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PMA : L'Avis du Pape François et les Débats Éthiques

L'assistance médicale à la procréation (PMA) est un sujet complexe et sensible, suscitant de vifs débats éthiques et religieux. Au cœur de ces discussions se trouve la position de l'Église catholique, influencée par les enseignements du pape François et les réflexions théologiques contemporaines. Cet article explore les différents aspects de cette question, en mettant en lumière les enjeux et les perspectives en présence.

La Position Traditionnelle de l'Église sur la PMA

L'Église catholique, héritière des traditions bibliques, valorise la dignité des enfants et considère la procréation comme un acte intrinsèquement lié à l'union conjugale. Elle estime que le désir d'enfant est un signe que l'amour appelle au don libre de soi et au don de la vie. Cependant, elle exprime des réserves quant aux techniques d'assistance médicale à la procréation (AMP), qui dissocient l'acte sexuel de la fécondation.

La position de l’Église est formulée à partir de deux références éthiques fondamentales : la dignité de l’embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l’acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints.

Concrètement, l’Église catholique interdit l’insémination artificielle même intraconjugale et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV) même homologues, c’est-à-dire sans tiers donneur, d’une part à cause des atteintes à l’embryon lors du diagnostic préimplantatoire et de la destruction des embryons non implantés et, d’autre part, à cause de la dissociation entre l’acte conjugal et la fécondation, celle-ci devant être le « fruit de la donation sexuelle des époux ».

Selon l’instruction Donum vitae (1987) de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui parlait du « droit de l’enfant à être conçu et mis au monde dans et par le mariage », l’IAD « lèse les droits de l’enfant, le prive de la relation filiale à ses origines parentales, et peut faire obstacle à la maturation de son identité personnelle ».

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Mgr Jean-Louis Bruguès écrivait en 2003 : « En substituant un acte technique à l’étreinte des corps, on pervertit la relation à l’enfant : celui-ci n’est plus un don mais un dû ».

Ces fortes restrictions à l’assistance médicale à la procréation, qui concernent déjà les couples hétérosexuels mariés, rendent d’autant plus incompatibles avec la doctrine de l’Église l’AMP pour les couples de femmes.

L'encyclique Humanae vitae (1968) de Paul VI, canonisé en 2018 par le pape François, reste un socle de réflexion important. Ce texte, qui traitait de la limitation artificielle des naissances, rappelait le lien indissoluble entre l'union et la procréation dans l'acte conjugal. Paul VI soulignait que l'acte conjugal, tout en unissant profondément les époux, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon des lois inscrites dans l'être même de l'homme et de la femme.

Cependant, cette vision est parfois perçue comme difficile à entendre, notamment par les couples confrontés à l'infertilité. La Congrégation pour la doctrine de la foi a rappelé dans l'instruction Donum vitae (1987) que les méthodes artificielles ne doivent pas être rejetées en bloc, mais évaluées moralement par référence à la dignité de la personne humaine et à sa vocation divine au don de l'amour et de la vie. Les considérations restrictives de l'Église se fondent sur le respect dû à toute vie, notamment celle des embryons surnuméraires, et sur le rejet de la dérive eugéniste liée à la sélection embryonnaire préimplantatoire.

Le père Brice de Malherbe analyse : « Si on sépare la procréation de l’acte charnel et qu’on la confie à des laboratoires, on quitte la gratuité et l’amour et on passe de la procréation à la production. »

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La Gestation Pour Autrui (GPA)

La position de l’Église sur l’AMP la conduit logiquement à refuser le recours aux mères porteuses, appelé aussi gestation pour autrui. La maternité de substitution est « contraire à l’unité du mariage et à la dignité de la procréation de la personne humaine », explique Donum vitae, précisant qu’elle « représente un manquement objectif aux obligations de l’amour maternel, de la fidélité conjugale et de la maternité responsable ; elle offense la dignité de l’enfant et son droit à être conçu, porté, mis au monde et éduqué par ses propres parents ; elle instaure, au détriment des familles, une division entre les éléments physiques, psychiques et moraux qui les constituent ».

Le groupe de travail pour la bioéthique de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) a publié un « avis sur la gestation pour autrui », comparée par les évêques à « une forme de traite d’êtres humains ». Toutes les formes de gestation pour autrui constituent une atteinte grave à la dignité humaine de ceux qui sont impliqués dans cet échange, estime cet avis, mettant en cause « l’emprise sur le corps de la mère porteuse », voire son « aliénation », dans la mesure où il est très difficile de reconnaître « un consentement valide dans des situations de vulnérabilité ou d’extrême pauvreté ».

Le pape François a invité la communauté internationale à s'engager pour l'interdiction de la gestation pour autrui (GPA) lors de ses vœux au corps diplomatique au Vatican. "A cet égard, je considère que la pratique de la gestation pour autrui est regrettable, car elle porte gravement atteinte à la dignité des femmes et des enfants", a-t-il ajouté. En juin 2022, le pape François avait déjà qualifié la GPA de "pratique inhumaine".

Évolution des Perspectives et Débats Théologiques

Cependant, des voix s'élèvent au sein de l'Église pour nuancer cette position traditionnelle. Certains théologiens remettent en question l'interprétation stricte de la doctrine des actes intrinsèquement mauvais, qui condamne la contraception artificielle et les actes sexuels des divorcés remariés et des couples homosexuels. Ils estiment que la responsabilité personnelle du croyant doit guider ses choix en matière de procréation et que l'Église ne devrait pas légiférer sur la vie privée de ses fidèles.

Des théologiens connus pour soutenir la licéité morale des actes sexuels contraceptifs, de la procréation médicalement assistée (PMA) homologue et des unions homosexuelles stables ont participé à un séminaire d'étude qui réfléchissait à partir d’un texte de base (TB) élaboré par un groupe de théologiens, pour la plupart nommés dernièrement par le pape François membres de l’Académie pontificale pour la vie.

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Ce texte de base justifie les actes sexuels contraceptifs en mettant sur le même plan le recours aux méthodes naturelles et les moyens contraceptifs : « Il existe des situations dans lesquelles deux conjoints, qui ont décidé ou décideront d’accueillir des enfants, peuvent faire un sage discernement dans le cas concret, qui sans contredire leur ouverture à la vie, à ce moment-là, ne la prévoit pas. Le choix sage sera fait en évaluant de manière appropriée toutes les techniques possibles en fonction de leur situation spécifique et en excluant évidemment celles abortives ».

Ces théologiens ne tiennent compte que de l’intention du sujet et de l’appréciation des circonstances, et omettent de considérer la malice de l’objet de l’acte sexuel contraceptif, en l’occurrence la mise à l’écart volontaire de la dimension procréative inscrite par Dieu dans la nature de l’acte conjugal.

Certains experts mettent en garde contre les dangers potentiels de la contraception chimique sur la santé des femmes. Il est désormais bien connu que « les contraceptifs oraux augmentent le risque d’infarctus du myocarde et d’AVC de 60 %, et le risque du cancer du sein à une échelle pandémique ». De plus, ces hormones synthétiques accroissent le risque de dépression et tentatives de suicides et réduisent le désir sexuel féminin.

Ces théologiens espèrent que l’Église légitimera les unions homosexuelles stables. Mgr Bordeyne propose une prière de bénédiction pour les personnes homosexuelles engagées dans une union civile, ayant éventuellement accueilli un enfant : « Dans la mesure où l’Église catholique […] est en travail de discernement moral et pastoral face aux unions homosexuelles, on peut former le vœu qu’elle ose enraciner ce travail dans la prière liturgique ».

Marie-Jo Thiel espère la refonte de l’éthique sexuelle et familiale : « Pour le moment, la norme exigeant le respect du lien intrinsèque entre acte sexuel et procréation est tue mais n’est pas abrogée. De même pour l’interdiction des relations sexuelles pour un couple homosexuel ou LGBT. Ou encore en ce qui concerne l’accès à l’assistance médicale à la procréation, dans sa version homologue. […] Il est évident que le pape François ne peut à lui seul renouveler les structures et doctrines de l’Église. Est-ce un signe invitant les théologiens à se mettre au travail ? Encore faut-il […] les laisser travailler sans leur chercher des ennuis à chaque fois qu’ils émettent des propositions comme autant de pistes potentiellement fécondes pour l’éthique sexuelle et familiale.

Le Discernement Éthique et la Dignité de la Personne

Face à ces enjeux complexes, les évêques de France appellent à un discernement éthique qui contemple la valeur insondable de chaque personne en sa dignité. Ils soulignent l'importance symbolique de la loi civile et les nouvelles discriminations qu'elle peut provoquer sous prétexte d'en supprimer.

Ils affirment que la loi relative à la bioéthique ne peut être élaborée ou révisée sans une réflexion éthique sur la personne humaine qui est sexuée et dont la capacité d’engendrement fonde l’avenir de toute société. Ils commencent donc par expliciter la dignité de la procréation humaine. À cette lumière, ils discernent ensuite des risques d’instrumentalisation des enfants dès le processus de leur engendrement, puis les obstacles éthiques que rencontre le cas particulier de l’éventuelle ouverture juridique de l’AMP à toutes les femmes.

Le Conseil d’État rappelle que la « dignité » est placée « au frontispice » du cadre juridique de la bioéthique française et qu’elle a une « valeur constitutionnelle ». Il rappelle qu’« une conception particulière du corps humain » en « découle » et que « cette conception s’incarne dans les principes de respect, d’inviolabilité et d’extra‐patrimonialité du corps, qui visent à protéger l’individu indépendamment même de sa volonté ».

Avec le pape François, ils soutiennent que « la vision globale de la bioéthique » part « de la conviction profonde de la dignité irrévocable de la personne humaine, comme Dieu l’aime, de la dignité de chaque personne, à chaque phase et condition de son existence ».

La procréation est l’acte permettant l’advenue d’un nouvel être humain en faveur de lui-même. Y compris en sa genèse, l’être humain doit être traité comme une fin et jamais comme un simple moyen. En cela réside sa pleine dignité. Cela confère à la conception et à la gestation de tous les êtres humains une dignité qui est garante de leur liberté avant même qu’elle ne s’exerce.

Désir d'Enfant et Instrumentalisation

Le refus éthique de penser que la fabrication et l’instrumentalisation soient au fondement de la génération des êtres humains, conduit à distinguer, au sein même de l’expérience de l’attente de l’enfant, le désir et la volonté.

Le désir respecte l’altérité et la surprise de l’autre. Désirer un enfant, ce n’est pas l’enrôler dès sa conception à la satisfaction d’un besoin ou d’un projet parental, mais c’est être prêt à le mettre au monde dans un espace d’attentes qui ne l’enferment pas. Le désir d’accueillir diffère de la volonté d’avoir ou d’obtenir à toute force ou à tout prix. Le désir sait attendre et recevoir l’autre comme un don gratuit. Il ne se laisse pas prendre par la nécessité impérative du « maintenant » manifestée par une volonté fascinée par la technique.

L’expérience des couples qui ont recours aux techniques d’AMP témoigne parfois de la transition progressive du « désir d’accueillir » à la « volonté d’avoir à tout prix » dans une sorte « d’acharnement procréatif ». Il est difficile de maintenir l’ouverture et le temps du désir quand les possibilités techniques le transforment en volonté déterminée d’obtenir. Pour continuer à signifier l’attente et l’accueil de la venue d’une personne, la procréation humaine doit rester le fruit d’un désir et non l’objet d’une volonté d’avoir, envers et contre tout, un enfant. Celui-ci doit être reçu et respecté comme une personne avec ses propres droits.

La souffrance d’un désir d’enfant ne doit pas être minimisée et ne peut être abordée par le seul palliatif des remédiations techniques.

Les Dissociations Induites par les Techniques d'AMP

La loi actuelle encadre les techniques d’AMP en cherchant à calquer certaines structures fondamentales de la procréation humaine naturelle, en particulier en établissant une double lignée paternelle et maternelle. Cependant, la mise en œuvre de ces techniques pose des problèmes éthiques dont la gravité diffère en fonction des types de dissociation qu’elles induisent : corporelle (fécondation hors corps), temporelle (congélation des embryons) et personnelle (intervention d’un tiers-donneur). Ces dissociations résultent de la dissociation première entre l’union des personnes et la procréation.

Les techniques de fécondation in vitro (FIV) conduisent, dans la plupart des cas, à produire des embryons humains qualifiés de « surnuméraires » puisqu’ils ne pourront être implantés lors de la première tentative. Comment donner raison à un tel pouvoir du « projet parental » ? Comment en effet justifier que la dignité d’un embryon humain dépende arbitrairement du regard d’une ou de deux personnes ?

En 1994, le Conseil constitutionnel, en réponse aux interrogations des parlementaires, a estimé que, pour les embryons humains in vitro (non implantés), « le principe du respect de tout être humain dès le commencement de sa vie ne leur était pas applicable ». Comment en effet est-il possible de légitimer éthiquement une telle exclusion quand la nature de l’embryon humain in vitro est identique à celle de l’embryon humain in utero, le même pouvant d’ailleurs passer immédiatement d’une situation à l’autre lors du transfert in utero ?

L’AMP avec tiers-donneur resté dans l’anonymat pose un problème éthique pour l’enfant. L’écoute des enfants et des adultes qui ont été conçus par AMP avec tiers-donneur et qui relatent leur souffrance de ne pas connaître la personne à l’origine de leur conception, conduit aujourd’hui à remettre en cause l’évidence initiale de ce principe. Il est de plus en plus question d’associer aux droits de la personne un droit à connaître ses « origines ».

L’AMP avec tiers-donneur n’est pas non plus sans problème éthique du côté des couples. L’expérience d’une majorité de couples montre que le désir d’engendrer un enfant est intrinsèquement lié au désir de « donner de soi », de « donner de sa personne » au conjoint et, ensemble, à l’enfant, en créant ainsi entre eux du lien charnel par ses propres gamètes. Engendrer, c’est laisser advenir un autre dans le don corporel, psychique et spirituel du « nous deux ». Les couples perçoivent sans doute cette valeur anthropologique du désir de « donner de soi » en établ…

Diversité des Positions Religieuses

Il est important de noter que les différentes religions ont des positions variées sur la PMA. Le Protestantisme est généralement plus ouvert et considère que la responsabilité personnelle du croyant doit guider ses choix. L’ église orthodoxe autorise la FIV car elle estime qu’il ne lui revient pas de légiférer sur la vie privée de ses fidèles. La position du Vatican est la plus nette en ce qui concerne la PMA. Le DPI ne peut donc pas être pratiqué puisqu’il peut aboutir à une destruction de l’embryon si il est atteint de la maladie recherchée.

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