L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est une méthode d'avortement qui consiste à provoquer une fausse couche à l'aide de médicaments. En France, elle peut être pratiquée jusqu'à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Cette méthode est réalisée par un médecin ou une sage-femme dans un cabinet de ville, un centre de santé ou un centre de planification familiale ayant signé une convention avec un établissement de santé.
La méthode de l'IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse repose sur l'utilisation de deux médicaments distincts :
- Mifépristone (MYFEGINE) : Ce médicament interrompt le développement de la grossesse en bloquant l'action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. La mifépristone favorise également les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin.
- Misoprostol (GYMISO) : Ce médicament provoque l'expulsion de la grossesse en augmentant les contractions utérines.
Déroulement de l'IVG médicamenteuse
Première consultation : Information et recueil du consentement
- Le médecin ou la sage-femme vous informe sur les deux méthodes d'IVG (médicamenteuse ou chirurgicale) et vous remet un dossier-guide.
- Un entretien psychosocial est proposé (obligatoire pour les mineures).
- Si le professionnel de santé ne pratique pas lui-même l'IVG, il vous oriente vers un autre professionnel et vous remet une attestation.
Deuxième consultation : Choix de la méthode et confirmation du consentement
- Vous choisissez la méthode d'IVG qui convient le mieux à votre situation personnelle et confirmez votre choix par écrit.
- Discussion sur la méthode contraceptive à mettre en place après l'IVG.
- Prescription éventuelle d'un dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), dont le VIH, et d'un dépistage du cancer du col de l'utérus (à partir de 25 ans).
Prise des médicaments
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- Mifépristone : Ce premier médicament est pris soit au cabinet du médecin ou de la sage-femme, soit à domicile. Il bloque l'action de la progestérone et arrête la grossesse. Il favorise également les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin. Des saignements et des douleurs plus ou moins importants peuvent survenir après la prise de ce médicament, mais le plus souvent, ils commencent après la prise du deuxième médicament.
- Misoprostol : Ce deuxième médicament est pris 24 à 48 heures après la mifépristone, soit au cabinet du médecin ou de la sage-femme, soit à domicile, soit au cours d'une courte hospitalisation. Il augmente les contractions et provoque l'IVG. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes, mais qui peuvent être réduites grâce à la prescription d'antalgiques. Des saignements souvent assez abondants accompagnent l'interruption de la grossesse et peuvent survenir rapidement après la prise du misoprostol, ou plus tardivement.
Effets secondaires et complications possibles
- Saignements : Des métrorragies prolongées, parfois abondantes, peuvent survenir jusqu'à 12 jours après la prise de mifépristone. Les saignements sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots. Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 semaines d'aménorrhée.
- Douleurs : Des douleurs plus ou moins fortes, liées aux contractions de l'utérus, sont fréquentes. Des antalgiques sont prescrits pour les soulager.
- Effets indésirables : Des effets indésirables tels que nausées, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur peuvent survenir.
- Complications : Dans de rares cas, des complications peuvent survenir, telles que :
- Hémorragie nécessitant un curetage hémostatique (0 à 1,4 % des cas).
- Infection consécutive à l'interruption de grossesse.
- Choc toxique ou choc septique (très rares), pouvant être causés par des bactéries comme Clostridium sordellii ou Escherichia coli, suite à une administration vaginale ou buccale non autorisée de misoprostol.
- Rupture utérine (rare), dans le cas d'une interruption de grossesse du 2ème trimestre ou d'une induction du travail en cas de mort fœtale au 3ème trimestre.
- Échec de l'IVG : Dans 1 à 5 % des cas, l'IVG médicamenteuse peut échouer. Si la grossesse se poursuit, une IVG chirurgicale est nécessaire.
Surveillance et suivi
- Visite de contrôle : Une visite de contrôle est indispensable dans les 14 à 21 jours suivant la prise de mifépristone, afin de vérifier par un examen clinique avec dosage de β-hCG ou échographie qu'une expulsion complète a eu lieu et que les métrorragies ont cessé.
- Dosage des β-hCG : La vérification du fonctionnement de l'IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l'IVG, cela signifie que l'avortement a fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial, la grossesse est évolutive et l'IVG par médicament n'a pas fonctionné.
- Retour des règles : Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l'IVG.
Contre-indications
L'IVG médicamenteuse est contre-indiquée dans les cas suivants :
- Grossesse extra-utérine (GEU)
- Insuffisance surrénale aiguë
- Troubles de l'hémostase associés à une hypocoagulabilité ou une anémie sévère
- Corticothérapie à long terme
- Porphyrie
- Allergie à la mifépristone ou au misoprostol
Interactions médicamenteuses
- L'administration concomitante de mifépristone avec l'itraconazole, un inhibiteur du CYP3A4, peut augmenter l'exposition à la mifépristone.
- L'administration concomitante de mifépristone avec la rifampicine, un inducteur du CYP3A4, peut diminuer l'efficacité de la mifépristone.
- La mifépristone peut inhiber le CYP3A4, ce qui peut entraîner une augmentation des taux sériques des médicaments métabolisés par cette enzyme.
- En raison de l'activité anti-glucocorticoïde de la mifépristone, l'efficacité d'un traitement chronique par les corticostéroïdes peut être diminuée pendant 3 à 4 jours après la prise de mifégyne.
Précautions d'emploi
- L'âge gestationnel doit être déterminé avec précision.
- Si la grossesse est survenue en présence d'un dispositif intra-utérin (DIU), celui-ci doit être retiré avant l'administration de mifépristone.
- La patiente doit être informée de la possibilité de métrorragies parfois abondantes.
- La patiente doit être informée de la possibilité d'expulsion spontanée avant l'administration de l'analogue de prostaglandine (environ 3 %).
- Pendant la prise du médicament et pendant les trois heures qui suivent l'administration de prostaglandines, la patiente doit en principe être sous surveillance au centre prescripteur.
- La prudence s'impose chez les patientes souffrant de troubles hémostatiques associés à une hypocoagulabilité ou une anémie.
- En cas de suspicion d'insuffisance surrénale aiguë, l'administration de dexaméthasone est recommandée.
Fertilité après une IVG médicamenteuse
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n'entraîne pas de risque d'infertilité et n'a aucune conséquence sur la fertilité. La femme peut débuter une nouvelle grossesse dès que l'interruption de la grossesse a été réalisée. Il est donc recommandé d'utiliser une contraception après une IVG.
Aspects psychologiques
Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n'en avaient pas avant. Chaque femme va vivre l'IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d'en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.
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