L'avortement, un acte médical visant à interrompre une grossesse, suscite des débats passionnés et polarisés à travers le monde. Des femmes manifestent pour demander la décriminalisation de l'avortement, comme à Buenos Aires en Argentine, clamant que l'avortement est un droit fondamental. Chaque année, des millions de personnes ont recours à cette procédure, qui reste pourtant questionnée, stigmatisée et criminalisée dans de nombreux pays. En France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est dépénalisée depuis 1975 grâce à la loi Veil, mais des mouvements "pro-vie" cherchent à remettre en cause ces progrès.
Un Droit Fondamental à l'Autonomie Corporelle
Le droit de prendre des décisions concernant sa propre santé, son corps et sa vie sexuelle est un droit humain fondamental. Ce droit est constitutif de l'égalité entre les femmes et les hommes et d'une société plus juste. L'avortement, qu'il soit médicamenteux ou chirurgical, est une intervention simple qui peut être effectuée sans risque par un large éventail de professionnels de la santé. Lorsqu'il est pratiqué ou accompagné par un professionnel de la santé qualifié dans de bonnes conditions d'hygiène, l'avortement est l'un des actes médicaux les plus sûrs disponibles.
Cependant, lorsque l'accès à l'avortement est restreint, les personnes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins et dangereux. La criminalisation de l'avortement entraîne une tendance à le considérer comme une exception, artificiellement placée hors du champ des soins médicaux classiques. Pourtant, les soins liés à l'avortement sont des soins de santé essentiels.
Aujourd'hui, environ 45 % des avortements sont pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité selon l'OMS. Le manque d'accès, en temps opportun, à un avortement sécurisé, abordable et respectueux est un problème majeur de santé publique. En effet, les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses sont la troisième cause de mortalité maternelle au monde. Les décès sont particulièrement courants dans les pays où le recours à l'avortement sûr est limité ou complètement interdit.
Il est important de noter que l'interdiction de ce droit ne fait pas baisser le nombre d'avortements. D'après l'Institut Guttmacher, le nombre d'avortements est significativement le même dans les pays qui l'interdisent ou le restreignent et dans ceux qui l'autorisent : 37 personnes sur 1 000 y ont recours dans le premier cas contre 34 sur 1000 dans le second.
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Ces dix dernières années, il y a eu des avancées législatives majeures en faveur du droit à l'avortement en Europe. Cependant, dans la pratique, l'accès à l'avortement est loin d'être une réalité pour tout le monde. La criminalisation de l'avortement et les obstacles persistants au droit à l'avortement touchent de manière disproportionnée les groupes et les personnes déjà marginalisées, notamment celles qui ont de faibles revenus, les personnes réfugiées ou migrantes, les personnes LGBTIQ+ ainsi que les communautés racisées ou autochtones.
La Clause de Conscience des Soignants : Un Droit Fondamental en Question
La clause de conscience des soignants, un droit fondamental, est souvent remise en question dans le débat sur l'avortement. Une proposition de loi visant à renforcer le droit à l'avortement revient à l'Assemblée, et certains veulent la disparition de cette clause, arguant qu'il y aurait deux clauses, la générale et la spécifique, la seconde étant superflue. Cependant, la clause générale est insuffisante, moins protectrice et ne concerne pas tous les soignants. Si une clause spécifique a été créée dès la loi Veil, c'est bien en raison du caractère particulier de cet acte. On ne peut sacrifier une liberté (celle du soignant) contre une autre (celle de la femme).
L'Avortement : Un Acte Médical, Pas un Trophée
Certaines critiques adressées aux défenseurs du droit à l'avortement sont virulentes et personnelles. Par exemple, Simone de Beauvoir, figure emblématique du féminisme, a reçu des lettres insultantes remettant en question sa propre moralité et sa contribution à la société. Ces attaques ad hominem visent à discréditer le mouvement pro-choix en attaquant ses figures de proue, plutôt qu'en engageant un débat de fond sur les arguments en faveur ou contre l'avortement.
Le Manifeste des 343 : Un Tournant Médiatique et Polémique
Le Manifeste des 343, signé par des femmes déclarant avoir avorté, a marqué un tournant dans le débat sur l'avortement en France. Contrairement au "Deuxième Sexe" de Simone de Beauvoir, ce manifeste s'inscrit dans un mouvement féministe qui parvient à faire de l'avortement un sujet polémique et médiatique. La réception négative du manifeste prend place dans une "effervescence antiféministe", surtout du côté de la droite catholique.
Arguments Philosophique : L'Expérience de Pensée du Violoniste Inconscient
Judith Jarvis Thomson, une philosophe américaine influente, a contribué de manière significative au débat sur l'avortement avec son article "A Defense of Abortion". Elle y remet en question l'argument selon lequel "le fœtus est un être humain, une personne dès l'instant de sa conception". Pour contrer l'argument du "droit à la vie" du fœtus, Thomson propose une expérience de pensée, celle du "violoniste inconscient" : vous vous réveillez un matin et vous découvrez que la Société des amis de la musique vous a relié dans votre sommeil à un violoniste célèbre atteint d'une grave maladie rénale, car vous êtes le seul dont le type sanguin permet de le sauver ; on vous demande d'accepter votre sort pendant neuf mois, car "le droit d'une personne à la vie" l'emporte sur "le droit de décider ce qu'il advient de et dans votre corps".
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Thomson s'intéresse aux cas où une femme souhaite avorter pour une raison moins impérieuse que la préservation de sa propre vie, ceux où l'argument du "droit à la vie" du fœtus paraît le plus fort. Pour elle, il existe bien un droit à la vie, pas au sens où celui-ci consiste en un droit de ne pas être tué mais en un droit de ne pas être tué de façon injuste. Et l'argument selon lequel une femme, en ayant des relations sexuelles non - ou mal - protégées, confère automatiquement un droit de ne pas être tué au fœtus, constitue une généralisation abusive.
L'Avortement Durant l'Entre-Deux-Guerres : Une Histoire Complexe et Contrastée
L'histoire de l'avortement durant l'entre-deux-guerres est singulière, complexe et contrastée. La crainte de la dépopulation fait naître un moralisme étroit et outrancier au sein de l'élite. Dans les années 1920, l'idéologie nataliste conquiert une position dominante dans la sphère dirigeante de notre pays. Soutenue par la culture catholique, cette idéologie est intimement liée à une campagne en faveur des bonnes mœurs.
La mentalité nataliste ne laisse pas de place à une éventuelle revendication d'un droit à l'avortement. Aucune dérogation à la règle n'est accordée. La Première Guerre mondiale ne change pas la donne : même l'avortement d'une femme violée par l'ennemi n'est pas admis. Sous l'influence des thèses populationnistes, l'avortement acquiert une signification particulière : il n'est plus seulement une affaire de femmes mais constitue désormais un enjeu politique.
La Justice Face à l'Avortement : Impuissance et Indifférence ?
Au xixe siècle, la faiblesse de la répression s'expliquerait par un manque de volonté de la part de la justice. Ce manque de volonté est révélateur du désintérêt que suscite alors l'avortement. Quelques décennies plus tard, la répression est en hausse. Dans les chiffres, les condamnés pour avortement se multiplient. Mais face aux abandons de poursuites, cette répression ne fait pas le poids. L'abandon constitue la direction principale donnée aux affaires d'avortement. Entre les deux guerres, l'appareil judiciaire semble davantage impuissant qu'indifférent à la pratique de l'avortement.
L'abondance des abandons de poursuites donne l'image d'une justice dépassée par une infraction qu'elle parvient difficilement à réprimer. L'image d'une justice qui semble incapable d'appliquer ses propres articles. Les techniques abortives se perfectionnent sans que les moyens mis en œuvre pour les détecter n'évoluent. L'inadéquation des moyens est patente.
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La Constitutionnalisation du Droit à l'Avortement : Une Garantie Renforcée ?
La proposition de loi d'inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution française a été adoptée le 24 novembre par une forte proportion de députés et est désormais en lecture au Sénat. Intégrer un droit fondamental dans la Constitution donne à celui-ci une plus grande valeur juridique et le rend plus difficile à modifier que lorsqu'il est garanti par la loi. De plus, inscrire ce droit dans la Constitution lui conférerait une portée symbolique. Notre constitution contient très peu de droits fondamentaux directement dans son texte et même nos catalogues de droits ne sont pas aussi fournis que d'autres Constitutions.
Cependant, la constitutionnalisation n'offre pas la garantie quotidienne de ce droit sur le territoire et sa garantie concrète doit toujours être assurée par la loi. D'autres arguments prouvent que la constitutionnalisation a ses faiblesses et d'abord celui tiré du parallèle avec la situation américaine.
Soutien et Dialogue Face aux Remises en Question
Quand une grossesse arrive par surprise, une femme peut être particulièrement démunie, même si sa raison lui dit que l'avortement est la meilleure issue. Dans ces situations, une femme peut être prête à se soumettre à l'avis de son compagnon, même à contrecœur. Il est important pour les hommes d'exprimer leurs peurs et leurs colères, de confier leurs pensées et leurs doutes, et de trouver un éclairage et un point d'appui.
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