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PMA et GPA : Perspective Catholique sur les Nouvelles Formes de Procréation

La question de la procréation médicalement assistée (PMA) et de la gestation pour autrui (GPA) suscite de vifs débats éthiques et sociétaux. L'Église catholique, forte de sa doctrine sur la dignité de la vie et la nature du mariage, a pris position sur ces questions, offrant une perspective spécifique qui mérite d'être explorée. Cet article se propose d'examiner en profondeur le point de vue catholique sur la PMA et la GPA, en tenant compte des évolutions des techniques de procréation et des réflexions bioéthiques contemporaines.

Procréation au XXIe Siècle : Une Révolution en Marche

La société actuelle est témoin d'une dissociation croissante entre sexualité et procréation. Les nouvelles technologies d'assistance à la procréation permettent à des femmes seules, à des couples de femmes ou d'hommes de concevoir un enfant, ouvrant ainsi la voie à des révolutions en matière de filiation. Face à ces évolutions, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) soulignait en 2017 la nécessité de penser ce monde nouveau, et pas seulement de le normer.

Filiation et Parentalité : Des Constantes Anthropologiques

La procréation a toujours été une affaire de société, avec des systèmes coutumiers et juridiques régulant le mariage et la filiation. L'anthropologue Maurice Godelier a identifié sept fonctions parentales essentielles :

  1. Prendre part à la conception.
  2. Élever, nourrir et protéger l’enfant.
  3. Instruire et former l’enfant à la vie sociale.
  4. Donner à l'enfant un statut dans la société.
  5. Exercer sur l’enfant des droits et des devoirs.
  6. Pouvoir exercer une fonction d’autorité sur l’enfant.
  7. S’interdire d’entretenir des relations sexuelles avec l’enfant.

Ces fonctions parentales servent de base à l'organisation de la filiation dans différentes sociétés, qu'elles soient patrilinéaires, matrilinéaires, etc. Les débats actuels sur l'organisation de la filiation doivent être replacés dans cette histoire des systèmes de filiation, où il existe de multiples manières d'organiser la filiation et les droits et devoirs envers l'enfant.

La Doctrine de l'Église : Invariance et Précisions

L'Église catholique a une position ferme sur les questions de procréation. Elle considère que "la procréation doit se dérouler à l’intérieur du couple et dans l’acte conjugal lui-même". Cette position n'a pas changé au fil du temps, même si la réflexion de l'Église s'est précisée au fur et à mesure du développement des techniques.

C'est sous le pontificat de Pie XII que la bioéthique a pris son essor, avec les premières grandes régulations. Par exemple, dès 1949, Pie XII s'est prononcé sur les techniques de fécondation artificielles, alors que la première fécondation in vitro à partir d'un ovocyte humain datait de 1944.

En 1987, Jean-Paul II a approuvé l’instruction "Donum Vitae" de la Congrégation pour la doctrine de la foi "sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation", coécrite par le futur Benoît XVI. Un texte plus précis est venu par la suite "renforcer les interdits de la Congrégation pour la doctrine de la foi", selon le jésuite Bruno Saintôt. Il s’agit de "Dignitas Personae", publiée en 2008.

La Gestation Pour Autrui (GPA) : Une Opposition Ferme

La GPA, interdite en France mais légale dans de nombreux États, cristallise une forte opposition. La GPA est une technique de procréation par laquelle une femme porte un enfant pour une personne célibataire, un couple hétérosexuel ou un couple de même sexe, que ce soit à titre gratuit ou contre une somme d’argent.

Arguments Contre la GPA

Pour ses opposants, la GPA constitue une atteinte grave à la dignité humaine, même lorsqu'elle est gratuite. Ils l'assimilent à une réification (transformation en chose) du corps des femmes et à la vente et à l'achat d'enfants. Certains parlent de « trafic des ventres », de « traite d’êtres humains », de « proxénétisme procréatif », de « tourisme procréatif », d’« industrie de l’enfantement sur commande », de « premier pas vers le transhumanisme ». D’autres vont jusqu’à comparer la GPA aux pratiques eugénistes des nazis.

Daniel Borrillo, juriste, estime que l'origine de cette réprobation quasi unanime propre à la France est à chercher dans l'inconscient collectif des élites, forgé par une vision dogmatique du catholicisme et du marxisme, deux forces idéologiques qui nourrissent la même obsession contre l’individualisme, assimilé à l’égoïsme, et la même haine de l’argent.

L’Église catholique brandit l’argument de l’indisponibilité du corps humain. Le principe d’indisponibilité n’est pas seulement un principe de l’Église, mais d’abord un principe du droit français. De le même façon que la personne doit être respectée dans sa dignité, le corps doit obéir au même principe, puisque c’est la personne. Le corps n’est pas un objet. Le corps c’est moi, c’est le sujet. L’Église catholique s’oppose à la Gestation Pour Autrui avec cet argument : louer son utérus revient à réifier son intimité. Selon l’Église, c’est de la marchandisation.

Diversité des Législations sur la GPA

Les législations sur la GPA varient considérablement d'un pays à l'autre. On peut identifier trois grandes catégories :

  1. Pays prohibitionnistes : interdisent la GPA en toutes circonstances (France, Allemagne, Espagne, Italie, Suisse, Pologne, Chine…).
  2. Pays tolérants : la tolèrent à condition qu'elle ne donne pas lieu à une rétribution financière (Danemark, Pays-Bas).
  3. Pays légalisant la GPA : qu’elle soit réservée aux seuls nationaux ou accessible aux étrangers, ouverte aux couples homosexuels ou uniquement aux couples hétérosexuels stériles, qu’elle soit onéreuse ou qu’il s’agisse d’une GPA dite altruiste (Royaume-Uni, Ukraine, Grèce, Portugal, Roumanie, Canada, Inde, Thaïlande, Israël, Russie…).

Arguments en Faveur d'un Encadrement de la GPA

Certains juristes, comme Daniel Borrillo, sont plutôt favorables à la GPA. Ils soulignent qu'une femme a la faculté d’avorter, tout comme celle d’abandonner un enfant en accouchant sous X ou de faire un don d’embryons surnuméraires à un autre couple ou à la science. Pourquoi n’aurait-elle pas le droit de mener à terme une grossesse pour quelqu’un d’autre, pourvu que son consentement libre et éclairé soit garanti ?

Par ailleurs, comme pour l’IVG, légaliser la GPA permettrait au législateur d’encadrer la pratique, ce qui limiterait les GPA clandestines et hors-la-loi, donc le risque d’exploitation du faible par le fort, du pauvre par le riche.

La Procréation Médicalement Assistée (PMA) : Des Réserves Éthiques

La PMA désigne les pratiques visant à la conception d’un enfant sans l’union sexuelle de l’homme et de la femme : insémination d’une femme par son conjoint ou concubin (IAC) ; ou par un donneur (IAD) ; fécondation in vitro avec transfert des embryons, en cas de défaillance des spermatozoïdes ou de don d’ovule (FIVETE impliquant don de gamète masculin ou/et féminin).

Opposition à la PMA pour les Femmes Seules et les Couples de Femmes

L’Église catholique, pour s’opposer à l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, s’appuie sur une famille dite « traditionnelle ». Elle considère avoir une forme d’expertise en matière familiale, ou du moins un savoir en matière familiale qui s’appuie sur des normes morales.

Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France (CEF), stipule que le désir d’enfant ne peut justifier « la manipulation » et le « bricolage de la filiation ». Il conteste ainsi ce désir d’enfant émanant de personnes qui selon lui dérogent au cadre naturel de la famille, s’en référant ainsi à une norme figée.

Risques et Inconvénients de la PMA Élargie

L’élargissement de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes soulève plusieurs préoccupations :

  • Privation de père : L’enfant n’aurait, dans son histoire, aucune image de père, connu ou inconnu, mais seulement celle d’un donneur.
  • Inégalité : Les enfants nés de PMA seraient privés de père dans le cas des couples de femmes, et de père et d’un double lignage parental dans le cas des femmes seules.
  • Marchandisation du corps : La PMA pour toutes les femmes entraine la généralisation du don de gamètes, avec le risque de passer à la vente de sperme.
  • Problèmes d’anonymat : L’anonymat des donneurs est problématique car il ne permet pas d’empêcher les éventuelles consanguinités.
  • Sélection des individus : La PMA serait accessible à tous, y compris les couples homme/ femme fertiles, avec le risque de prestations sur mesure pour choisir telle caractéristique chez l’enfant ou éviter telle autre.
  • Atteinte à l’unité de la personne : La PMA élargie aux femmes seules et aux couples de femmes achève de disjoindre la fécondation biologique et la parenté sociale.
  • Affaiblissement du mariage : Cet élargissement de la PMA aux femmes seules affaiblit le lien entre mariage et filiation.
  • Droits de l’enfant : Organiser délibérément l’effacement du père n’est pas compatible avec le droit de l’enfant de connaître ses parents et d’être élevé par eux.

Positions Nuancées au Sein du Catholicisme

Il convient de souligner que la position de l'Église catholique n'est pas monolithique. Un sondage réalisé par l’IFOP et La Croix et publié en janvier 2018, montrait que trente-cinq pour cent des catholiques pratiquants se déclarent favorables à l’ouverture de la PMA aux femmes en couple. Les clivages et les lignes de rupture ne sont pas aussi tranchés qu’il n’y pourrait paraître.

La PMA et la Dignité de la Procréation

La position de l’Église est formulée à partir de deux références éthiques fondamentales : la dignité de l’embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l’acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints.

L’Église catholique interdit l’insémination artificielle même intraconjugale et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV) même homologues, c’est-à-dire sans tiers donneur, d’une part à cause des atteintes à l’embryon lors du diagnostic préimplantatoire et de la destruction des embryons non implantés et, d’autre part, à cause de la dissociation entre l’acte conjugal et la fécondation, celle-ci devant être le « fruit de la donation sexuelle des époux ».

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