe encore des fady portant non seulement sur certaines espèces en particulier, mais aussi sur la façon dont elles sont…
Le Poisson et le Symbolisme Spirituel
Dans la Kabbale, la lettre Noun peut avoir le sens de « serpent » ou de « poisson » dans les langues sémitiques. La lettre Noun évoque le poisson, et plus généralement ce qui est caché dans les profondeurs. Il s’agit ici des profondeurs de l’être, du psychisme humain, à mettre en lien avec le symbolisme de l’eau, de la lune et de la femme. Dissimulé au fond de la mer, le poisson est insaisissable ; il représente l’ombre cachée du nous-mêmes, qu’il faudra tenter d’approcher et de comprendre. Noun symbolise la connaissance primordiale oubliée, qui émerge dans notre vie sous la forme d’une inclination spirituelle, d’une intuition, d’une étincelle de lucidité. Ce poisson qui se manifeste à la surface des eaux est le signe d’un contact qui s’établit entre la bas et le haut. La plongée en soi que propose Noun est aussi un moyen de rencontrer ce qui nous dépasse. Autrement dit, l’homme contient au fond de ses entrailles la clé de l’universel, car il a été créé à l’image de Dieu. Pour cela, une transformation intime est nécessaire. En faisant l’effort de connaître ce qu’il a de plus sombre en lui, l’individu éclaire le mécanisme de ses peurs, de ses instincts et de ses passions. Il se comprend, et par là-même, s’ouvre à la compréhension de toute chose. Noun nous questionne : sommes-nous prêts à reconnaître l’heure de notre libération ? sommes-nous prêts à ouvrir notre être obscur à la lumière ? Au final, Noun évoque l’énergie du changement qui bouscule nos illusions.
Le Poisson et le Symbolisme Animalier
Le symbolisme des animaux concerne les animaux dans leur capacité à désigner, à signifier, voire à exercer une influence en tant que symbole. Le poisson, comme d'autres animaux, possède un symbolisme riche et varié.
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