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PMA et Droits : Analyse des enjeux et perspectives en France

L'Assistance Médicale à la Procréation (AMP), communément appelée Procréation Médicalement Assistée (PMA), est un domaine en constante évolution, tant sur le plan scientifique que juridique. En France, les questions éthiques et légales entourant la PMA suscitent régulièrement des débats passionnés, notamment en ce qui concerne l'accès à ces techniques, les droits des enfants nés de PMA et la responsabilité médicale en cas d'échec ou de complications. Cet article se propose d'analyser les différents aspects de la PMA, en s'appuyant sur des données factuelles et des références juridiques précises, afin d'offrir une vision claire et nuancée des enjeux actuels.

Les centres d'AMP en France : Organisation et missions

Les centres d'AMP, tels que celui de l'hôpital Tenon AP-HP à Paris, jouent un rôle essentiel dans la prise en charge de l'infertilité et la préservation de la fertilité. Ces centres sont généralement organisés en plusieurs unités fonctionnelles, comprenant :

  • Un laboratoire d'andrologie, dédié au diagnostic de l'infertilité masculine par le biais d'examens spermatiques.
  • Un CECOS (Centre d'Étude et de Conservation des Oeufs et du Sperme Humains), chargé de la conservation des gamètes et des embryons en vue de dons ou d'autoconservation.
  • Un laboratoire d'AMP, où sont réalisées les techniques de procréation médicalement assistée proprement dites, telles que l'insémination intra-utérine (IIU), la fécondation in vitro (FIV) et la micro-injection (ICSI).

Le centre clinico-biologique d’AMP de Tenon vise à constituer le centre public de référence en Reproduction de l’Est-parisien. Il dispose d’une masse critique importante et est autorisé pour toutes les techniques d'AMP, à l'exception du diagnostic préimplantatoire, avec une forte implication en recherche clinique. Des consultations avec des biologistes sont proposées en AMP (sans ou en contexte viral), en préservation de fertilité, en don et en andrologie. Le laboratoire de Biologie de la Reproduction - CECOS réalise l’ensemble des actes de diagnostic en spermiologie. L’ensemble des techniques d’AMP sont proposées : insémination intra utérine, fécondation in vitro (FIV), micro injection (ICSI), vitrification ovocytaire et embryonnaire ; notre centre dispose d’une autorisation pour la réalisation des actes d’AMP en contexte viral (HIV, HBV, HCV, ZIKA). Une prise en charge en AMP avec don de gamètes (spermatozoïdes, ovocytes) ou accueil d’embryons est également offerte.

La maternité de l’hôpital Tenon AP-HP propose, depuis le mois de janvier 2026, un nouveau parcours de soins physiologique.

Ces centres sont soumis à des normes de qualité strictes, comme en témoigne la certification ISO 9001 obtenue par le centre de Médecine et Biologie de la Reproduction de l'hôpital Tenon pour ses activités d'inséminations, FIV/ICSI avec ou sans tiers donneurs, et préservation de la fertilité. De plus, ils mettent en place des systèmes de sécurité renforcés, tels que le système RI Witness, pour limiter les erreurs lors des cycles d'AMP en traçant électroniquement le parcours des gamètes et des embryons.

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Le centre de fertilité de l'hôpital Tenon fait partie intégrante du complexe université de Sorbonne Université. De nombreux travaux de recherche sont en cours dans le domaine de la fertilité et de la gynécologie.

L'évolution du cadre juridique de la PMA en France

Le cadre juridique de la PMA en France a connu des évolutions significatives au cours des dernières décennies, reflétant les avancées scientifiques et les changements sociétaux. La loi du 4 mars 2002, relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, a notamment marqué une étape importante en encadrant la responsabilité médicale en matière de PMA et en interdisant le "préjudice de naître".

L'affaire Perruche et ses conséquences

L'arrêt Perruche rendu par la Cour de cassation en 2000 a suscité une vive controverse en reconnaissant le droit à réparation d'un enfant né handicapé en raison d'une faute médicale ayant privé ses parents de la possibilité d'interrompre la grossesse. Cette décision a soulevé des craintes quant aux conséquences financières pour les professionnels de santé et le système d'assurance maladie, ainsi qu'à la perception de l'enfant handicapé comme un "préjudice".

La loi du 4 mars 2002 a pris le contre-pied de la jurisprudence Perruche en prohibant tout « préjudice de naître » invocable par l’enfant handicapé lui-même ou en son nom, la réparation ne pouvant être réclamée par lui - classiquement - qu’en cas de faute médicale ayant provoqué ou aggravé son infirmité au moment de l’accouchement (1). Mais cette loi contredit également la jurisprudence Quarez du Conseil d’État en ce qu’elle limite la responsabilité des professionnels et établissements de santé à l’égard des parents aux seules hypothèses de faute caractérisée quant à la cause et de préjudice moral ou professionnel quant aux conséquences (2), à l’exclusion des charges induites par le handicap de leur enfant tout au long de sa vie, qui relèvent de la solidarité nationale. Selon le premier alinéa de cet article, « nul ne peut se prévaloir d’un préjudice du seul fait de sa naissance ».

La notion de faute caractérisée et la réparation des préjudices

La loi du 4 mars 2002 a introduit la notion de "faute caractérisée" pour engager la responsabilité des professionnels de santé en matière de PMA. Cette notion a été précisée et élargie par la jurisprudence, notamment en ce qui concerne le défaut d'information des parents sur les risques de handicap de l'enfant à naître et la perte d'une chance de pouvoir solliciter une interruption médicale de grossesse (IMG).

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D’une part, ils tirent les conséquences de ce que le dépistage précoce d’un handicap éventuel de l’enfant à naître est favorisé par les progrès scientifiques et technologiques (1). D’autre part, leur préjudice moral et professionnel résultant de cette situation est de mieux en mieux réparé (2). En troisième lieu, la notion de faute caractérisée, exigée par la loi du 4 mars 2002, n’a cessé d’être précisée et plutôt élargie (3).

La cour d’appel de Douai, le 21 décembre 201781, à propos d’un enfant né avec plusieurs anomalies et malformations non décelées pendant la grossesse malgré plusieurs échographies effectuées par le même médecin, outre qu’elle a retenu la faute caractérisée de ce dernier, les comptes rendus d’échographies ayant mentionné la présence de segments de membres qui ne se sont jamais formés, a pris en compte la perte d’une chance des parents de pouvoir solliciter une IMG. La commission régionale de conciliation et d’indemnisation (CRCI) avait estimé cette perte de chance à 40 % (taux choisi par ses experts à partir des données figurant dans le registre des malformations des centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal montrant que 40 % des grossesses pour lesquelles le fœtus présente des malformations des membres ont bénéficié d’une IMG), puis le tribunal de grande instance de Valenciennes à 70 %.

Les parents peuvent ainsi obtenir réparation de leur préjudice moral et professionnel résultant de la naissance d'un enfant handicapé, ainsi que des frais liés à l'assistance d'une tierce personne et à l'aménagement de leur logement. Le Conseil d’État, le 22 février 201045, a jugé que la victime devait être indemnisée des frais liés à l’assistance d’une tierce personne tout au long de sa vie, fût-elle son conjoint46, la cour administrative d’appel de Bordeaux, le 22 septembre 201147, précisant que lesdits frais devaient être évalués à partir du montant du SMIC horaire brut augmenté des charges sociales. Le 5 mai 2014, le Conseil d’État48 a énuméré les modalités de calcul de la rente trimestrielle couvrant les frais de maintien à domicile d’un enfant handicapé. Le 10 avril 201949, il a détaillé les conditions de l’octroi d’une pension de réversion pour l’enfant de plus de 21 ans atteint d’une infirmité.

Les enjeux éthiques et sociétaux de la PMA

Au-delà des aspects juridiques, la PMA soulève des questions éthiques et sociétales profondes, notamment en ce qui concerne :

  • L'accès à la PMA pour toutes les femmes, y compris les femmes seules et les couples de femmes.
  • Le statut des enfants nés de PMA, en particulier en cas de don de gamètes.
  • Les limites de la sélection embryonnaire et le risque d'eugénisme.
  • La marchandisation du corps humain et le tourisme procréatif.

Le dépistage prénatal et le risque d'eugénisme

Les progrès du dépistage prénatal, notamment grâce aux tests génétiques, permettent de détecter de plus en plus tôt les anomalies chromosomiques et les malformations fœtales. Si ces tests peuvent aider les parents à prendre des décisions éclairées quant à la poursuite ou l'interruption de la grossesse, ils soulèvent également des inquiétudes quant au risque d'eugénisme et à la stigmatisation des personnes handicapées.

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Aujourd’hui les tests génétiques, très encadrés par l’agence de la biomédecine, sont proposés tant à l’occasion de grossesse en cours, ou comme moyen du diagnostic prénatal destiné à informer les futurs parents afin qu’ils puissent envisager de recourir à une interruption médicale de grossesse (2 672 tests en 2015) que dans le cadre des fécondations in vitro (FIV) par le biais du diagnostic préimplantatoire visant à sélectionner les embryons (300 en 2015), en attendant d’éventuels tests préconceptionnels (non obligatoires et à la charge des demandeurs), qui ne semblent pas avoir été retenus en 2020 dans le projet de la nouvelle loi de bioéthique. Alors qu’aux États-Unis la vente de tests génétiques prénataux a rapporté plus de 2 Md$ en 2017, en France, environ 150 000 échantillons de sang ou de salive ont subi des tests génétiques cette même année, et près du double en 2018, les parents souhaitant engendrer un « enfant parfait ».

Le 25 avril 2013, par son avis n° 12079, le comité consultatif d’éthique (CCNE) s’est déclaré favorable à ces tests de dépistage, susceptibles de réduire le recours aux amniocentèses dangereuses pour le fœtus, par le biais d’un diagnostic prénatal, amélioré grâce au séquençage intégral du génome humain, quant au choix de mener ou non une grossesse à son terme.

Certains auteurs s'interrogent sur le risque de voir se développer une société où seuls les enfants "parfaits" auraient le droit de naître, conduisant à une forme d'eugénisme individuel et à une dégradation de l'image de la personne humaine.

N’y avait-il pas là une consécration d’une sorte de droit à naître « normal », parfait21, « zéro défaut », ou bien à ne pas naître si la vie « ne doit pas valoir d’être vécue » ? Conséquence des progrès de la maîtrise scientifique du vivant - qui tendent à la production d’être « normés » ou « normaux » - cette approche impliquerait une dégradation de l’image de la « personne humaine » et du principe de sa dignité22, dans laquelle les personnes handicapées n’auraient plus leur place et qui conduirait à une forme d’eugénisme individuel avec des pressions en faveur de la destruction du fœtus après un diagnostic défavorable, de mise au rebut pour défaut de fabrication.

La recherche et l'amélioration des pratiques en AMP

La recherche joue un rôle crucial dans l'amélioration des techniques d'AMP et la compréhension des causes de l'infertilité. Les centres d'AMP, tels que celui de l'hôpital Tenon, mènent régulièrement des études cliniques et rétrospectives sur données de santé anonymisées afin de mieux connaître l'infertilité et d'améliorer leurs pratiques.

Des projets de recherche cliniques sont régulièrement réalisés dans notre centre. Vous pourriez être invité à participer à l’un de ces projets par votre médecin référent. Par ailleurs, le centre réalise régulièrement des études rétrospectives sur données de santé rendues anonymes. Vos noms et coordonnées ne seront ni utilisés, ni stockés. Aucun bénéfice individuel n’est attendu pour votre participation aux différents projets de recherche. Néanmoins, les informations obtenues grâce à ces études permettront de mieux connaitre l’infertilité et d’améliorer nos pratiques. Vous pouvez vous opposer, à tout moment et sans justification, à participer aux recherches développées dans le centre de fertilité de Tenon. A noter que votre participation ou non ne changera en rien votre prise en charge.

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