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PMA et Bande Dessinée Lesbienne : Un Combat pour l'Égalité et la Représentation

Introduction

L'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples lesbiens et les femmes célibataires a été un long et sinueux combat. La bande dessinée lesbienne émerge comme un moyen puissant de raconter ces histoires intimes et politiques, de mettre en lumière les difficultés rencontrées et de plaider pour une société plus inclusive. Cet article explore comment ces œuvres abordent les questions de la PMA, de la filiation, de la représentation des familles homoparentales et des défis persistants auxquels sont confrontées les personnes LGBTQI+.

S'il suffisait qu'on s'aime : Un témoignage poignant

Daphné et Julie Guillot signent "S'il suffisait qu'on s'aime", une BD qui retrace à travers l'histoire d'un couple lesbien celle de l'extension de l'accès à la PMA. Dans "S'il suffisait qu'on s'aime", elles reviennent sur huit ans d'espoir, de combat, de déconvenues et de reculades sur l'extension de l'accès à la procréation médicalement assistée longtemps réservé aux seuls couples hétérosexuels. Une bonne piqûre de rappel pour toutes celles et ceux qui ont oublié que la lutte pour l'ouverture de la PMA ne s'est pas faite sans douleurs et sans renoncement. Elles y ont croisé leur histoire intime, celle de leur couple, avec celle d'une avancée maintes fois repoussée, sacrifiée, devenue caution progressiste pour se faire élire, puis passée malgré tout de justesse en 2021 pour remplir le bilan sociétal d'un premier mandat présidentiel.

En mêlant l'intime au politique, la BD montre aussi la difficulté persistante à se projeter dans un schéma familial autre que le traditionnel combo papa-maman-enfants, quand on manque de représentations sur les maternités lesbiennes ou les parentalités trans, ou quand même l'entourage, aussi bienveillant soit-il, vous ramène toujours à l'absence du père ou à la question du donneur. Malgré une relative tolérance aux familles homoparentales dans notre société, force est de constater que déroger au modèle de la famille nucléaire est loin d'être si simple. En cela, "S'il suffisait qu'on s'aime" résonnera sûrement très fort avec l'expérience de bien des personnes LGBTQI+, mais amènera aussi, on l'espère, à faire comprendre que ce combat pour les droits sexuels et reproductifs devrait être porté et soutenu par tout le monde.

Un plaidoyer pour la légalisation de la PMA

Il est question dans cette BD de s'interroger sur le fait que la PMA n'a pas été légalisé pour les couples de même sexe ce qui entraîne frustration et surtout discrimination. Nous allons avoir un véritable plaidoyer pour cette légalisation qui a tant tardé dans notre pays : oui, près de 9 ans après la loi Taubira.

Une œuvre riche et instructive

Tout démarre en 2013 quand Daphné rencontre Julie lors d'une manif "Marche des fiertés". Daphné Guillot va alterner expérience personnelle et infos sur les avancées juridiques, législatives, sociales, sociétales. A travers son vécu de couple lesbien, elle s'interroge et elle interroge le lecteur. Elle met sa vie, son couple, son amour sur table. Viennent alors les questionnements sur "enfant ou pas", sur "le dire ou pas", sur "que faire", "et sur "où le faire". Daphné Guillot montre le double discours politique. Elle dénonce les discriminations et les inégalités selon le choix de vie. Le travail accompli par Daphné Guillot est incroyable. On a clairement une somme d'érudition et un condensé d'intimité dans le même roman graphique.

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Plus qu'une bande dessinée, un ouvrage qui retrace des années de combats politiques pour le droit à la PMA, pour toutes ! Un ensemble d'archives impressionnant raconté par deux filles qui s'aiment et qui se sont battues pendant des années pour le droit à l'égalité. Durant 300 pages, Daphné et Julie Guillot nous promènent en France mais aussi en Espagne et en Belgique pour retracer leur bataille qui était loin d'être gagnée. Cet ouvrage est aussi poignant et réaliste qu'il est instructif. Plus de 200 notes et références transforment cette bande dessinée en ouvrage de référence en matière de PMA pour les lesbiennes.

Les défis de la PMA pour les couples lesbiens

Obstacles juridiques et administratifs

Que cette loi incomplète qui concerne les couples lesbiens et les femmes célibataires, a laissé sur le banc de touche les personnes trans. Elle a aussi instauré un régime de filiation à part pour les couples de femmes, contraintes de passer par une démarche notariale avec la Reconnaissace conjointe anticipée (RCA) alors que les couples hétérosexuels - qu'ils aient eu recours ou non à une insémination ou une FIV avec don - peuvent simplement se rendre en mairie pour reconnaître leur enfant.

Le regard de la société

On parlera aussi du regard des autres et de la société, pas toujours encline à accepter le changement. À mi chemin entre récit vrai et fiction, cet ouvrage nous permet de retracer un combat qui semblait gagné d'avance mais que l'opinion d'une partie du peuple a ralenti. Au fil des pages, on côtoie la violence, les propos haineux et l'homophobie qui persistent dans l'espace public, mais également dans le monde politique de manière plus insidieuse.

Les coûts financiers et émotionnels

Étant passé par une PMA, ça m'a forcément beaucoup touchée. C'est un parcours dur, mentalement éprouvant et physiquement assez intense. Je n'ose même pas imaginer comment cela doit être encore pire quand il faut prévoir des voyages à l'étranger, tout organiser pour être sur d'etre prêt pour des résultats pas toujours positifs.

La représentation des familles homoparentales

Un manque de modèles

Je suis de cette génération où on n’avait pas encore ces modèles […] et même maintenant, on en voit peu dans le paysage audiovisuel français ou en littérature, pourtant elles sont là.

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Chroniques décalées d'une famille ordinaire : un regard tendre et humoristique

Avec sa nouvelle bande dessinée, "Chroniques décalées d'une famille ordinaire", publiée début mai, Séverine Tales croque l'homoparentalité avec humour et tendresse. En racontant sa vie familiale, Séverine Tales offre aussi une place à la représentation de l'homoparentalité en France. “C’était important de garder ce contexte où les enfants ont deux mamans. Ce n’est pas le sujet, le sujet c’est la vie de famille mais c’est là et c’est important de montrer que finalement on a les mêmes galères que tout le monde, les mêmes joies et le même quotidien que tous les autres parents”, souligne l’autrice au HuffPost.

Afin que chacun puisse s’identifier dans ce quotidien familial, Séverine Tales a ainsi choisi de représenter ses personnages sans traits du visage. “Ça donne un effet miroir, c’est assez universel, tout le monde peut faire un transfert facilement. C’est pas vraiment nous le sujet au final, ce sont les enfants, les parents en général”, appuie l’autrice. Si ces chroniques s’adressent à tous, écrire cette bande dessinée a aussi été une façon pour Séverine Tales de participer à la représentation de l’homoparentalité en France.

Normaliser l'homoparentalité

“Aujourd’hui, pour nous, on est d’abord une famille, c’est seulement ensuite qu’on est deux filles en couple. Les gens en pensent ce qu’ils veulent mais […] pour nous, le fait d’être mères ça se passe bien dans notre quartier. Finalement les gens ont changé de discours, il pouvait y avoir un vocabulaire, des questions qui se posaient qui n’ont plus lieu maintenant”, poursuit Séverine Tales.

Les questions féministes et la PMA

Le droit de choisir

J'ai trouvé intéressant que le combat de la "PMA pour toutes" soit mis en relation avec le droit pour les femmes de choisir de ne pas avoir d'enfant, notamment pour des raisons féministes ou écologistes. Il y a une forme d'opposition mais ne pourrait-on pas dire que le combat est le même : le droit de disposer de son corps ?

Les dissensions au sein des mouvements féministes

Historiquement (années 60 & 70), le féminisme a refusé la maternité. Il s'agissait pour les femmes de se réapproprier le fait d'avoir un enfant ou pas. Et voilà que dans les années 90, les féministes veulent le mariage ET la maternité.

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L'importance de l'information et de la sensibilisation

Informer sur la fertilité

Sans vouloir être alarmiste, le professeur René Frydman, spécialiste de la reproduction et du développement de l’assistance médicale à la procréation, auteur de la préface, milite pour que l’on informe les femmes sur la baisse de leur fertilité, pour qu’aucune ne se retrouve dans une situation où elle souhaite un enfant alors qu’il est trop tard, comme c’est le cas pour Céline Gandner. « Une information sur ce point devrait être systématiquement donnée par courrier par la Sécurité sociale, comme elle le fait déjà pour les dépistages du cancer du sein et du côlon, ou la pratique des frottis cervicaux. Dès l’âge de 33 ans, toute femme pourrait ainsi être alertée, et éventuellement amenée à vérifier sa réserve ovarienne. Selon ses données hormonales et échographiques, elle serait alors en mesure de décider : soit d’accélérer le mouvement vers une grossesse plus tôt que prévu, soit d’envisager une congélation ovocytaire pour réaliser le désir d’enfant plus tard (la loi le permet depuis septembre 2021 en France). L’idée bien sûr n’est pas de foutre des pressions supplémentaires sur le dos des femmes, et sur leur utérus plus précisément. Ça va, merci, elles en ont déjà suffisamment ! Mais plutôt de les informer, pour qu’elles puissent prendre des décisions en âme et conscience.

Lutter contre les préjugés

Bien qu’elle soit aujourd’hui une pratique courante, elle restait l’objet de méfiance, d’idées reçues, et de beaucoup d’ignorance. Nous-mêmes n’étions pas exemptes de préjugés. Nous avions pris l’habitude de nous justifier en nous démarquant de la médicalisation. Même parmi les lesbiennes, rester le plus proche possible de la « nature » , du modèle d’une conception « naturelle », était encouragée.

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