L'annonce de la secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, concernant l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique a engendré de vives réactions. Cet article se propose d'analyser les arguments soulevés par les opposants à cette mesure, en les confrontant à la réalité empirique et aux principes fondamentaux de liberté individuelle.
Qu'est-ce que la PMA ?
Avant d'examiner les arguments contre la PMA pour les couples lesbiens et les femmes seules, il est essentiel de définir ce que recouvre cette appellation. La PMA regroupe un ensemble de techniques médicales visant à aider à la procréation. La plus connue est l'insémination artificielle, qui consiste à introduire les spermatozoïdes dans l'utérus de la femme. La fécondation in vitro (FIV), quant à elle, implique la fécondation de l'ovule par le spermatozoïde en laboratoire, avant d'être réimplanté dans l'utérus.
Dans la majorité des cas, la PMA n'implique pas de gamète de donneur, mais il peut s'avérer que ce soit nécessaire. Pour un couple lesbien ou une femme seule, l'usage de sperme d'un donneur est systématiquement requis.
L'Argument du Bien-Être de l'Enfant : Une Analyse Logique et Empirique
Le principal argument avancé contre la libéralisation de la PMA est celui du bien-être des enfants. Les opposants affirment que les enfants nés de familles homoparentales ou avec une mère seule souffriraient de cette situation. Madeleine de Jessey, porte-parole de Sens Commun, soutient que ces projets de libéralisation bafouent les droits des plus faibles, de ceux qui n'ont jamais voix au chapitre.
Cependant, cet argument est logiquement contestable. Arguer de la souffrance des enfants pour interdire la PMA, c'est dire que cette souffrance sera si grande et infiniment insupportable qu'il vaille mieux que ces enfants ne naissent jamais. Derek Parfit, dans son livre "Reasons and Persons", a brillamment énoncé ce principe en expliquant que le contexte sous-optimal de naissance de l'enfant est indissociable de son existence même. Si une jeune fille donne à son enfant un mauvais départ dans la vie, mais que sa vie vaut la peine d'être vécue, a-t-elle pris une mauvaise décision ? Selon Parfit, "si elle avait attendu, cet enfant spécifique n'aurait jamais existé".
Lire aussi: Le nez de bébé à la naissance : explications
Au-delà de la logique, la réalité empirique contredit également cet argument. De nombreuses études ont comparé le développement des enfants élevés dans des familles homoparentales et hétérosexuelles, sans trouver de différences significatives en termes de bien-être, d'adaptation ou de réussite scolaire. Une méta-analyse de 47 études, produite en 2014, est venue appuyer la conclusion de l'absence de différences.
Concernant les femmes seules, il est essentiel de faire la distinction entre les mères seules qui ont subi une séparation avec leur conjoint ou partenaire, et les mères qui font un choix d'élever un enfant sans partenaire. Une étude a suivi ces familles jusqu'à l'âge de 2 ans des enfants, et a montré que les 2 types de famille ont continué à fonctionner de manière similaire. Une autre étude d'enfants de 7 ans nés par insémination avec donneur compare des familles avec des mères seules et des familles avec 2 parents. Les résultats suggèrent que les éléments déterminants pour le bien-être d'un enfant sont la stabilité de la famille et l'amour et l'attention que son ou ses parent(s) lui porte(nt), plutôt que la structure familiale.
Il est également pertinent de se demander pourquoi l'attention est exclusivement portée sur les familles homoparentales ou avec des mères seules. Qu'en est-il des familles hétérosexuelles pauvres ou des familles traditionnelles avec un couple instable et conflictuel ? Ces environnements créent sans conteste des difficultés graves pour les enfants. Les opposants à la libéralisation de la PMA ne devraient-ils pas demander la création d'un permis de procréer, soumis à condition stricte d'environnement familial sain ?
Le "Droit à l'Enfant" : Un Faux Débat
Les opposants à la PMA affirment qu'il n'y a pas de droit à l'enfant, et dès lors il n'y a pas lieu de libéraliser la PMA. La psychanalyste Monique Bydlowski explique par exemple que « parler d’un droit à l’enfant est injuste. Mais qui au juste défend un tel « droit à l’enfant » ? Si un tel droit créance existait, il consacrerait une obligation qui incomberait à l’État de fournir un enfant à toute personne le désirant. L’État serait-il alors chargé de fournir un partenaire pour la procréation à tout adulte souhaitant un enfant ?
Cependant, ce que défendent ceux qui soutiennent une libéralisation de la PMA est bien différent : c'est la liberté négative de procréer sans interférence de l'État. La médecine en France procède depuis longtemps à des actes qui ne relèvent pas du pathologique. Aussi importantes soient-elles, aucune de ces questions ne peuvent toutefois permettre à elles seules de justifier une interdiction de la PMA pour les couples lesbiens ou femmes seules.
Lire aussi: Avantages du Gros Pouf pour Enfant
L'Appel à la Nature : Un Sophisme Dépassé
En fin de compte, il semble que l'opposition à l'ouverture de la PMA repose fondamentalement sur l'idée qu'étant contraire à la nature, elle peut qu'être détestable. Ce sophisme de l'appel à la nature a notamment été utilisé par François-Xavier Bellamy dans une tribune pour Le Figaro sobrement intitulée « PMA pour toutes, dernière frontière avant le transhumanisme ».
Or, c'est tout l'objet de la science en général et de la médecine en particulier que de permettre à l'humanité de s'extraire des contraintes que nous impose la nature. La recherche scientifique a abouti à la création d'un vaccin, artificiel, qui a permis d'immuniser artificiellement les humains et par la suite d'éradiquer de cette terrible maladie. La PMA permet à des individus ayant un désir profond d'avoir un enfant mais qui sont limités par des contraintes physiques d'aller au-delà.
De manière générale, l'État n'a pas à imposer une bonne manière de procréer ou une bonne structure familiale : il doit rester neutre face aux choix que les individus prennent pour eux-mêmes.
L'Anonymat des Donneurs : Un Débat Annexe
La question de l'anonymat des donneurs de gamètes est un débat annexe, mais important. Certains soutiennent que les enfants nés de PMA ont le droit de connaître leurs origines parentales, tandis que d'autres mettent en avant la nécessité de protéger les donneurs et d'assurer un nombre suffisant de dons. C'est un processus qui se situe à la source de l’ensemble de la PMA et a toute sa place dans une réflexion éthique générale.
Les Risques de Dérives : Vigilance et Encadrement
Certains opposants à la PMA craignent des dérives, comme la marchandisation des corps humains ou l'eugénisme. Il est essentiel d'être vigilant face à ces risques et de mettre en place un encadrement juridique et éthique rigoureux. Cependant, ces craintes ne doivent pas justifier une interdiction totale de la PMA, qui priverait de nombreuses personnes de la possibilité de fonder une famille.
Lire aussi: Dynastie de Louis VI le Gros
tags: #pma #un #gros #mensonge #administratif #en