L'article suivant explore la méthode ROPA (Réception des Ovocytes de la Partenaire), une technique de procréation médicalement assistée (PMA) qui suscite de vifs débats en France, notamment dans le cadre de l'ouverture de l'AMP aux couples de femmes. Nous aborderons sa définition, son déroulement, les arguments pour et contre son autorisation, ainsi que sa situation légale en France et en Europe.
Définition de la Méthode ROPA
La méthode ROPA, dont le nom est un acronyme espagnol pour Réception des Ovocytes de la Partenaire, est une variante de la fécondation in vitro (FIV) spécifiquement conçue pour les couples de femmes. Elle permet aux deux partenaires de participer activement au processus de maternité. L'une des femmes fournit les ovocytes, qui sont fécondés in vitro avec le sperme d'un donneur. L'embryon ainsi créé est ensuite transféré dans l'utérus de l'autre partenaire, qui mènera la grossesse à terme. De cette manière, les deux femmes sont mères : l'une est la mère génétique (celle qui fournit l'ovocyte) et l'autre est la mère porteuse (celle qui porte l'enfant). On parle aussi de maternité partagée, de double maternité ou encore de FIV réciproque.
Déroulement de la Méthode ROPA
Le processus de la méthode ROPA implique plusieurs étapes pour chacune des partenaires :
Pour la donneuse d'ovocytes (mère génétique) :
- Stimulation ovarienne : La femme qui fournit les ovocytes reçoit un traitement hormonal pour stimuler le développement de plusieurs ovules. Ce traitement dure environ 10 à 12 jours et implique des injections sous-cutanées.
- Ponction folliculaire : Une fois que les follicules ovariens ont atteint une taille adéquate, les ovules sont prélevés par ponction folliculaire. Cette intervention chirurgicale simple est réalisée sous anesthésie légère et dure environ 20 à 30 minutes.
- Fécondation in vitro (FIV) : Les ovules matures sont fécondés en laboratoire avec le sperme d'un donneur anonyme, choisi pour sa compatibilité physique et immunologique avec la receveuse. La fécondation peut être réalisée de manière conventionnelle ou par injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI).
- Culture embryonnaire : Les embryons résultant de la fécondation sont cultivés en laboratoire pendant 3 à 6 jours pour évaluer leur développement.
Pour la receveuse d'embryon (mère porteuse) :
- Préparation de l'endomètre : La femme qui va porter l'enfant reçoit un traitement hormonal à base d'œstrogènes et de progestérone pour préparer son endomètre à l'implantation de l'embryon.
- Transfert embryonnaire : L'embryon de meilleure qualité est sélectionné et transféré dans l'utérus de la receveuse. Cette procédure est rapide, indolore et ne nécessite pas d'anesthésie.
- Test de grossesse : Environ 10 à 12 jours après le transfert, un test de grossesse (dosage de l'hormone bêta-hCG) est effectué pour confirmer la grossesse.
Étapes communes :
- Sélection du donneur : Une étude clinique et génétique approfondie est réalisée pour sélectionner le donneur de sperme le plus approprié, en veillant à ce qu'il ait des caractéristiques physiques similaires à celles de la receveuse et un groupe sanguin compatible avec la partenaire.
- Cryoconservation : Les pré-embryons non transférés sont cryoconservés par vitrification et conservés dans de la vapeur d'azote dans une banque d'embryons.
Arguments en Faveur et Défaveur de la Méthode ROPA
Arguments en faveur :
- Participation active des deux partenaires : La méthode ROPA permet aux deux femmes de participer activement à la conception de leur enfant, l'une en fournissant l'ovocyte et l'autre en portant la grossesse.
- Reconnaissance de la double maternité : Elle reconnaît et valorise le rôle des deux mères dans la vie de l'enfant.
- Égalité d'accès à l'AMP : L'autorisation de la méthode ROPA s'inscrit dans une démarche d'égalité d'accès à l'AMP pour tous les couples, indépendamment de leur orientation sexuelle.
- Sécurité : Les risques liés à la stimulation ovarienne et à la ponction folliculaire sont maîtrisés et comparables à ceux rencontrés dans les FIV classiques. De plus, aucune étude n'a prouvé que la FIV et les traitements d'AMP auraient des conséquences sur la santé des enfants ainsi conçus.
Arguments contre :
- Risques médicaux : Certains opposants mettent en avant les risques potentiels pour la santé de la donneuse d'ovocytes, liés à la stimulation hormonale et à la ponction folliculaire. Ils soulignent que ces procédures médicales ne sont pas "nécessaires" pour une femme fertile. Il est important de noter que l'Agence de la biomédecine française organise des campagnes de communication pour inciter des femmes à faire des dons d’ovocytes, y risquent-elles leur santé ? Doit-on aussi refuser les fécondations in-vitro pratiquées en première intention chez les femmes hétérosexuelles en couple ?
- Aspect éthique : Des questions éthiques sont soulevées concernant le don d'ovocytes non anonyme au sein du couple et la possible marchandisation du corps des femmes.
- Remise en question de l'ordre symbolique : Certains considèrent que la méthode ROPA menace l'ordre symbolique de la différence des sexes et la domination masculine.
- Complexité : Le sujet est jugé "trop complexe" par certains responsables politiques, ce qui est interprété comme un prétexte pour éviter de prendre position.
Situation Légale en France et en Europe
En France :
Actuellement, la méthode ROPA est interdite en France. L'AMP est réservée aux couples hétérosexuels infertiles et aux couples de femmes ou femmes célibataires, mais uniquement avec don de sperme. L'interdiction de la méthode ROPA repose sur les principes de l'anonymat du don et sur le fait qu'un prélèvement d'ovocytes ne peut avoir comme finalité qu'un don anonyme ou une autoconservation.
L'ouverture de l'AMP aux couples de femmes et aux femmes célibataires a été autorisée en 2021, mais la question de la méthode ROPA reste en suspens. Le vote de la loi bioéthique devrait permettre aux couples lesbiens d’accéder aux techniques d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) existantes. Toutes les techniques ? Non. L’une d’entre elles, appelée méthode ROPA pour Réception des Ovocytes de la Partenaire, ne sera probablement pas autorisée à l’issue des débats parlementaires.
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En Europe :
La situation légale de la méthode ROPA varie considérablement en Europe. Elle est autorisée dans certains pays, comme la Belgique, l'Espagne et le Royaume-Uni, mais interdite dans d'autres. Dans les pays où elle est autorisée, des conditions spécifiques peuvent s'appliquer, comme l'obligation d'être marié ou de suivre un entretien psychologique.
- Espagne : La loi autorise l'utilisation des gamètes d'une personne par elle-même ou par son conjoint. Le mariage est donc considéré comme une condition indispensable.
- Belgique : Le mariage n'est pas obligatoire, mais un entretien avec un psychologue est obligatoire.
- Royaume-Uni : La femme qui donne naissance à l'enfant est automatiquement considérée comme la mère légale, et sa conjointe est considérée comme le deuxième parent légal.
Aspects Financiers
En France, les frais liés à l'AMP peuvent être pris en charge par la Sécurité sociale, mais uniquement pour les couples qui y ont légalement accès. Étant donné que la méthode ROPA n'est pas autorisée en France, les couples qui souhaitent y recourir doivent se tourner vers des cliniques privées à l'étranger, ce qui engendre des coûts importants.
Le prix d'une méthode ROPA en Espagne varie généralement entre 3 500 et 6 000 euros. Ce prix comprend la FIV, les frais liés au don de sperme (examens médicaux du donneur, compensation économique, cryoconservation) et les médicaments pour la stimulation ovarienne et la préparation de l'endomètre.
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