L'industrie est revenue au cœur des priorités économiques de la France. Dans ce contexte, il est essentiel de comprendre les dynamiques qui animent le tissu industriel français, notamment en ce qui concerne les PME (Petites et Moyennes Entreprises) et les PMI (Petites et Moyennes Industries), ainsi que la notion de "Granier" qui y est associée. Cet article se propose d'explorer ces concepts, leur évolution et leur impact sur l'emploi et la productivité en France.
L'importance renouvelée de l'industrie
Ces dernières années, la question industrielle est revenue au cœur des priorités économiques de la France, c’est dans ce contexte que l’étude de La Fabrique de l’industrie prend toute sa valeur. En apportant des données précises, en mobilisant des méthodes rigoureuses et en mettant à jour le travail de référence sur le multiplicateur d’emplois industriels, elle rappelle une évidence trop souvent négligée : l’industrie ne crée pas seulement des emplois directs, elle irrigue l’ensemble du tissu économique local et elle impulse une dynamique pour tout un territoire. Chaque emploi exposé, chaque ouvrier, chaque technicien, chaque ingénieur contribue à générer, au-delà de l’atelier ou de l’usine, de l’activité pour les commerces, les services, les artisans. Pour les élus locaux, et en particulier pour les intercommunalités investies dans le programme Territoires d’industrie, ces enseignements sont essentiels. Ils confirment que nos politiques d’attractivité, de formation, de foncier, d’aménagement doivent continuer à soutenir l’industrie, non comme une fin en soi, mais comme un levier structurant du développement local. C’est précisément en tant qu’acteurs de première ligne que les territoires doivent être pleinement soutenus dans leurs propres dynamiques de réindustrialisation.
Définitions : PME, PMI et le concept de "Granier"
PME : Petites et Moyennes Entreprises
La définition des PME est basée sur des critères de taille, de chiffre d'affaires et de nombre d'employés. En général, une PME est une entreprise qui emploie moins de 250 personnes et dont le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas 50 millions d'euros ou dont le total du bilan annuel ne dépasse pas 43 millions d'euros. Les PME sont un moteur essentiel de l'économie française, représentant une part importante de l'emploi et de la création de richesse.
PMI : Petites et Moyennes Industries
Les PMI sont des PME qui exercent une activité industrielle. Elles sont donc soumises aux mêmes critères de taille que les PME, mais se distinguent par leur activité de production de biens matériels. Les PMI jouent un rôle crucial dans le tissu industriel français, notamment en termes d'innovation, de savoir-faire et de développement local.
Le concept de "Granier"
La notion de "Granier" est plus qualitative et moins formellement définie. Elle fait référence à une entreprise industrielle, souvent une PMI, qui se caractérise par :
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- Un ancrage territorial fort : l'entreprise est implantée depuis longtemps dans une région et entretient des liens étroits avec les acteurs locaux (fournisseurs, clients, collectivités territoriales).
- Un savoir-faire spécifique : l'entreprise possède une expertise technique particulière, souvent liée à un produit ou un procédé de fabrication spécifique.
- Une culture d'entreprise familiale : l'entreprise est souvent dirigée par une famille depuis plusieurs générations et se caractérise par des valeurs de proximité, de loyauté et de transmission du savoir-faire.
- Une capacité d'innovation : malgré sa taille modeste, l'entreprise est capable d'innover et de s'adapter aux évolutions du marché.
Les entreprises "Granier" sont considérées comme des fleurons de l'industrie française, contribuant à la préservation des savoir-faire, au développement local et à la création d'emplois.
L'évolution de l'emploi industriel en France
Une progression récente après des décennies de déclin
En France, comme dans d’autres pays européens (Allemagne exceptée), on a assisté à une progression des emplois industriels entre 2018 et 2024, phénomène inédit sur une période aussi longue depuis le premier choc pétrolier. Pour la première fois depuis le premier choc pétrolier de 1973, la France a connu pendant six ans, entre 2018 et 2024, une progression quasi continue de l’emploi manufacturier : en personnes physiques, celui-ci s’est en effet accru de près de 180 000 unités (soit + 6,8 %), et ce malgré la crise du Covid-19. Cette réindustrialisation apparaît d’ailleurs plus précoce et plus marquée encore si l’on considère l’ensemble des métiers industriels, définis comme accomplissant des gestes manuels ou mobilisant des compétences en lien avec l’industrie, quelle que soit l’activité de l’entreprise où ils exercent.
Cette progression de l'emploi manufacturier entre 2018 et 2024 (+ 6,8 %) est la première observée sur une si longue période depuis plus de quarante ans. Cette évolution est principalement due à une diminution des suppressions de postes. Cependant, cette tendance positive semble s'être inversée en 2024, avec une reprise des destructions d'emplois.
Facteurs explicatifs de la progression de l'emploi industriel
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette récente progression de l'emploi industriel :
- La diminution des destructions d'emplois : L'industrie a enregistré une augmentation de l'emploi entre 2017 et 2024 principalement en raison d'une forte diminution des suppressions de postes.
- Les politiques de compétitivité : Une part de l'explication de la reprise de l'emploi manufacturier peut être corrélée aux effets des politiques ayant cherché à rétablir la compétitivité coût et hors coût de l'industrie.
- La réindustrialisation : La rupture de tendance survenue après plusieurs décennies de désindustrialisation marquée invite à se demander si l’industrie française n’a pas amorcé un nouveau cycle.
Facteurs de fragilisation de l'emploi industriel
Il paraît difficile de concevoir que cette récente dynamique positive de l’emploi industriel se maintienne si la France ne corrige pas plus complètement qu’à ce jour son déficit de compétitivité vis-à-vis des autres pays européens.
Plusieurs facteurs peuvent fragiliser l'emploi industriel en France :
- Le déficit de compétitivité : Si la France ne corrige pas son déficit de compétitivité vis-à-vis des autres pays européens, il paraît difficile de concevoir que cette récente dynamique positive de l’emploi industriel se maintienne.
- La reprise des destructions d'emplois : La reprise des destructions d'emplois, qui ont doublé en 2024, pourrait remettre en cause la progression de l'emploi industriel observée ces dernières années.
- La contribution négative aux gains de productivité : Paradoxalement, la contribution de l’industrie aux gains de productivité est même devenue négative depuis la crise du Covid-19.
L'impact de l'industrie sur l'emploi : au-delà des emplois directs
L'effet multiplicateur de l'emploi industriel
L’emploi industriel s’inscrit dans un ensemble plus vaste, comprenant également les emplois agricoles et certaines activités de services, qui regroupent tous les emplois exposés à la compétition internationale. Les activités industrielles, tout comme les autres activités exposées, produisent ainsi directement plus de richesse que d’emplois et alimentent indirectement la création d’emplois abrités.
La création d'emplois dans l'industrie ne se limite pas aux seuls emplois directs. Chaque emploi industriel génère également des emplois indirects dans d'autres secteurs d'activité, tels que les services, le commerce et l'artisanat. Cet effet multiplicateur est un élément essentiel à prendre en compte pour évaluer l'impact de l'industrie sur l'emploi.
Sur la période 2007-2023, la création de 100 emplois exposés a entraîné la création de 134 emplois dans le secteur abrité (contre 64 antérieurement calculés entre 2004-2013, puis 80 sur les années 2008-2016). La revue de travaux scientifiques récents sur ce sujet permet de souligner que ce multiplicateur est assez variable selon les territoires, les pays et les secteurs d’activité. En particulier, les secteurs intensifs en technologie et en travail qualifié tendent à créer indirectement davantage d’emplois dans les secteurs non manufacturiers.
L'évolution de l'effet multiplicateur
L'effet multiplicateur des emplois exposés sur l'emploi abrité s'est renforcé sur la période 2007-2023. Cela signifie que chaque emploi industriel créé génère un nombre croissant d'emplois indirects dans les autres secteurs d'activité.
Une explication possible est que, depuis 2005, le niveau absolu de productivité dans l’industrie est plus élevé que celui des services abrités, et qu’il croît (certes lentement) dans la première, tandis qu’il stagne, au mieux, dans les seconds. Il est alors probable que l’effet d’entraînement de chaque emploi industriel sur l’emploi abrité se soit accru par rapport à la décennie antérieure, même si la contribution de toute l’industrie à la progression de la productivité agrégée a pu diminuer dans le même temps, au point de devenir négative en fin de période.
Les enjeux de la productivité
La conjonction des deux résultats précédents peut sembler paradoxale : la contribution de l’industrie aux gains de productivité s’est réduite au moment même où son effet multiplicateur sur l’emploi abrité a probablement augmenté ou, en tout cas, s’est maintenu.
Malgré ce recul de la contribution de l'industrie aux gains de productivité, l'effet d'entraînement des emplois exposés, et notamment manufacturiers, sur les emplois abrités, demeure important.
Les défis de la réindustrialisation en France
Les freins à la réindustrialisation
En février 2025, l’Assemblée nationale a lancé une commission d’enquête visant à identifier les freins à la réindustrialisation en France. Cette commission intervient dans un contexte défavorable pour l’industrie, diverses annonces de réduction d’effectifs ayant amené la presse à parler de « panne de la réindustrialisation » ou de « réindustrialisation chaotique ». On voit ainsi se nouer un débat public sur la question de la réindustrialisation en cours de notre pays. Dans ses termes mêmes, ce questionnement montre combien l’emploi manufacturier est encore perçu par beaucoup d’observateurs comme un indicateur clé de la santé de notre économie en général et de notre industrie en particulier.
Plusieurs freins à la réindustrialisation ont été identifiés :
- Le déficit de compétitivité : Le coût du travail, la fiscalité et les charges sociales sont souvent considérés comme des freins à la compétitivité de l'industrie française.
- La complexité administrative : La complexité des réglementations et des procédures administratives peut décourager les entreprises d'investir en France.
- Le manque de compétences : Le manque de compétences techniques et de main-d'œuvre qualifiée peut freiner le développement de certaines filières industrielles.
- Le manque de financement : L'accès au financement peut être difficile pour les PME et les PMI, notamment pour les projets d'innovation et de développement.
Les leviers de la réindustrialisation
Pour favoriser la réindustrialisation, il est nécessaire de lever ces freins et de mettre en place des politiques publiques adaptées. Parmi les leviers possibles, on peut citer :
- L'amélioration de la compétitivité : Il est nécessaire de réduire le coût du travail, de simplifier la fiscalité et de diminuer les charges sociales pour améliorer la compétitivité de l'industrie française.
- La simplification administrative : Il est nécessaire de simplifier les réglementations et les procédures administratives pour faciliter les investissements des entreprises.
- Le développement des compétences : Il est nécessaire de renforcer la formation professionnelle et de développer les compétences techniques pour répondre aux besoins des entreprises.
- Le soutien à l'innovation : Il est nécessaire de soutenir l'innovation et la recherche-développement pour favoriser le développement de nouvelles filières industrielles.
- Le soutien financier : Il est nécessaire de faciliter l'accès au financement pour les PME et les PMI, notamment pour les projets d'innovation et de développement.
- Les politiques industrielles : Certains articles récents signalent le rôle positif sur l’emploi que peuvent jouer les politiques industrielles, incontestablement revenues en grâce un peu partout dans le monde. Criscuolo et al. (2019) remarquent ainsi en Europe, notamment au sein des PME, un effet positif des politiques industrielles territorialisées et sélectives sur l’emploi et sur l’investissement.
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