L'assistance médicale à la procréation (PMA) est devenue une option de plus en plus courante pour les couples confrontés à des problèmes d'infertilité. Avec l'augmentation du nombre d'enfants conçus grâce à ces techniques, il est essentiel d'évaluer les conséquences potentielles de la PMA, en particulier en ce qui concerne la prématurité et la santé globale des enfants. Cet article examine les études récentes et les conclusions des experts sur les liens entre la PMA, la prématurité et les divers problèmes de santé qui peuvent survenir chez les enfants conçus par ces méthodes.
PMA et Risque de Prématurité: Que disent les études?
Plusieurs études se sont penchées sur la question de savoir si la PMA augmente le risque de naissances prématurées. Une étude finlandaise portant sur près de 4 000 enfants a suggéré que la PMA n'entraîne pas nécessairement davantage de risques de naissances prématurées ou d'enfants présentant un petit poids à la naissance. Cependant, d'autres recherches ont indiqué que les bébés nés grâce à la PMA peuvent peser en moyenne légèrement moins que les autres et que le risque d'accouchement prématuré peut être légèrement supérieur à la normale.
Une étude parue dans The Lancet a également suggéré que le recours à la PMA n'aurait pas d'effets significatifs sur la santé du bébé à naître, contredisant certaines craintes antérieures. Néanmoins, il est crucial de noter que les études comparant des frères et sœurs conçus par PMA et naturellement ont montré des différences de poids et de risque d'accouchement prématuré moins importantes, suggérant que d'autres facteurs pourraient être en jeu.
Une publication du New England Journal of Medicine, datant de mars 2002, révélait que les enfants issus d’une PMA avaient 2,6 fois plus de risques de naître avec un poids anormalement bas. Par ailleurs, le rapport de la Haute Autorité de santé indique que le risque de prématurité est environ une fois et demie supérieur pour les enfants conçus par ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes), comparativement à ceux conçus naturellement.
Il est important de considérer que les anomalies chromosomiques ou génétiques peuvent être plus fréquentes chez les hommes souffrant de troubles de la spermatogenèse, ce qui pourrait influencer les résultats observés chez les enfants conçus par FIV (fécondation in vitro).
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Malformations Congénitales et PMA: Existe-t-il un lien?
Les études sur le risque de malformations congénitales chez les enfants conçus par PMA sont variées. Certaines études démontrent qu’il n’y a pas plus de malformations fœtales chez les enfants conçus à la suite d’une procréation assistée que chez ceux qui sont conçus naturellement. Cependant, il est possible que les enfants conçus à l’aide de la technique ICSI présentent un risque légèrement accru de malformations congénitales, indépendamment des facteurs parentaux. Cela pourrait être dû au fait qu’il n’existe pas encore de moyens fiables de déterminer si le spermatozoïde injecté à l’intérieur de l’ovule est exempt d’anomalies.
Une étude dirigée par le Dr Géraldine Viot a montré des taux de malformation congénitale de 4.3 % chez les enfants suivis jusqu’à l’âge de 5 ans, contre 2.5 % dans le reste de la population. D’autres études indiquent un risque de malformation majeure estimé en moyenne à 5.9 % pour les enfants conçus par FIV ou ICSI, contre 3.6 % pour ceux conçus naturellement.
Risque de Mortalité Infantile et PMA
Une étude menée par des chercheurs du Karolinska Institutet a révélé un risque légèrement accru de décès au cours des toutes premières semaines de vie chez les enfants conçus par FIV. Ce risque est associé à une incidence plus élevée de la naissance prématurée chez ces bébés. Le Dr Kenny Rodriguez-Wallberg souligne que, bien que le risque soit accru, le risque absolu pour chaque bébé reste très faible.
Il est également constaté qu’au cours de la première semaine de vie, les enfants conçus par transfert d'un embryon congelé présentent un risque de décès deux fois plus élevé que les enfants conçus de manière naturelle, ce qui suggère que la technique de procréation assistée peut influencer ce risque.
Facteurs Psychologiques et Devenir des Enfants Issus de PMA
Les enfants issus de procréations médicalement assistées sont souvent conçus après un long et douloureux parcours d’infertilité. Ils peuvent être perçus comme des enfants précieux et faire l’objet d’une surprotection anxieuse. Cet effet « infertilité » influence le devenir des enfants conçus par assistance médicale à la procréation, mais il n’est pas spécifique de ce mode de procréation.
Les études de cohortes ont montré que certaines difficultés psycho-affectives peuvent se faire sentir dans la relation parents-enfant, mais aucun trouble psychologique grave ne paraît directement lié au mode artificiel de procréation. Des données commencent à être publiées sur le développement ultérieur, en particulier autour de la période de l’adolescence, et les résultats indiquent que les familles FIV et IAD (insémination artificielle avec donneur) avec des enfants préadolescents se portent bien.
Impact des Techniques de PMA sur la Santé à Long Terme
Les phases de gamétogenèse et de développement de l’embryon avant son implantation dans l’utérus sont particulièrement sensibles aux manipulations effectuées dans le cadre de la PMA. Les traitements hormonaux de stimulation ovarienne, les conditions de culture des embryons in vitro et la congélation embryonnaire sont autant de procédures suspectées d’être à l’origine de troubles observés, notamment par leur impact sur les phénomènes épigénétiques.
Une étude menée par l’Académie Nationale de Médecine s’est focalisée sur la FIV standard avec congélation embryonnaire, en excluant celles avec donneurs de gamètes, et a étudié l’impact probable des FIV sur les cancers pédiatriques, les troubles du neurodéveloppement et du comportement, les troubles de la croissance et du métabolisme, les troubles cardiovasculaires, les altérations de la fertilité, ainsi que ceux liés aux gènes soumis à l’empreinte génomique et aux modifications épigénétiques. Les résultats ne sont pas toujours concordants et nécessitent des études comparatives mieux caractérisées, notamment à des âges plus avancés.
Troubles du Neurodéveloppement et du Comportement
Concernant les troubles du comportement et de neurodéveloppement (déficit intellectuel, troubles du spectre de l’autisme, difficultés d’apprentissage, hyperactivité, troubles de l’attention, troubles obsessionnels compulsifs, anxiété, etc.), les quelques études disponibles se contredisent et leurs auteurs tempèrent leurs conclusions. Les modifications épigénétiques liées aux milieux de culture des embryons sont évoquées comme une explication possible. De plus, les liens entre ces troubles et les conditions de naissance passent aussi par les risques accrus, dans le cadre des PMA, de grossesses multiples et de prématurité.
L’Académie Nationale de Médecine conclut que la conception par FIV ou par ICSI ne semble pas avoir d’effet négatif sur le neurodéveloppement, hormis bien entendu les séquelles dues à la prématurité.
Risques Cardiovasculaires
Des études suggèrent des troubles cardiovasculaires chez les enfants nés de FIV, et ce, dès le plus jeune âge. Une étude chinoise de 2017 a confirmé une « augmentation mineure mais statistiquement significative de la pression artérielle systolique et diastolique ». Le stress oxydant induit sur les embryons lors des manipulations et conditions de culture est une piste d’explication, ainsi que les facteurs parentaux (infertilité, âge avancé, obésité, hygiène de vie).
L’Académie Nationale de Médecine s’interroge sur « un suivi précoce préventif avec des mesures d’hygiène et diététiques adaptées » et rappelle l’importance d’avoir plus d’études sur le sujet.
Cancers Pédiatriques
Les études publiées à ce jour n’ont pas trouvé de différence significative du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement. Une large étude est en cours en France pour mesurer la survenue de cancers chez les enfants conçus par FIV et spécifiquement pour étudier la différence entre les embryons issus d’un transfert d’embryons congelé ou frais.
Fertilité des Enfants Nés par FIV
Aucune étude n’a démontré que les techniques d’AMP étaient délétères sur la fertilité des enfants ainsi conçus. Des exemples comme Amandine, le premier « bébé-éprouvette », ayant donné naissance à un enfant conçu naturellement, viennent étayer cette conclusion. Cependant, il est possible que les garçons conçus par ICSI pour résoudre le problème d’infertilité de leur père d’origine génétique présentent également des problèmes de fertilité.
Importance du Suivi et de l'Information
Malgré les incertitudes, l’Académie Nationale de Médecine plaide pour qu’une meilleure information soit donnée aux personnes ayant recours à la FIV, notamment sur l’absence de risque authentifié mais aussi sur les risques potentiels de ce mode de procréation pour la santé à moyen et à long terme des enfants qui naîtront. En cas d’apparition de troubles de la santé chez leur enfant, la prise en compte des conditions de conception pourrait conduire à une meilleure prise en charge.
Il est fondamental que les procédures utilisées pour la conception d’un enfant soient documentées, ce qui est rarement le cas. L’Agence de la biomédecine a pour mission d’évaluer « les conséquences éventuelles de l’assistance médicale à la procréation sur la santé des enfants qui en sont issus » (CSP Art. L. 1411-9).
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