L'assistance médicale à la procréation (PMA) est un sujet qui suscite de nombreux débats et réflexions, notamment au sein des communautés religieuses. Cet article se propose d'analyser les différents avis religieux sur la PMA, en se basant sur des sources variées et en tenant compte des évolutions sociétales et scientifiques.
Introduction
La PMA est une technique qui permet aux couples infertiles ou aux femmes seules de concevoir un enfant. Elle englobe différentes méthodes, telles que l'insémination artificielle, la fécondation in vitro (FIV) et le don de gamètes. La PMA soulève des questions éthiques et morales complexes, qui sont abordées différemment par les différentes religions.
Avis religieux sur la PMA
Église catholique
L'Église catholique est opposée à la PMA depuis ses origines, mais elle n'a pas toujours exprimé cette opposition de manière claire et explicite. L'encyclique Humanae vitae (1968) de Paul VI est un texte fondateur de la réflexion catholique sur la procréation. Paul VI y rappelle le lien indissoluble entre les deux significations de l'acte conjugal : union et procréation. Il affirme que l'acte conjugal doit être à la fois un acte d'amour et un acte de procréation, et que la limitation artificielle des naissances est contraire à la loi naturelle.
La Congrégation pour la doctrine de la foi a publié en 1987 l'instruction Donum vitae, qui précise la position de l'Église sur les techniques de PMA. Donum vitae affirme que les techniques de PMA ne sont pas à rejeter parce qu'elles sont artificielles, mais qu'elles doivent être évaluées moralement par référence à la dignité de la personne humaine. L'Église catholique s'oppose notamment à la destruction des embryons surnuméraires dans le cadre des FIV, ainsi qu'à la sélection embryonnaire préimplantatoire, qu'elle considère comme une dérive eugéniste.
L'Église catholique interdit l'insémination artificielle, même intraconjugale, et toutes les formes de fécondation in vitro (FIV), même homologues, c'est-à-dire sans tiers donneur. Elle s'oppose également à la gestation pour autrui (GPA), qu'elle considère comme une atteinte à la dignité de la femme et de l'enfant.
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La position de l'Église catholique sur la PMA est donc très restrictive. Elle se fonde sur deux références éthiques fondamentales : la dignité de l'embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation, qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l'acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints.
Islam
La position de l'islam sur la PMA est plus nuancée que celle de l'Église catholique. Jusqu'à il y a une dizaine d'années, la PMA était un sujet tabou au sein du monde musulman. Les réponses qu'on ne retrouvait pas dans le Coran bouleversaient les croyants. Les doutes concernaient les techniques de procréation médicalement assistée.
L'islam autorise la PMA si elle est pratiquée au sein du mariage, avec les gamètes des deux conjoints. L'insémination artificielle est autorisée lorsque la grossesse n'est pas atteinte de façon naturelle ou lorsque la qualité et/ou la quantité des spermatozoïdes sont insuffisantes. La fécondation in vitro est acceptée si tous les deux gamètes sont aptes pour la fécondation, mais la grossesse naturelle n'est pas atteinte, à condition que le sperme et l'ovule appartiennent à tous les deux géniteurs. La technique ICSI est aussi permise.
L'islam interdit le don de gamètes, car il remet en cause la filiation légitime. Il est également interdit de choisir le plus apte des embryons après le traitement et de détruire ceux qui n'ont pas été transférés. Cependant, le don avec des fins de recherche scientifique est autorisé.
Il est licite le transfert embryonnaire chez une patiente dont le conjoint est décédé ou de qui l’on est divorcée, sous condition que la femme ne soit pas remariée. Une gynécologue, si possible, doit pratiquer la PMA.
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La procréation médicalement assistée est autorisée, à condition que celle-ci soit menée au sein du mariage car son principal but est la procréation et la perpétuation de la progéniture.
L'islam privilégie le respect de la dignité de l'enfant dans toute démarche de procréation médicalement assistée d'un couple stérile, soucieux de son développement psychologique et sociétal à tous les âges de la vie.
Judaïsme
Le judaïsme est plus ouvert à la PMA que l'Église catholique. La principale objection halakhique à la PMA réside dans la transgression majeure et incontournable qu’elle implique : celle dite de “l’émission de semence en vain”, c’est-à-dire le fait pour un homme d’éjaculer en dehors d’un rapport sexuel. Les gamètes mâles sont considérés par la Halakha comme sacrés parce que potentiellement créateurs de vie.
Néanmoins, les décisionnaires contemporains, majoritairement, autorisent la PMA lorsqu’il n’y a pas d’autre alternative en prenant en considération la peine et le désespoir que fait régner cette attente au sein du couple, voire le risque de sa séparation. Certaines autorités rabbiniques s’appuient même sur des textes qui comparent celui qui n’a pas d’enfants à un mort ; la PMA devient alors un moyen de sauver une vie, ce qui dans la Loi juive est un impératif supérieur qui justifie la transgression de tous les commandements, à l’exception des trois péchés capitaux que sont l’idolâtrie, certaines transgressions sexuelles (inceste, adultère) et le meurtre.
Aujourd’hui, la plupart des décisionnaires autorisent la FIV si l’insémination artificielle s’avère infructueuse. L’autorisation préalable d’un rabbin décisionnaire est nécessaire, il la délivrera après un échange raisonné avec le couple.
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Le judaïsme ne s’oppose pas au diagnostic préimplantatoire en vue de déceler d’éventuelles anomalies chromosomiques ou pathologies graves, l’embryon extra-utéro n’étant pas considéré comme un être vivant. Si la question des embryons surnuméraires n’est pas un problème pour leur devenir, l’autoconservation ovocytaire non plus : la loi israélienne l’autorise jusqu’à l’âge de 45 ans.
Les trois religions monothéistes s’opposent au don de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes).
Protestantisme
Le protestantisme est visiblement la religion la plus ouverte en ce qui concerne la procréation médicalement assistée et considère que la responsabilité personnelle du croyant doit guider ses choix. Le croyant choisira donc lui-même la solution qui lui parait la plus acceptable éthiquement. La plupart des techniques sont autorisées y compris les dons de sperme, d’ovocytes et d’embryons.
Église orthodoxe
L’ église orthodoxe autorise la FIV car elle estime qu’il ne lui revient pas de légiférer sur la vie privée de ses fidèles.
Débats et enjeux
Les avis religieux sur la PMA sont donc divers et parfois contradictoires. Ces divergences reflètent les différentes conceptions de la famille, de la sexualité et de la dignité humaine qui existent au sein des différentes religions.
Les débats sur la PMA sont également influencés par les évolutions scientifiques et sociétales. L'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, par exemple, a suscité de vives réactions de la part de certaines communautés religieuses, qui y voient une remise en cause de la famille traditionnelle.
Face à ces bouleversements scientifiques, face à la force des marchés, trouver les moyens de s’élever pour contempler et comprendre, est une nécessité. Lorsque société roule sur la technique et dans le même temps semble congédier la raison, il n’est plus temps d’interroger les dramatiques effets des techniques ni les égarements de la raison. La réponse appartient au champ du débat social. Il faut, sur ce terrain, que des élus parlent sinon pour le peuple dont on nous dit qu’il serait acquis à la « filiation pour tous », du moins au nom de la raison dont on sait qu’elle seule peut préserver des blessures à venir. Lorsque le droit décrète un possible qui demeure impossible dans les faits, c’est que l’homme est entré dans un autre univers que celui du monde commun dont les lois nous gouvernent. Lorsque la technique est parvenue à produire ses effets de séduction et de sidération sur l’esprit des hommes, il n’est plus temps de perdre ses forces à la lutte d’arguments que la partie adverse n’a nullement l’intention de considérer.
Il faudrait naturellement que les parlementaires s’interrogent et débattent. Ils s’imaginent hélas parfois devoir être les prophètes d’un monde nouveau à défaut de servir un monde meilleur. Il faudrait surtout sortir de l’absurde. Ab-surde veut dire « être sourd à » la possibilité d’un sens, d’une cohérence de l’existence humaine, bornée dans le temps et cependant ouverte sur l’infini que chacun porte en soi. Qui fait cas de ce que la vie temporelle est d’abord un appel à devenir ? Faire des enfants au moyen de techniques procréatives, ne dit rien de ce qu’il faut encore annoncer à l’enfant dans l’ordre du sens de son existence. Or précisément, ce sens se décrypte en premier lieu à travers la modalité concrète de la survenue de la vie de l’enfant. D’où je viens ?
Les responsables de l’Église catholique de France ne manqueront pas d’inviter chacun à s’interroger sur les principes qui garde une société unie. Nul n’ignore, à moins de feindre l’étonnement, les réserves des pasteurs de l’Église catholique sur toutes les techniques d’assistance à la procréation, dès lors qu’elles font intervenir un tiers dans l’intime de l’union des parents. Nul n’ignore combien l’écart s’est considérablement agrandi entre les recommandations des pasteurs de l’Église et les pratiques de notre société, - dont celles de nombreuses personnes de confession catholique.
L’Église doit cependant, aujourd’hui, oser offrir les raisons de son espérance sur l’humanité fut-elle une humanité prisonnière des menottes douces des facilités techniques. Elle va sortir de la majorité qui décide pour les autres, et se souvenir que sa seule raison d’exister est d’apporter au monde une parole d’espérance : la personne de Jésus, le Christ, en qui le terme ultime de notre vie ici-bas est dévoilé. Par-là, elle annonce à tous que la vie pour laquelle nous sommes faits est la vie qui vient. Son appel à vivre pleinement sa vie sur terre, éclairé par sa Parole d’amour, atteste qu’il y a une vie dans et par-delà la mort, à laquelle il faut se préparer. C’est ainsi que l’Église catholique, unissant pasteurs et fidèles, demeure l’indispensable pourvoyeuse d’espérance au service d’un monde qui tend à ne plus savoir où la trouver et s’aveugle dans une illusion technicienne. C’est à tous, qu’elle annoncera le sens de l’existence, quel que soit son mode de conception. Ce n’est pas la technique qui déçoit, c’est la saveur qu’elle laisse dans l’âme lorsque a fait croire qu’elle comblera d’un bonheur qui demeure inaccessible. L’Église catholique sait de quelle soif les âmes sont habitées.
C’est depuis les hauteurs que l’horizon est courbe. Qui ne s’élève ne peut le dire, seul celui qui s’élève peut le constater.